impactJe lui ai dit de se taire. Il ne m’a pas écoutée. Il continuait de suivre le rythme de ses phrases, le souffle de son agressivité, sa parole balbutiante, emplie de reproches.

Il avait encore trop bu, son haleine empestait. Les mouvements de ses mains avaient perdu leur grâce sobre. Son regard était loin, perdu pour moi, au moins pour le reste de la journée.

Les cadavres des bouteilles vides, privées de leur substance, gisaient par terre, sur le carrelage froid de la cuisine. Elle attendaient là, prêtes à être recyclées.

Malgré le désordre manifeste de notre vie, les choses continuaient de vivre la leur, sagement. Les bouteilles partaient au recyclage, les papiers étaient rangés, les factures payées.

Je lui ai dit de se taire, une seconde fois, pour entendre dans ma voix cette force que je ne connaissais pas, nouvelle, qui me grisait et me troublait.

Je me tenais en retrait, appuyée légèrement contre le chambranle de la porte vitrée, le regard rivé sur les bocaux transparents, posés négligemment sur le rebord de la fenêtre. « Il faudra que je les lave », me dis-je, laissant ma pensée divaguer, s’extraire de la scène un moment, rêver d’une maison propre, belle, où j’aurais le temps de donner aux objets leur place, et à ses habitants une vie sur laquelle se reposer.

Je lui ai dit de se taire, une dernière fois, pour essayer encore, sans succès.

Il ne m’entendait plus.

Alors, j’ai laissé mon esprit libre d’imaginer ce qu’il souhaitait.

J’ai senti mes doigts agripper un bocal, mes yeux admirer la lumière se reflétant sur le verre, l’habillant d’une parure de fête, brillante et aveuglante.

Je me suis regardée, dans mon rêve, lancer cet objet contre le carrelage, à côté de l’évier, attendre le fracas de l’impact et le ruissellement des morceaux sur le sol.

Puis, comme une délivrance, son étonnement et son silence.

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(Paroles Plurielles)