J’ai rencontré Boris il y a aujourd’hui dix ans. espadrilles

Je me souviens très bien de cet été là, du camping foisonnant, de la plage et de cette cuisine improbable, au goût craquant de sable, que nous mijotions en silence, mon amie et moi, sur un réchaud de fortune.

Nous partagions, avec Emeline, pour ces quelques jours de vacances, une tente igloo deux places au confort spartiate. Un rituel journalier s’était vite instauré. Nous prenions notre douche matinale assez tard. Nous laissions l’eau couler longuement sur nos peaux dorées, tout en discutant à travers les parois ajourées des sanitaires désertés. Puis, un petit déjeuner rapide au creux de l’estomac, nous prenions le chemin de sable qui mène à la mer, une simple serviette nouée autour de la taille. Les heures passaient ainsi, lentement, bercées par le rythme régulier des marées.

Les garçons se sont installés près de nous l’après-midi du sixième jour. Très vite, ils nous ont proposé de sortir avec eux, le soir.

Je l’ai trouvé beau, sous la lumière des spots, les lunettes calées sur le haut de sa tête. Il m’a embrassée, longuement, sur le slow lancinant de l’été.

Alors que je regarde le Boris d’aujourd’hui, affalé sur le canapé du salon, alors que je me regarde, moi, avec ce Tee-shirt sale, les cheveux gras, prête à m’élancer aux premiers cris de notre enfant nouveau-né, me vient parfois, furtivement, la pensée de ce qu’il serait advenu de moi, si j’avais détourné la tête à ce moment-là, s’il n’était resté…qu’un amour d’été.