Les lectures d'Antigone ...

26 juin 2017

Atelier d'écriture

terre-paume

J'ai passé une vie à t'attendre. Sans avoir eu vent de ton existence. Le temps qu'il a fallu pour connaître. La nature du vide. Ce que j'attendais. Et combien tu m'avais manqué. Tu as toujours été cette ombre assise à côté de moi. Silencieuse et complice. Invisible. Et je pensais que tout le monde vivait avec ça en soi. Cette béance d'un autre disparu. Si tôt que le souvenir ne pouvait émerger. La part manquante. Elle explique pourquoi j'aurais tant voulu être un garçon. Plutôt que cette semi fille que je suis. Vivre les genoux écorchés, les cheveux courts en bataille. Et t'approcher ainsi au plus près. Le temps qu'il a fallu pour comprendre. La raison d'être des affections trop grandes. Le sourire à l'envers et ces doigts qui s'échappaient sans cesse. Puisqu'ils n'étaient pas mon frère. Elle aurait ressemblé à quoi ma vie si tu avais été là ? Elle se serait sans doute heurtée à la réalité. Je le sais depuis. Combien rien n'y résiste jamais. Hier j'ai retracé mon chemin, suivi le fil de mon existence. Repris chaque point, chaque noeud. Chaque bouleversement du coeur. Compris que les fois où j'avais cru te trouver dans un autre. Ce n'était pas toi. Si j'avais été sage tu serais revenu. Si je ne bougeais pas, demain tu serais là. Si je me tenais prête, inchangée, l'enfant que tu avais cotoyée, tu apparaîtrais un beau jour ton sac sur l'épaule. Et deux secondes ensuite, moi dans le creux de tes bras. La souffrance est telle parfois qu'elle m'envahit toute entière. La conscience de ma solitude, de cette terre que je foule sans toi. La panique lorsque je sais, je sens, que je confonds ma peine et l'amitié. J'ai passé une vie à t'attendre, et tu ne reviendras pas. Je te porte depuis toujours contre ma hanche, comme un de mes enfants. Je dois glisser mes doigts dans le blond fin de tes cheveux, une dernière fois, et accepter d'être seule. Entière. Et sans l'attente pour me tenir compagnie. Aujourd'hui, sur mon corps flotte une robe. J'ai laissé l'homme qui m'aime ajouter des pierres aux lobes de mes oreilles. Etre une femme c'est accepter de te laisser partir. T'oublier tout à fait. T'abandonner après l'avoir été. Laisser le vent emporter les restes de toi. Vivre à nu, enfin. 

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona, Une photo quelques mots [clic ici]

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25 juin 2017

La Gacilly ~ festival de photographies ~ édition 2017

Tous les étés, le village de La Gacilly, en Bretagne, transforme ses jardins, venelles et murs d'habitations en galeries photographiques... L'édition 2017 met en lumière la photographie africaine subsaharienne et la relation entre l’Homme et l’animal. 
Et tu y étais hier, en famille, pour un rendez-vous qui allie chaque année, beauté du lieu et prise de conscience. En effet, la plupart des photographies sont belles, mais pas seulement, elles cherchent surtout à éveiller... Et tu restes à chaque fois scotchée par la puissance des images, et le courage et la volonté des photographes qui dénoncent, veulent montrer, cherchent à comprendre... Une promenade à faire.

festivallagacilly

Evènement gratuit – ouverture du Festival du lundi au dimanche 24h/24 · 14ÈME ÉDITION · 
DU 3 JUIN AU 30 SEPTEMBRE 2017

http://www.festivalphoto-lagacilly.com/

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22 juin 2017

Melodrama

[Nouvel album pour Lorde !! Chic] Pendant ce temps, tu lis Les bottes suédoises d'Henning Mankell avec délectation, et tu tiens tête à un mois de juin un peu prenant. Allez, bientôt, bientôt, tout rentrera dans l'ordre.

