Les lectures d'Antigone ...

24 avril 2014

Changer de vie, Géraldine Barbe

changerdevie"To be, being, c'est comme ça que j'appelle mon manuscrit pour le moment. [...] To be, c'est l'enfance. C'est engranger. C'est ne pas choisir encore, attendre et désirer. Ce n'est pas nul, ce n'est pas vain, c'est le rêve libre avant le mouvement, choisir sa vie, entrer dans le being."

On a demandé à Géraldine Barbe d'écrire sur des changements de vie, et pour ce faire on lui propose de passer des annonces. Mais Géraldine s'y refuse. Elle trouvera autour d'elle, via un faisceau de connaissances, les personnes qu'elle cherche, ses candidats. Ils ont tous le sentiment de n'avoir rien fait d'extraordinaire et pourtant, tous, à un moment donné de leur vie ont bifurqué, pris un autre chemin, pour aller vers eux-même et une certaine transformation...
Goldie Goldbloom, écrivain australienne, qui après un mariage de convenance qui durera vingt ans divorce, rencontre une femme mais reste dans le monde orthodoxe. Lise, qui change radicalement de profession et devient professeur de yoga. Irina, qui se pensant en danger, quitte la Géorgie en catastrophe en 1995 où elle était médecin pour être après bien des combats aujourd'hui infirmière à Paris. Phillis, qui décide un beau jour d'exister comme la femme qu'elle est réellement. Et tous ces autres hommes et femmes qui ont simplement pris la route qui mène vers l'équilibre entre soi et sa vie, que ce soit en allant vers les planches, en changeant de pays ou en quittant un quotidien trop calme.

Sortant du cadre du catalogue et de la juxtaposition de portraits (ce qui m'aurait rapidement ennuyé), Géraldine Barbe sait disséminer ici et là dans son récit des anecdotes personnelles, confronter les parcours, apporter des réflexions pertinentes, souriantes. J'ai aimé l'écriture de Changer de vie, bien plus que son thème - pourtant intéressant sur de nombreux points. J'ai eu le sentiment en effet de rencontrer une véritable auteure via ce titre, et aussi un être humain vivant, sincère, qui se penche vers les autres avec empathie et patience. Une bien jolie surprise.

Editions Plein jour - 16€ - Avril 2014

Histoires de renaissances qui font chaud au coeur pour Cathulu [clic] ! 

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23 avril 2014

Ce n'est pas comme si

caoutchouc

Je n'avais pas posé
Chaque jour

Une petite pierre de moi
Pour que le petit poucet de l'enfance

Retrouve mon chemin

© Les écrits d'Antigone - 2014

 

 

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22 avril 2014

Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii

Le nouvel album de Chris Garneau sort aujourd'hui dans toutes les bonnes boutiques. Trop contente. Cela s'appelle Winter Games.

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21 avril 2014

La Vie sauve, Lydie Violet & Marie Desplechin... objectif Pal d'avril

laviesauve

 "Imaginez ce que c'est que de traîner son gros malheur partout avec soi, sans jamais trop savoir qu'en faire : l'avouer entre deux portes, pour avoir la paix, ou le taire farouchement, pour avoir la paix. Un moyen malheur fait mieux l'affaire. Il se laisse oublier. Au mieux, il sert de refuge, ou de prétexte pour aller se coucher quand on en a marre du monde. Mais le gros, celui auquel on pense chaque seconde sans même se souvenir qu'on y pense, auquel on ne s'habitue pas, celui-là est terrible."

J'ai acheté ce livre en bouquinerie il y a peu, dans une petite boutique de St Gilles Croix de Vie qui donne sur la gare, simplement parce qu'il y avait le nom de Marie Desplechin sur la couverture, le mot vie dans le titre, et qu'au-dehors il faisait beau, la mer n'était pas loin. Elles sont assez obscures parfois les raisons de partir avec un livre... Je ne m'attendais pas spécialement à ce que le texte à quatre mains rédigé par Lydie Violet et Marie Despechin raconte la terrible maladie de cette première, et sa confrontation brutale avec sa prochaine disparition.

A la fin du mois d'Août 2001, Lydie Violet fait en effet un malaise, une tumeur est diagnostiquée, on lui donne huit ans. La vie sauve raconte cette révélation, le nouveau quotidien qui en découle, les galères, le combat, les rencontres. Loin d'être un récit misérabiliste il donne une envie très forte de vivre, et d'être dans la réalité de la vie, des sentiments, loin des faux-semblants. Lydie Violet n'a plus de temps à perdre. L'écriture de Marie Desplechin transfigure sans doute de nombreux passages aussi, mais lesquels ? Le tout est plus qu'un essai, un très beau récit, sans pathos, récompensé par ailleurs à l'époque par le Prix Medicis, et dont j'ai corné de nombreuses pages.

