30 novembre 2009

Là...en ce moment...tout de suite

lemardiamonoprix...je suis au théâtre.

"Depuis quelque temps, chaque mardi, Marie-Pierre s'occupe de son père. Elle passe la journée avec lui. Elle lui fait son ménage, son repassage. Ils causent un peu, de tout, de rien.
D'aujourd'hui et puis d'hier. D'avant. De Chantal, la mère, qui désormais n'est plus. De Jean-Pierre aussi. Ils causent et puis ils sortent. Ils font la promenade habituelle. La rue droite, la place de la Mairie et puis le chemin le long du canal. surtout, le mardi, Marie-Pierre et son père, ils vont à Monoprix. Ils prennent des choses pour la semaine. De quoi nourrir le père jusqu'au mardi suivant. Ils vont l'un et l'autre dans les rayons. Marie-Pierre porte les courses dans le panier plastique de chez Monoprix. Ils ont leurs petites habitudes. Puis ils font la queue et passent à la caisse. On les connait ici. On les regarde. On regarde Marie-Pierre surtout. Elle est belle, Marie-Pierre. Elle est grande. On ne voit qu'elle. Tous les yeux sont tournés vers elle quand elle fait les courses avec son père, le mardi matin, chez Monoprix. Avant, il y a de ça du temps, Marie-Pierre, son nom c'était Jean-Pierre. » Emmanuel Darley

Actes Sud - 31 Août 2009 - 9.50€

Le site de Jean-Claude Dreyfus - Le site d'Emmanuel Darley - Et de nombreuses autres infos par ici...

J'ai lu également, entre autres, du même auteur, une pièce intitulée Etre humain qui conte une prise d'otage dans une classe de maternelle, à la manière Emmanuel Darley, cela s'entend...c'est bien.

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29 novembre 2009

Manhattan, Anne Révah

manhattan"J'aurais aimé avoir des soucis, toutes ces préoccupations humaines qui rongent le quotidien, et le bercent d'une plainte savoureuse. Les soucis nous protègent, ils sont là toujours présents, solides comme les murs de la maison, on les sent, on ne s'y perd pas, on s'y retrouve, c'est comme une poésie d'enfance, on peut la reprendre dans n'importe quel sens, le par coeur la rend si fluide qu'elle n'a pas de début ni de fin."

Cela commence par une douleur dans l'avant du bras, ou plutôt une insensibilité dure, qui prend la forme du plan de Manhattan... Cela continue par la révélation, médicale, de tâches blanches dans le cerveau... Cela se termine par une fuite, de tout, du quotidien, de l'époux, des enfants.
L'héroïne d'Anne Révah se cache au creux d'un appartement loué le temps de se retrouver. Anéantie par l'annonce de la maladie qui a pris corps en elle, elle écrit une lettre, à sa mère. Elle se révèle, enfin, après toutes ces années de compromissions, d'illusions...

Voici un petit roman qui cache bien son jeu dans les premières pages, et qui nous amène tout doucement au fil des paragraphes vers l'émotion et l'horreur...et ce à l'aide d'une écriture fluide, très belle, qui m'a enchantée.
Je savais déjà que cette collection de chez Arléa recelait quelques trésors, c'est ici encore le cas. J'ai peut-être simplement été gênée par la construction du récit, par cette coupure dans le fil de la narration qu'engendre la rédaction de la lettre. Oh mais si peu... Il y a tellement de lignes que l'on a envie de noter, tellement d'émotion contenue dans le rythme des phrases, tellement de trouvailles littéraires que j'ai enviées.
Un premier écrit très prometteur !! Et une auteure à suivre...c'est certain.

"Ma vie doit changer, c'est en entendant la voix du neurologue que j'ai compris que cela ne pouvait plus durer, ma fuite est un début de changement. La première étape a été de prendre la décision. Prendre une décision, ça n'a l'air de rien, les pensées se déplacent, se décalent jusqu'au bord de soi, et surgissent dans un ordre inattendu. La décision est là, debout, dans tout son déploiement et sa force. Un sauvetage. Une fois que j'avais accepté la décision, je devais la rendre possible, lui ouvrir l'espace dont elle avait besoin."

