Les lectures d'Antigone ...

Rentrée littéraire 2016

Dès le 17 août, vous pourrez retrouver les titres de ma rentrée littéraire en cliquant sur l'image ci-dessous.

rentreelitteraire2016

(Ce post est punaisé pour quelques semaines en tête des messages, retrouvez juste en dessous les billets publiés au fil de l'eau)

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27 août 2016

A la fin le silence, Laurence Tardieu ~ Rentrée littéraire 2016

alafinlesilence

"il m'a fallu tant de temps pour apprendre à vivre avec mon corps combien va-t-il m'en falloir pour apprendre à vivre avec un corps poreux"

Alors que la narratrice s'apprête à se séparer de sa maison d'enfance et à écrire sur elle des pages qui lui permettront d'en commencer le deuil, l'attentat du 7 janvier 2015 est perpétré contre Charlie Hebdo. Comme tout le monde, elle ressent une immense sidération, de la peur, du chagrin, mais surtout l'impression que le monde a pris possession de son corps devenu poreux. Que faire d'autre qu'écrire sur ça, sur la succession des attentats, cette impression que cela ne cessera dorénavant jamais, que le quotidien a soudain changé de visage ? Et puis elle est enceinte, de son troisième enfant, et l'intérieur et l'extérieur se répondent pour chercher un sens au chaos.

Je suis Laurence Tardieu depuis longtemps. Ses mots ont toujours été une source d'interrogation, d'inspiration et d'émotion particulière. J'ai eu la chance de la rencontrer, de l'écouter, et de lui parler. Elle est une personne sensible, lumineuse, impressionnante de douceur naturelle, que l'on a envie de cotoyer plus longuement. J'aime suivre son parcours, être le témoin de son histoire, j'ai aimé la découvrir là dans un moment de tension inhabituel. J'ai été prise par son récit pour ça, pour son regard personnel sur ces évènements dont nous avons tous le souvenir aigu, et pour son désir d'en décortiquer les faits, et l'impact. Il n'est pas toujours facile de trouver le ton juste lorsque l'on a été touché, mais seulement en tant que spectateur impuissant. Le sentiment d'imposture, d'indécence, affleure à chaque mot, et pourtant la douleur est là, réelle, elle est entrée avec la sidération et ne lâchera pas prise si facilement. Mais j'ai surtout été emportée plus loin, comme à chaque fois, par la magie de certaines pages, très belles, qui parlent d'elle et de cette sensibilité particulière que je partage avec elle, celle là même qui nous donne le sentiment d'avancer dans la vie la peau à nue. Combien sommes-nous donc à vivre ainsi ? Ce livre est le récit à la fois intime et universel d'une quête de sérénité, mais également un précieux hymne à la vie.

Editions du Seuil - 16€ - 18 août 2016

La très belle lecture de Leiloona

26 août 2016

Tandis que je lisais...

tricot2

...ma dernière commande We are knitters est arrivée, et les deux gagnantes de mon concours anniversaire ont ouvert leurs colis. Pour mémoire, Célina avait gagné la boîte littéraire (sa découverte ici [clic]) et Gambadou la boîte brico/détente (sa découverte ici [clic]). Merci encore pour votre enthousiasme !! Je vous prépare en coulisses pour le mois de Novembre quelque chose de très différent mais avec peut-être aussi une petite surprise à la clé [un indice ici]. 

Posté par Antigone1 à 20:07 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
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24 août 2016

Police, Hugo Boris ~ Rentrée littéraire 2016

police

 "La voiture avance comme un cauchemar dans le silence retombé, à peine froissé par le battement du clignotant."

Virginie et son équipe ont ordre de reconduire à la frontière un migrant, afin qu'il retourne dans son pays d'origine, le Tadjikstan. Ils prennent donc la direction de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle tous les quatre, elle, le migrant, et Erik et Aristide, ses collègues. L'interpellation a eu lieu un peu plus tôt dans l'après-midi, à la suite d'un incendie dans un centre de rétention. Ce n'est pas la procédure habituelle, ils sont des flics en tenue peu habitués à ce genre de mission. Le trajet en voiture réveille tout d'abord les doutes de Virginie qui compulse sans autorisation le dossier du Tadjik. Elle se rend compte très vite qu'il risquera sa vie dès son arrivée chez lui. Elle est déjà elle-même chamboulée par l'acte qu'elle va accomplir demain, avorter de l'enfant qu'elle attend depuis peu de sa relation adultère avec Aristide. Mais comment renverser le cours de la journée ? Permettre la fuite ? Convaincre ses collègues masculins ? Prendre le risque d'enfreindre les ordres ? Un contre la montre tendu et bouleversant se met alors en place.

Quelle excellente surprise que de tomber sur une telle écriture inventive et un petit livre qui suscite des émotions de toutes sortes ! Police tient à la fois du roman policier et du roman intimiste, il est très très bien fait, et il m'a personnellement bouleversée. Il faut dire qu'Hugo Boris n'en est pas à son premier opus, il a déjà remporté quelques prix ou a été dans leurs sélections finales pour ses précédents romans. Pour moi, c'est une très belle découverte. Je vous engage à lire ce titre qui ouvre quelques portes, et surtout celles de l'empathie, et qui vous surprendra. Je l'ai aimé dès ses premières lignes, et du début à la fin. Un coup de coeur inattendu de cette rentrée !

Editions Grasset - 17.50€ - 24 août 2016

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22 août 2016

Vie prolongée d'Arthur Rimbaud, Thierry Beistingel ~ Rentrée littéraire 2016

vieprolongeedarthurrimbaud "L'orgueil que Nicolas éprouve est tonique, intact. Pour la première fois depuis longtemps, il est en accord avec Arthur."