Un autre extrait...

"La bonté

L'humanité se divise en deux camps : le camp de ceux qui me blessent et le camp de ceux qui m'assistent. Ceux-là, je les aime et je les admire. Dans toute cette histoire, j'ai perdu le sens de la nuance. Je vis parmi les misérables ou je vis parmi les héros. Entre eux, je suis le mur, on ne passe pas si facilement.
Parfois, bien sûr, je me surprends à douter. Franchement, suis-je, moi, la mesure du bien ? (J'abuse, peut-être.) Je ne doute pas longtemps. C'est que je me fous d'être injuste. Je ne demande pas que l'on m'aime à l'égal de tout autre. Je veux que l'on m'aime davantage. Je veux que l'on me témoigne une affection inconditionnelle et du soutien à l'occasion, même en toute petite quantité. Je veux que l'on fasse des efforts pour m'épargner les égratignures, les vexations, les ennuis. Je suis égoïste, mais mon égoïsme a des vertus universelles : n'importe quel geste de bonté, de n'importe quel quidam, à l'endroit de n'importe laquelle des créatures, augmente la quantité de bonté globale présente dans le monde.
Je fais partie des éprouvés. Je ne vois pas de scandale à ce que l'expérience que je traverse suscite une forme de bienveillance. On en a sans réserve, après tout, pour des gens qui occupent un barreau au soleil sur l'échelle sociale, pour ceux qui ont le pouvoir, la santé, l'argent. Pourquoi pas pour les infortunés ?
Je n'ai rien contre la compassion. Je me demande même pourquoi il faudrait s'acharner si fort contre cette vieille vertu, qui entend que l'on s'efforce de partager (autant que faire se peut) la peine de l'autre. Compatir, sentir avec, éprouver avec, souffrir avec. Où est le mal ? L'indifférence est-elle plus jolie ? Connaît-on tant de gens abîmés par la compassion de leurs prochains ? Qu'ils se présentent, qu'on s'informe. Il y a quelque chose de très libéral à déconsidérer la compassion. La compassion n'est pas une vertu à la mode. Elle ne produit rien, ni affrontement ni spectacle. Dans l'idéologie du temps, elle a quelque chose de complètement superflu. Elle est dysfonctionnelle."

L'édition poche est épuisée - sorti chez Seuil grand format en 2005

Objectif Pal 2014 : 4/12 (#objectifpal2014)

objectifpal

Les sorties de Pal d'avril contiennent d'ores et déjà plusieurs belles lectures. Vous pouvez encore déposer votre lien mensuel sur le billet du mois d'avril qui se trouve [par là] !!

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20 avril 2014

Une métamorphose iranienne, Mana Neyestani

unemetamorphoseiranienne

 "Si j'avais su ce qui m'attendait, j'aurais gravé l'image de la lune dans mon esprit... son image sans quadrillage superposé."

Pour une fois je me contente de recopier le mot de l'éditeur qui saura bien mieux que moi vous raconter la terrible histoire de Mana Neyestani....
"Le cauchemar de Mana Neyestani commence en 2006, le jour où il dessine une conversation entre un enfant et un cafard dans le supplément pour enfants d'un hebdomadaire iranien. Le problème est que le cafard dessiné par Mana utilise un mot azéri. Les azéris, un peuple d'origine turc vivant au nord de l'Iran, sont depuis longtemps opprimés par le régime central. Pour certains, le dessin de Mana est la goutte d'eau qui fait déborder le vase et un excellent prétexte pour déclencher une émeute. Le régime de Téhéran a besoin d'un bouc émissaire, ce sera Mana. Lui et l'éditeur du magazine sont emmenés dans la Prison 209, une section non-officielle de la prison d'Evin, sous l'administration de la VEVAK, le Ministère des Renseignements et de la Sécurité Nationale. Alors que le deux hommes subissent des semaines d'isolement et d'interrogatoires, les azéris organisent de nombreuses manifestations anti-gouvernementales. Les autorités font tirer sur les manifestants, faisant de nombreuses victimes. Au bout de deux mois de détention, Mana obtient un droit de sortie temporaire. Il décide alors de s'enfuir avec sa femme. Après un long périple qui les fera passer par les Émirats Arabes Unis, La Turquie et la Chine, ils parviendront à atteindre la Malaisie pour s'y installer avant de rejoindre Paris en 2010."