Un grand merci à l'auteure !!

bouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 9782869598645 - 13€ - mai 2009

Leiloona en parle aussi aujourd'hui - L'avis de Laure, que je rejoins également...

La collection 1er mille chez Arléa

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28 novembre 2009

En cours de lecture...

classe"Allez, il faut commencer par le plus délicat. Je dois te faire un premier aveu, une première brèche dans le joli tableau que tu contemplais : il faut que je te dise la vacuité qui trône en moi. La formulation en est simple, sans équivoque : je ne sais pas. Ces mots m'étourdissent. Il faut les prononcer à voix haute ces quatre mots étroits, en recevoir les sons et leurs courbes rapides jusqu'au sillons obscurs des oreilles. Leur trace dans ma bouche m'embarasse et me fait mal. Je ne sais pas ni qui je suis, ni ce que je veux, ni ce que j'aime. C'est dit. Tu crois que ça ne me ressemble pas ? Pourtant. Regarde moi bien. C'est de moi que je parle."

Extrait de Manhattan par Anne Révah.

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27 novembre 2009

L'astronome aveugle, Anne-Catherine Blanc

l_astronome_aveugle"L'astronome était réputé dans le monde entier pour sa grande science des cieux et de leur langage. Les négociants les plus cossus, les prélats les plus dignes, les plus nobles princes arrivaient pour le consulter des plus lointains royaumes, n'hésitant pas à braver la sombre fureur des flots ou la mortelle aridité des déserts en échange de ses oracles.
Sans avoir jamais quitté sa tour, il avait vu défiler tous les puissants de la Terre ; et sans la quitter jamais, il regardait ce monde tourner, et avec lui les mondes qui l'entourent."

Un astronome, devenu aveugle, n'est plus de très grande utilité à la cour du roi. Ayant désigné lui-même son successeur à son protecteur, un savant décide donc un beau jour de renoncer à la vie de château et de partir sur les routes, son chat sur les épaules. Mendiant sur les chemins, longeant la côte, il s'arrête un soir au creux d'une étrange habitation et rencontre ainsi un ami inattendu en la personne d'un gardien de phare.

Quel dommage que la couverture de ce roman soit si terne (je m'étonne un peu ici du choix des teintes), car la fable qu'il contient est rutilante de couleurs et de fantaisies, de celles dont justement on construit les contes !
Une écriture -quant à elle -alambiquée, insolite, semblant mimer un phrasé plus ancien, surprend, puis finit par jouer de son charme et par se faire oublier au bénéfice d'une histoire lumineuse où il est question d'un chat, de vent, de phare, d'astronomie, d'amitié, d'amours royales et de destin.
J'ai fait avec ce roman un voyage plutôt agréable vers un pays inconnu qu'il me semble avoir pourtant déjà croisé parfois au cours d'autres lectures épiques. Et puis il y eut -comme ça, à l'improviste - quelques réminiscences d'images, des similitudes avec l'errance d'Oedipe entre autres, ou la force du vent des Déferlantes.
En bref, un joli moment de lecture...

bouton3  Note de lecture : 3.5/5

ISBN 978 2 8122 0012 0 -13€ - 2009

Un grand merci à BOB ! - Kathel est sous le charme et vous trouverez chez elle d'autres liens...

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26 novembre 2009

Une lettre arrive

armen_lubinA Jules Supervielle

Une lettre arrive en voletant
A cause des mots qui sont dedans.

Ils disent "bonjour", "je n'oublie pas",
Et voici l'espoir, tout en éclats,
Qui rejaillit de ce monde âgé.

Le vent qui passe est si léger,
Qu'il passe sans révéler son identité.

Et bien entendu, les marguerites
Se répandent jusqu'à la guérite,
En suivant le pointillé.

