11 juin 2008

Big Bang, Neil Smith

big_bangLes personnages des nouvelles de ce recueil se tiennent en équilibre entre le rire et le désespoir, comme des galaxies qui oscilleraient entre l'expansion et l'effondrement. Cette tension qui les retient fait ressortir des liens et des noeuds, sauve des vies et anime les objets. Les Huits récits de ce recueil rendent hommage à la beauté de la complexité humaine [...] (extrait de la quatrième de couverture)

Je ne me suis pas méfiée, j'ai commencé ce livre tout tranquillement, et voilà que l'on me propulse au beau milieu d'un service de néonatologie, alors - même si petit Théo est devenu grand depuis - ma lecture s'est tout à coup logée au niveau des tripes et n'a plus lâché cet endroit jusqu'à la fin, ou presque.

Neil Smith ne nous ménage pas - ce n'est pas le but - ni avec ses mots (quelques injures verbales distribuées ici et là), ni avec ses histoires (du lourd, du mortel, du difficile à vivre, et puis c'est tout), et ça marche, c'est efficace et terriblement humain, émouvant.

Une femme, qui a décidé de faire un enfant "toute seule", accouche prématurément. Un jeune garçon, qui vient de perdre son père, se pose des questions sur les sentiments qui le lient à son ami. Des malades, atteints de tumeurs, se vengent d'un escroc. Une petite fille, victime d'une maladie rare, voit défiler sa vie à toute vitesse en avant, puis à reculons. Un couple d'étudiants tente de continuer à vivre après une fusillade. Etc...

Toutes ces nouvelles sont excellentes, vous l'aurez compris (surréalistes, loufoques et profondes aussi) mis à part la dernière qui m'a laissé perplexe
: l'auteur se loge dans la peau d'une paire de gants et nous raconte ses états-d'âme (?!).
L'humour est inscrit dans chaque texte, un humour un peu grinçant, mais bien présent.
Voici donc un  cocktail de nouvelles, ébouriffant, qui mérite bien son titre de "Big Bang"...je vous engage à y jeter un oeil à l'occasion, il vous séduira sans doute !!

Un extrait...
"Jacob est assis sur une chaise en plastique dans une chambre privée au bout du couloir qui mène à l'USIN. Il berce B, emmaillotée dans une minuscule courtepointe aux carreaux verts et jaunes. On ne voit que le visage de la petite. Sans le tube, elle a la bouche en bouton de rose de Jacob. Il chante. Doucement, lentement, comme si la chanson, qui porte sur le mot le plus long du monde, était une berceuse. An l'a choisi comme père en se disant qu'il ne s'attacherait pas. Le voici pourtant - en train de bercer sa fille et de fredonner pour elle. An s'assoit sur le lit à côté de lui. Elle palpe la courtepointe. L'hôpital l'offre en souvenir aux parents : une courtepointe, une mèche de cheveux et une empreinte des pieds de leur bébé mort. Elle se demande si, sous la courtepointe, les pieds de B sont déjà noircis par l'encre.
- Tu veux la prendre ? demande Jacob.
Elle se contente de toucher la tête de B, le tissu mou où l'on sent le pouls d'un bébé, mais où elle même ne sent rien du tout. Jacob recommence à chanter d'une voix audible. An fixe B blottie dans les bras de l'homme. Dans la salle d'accouchement, se souvient An, la petite avait repoussé tout le monde. Au bout d'un moment, elle dit :
- Je ne t'aime pas.
Elle attend la réplique habituelle de Jacob : "Moi aussi je ne t'aime pas." Mais alors, il lève sur elle un visage qui a la couleur de la cendre. Il a compris ce qu'elle voulait dire.
- Pourquoi ? demande-t-il, l'air peiné et perplexe.
- Mais je l'aimais bien, elle, dit An sur un ton presque suppliant. Je l'aimais bien à mort.
Jacob commence à pleurer sans bruit. Lorsqu'il a terminé, il murmure :
- C'est déjà quelque chose.
Et An, les bras serrés sur la poitrine, comme pour éviter de voler en éclats, espère qu'il a raison."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

La lecture de Lily

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10 juin 2008

Petit bonhomme...

                                     ...a trois ans aujourd'hui.

collage59

Joyeux anniversaire mon grand garçon !!

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09 juin 2008

Deux nouveaux livres voyageurs

Adepte des nouvelles, des romans à la structure hachée par de courts chapitres, des histoires de femmes...je vous propose aujourd'hui, à nouveau, deux coups de coeur en livres voyageurs !!

heart

                       Un peu, beaucoup...pas du tout, Alice Munro   munro"Neuf histoires de femmes. Histoires de baisers donnés comme on ramasse une fleur au bord du chemin. Histoires de meubles encombrants dont on ne parvient pas à se séparer. Histoires de trahisons nécessaires. Neuf histoires d'amour." (Extrait de la quatrième de couverture)    Ma lecture

lesamantsdemarie

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Les amants de Marie, Leslie Kaplan "Marie cherche l'amour et le fuit en même temps. Elle parcourt la ville, lieu de tous les possibles, elle fait des rencontres, David, Sammy, Max, elle part, toujours, jusqu'à ce que..." (Extrait de la quatrième de couverture)   Ma lecture