Et si, en Novembre 1891, ce n'était pas la dépouille d'Arthur Rimbaud que sa soeur Isabelle avait ramenée à Charleville, mais celle d'un inconnu, un voisin de chambre de cet hôpital de Marseille où son frère est hospitalisé ? Et si il y avait eu confusion ? Si Arthur Rimbaud avait finalement survécu, amputé d'une jambe, malgré la douleur, le cancer, les délires, l'agonie ? C'est le parti pris de Thierry Beinstingel dans ce livre, prolonger la vie d'Arthur Rimbaud au-delà de cette mort prématurée à l'âge de 37 ans. Il imagine alors un homme, plus proche de celui qui a vécu en Afrique, que de celui qui fuguait loin de sa mère et a un temps eu une aventure tumultueuse avec Paul Verlaine. Thierry Beinstingel imagine un Arthur Rimbaud, rebaptisé Nicolas, avide d'oublier son passé de poète, d'entreprendre, de fonder une famille, témoin muet et parfois agacé des efforts du monde littéraire, de sa soeur, de porter ses écrits de jeunesse et son oeuvre à la postérité.

Je suis partagée sur cette lecture de rentrée dont j'attendais beaucoup. J'avais été très enthousiasmée par ma lecture de Retour aux mots sauvages et de Ils désertent, par l'inventivité et la force d'écriture de Thierry Beinstingel. L'écriture est dans ce roman-ci bien différente, elle n'est pas là pour se distinguer, pour cela il y a la poésie de Rimbaud, mais pour servir le récit. Petite déception donc. J'ai pour autant accepté assez facilement le subterfuge de l'auteur, ce faux avenir d'un jeune Rimbaud survivant, qui semble vrai, et en ai profité pour apprendre beaucoup sur ce poète que je connaissais finalement assez peu. En cela, ce livre est intéressant. Le personnage d'Isabelle, la seule à connaître le secret de la résurrection de son frère, est touchant, ainsi que les membres de cette nouvelle famille que le poète se crée, loin du tumulte de Paris, et du monde des lettres, insensible au culte qu'on commence à lui vouer. On voyage dans ce livre dans un début de XXème siècle foisonnant, changeant, qui voit se monter la Tour Eiffel, et débarquer la première guerre mondiale. Thierry Beinstingel mélange réalité et fiction avec brio, se joue de son lecteur, qui est tenté constamment de vérifier ses dires... mais c'est une lecture qui reste malgré tout pour moi teintée de déception. 

Editions Fayard - 20.90€ - 17 août 2016

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21 août 2016

Juste une respiration

iledyeu

Prendre une profonde goulée d'air. Se souvenir des vacances. Et souhaiter que la vie soit dorénavant toujours comme cela, légère, bienveillante, et faite de petits bonheurs à partager. (Le port de La Meule - L'île d'Yeu - périple fantastique en vélo électrique)

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18 août 2016

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue ~ Rentrée littéraire 2016

voici venir les rêveurs

"Quels étaient ses choix ? Que faire pour rester ? Rien, sauf implorer la clémence du juge, lui avait dit Boubacar."

Jende et Neni sont prêts à pas mal de sacrifices pour pouvoir rester en Amérique. Venus du Cameroun avec un visa pour trois mois, leur rêve est d'obtenir la Green Card et d'offrir à leur fils Liomi un avenir. Jende trouve finalement un travail de chauffeur chez les Edwards, tandis que Neni entreprend des études avec brio et ténacité, son objectif étant de devenir pharmacienne. Les Edwards, les employeurs de Jende, s'avèrent généreux et agréables. Une complicité particulière, mêlée de pudeur et de respect, nait peu à peu entre ces personnes que tout oppose. Jende et Neni gardent leurs distances mais s'attachent au fil du temps aux fils du couple Edwards et entrevoient peu à peu l'avenir sous un jour heureux. Le rêve américain ne serait donc pas un mythe ? New York offre à Jende et Neni ses plus beaux atours. Et puis la crise des subprimes arrive, et Monsieur Edwards, employé chez Lehman Brothers, est touché de plein fouet. Tout s'écroule. C'est la sidération. Mais les prémices étaient déjà là, dans les conversations entendues, dans la fragilité de Madame Edwards, dans les envies de fuite de leur fils Vince et la tendresse désespérée de Mighty. Comment rêver encore d'Amérique alors que le service de l'immigration profite de ce moment tendu pour toquer à la porte de Jende et Neni ?

Ce premier roman, traduit de l'anglais (Cameroun), est une des bonnes suprises de cette rentrée littéraire. L'éditeur l'inscrit dans la lignée d'Americanah de Chimamanda Ngozie Addichie (que je n'ai pas encore lu mais qui a connu un grand succès). C'est un roman qui se lit avec facilité et enthousiasme, le lecteur se sentant galvanisé par la détermination de ce couple qui oeuvre pour son avenir et est persuadé de trouver à New York un destin meilleur que celui qui l'attendait au pays. J'ai aimé qu'Imbolo Mbue sache à la fois accorder une certaine réalité au rêve américain, elle qui a suivi le même chemin que ses personnages et a pu faire ses études aux Etats-Unis, et en montrer avec lucidité les travers et limites. On s'attache aux personnages, à leur tendresse, à leurs défauts, à leurs erreurs. J'ai particulièrement eu de l'empathie pour Neni et sa volonté farouche de ne pas baisser les bras quoiqu'il arrive. Une lecture pleine de richesse !

Editions Belfond - 22€ - 18 août 2016

Un grand merci à Belfond et à Babelio pour l'envoi de ce titre !

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