Armen Lubin (1903-1974)

Extrait de C'était hier et c'est demain, Anthologie Le Printemps des poètes, Mars 2004

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24 novembre 2009

The original of Laura

nabokovVous l'avais-je dit ? ... Lorsque j'étais étudiante, j'avais entrepris un mémoire de maîtrise sur les oeuvres de Vladimir Nabokov. En fait, ce qui m'intéressait vraiment alors était le "sentiment d'exil en littérature", et c'est mon maître de mémoire qui m'avait aiguillé vers cet auteur qui m'était alors inconnu.
(En effet, Vladimir Nabokov a quitté la Russie où il était né en 1919. Il débarqua alors en Europe occidentale, puis parti vers l'Amérique un peu plus tard. Il a terminé sa vie en Suisse. Il a donc tout d'abord écrit dans sa langue maternelle, en russe, puis en langue anglaise ses oeuvres les plus connues, par exemple son roman célèbre Lolita.)
En fait, après avoir lu toutes ses oeuvres, parcouru ses interviews, feuilleté ce que j'avais pu trouver sur lui...quelques différents sont apparus entre mon désir personnel de traiter sa période russe et le désir de mon professeur de me voir me concentrer sur Ada, roman dont j'avais exécré la lecture. Le dilemme ressenti, l'écoeurement naissant petit à petit, et mes débuts comme vendeuse en librairie, ont suffi à l'époque à me faire abandonner ce projet titanesque.
Vous en êtes, je le devine, au stade où vous vous demandez pourquoi je vous raconte tout cela.nabokov_laura_129
J'y arrive. J'y arrive.
En fait, à l'époque, toutes les biographies que j'avais consultées se terminaient sur l'évocation d'un nouveau roman, commencé en 1976, alors que le romancier était déjà affaibli par une hospitalisation récente. Dans sa tête, le roman était complet, achevé, il s'intitulait The Original of Laura. Dans les faits, il n'existait pas encore. A sa mort, en 1977, Véra sa veuve, et Dmitri son fils, ont hérité d'un paquet volumineux de fiches bristol annotées.
Alors que l'auteur souhaitait que son manuscrit soit brûlé, Véra et Dmitri n'ont pu s'y résoudre.
Le manuscrit posthume est sorti dans les librairies américaines le 17 novembre dernier. Il paraîtra au printemps 2010 chez Gallimard.
Vous le comprenez, ayant vécu une petite année avec les romans de cet auteur particulier, je ne pouvais passer à côté de cette information. Je ne sais pas vraiment comment Dmitri Nabokov a pu compiler les notes les_fiches_de_laura_1254830836de son père et en faire un roman complet. Je ne sais pas si le résultat vaut le détour. Il y est question, semble-t-il, de mort et de plaisir.
A suivre donc...
En attendant, vous pouvez toujours jeter un oeil sur ses autres romans... Je me souviens avoir beaucoup aimé La défense Loujine, Le Don, La Vénitienne et autres nouvelles, Machenka, etc...et bien entendu Lolita est un roman essentiel, sulfureux, qui reste gravé en mémoire, longtemps.
Bonne lecture !

[Un article très détaillé et passionnant sur le sujet par ici chez Libellules.]

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22 novembre 2009

Aujourd'hui...

...j'ai 37 ans, tout rond.

Dans les heures qui viennent, vous vous en doutez...j'ai donc l'intention de me goinfrer de chocolat, de souffler des bougies, de déchirer des papiers cadeaux, d'embrasser des joues d'enfants, d'oublier le temps qui passe...

Aujourd'hui, je suis en pause "petit nuage".

Alors, pour rester dans l'ambiance (parce que aussi c'est tout neuf dans les bacs), et que c'est tout ce que j'aime...un peu de Norah Jones.

norah_jones    

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20 novembre 2009

Dans la brume électrique, James Lee Burke

dans_la_brume__lectrique"Peut-être que Twinky Hebert, exactement comme Julie Balbonie, c'est nous. Il méprisait son passé à un tel point qu'il n'avais jamais pu le reconnaître. Il n'avait jamais pu expier son péché, ni même jamais pu se pardonner à lui-même. Aussi, pareil à Protée se levant des eaux, condamné à reprendre forme à jamais, Twinky Hebert Lemoiyne avait passé contrat de se tromper lui-même et, en conséquence, se condamner à revivre son propre passé tous les jours de sa vie."