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Voici donc ce que je vous propose : si une de ces lectures (ou les deux) vous intéresse, il suffit de me laisser un message en cliquant en haut à droite sur "Contacter l'auteur" et de me donner votre adresse postale, ainsi que votre adresse de blog. Une liste des lecteurs sera mis en place ci-dessous.
Comme d'habitude, il s'agit, après lecture, d'envoyer le titre lu au lecteur suivant.
Pour participer, il suffit d'être blogueur ou blogueuse, ou simplement un de mes visiteurs habituels. Laissez-vous tenter... !!

livrevoyageur

Liste des lecteurs :

Un peu, beaucoup...pas du tout - Bel Gazou - Servanne - Lucy - Tristale - Rennette - Arlette - Martine - Liliba

Les amants de Marie - Lucy - Kloelle - Arlette - Martine - Liliba -

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08 juin 2008

Antigone, Aliette Armel

aliettearmelantigone

Aliette Armel n'écrit pas que des romans...
En collaboration avec d'autres auteurs, elle est également à l'origine de cet ouvrage très intéressant qui traite de la figure mythique qu'est "Antigone".
(Un titre malheureusement épuisé chez l'éditeur mais certainement présent dans beaucoup de bibliothèques.)

Cet essai, inscrit dans la collection "figures mythiques" des éditions "autrement", a le mérite de remettre dans le contexte de chaque époque les différentes versions de la pièce, inventée par Sophocle,...et de donner à comprendre le rôle que sa représentation a pû parfois jouer dans l'histoire avec un grand H, et dans les histoires de chacun, notamment celle de Henry Bauchau (auteur d'une version romancée du mythe).

"Antigone est une création totale, un mythe forgé dans l'imagination de Sophocle puisant dans des légendes ancestrales mais préservant la liberté de notre imaginaire. "Antigone n'a jamais existé, rappelle Jacques Lacarrière, donc, chaque fois qu'on parle d'Antigone, on parle de nous." La richesse de sa personnalité est inépuisable. Elle se révèle, vingt-cinq siècles plus tard, fascinante dans ses contradictions, son énergie adolescente et son attirance pour la mort, sa beauté intérieure dans un physique décrit comme ingrat, son impuissance à accomplir sa féminité, sa droiture inébranlable et sa disparition "sans pleurs, sans parents, sans les chants du mariage." Elle se dresse avec une pureté nouvelle, inspirant terreur et pitié. Elle étonne et subjugue, connue autant qu'Oedipe, mais plus proche et familière que ce père devenu le symbole écrasant du concept central de la psychanalyse."

Quelques Antigones connues - Sophocle, Jean Anouilh, Bertold Brecht, Henry Bauchau, Jean Cocteau, Walter Hasenclever, Charles Maurras et Paul Zumthor...

Qu'elle soit perçue comme lumineuse, rebelle ou simplement humaine, ce personnage d'adolescente frondeuse réveille ce qu'il y a de plus profond en chacun des auteurs qui l'ont côtoyée, quelque chose de vivant, mêlé d'un espoir salvateur et paradoxal...

"Si vous vous réveillez la nuit en récitant une vers d'Antigone particulièrement quand vous êtes déjà un peu vieux, fatigué, et qu'au milieu de la nuit, ça vous réveille, que vous avez ça, que vous le dites et le prononcez, un temps entre le sommeil et la veille, comme il devait être prononcé... ça fait quand même un alexandrin sauvé de sa douleur et de ses insuffisances... Alors, c'est qu'il y a une continuation possible, un avenir."
(Pierre Boutang/George Steiner, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham.)

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07 juin 2008

Le pianiste de Trieste, Aliette Armel

le_pianiste_de_triesteAnne, passionnée de musique, et à la tête d'une émission sur France Culture, se prépare à quitter la France pour la Palestine en compagnie de son amant Nicola, chanteur italien que son engagement conduit dans ce pays. Mais contre toute attente, ce dernier la quitte brutalement à la veille du départ, et lui suggère plutôt de se rendre en Bretagne, retrouver la maison de son enfance, qu'elle délaisse depuis des années. "Tu as une autre route à prendre : suis le cours de tes larmes jusqu'à la mer..." Effondrée, Anne obtempère malgré ses réticences, et retrouve le lieu où son père naturel, Guido Turatti, célèbre pianiste est décédé en 1946.
Renouant avec ses souvenirs, avec ses anciens amis, avec son passé, et avec cette figure paternelle à la fois proche, écrasante et mythique, qu'elle porte comme un fardeau, elle découvre finalement être également aux centre d'enjeux qui la dépasse.
Une partition originale de l'artiste dont tout le monde a perdu la trace attend quelque part qu'Anne la déniche...