Cette BD - aux dessins marquants - m'a laissée sans voix. La violence à laquelle nous assistons, le calvaire qu'endure Mana Neyestani, engendré par un geste aussi anodin qu'un croquis pour un magazine pour enfants est véritablement stupéfiant. Nous restons transis d'incrédulité devant les implications d'un si petit fait. J'ai lu pourtant il y a peu un document retraçant des exactions semblables en Chine [clic ici]... mais la surprise est toujours intacte, et la colère. J'ai aimé ici le regard de l'auteur, si doux et si patient, par contraste avec ses geôliers, et d'une dignité folle, mais aussi sa relation avec sa compagne et leur courage commun.
Encore une fois, une BD instructive, et militante. 

Editions Ca et La - 20€ -2012

Noté chez Theoma qui a beaucoup aimé [clic] - Jérome l'a lu aussi [clic]

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19 avril 2014

Walk away - Franz Ferdinand

[En spéciale dédicace pour qui comprendra (moi j'aime bien celle-ci) - et aussi parce que je viens d'emprunter la première saison de Dexter]

Sinon, pendant ce temps, je suis un peu perdue dans mes lectures... J'ai tout de même en préparation un billet sur une BD assez impressionnante Une métamorphose iranienne et j'ai sorti un livre bien émouvant de ma PAL (trop émouvant peut-être, nous verrons...). A suivre... et bon week-end !

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17 avril 2014

Le jeu des ombres, Louise Erdrich

lejeudesombres"Les gens semblaient avoir oublié combien il est affreux d'être regardé ; puis elle commença à s'imaginer qu'en livrant ainsi son image, à force d'être regardée, sans relâche, en quelque sorte elle se tuait de dégoût."

Irene écrit depuis de nombreuses années son journal intime dans des carnets. Elle prend toujours soin d'ailleurs de cacher soigneusement celui en cours. C'est l'agenda rouge. Elle soupçonne depuis peu son mari Gil de le lire en secret. Elle en a finalement la preuve flagrante un beau jour lors d'une conversation anodine, alors qu'il reprend littéralement une de ses phrases. Irene décide donc de manipuler son mari via ses mots. Gil est peintre. Sa femme est son modèle et son sujet principal depuis des années. Le couple est visiblement en crise. Leurs trois enfants silencieux, en retrait, observent... 

Je voulais découvrir à mon tour l'écriture de Louise Erdrich, très plébiscitée sur les blogs... j'ai donc sauté sur l'occasion de lire la version poche de Le jeu des ombres qui vient tout juste de sortir.
Et je dois dire que j'ai beaucoup aimé la manière de l'auteure d'asseoir une atmosphère et des personnages. Le duo "Irene et Gil" est très fort, porté par une relation d'une puissance animale peu commune. Les scènes de peinture sont d'une violence fulgurante. Les trois enfants, eux, ressemblent par ailleurs à de petits êtres fantomatiques qui apportent à cette histoire une douceur et un angélisme lumineux. Et qu'il est bon de plonger dans un livre où les sentiments sont si exacerbés, les caractères si imparfaits, vivants ! Irene a toujours un verre à la main, Gil est insupportable, leurs origines indiennes un étendard inutile, les enfants tous trois des parricides en puissance, le tout un drôle de cocktail explosif. Pour autant, je me suis parfois ennuyée dans cette lecture, dans l'attente d'une implosion qui ne venait jamais. J'ai eu le sentiment que l'auteure galvaudait un peu sa matière, pourtant très riche, et gardait son roman en surface, dans une certaine fadeur confortable. 
Ce ne sera donc pas un coup de coeur pour moi mais véritablement une découverte intéressante de l'univers de Louise Erdrich. A suivre...

Edition du Livre de Poche - 6.10€ - Avril 2014

D'autres lectures... Une claque pour Théoma [clic] - Un vrai coup de coeur pour Cathulu [clic] - L'auteure fascine Clara [clic] - Une lecture magistrale pour Aifelle [clic]

NB : quel dommage cette utilisation multiple de la même image pour divers romans !! La couverture de ce poche (celle du grand format) reprend effectivement (ou vice-versa) celle de La Petite chartreuse lu il y a peu [clic ici]... (ça m'agace un peu et amène toujours un peu de confusion je trouve)

 

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