La Perrita, Isabelle Condou (Rentrée littéraire 2009)
La Perrita (en espagnol) signifie « petite chienne » ou « chienne bien aimée ». La Perrita dans le roman d’Isabelle Condou est une femme, une prisonnière, celle qui va donner naissance à l’enfant tant attendue, celle qui va hanter les pensées de Violetta (bourgeoise gâtée à qui rien ne doit manquer, surtout pas la possibilité d’être mère, au risque de s’arranger avec une conscience de toutes manières versatile).
Mais reprenons le fil du récit là où il commence…
Nous sommes en Argentine, en 1996, deux femmes préparent une fête. Elles attendent toutes les deux une jeune-fille, la même. Celle-ci va avoir 18 ans. Pour l’une, Violetta, la jeune-fille se nomme Malvina, elle est l’enfant qu’elle s’est appropriée, qu’elle a volée à cette femme, La Perrita , allongée sur son lit d’hôpital, le visage boursouflé de coups et d’ecchymoses. Pour la seconde, Ernestina, cette enfant est Rose, la petite-fille dont elle n’espérait plus l’existence, née de son fils disparu, enlevé, séquestré, tué, et d’une belle-fille au regard si bleu, si pénétrant, si doux, qu’elle ne verra plus jamais, elle non plus. Les deux femmes, au fil de leur préparations, se remémorent leur jeunesse, leurs attentes, leurs désillusions, leurs drames. Tout les oppose. Seule une enfant perdue dans son histoire réunit ces deux univers, symbolisant chacun une Argentine coupée en deux, blessée, malmenée par son passé.
Je suis tombée en amour avec l’écriture d’Isabelle Condou bien avant d’ouvrir ce livre-ci. Tout a commencé en 2007, avec la découverte de son roman la Solitude de l’aube (2006) où la singularité de son style, sa voix particulière, le talent avec lequel elle semblait construire un univers, se l’approprier, le rendre réel m’a frappé. J’ai continué mon parcours avec la lecture de Il était disparu (2004), roman qui m’a également beaucoup plu. Chez Isabelle Condou, il est beaucoup question de disparition, d’attente, d’amour, de groupe, de fêlures et de distances, d’Histoire. La Perrita ne déroge pas à la règle, et ce n’était pas pour me déplaire. Malgré quelques difficultés, dans les première pages, à appréhender d’emblée les personnages – on passe d’une maison à une autre, d’une histoire à une autre –, je me suis glissée avec plaisir, et très rapidement, dans un univers argentin qui nous devient très vite familier, proche, sensible. Isabelle Condou a en effet, cette capacité fine de partir du corps, de la terre, des gestes quotidiens, des salissures et des faiblesses, pour nous raconter des histoires où l’amour règne, mais aussi la beauté, la grâce et l’héroïsme. Elle interroge par la même occasion nos propres faiblesses, nos incertitudes, nos manquements. Voilà donc encore un grand roman d’une auteure qu’il me semble urgent de lire, et de découvrir bien plus largement ! On aime ici Ernestina, Juan, Elena, et tous les personnages fêlés qui hantent le roman, et on voudrait avoir ce pouvoir-là de lecteur de préserver ce qui peut l’être, de les serrer –rien qu’une fois – dans nos bras. Un très beau moment de lecture.
« Rangés dans un placard, il y avait aussi les cadeaux de Noël que Juan et Elena n’avaient jamais ouverts. Et puis au fond d’un tiroir, le plus bas du buffet, se cachait le disque d’une berceuse de grand-mère qu’Ernestina s’était promis d’écouter au repas de baptême, et rien qu’à passer devant le buffet, maintenant, quelque chose à son oreille grinçait. Partout dans l’appartement elle se heurtait au souvenir d’un avenir qui n’avait pas eu lieu. Le vide tenait tant de place qu’elle pouvait le toucher, où qu’elle posât les yeux. Elle le sentait sur sa peau, dans ses oreilles et jusqu’au-dedans de la bouche, que ça ressemblait aux prémices d’un amour à naître. Ni les curés, ni les sorcières ne mentent, il y a bien une vie après la vie puisque l’absence prend corps dans la maison, comme un ventre qui gonfle et que l’on caresse, et qui donne l’envie de s’asseoir à attendre, sa propre mort, sans doute. Mais quelque chose lui interdisait de s’asseoir. Un fol espoir. Celui que peut-être l’avenir n’était pas tout à fait mort, que l’on y attendait son petit-enfant. De cet espoir, elle ne démordait pas. »
ISBN 978 2 259 20765 2 - 20€ - 08/09
(Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des livres de la rentrée littéraire ! Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération. Pour en savoir plus c'est ici.)