Dans ce roman de James Lee Burke, nous sommes plongés dans l'ambiance nébuleuse et fantomatique du Bayou.
Dans les environs de New Iberia, dans les marais, une équipe de cinéma s'est installée et s'active à tourner un film sur la guerre de sécession.
Alors que Dave Robicheaux est préoccupé par la découverte du corps d'une jeune fille, atrocement mutilé, il tombe sur l'acteur principal, Elrod Sykes, ivre mort au volant d'une voiture. Il l'arrête. Ce dernier lui affirme avoir vu pendant le tournage d'une scène le cadavre d'un homme noir.
Ce récit plongera Dave dans ses souvenirs et le conduira à lutter contre les figures néfastes qui ont pris possession depuis quelques temps de la ville, donnant à New Iberia les dimensions de l'enfer...

Dans la brume électrique est un très beau roman, exigeant par sa longueur et son écriture foisonnante. Il réclame de la part du lecteur une attention soutenue et un investissement certain. Heureusement, la récompense est au bout du voyage et ne déçoit pas.
Je n'avais encore jamais rien lu de cet auteur. (Pourtant, un autre titre de lui m'attend dans ma PAL. Il m'avait donc déjà fait de l'oeil...)
J'ai apprécié ici l'atmosphère, et cette manière d'insérer dans l'intrigue des doses homéopathique de surnaturel, ce qui donne à l'ensemble une profondeur tout à fait bienvenue. En effet, sans ces effets de manche, l'histoire que nous raconte James Lee Burke perdrait sens et certainement en intérêt.

Peu friande d'ordinaire de romans policiers, je laisse les propositions et opportunités m'inciter à découvrir davantage cet univers... C'est incidemment le deuxième opus de Rivages/Noir que je lis et apprécie, aurais-je donc finalement trouvé avec cette collection chaussure à mon pied, ou plutôt littérature policière à ma poche ?

Par ailleurs, et comme sur ce blog, livres ont tendance à rimer en ce moment avec adaptation cinématographie...je vous signale que Bertrand Tavernier a fait de cette intrigue un film, qui vient justement de sortir en DVD.

Un grand merci à TFM Distribution pour l'envoi du livre !

bouton3 Note de lecture : 4/5

Payot-Rivages - 10.50€ - 2007

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18 novembre 2009

Joël Sadeler (1938-2000)

la_po_sieLa
poésie
c'est
le
goutte
à
goutte
des
mots                     

Extrait de C'était hier et c'est demain, Anthologie Le Printemps des poètes, Mars 2004

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16 novembre 2009

Vu hier au soir...

eternal01...Eternal sunshine of the spotless mind, sur Arte. C'est un film que je connaissais déjà. J'ai reçu ce deuxième visionnage bien différemment. Outre la structure narrative qui me plait toujours énormément, les personnages m'ont semblé deux fois plus attachants et le thème finalement bien intéressant aussi. Dans cette histoire, un certain Dr Merzwiak est à l'origine d'un procédé astucieux qui efface les souvenirs. C'est ce que vont se résoudre à faire Joël et Clémentine qui ne voient plus d'avenir pour leurs sentiments et décident de passer ainsi à autre chose.

Clémentine, jouée magnifiquement par Kate Winslet, a tout à fait sa place sur ce blog. Elle est - il me semble - une figure antigonesque tout à fait légitime.

Et puis, voici la réflexion que je me suis faite, que toute émotion est bonne à prendre...même la plus douloureuse, que tout est bon plutôt que de perdre la mémoire et oublier.
Et aussi, qu'il est intéressant de voir ces deux êtres se rencontrer de nouveau, une deuxième fois, comme si le destin leur redonnait une chance, leur proposait une nouvelle partie, à eux de la gagner...cette fois-ci.

Un extrait...

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