Il y a de très beaux moments dans ce roman qui a le mérite de nouer intrigue, musique et héritage émotionnel. On se passionne pour la quête d'Anne, pour son histoire, pour la vie des personnages qui l'entourent, pour ce petit coin de Bretagne où la simplicité apparente des êtres cache des complexités plus profondes (on s'en doutait un peu). Ma lecture s'est, par instants, un peu emmêlée dans des digressions musicales que les mélomanes avertis vont sans doute grandement apprécier mais que je n'ai pu apréhender à leur juste valeur, faute de savoir adéquat (ce qui est un peu dommage).
Malgré cela, je conserve de ce livre, une fois les pages refermées, une impression de douceur indéniable qu'il serait dommage de ne pas goûter à votre tour !!

Un extrait (début du roman)...
"Parfois, j'ai peur de la musique, de toutes les musiques. Pas seulement des chansons de Nicola ou du piano de Guido Turatti. De tout ce qui résonne, à l'intérieur comme à l'extérieur de mon appartement. Le silence m'opresse, le moindre bruit m'agresse : le chant des oiseaux, le vrombissement d'une voiture manoeuvrant sous mes fenêtres, le martèlement rythmé des canalisations d'eau ou le calme bruissement d'une conversation entre deux passants. Tout me fait mal. Mon mal-être me fait honte, et plus encore mon impuissance à me lever : si j'allais jusqu'à ma chaîne stéréo pour dresser Schubert, Marianne Faithfull ou les chants du Radjasthan contre le vide, je resterais étrangère à leurs appels vers l'apaisement ou la révolte, la simplicité ou la grandeur, et mon incapacité à entrer avec eux dans l'enchantement ou le chaos du monde renforcerait cette souffrance intérieure qui me met hors d'atteinte, me sépare de tout, même de la musique. Je ne suis plus que rupture et déchirement. Encore une fois abandonnée.
Nicola est parti et m'a interdit de le rejoindre."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

Le blog de Aliette Armel, qui semble tout récent.

J'ai acheté ce roman ce jour-là après l'avoir noté chez Clarabel

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06 juin 2008

Le retour du livre voyageur

livrevoyageur2

Un siècle de Novembre est rentré au bercail...
...et avec lui, plein de petits mots doux.

Ce livre a visiblement beaucoup ému ses lectrices passagères, et je n'en suis pas étonnée du tout, car ce roman fut un des coups de coeur de mon année de lecture 2007 !!!

livrevoyageur

Il a fait escale chez Ptitlapin, Kloelle, Rennette, Lucy et Tristale (qui n'a pas de blog).

Merci à toutes ! Vos cartes vont rester dans ce livre magnifique et fort, bien précieusement.

Je pense faire voyager deux autres lectures "coup de coeur" très bientôt !!

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05 juin 2008

Lettres à un jeune poète

RILKEheart Je me suis penchée sur Rilke...ou peut-être est-ce Rilke qui s'est penché sur moi, je ne sais plus.
Pourquoi avoir tant tardé à lire ces quelques pages ?

J'avais de ce recueil épistolaire une image déformée, fausse (la faute aux extraits choisis le plus souvent en citations ?).

Je pensais étrangement que ces fameuses "lettres à un jeune poète", jamais lues intégralement, n'étaient qu'une leçon d'écrivain reconnu, censé "décourager" les jeunes poètes (justement) de se lancer, de manière inconséquente, dans l'écriture. Alors qu'il n'en est vraiment rien...

Les lettres de Rilke regorgent, en fait, d'humanité, de douceur et d'"encouragement".
Elles résultent de son intérêt pour un autre jeune poète, apprenti, Franz Kappus qui, alors âgé de vingt ans, décide d'envoyer ses tentatives poétiques à Rainer Maria Rilke et de solliciter son jugement. Débute ainsi une correspondance régulière entre les deux hommes qui durera jusqu'en 1908. Ces dix lettres seront publiées en 1929, soit trois ans après le décès de leur auteur.

Rilke, au cours de sa correspondance, renvoie surtout le jeune poète en herbe Kappus, à sa solitude, seule lieu possible, pour lui, de création et de connaissance de soi.

Je vous livre enfin ces quelques lignes, qui termine sa lettre du 12 août 1904 - elles m'ont touchée au cours de ma lecture (résonnances toutes intimes) et elles m'ont véritablement données envie de lire et de connaître cet auteur plus avant...
"Et si j'ai encore une chose à vous dire, j'ajouterai ceci : ne croyez pas que celui qui cherche à vous réconforter vit sans difficulté parmi les mots simples et tranquilles qui, parfois, vous font du bien. Sa vie est pleine de peine et de tristesse, et reste très en deçà de la vôtre. S'il en était autrement, il n'eût jamais su trouver ces mots."

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De retour...

...heureuse de cette pause, finalement bienvenue
(il est bon de laisser de temps à autre le temps s'écouler sans contraintes),
et heureuse de vous retrouver aussi
(comme l'on retrouve sa maison après quelques jours ou semaines d'absence).livre_et_tasses_rouges

J'en profite au passage pour vous signaler le lancement de la troisième saison du lotobook. Toutes les informations sont sur le blog de Stéphanie, avec une nouveauté à la clé. Vous avez jusqu'au 20 juin pour vous inscrire.
Si par hasard vos étagères peuvent encore accueillir des piles de livres, n'hésitez pas !!

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