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18 juin 2017

L'heure anglaise, Julie Wolkenstein ~ objectif PAL de juin

lheureanglaise

Tu as cherché dans ta PAL (vielle Pile A Lire) un roman qui pourrait coller au thème du mois anglais... et tu es tombé sur ce livre, qui n'a d'anglais en définitive que le titre, puisque l'auteure est française. Mais peu importe, tu as décidé que tu avais envie de plonger dans cette heure anglaise malgré tout, c'est donc ta petite contribution au challenge... Nous sommes en juillet 1911, dans la campagne anglaise, et Edward Sanders s'apprête à prendre le train pour Londres, comme tous les matins, pour se rendre à l'étude où il travaille. Sur le quai, il reçoit un télégramme lui annonçant qu'un désagrément oblige l'étude à le prier de rester chez lui aujourd'hui. Edward est désappointé, et part se promener le long de la rivière, puis rentre dans son foyer en catimini, s'allonge sur le lit conjugal, tout cela sans prévenir sa femme, ni sa famille, occupée à organiser une réception de fiancailles le soir. Edward occupe ce moment hors du temps à revoir le fil de sa vie et se laisse bercer par la poésie et les lumières du jour. Pendant ce temps, Susan, son épouse, se rend elle à Londres par le train suivant, pensant surprendre son époux à son bureau, l'inviter à déjeuner et en profiter pour lui révéler une future naissance. Tous les deux se manquent donc, et se retrouvent le soir sans rien raconter de ce qu'ils ont fait, laissant en suspend cette journée particulière qui a réveillé les fêlures et les joies du passé... Et comme il était doux pour toi lectrice de te promener aux bras de ces deux êtres ancrés dans leur époque mais perméables aux bruissements de ce qui les entoure. L'écriture de ce roman est précieuse et délicate, et se déguste comme un roman proustien. La force des sentiments, des passions, affleure seulement à la surface. Et tu as aimé ce contraste entre le calme apparent des protagonistes, leur réserve, et la forte émotion que la chute d'un simple bout de papier par exemple, une photographie, la vue d'un foulard, peut provoquer au plus profond d'eux. Une belle sortie de PAL !

Editions Folio - octobre 2006

lemoisanglais             objectif pal

11 juin 2017

Plage Sainte-Anne, Joëlle Sancéau

plagestanne

Tes envies d'été et de légèreté commencent à véritablement poindre leur nez... et quoi de mieux alors que de se plonger dans un roman qui t'emmène directement à la mer ? Les petites cabines sur la couverture de ce livre sont une invitation manifeste à fouler le sable de la Plage Sainte-Anne. Et justement, Simon vend des chichis sur cette plage. Le jeune homme est bien loin de ses études d'ingénieur et de son milieu aristocratique. Mais cela lui convient, bien au contraire. Il ne voudrait certainement pas être ailleurs pour l'instant. Affublé d'un T-Shirt à message, méconnaissable, c'est un plaisir pour le jeune étudiant d'observer les habitués, et les us et coutumes de chacun. Il a notamment repéré très vite la famille Le Doyen, et la jeune Louise, plongée dans ses livres, qu'il finit par aborder. Accepter d'être courtisée n'est pas évident pour Louise, qui a vécu il y a peu un accident et vit mal ses séquelles. Elle a du mal à marcher, et une de ses jambes porte des cicatrices qu'elle juge affreuses. Pourtant, les deux jeunes gens s'apprécient très vite, dialoguent avec vivacité... et devront apprendre à lâcher prise pour donner une chance à leur idylle. Autour d'eux gravitent des adultes plus âgés, affublés de leurs enfants et petits enfants, qui eux aussi profiteront de l'été pour affirmer leurs intentions et leurs choix. Et toi tu as passé un délicieux moment en compagnie de tous ces gens qui t'ont semblé vivants, comme si tu venais tout juste de les croiser au marché... Tu as eu plaisir à les retrouver plusieurs soirs de suite. Un bien joli rendez-vous. Et un roman à la fois léger et profond, émouvant, bruissant de bienveillance et d'été, qu'il ne faut pas hésiter à glisser dans son sac de plage... Tu recommandes chaudement.

plagestanne1

Editions du 38 - juin 2017

Saxaoul l'a lu aussi

Et bravo à Albertine/Joëlle qui fréquente régulièrement l'atelier d'écriture de Leiloona !