En partenariat avec Ulike - Ma chronique sur le site
La lecture de Cathulu - Celle de Cuné -
Commentaires sur La Perrita, Isabelle Condou (Rentrée littéraire 2009)
Tu n'as pas été un peu freinée par l'écriture comme Cathulu ? Ton 5/5 me le fait noter avec moins d'hésitation.
Très envie de le découvrir, je ne connais pas du tout. Bonne journée. Bises
Aifelle : non pas du tout, au contraire, cette écriture me plaît ! Il y a une "voix" reconnaissable...j'aime beaucoup.
Ptitlapin : le thème a déjà été abordé, notamment dans "Luz ou le temps sauvage" mais ici le point de vue est différent.
Un très joli billet qui donne envie de se pencher plus avant sir l'oeuvre de cette écrivaine!
Cathulu : j'avais beaucoup aimé "la solitude de l'aube" et j'avais enchainé avec un autre livre d'elle. Et après, depuis tout ce temps, plus rien. Lorsqu'on m'a proposé ce titre en avant première pour la rentrée, j'ai vraiment été ravie, et pas déçue du tout !!
je vais le noter ,ton billet est trop tentant.
Suis d'accord avec Tristale, comment ne pas noter ce titre après avoir lu ton billet, hein comment?
Un très beau billet pour ce livre.
Tristale : j'ai des enthousiasmes enthousiastes, j'espère qu'il te plaira aussi !!
Véro : c'est fait exprès ;o) !!
Alex : oh merci !!
Je note un de ses livres précédents, histoire de voir si le style me convient !
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Leiloona : tu as raison, tu peux sans doute les trouver en bibliothèque !!
Je ne connais pas du tout alors je note les 3 titres !
Heureusement que le défi de la rentrée porte sur la PAL et non pas sur la LAL ;-D
Très beau billet! Ce livre a l'air très intéressant et très bien écrit! J'espère pour ma part pouvoir bientôt participer aux Chroniquesde la Rentrée Littéraire... Je leur ai envoyé un e-mail pour m'inscrire, et ils m'ont dit qu'ils me contacteraient bientôt! On verra bien
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En voilà un qui ne me tentait pas particulièrement, mais devant ton enthousiasme... A voir!
banco, je note !
Flo : oh très bien, j'espère qu'ils te plairont ! J'aime beaucoup son écriture.
Anne : là, ce serait vraiment "mission impossible", mais cela prend moins physiquement moins de place !!
Hermione : je suis heureuse d'avoir eu l'occasion de le lire grâce à eux, mais je l'aurais lu de toutes manières, je pense...
Aurore : attends peut-être d'autres critiques si tu n'es pas certaine !!
Theoma : très bien, j'espère qu'il te plaira !!
Il est vraiment très beau ce billet... du coup, j'ai vraiment davantage le goût de découvrir ce roman!
Karine : merci ;o)! Tant mieux si j'ai pu être convaincante !!
Si je le trouve d'ici quelques mois! Pour l'instant, j'ai besoin de m'aérer les neurones!
Chiffonnette : il y a des périodes comme ça...oui, espérons qu'il sorte en poche, il le mérite !!
RAVIE DE VOIR QUE TU AS REUSSI.... ALAIN ALAN ET MOI ON EST CONTENT DE TE RETROUVER.... ON ESPERE AVOIR DE TES NOUVELLES C TROP GENIAL.... SOUVENIRS DU 35.... J ESPERE A BIENTOT GROS GROS BISOUS A TOI
Nini du sud : ?! - Je pense qu'il y a erreur sur la personne...;o)
J'ai adoré ce livre ! J'ai pu voir Isabelle Condou sur France 3 dans "Un jour, un livre". Vivement le prochain !
Ophelai19 : à essayer éventuellement, ses précédents ! Oui, vivement le prochain !
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