07 février 2010

Un royaume de femmes, Anton Tchékhov

unroyaumedefemmes"Lorsque nos regards se rencontrèrent, nos forces nous abandonnèrent tous deux, je la serrai dans mes bras, elle appuya son visage sur ma poitrine et des larmes coulèrent de ses yeux ; couvrant de baisers son visage, ses épaules, ses mains mouillées de larmes -oh ! que nous étions malheureux ! - je lui avouai mon amour, et je compris, avec une douleur poignante au coeur, combien était vain, mesquin et trompeur tout ce qui nous avait empêchés de nous aimer. Je compris que lorsqu'on aime, il faut, si l'on veut raisonner sur son amour, partir d'un point de vue plus élevé, plus important que ceux de bonheur ou de malheur, de péché ou de vertu, dans leur acceptation courante, ou ne pas raisonner du tout."

Dans ce bref recueil, deux nouvelles se côtoient, deux nouvelles sur le thème de l'amour et de ses aléas.

Dans la première, une jeune et jolie femme, Anna, est à la tête d'une entreprise dont elle a hérité de son père. A la veille des fêtes de Noël, elle tente maladroitement de donner aux plus miséreux. Consciente de son manque de savoir, de ses faiblesses et de ses privilèges, elle rêve d'être soutenue par un homme, et pourquoi pas par ce bel ouvrier, Pimenov, qui semble ne pas être si insensible qu'il n'y paraît à ses charmes.

Dans la seconde nouvelle, un homme raconte son passé comme une anecdote, cette histoire d'amour tue, transparaissant dans le secret de gestes et de rencontres amicales, où les sentiments sont réciproques mais non vécus faute d'audace.

Encore une fois, je suis sous le charme d'une atmopshère, russe. Ah, les malentendus de l'amour ! Ces deux nouvelles sont extraites d'un recueil plus large La Dame au petit chien et autres nouvelles. Et j'adore la couverture, pas vous ?

bouton3 Note de lecture : 4/5

Et de nouveau, grand merci à ma prêteuse !!

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06 février 2010

Le hérisson...en DVD

dessins_palomaL'histoire d'une rencontre inattendue : celle de Paloma Josse, petite fille de 11 ans, redoutablement intelligente et suicidaire, de Renée Michel, concierge parisienne discrète et solitaire, et de l'énigmatique Monsieur Kakuro.

A voir finalement peut-être, et simplement, pour le jeu de Josiane Balasko et les petits dessins de Paloma...
Sinon, l'histoire est extrêmement réduite aux faits et la finesse philosophique du livre (L'élégance du hérisson de Muriel Barbery pour ne pas le nommer) est à peine effleurée...
Dommage.
Seulement, qui ne voudrait pas fouiner dans cette bibliothèque secrète cachée aux regards indiscrets du voisinage, qui ?

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03 février 2010

Sous l'Oeil d'Oedipe...

sousl_oeild_oedipeHier au soir, j'étais au théâtre pour assister à la représentation de Sous l'Oeil d'Oedipe, une version du mythe orchestrée par Joël Jouanneau. 2h30 en compagnie de la maison des Labdacides, et plus particulièrement du personnage d'Antigone, comment manquer cela ?!

L'intérêt de ce spectacle est de brosser l'ensemble de l'histoire sanglante de cette famille maudite, auparavant éparpillée en plusieurs écrits, et de partir de la révélation de la souillure suprême (Oedipe coupable d'inceste et de parricide) pour clore le drame par la mort d'Antigone.

J'ai apprécié ce spectacle malgré sa longueur. Je suis seulement un peu chiffonnée que l'amour qu'Antigone porte à son frère Polynice soit transformé ici en amour incestueux...mais cela donne une structure logique à l'ensemble (donc passons)...et que son combat soit dans la pièce sommairement et rapidement brossé (ici Oedipe garde la vedette, c'est ainsi).
Jacques Bonnafé (Oedipe), Hedi de Clermont-Tonerre (Tirésias) et Mélanie Couillaud (Euménide) m'ont particulièrement bluffée, j'ai été moins séduite par les autres acteurs, mais on se fait toujours une image personnelle et physique des personnages de papier, alors cela me semble aller de soi.

sousl_oield_oedipephoto

Ce spectacle est en tournée.

"Sous l'oeil d'Oedipe n'aurait pu s'écrire sans Sophocle et Euripide. N'entendant rien au grec ancien, je n'ai pu les rencontrer que par leurs traducteurs. Ce sont eux qui ont guidé les premiers pas de mon voyage intime au coeur du mythe, je tiens donc à tous les remercier. Il reste que plus de vingt-cinq siècles me séparent des deux poètes grecs. C'est très peu, certes, cela donne du moins le temps de lire." Joël Jouanneau

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01 février 2010

Sonietchka, Ludmila Oulitskaïa

sonietchka"Seigneur, Seigneur, qu'ai-je donc fait pour mériter un tel bonheur..."

Sonia travaille dans une bibliothèque. La solitude et la lecture sont son quotidien mais aussi son plaisir. Un jour, un homme plus âgé qu'elle, un peintre, la demande en mariage. Ils ne partagent pas les mêmes goûts littéraires, les difficultés matérielles s'ammoncellent, mais le bonheur est là, limpide. Sonia ne lit plus.
Les tâches ménagères, puis plus tard, la naissance de leur fille Tania combleront largement sa vie. Autour de Robert, reconnu tardivement pour ses oeuvres, et de sa fille, un peu légère, graviteront peu à peu un cercle d'habitués qui n'auront pas de prise sur le calme paisible de cette femme que l'âge épaissi et que le sentiment d'un bonheur sans failles ne quitte plus...

Lire Ludmila Oulistaskaïa est comme une récrétation tranquille dans le flot de mes lectures du moment. J'aime énormément la littérature russe, ces vies brassées entre le labeur, la pauvreté, le regret d'un monde passé et qu'occupe parfois l'attrait d'une Europe occidentale lointaine et indifférente.

Ce court récit laisse un sentiment de beauté diaphane, de douceur et d'injustice floue, le sentiment aussi d'avoir croisé une belle âme au coeur simple et aux gestes généreux. Un joli moment de lecture.

"Au milieu de la désolation de la vie en évacuation, au milieu de cette misère, de cette détresse, et de la frénésie des slogans dissimulant à peine l'horreur sous-jacente au premier hiver de la guerre, on se demande où Robert Victorovitch, à bout de forces, et Sonietchka, fragile de nature, trouvèrent l'énergie de bâtir une vie nouvelle, recluse et solitaire comme une tour swanne, et qui pourtant mêlait leurs passés désunis sans y opérer la moindre coupure : la vie, de Robert Victorovitch, brisée comme le vol d'un papillon de nuit aveuglé, avec ses revirements  foudroyants et joyeux du judaïsme aux mathématiques, pour finir par ce qu'il y avait de plus important pour lui - un barbouillage inepte et fascinant, comme il définissait lui-même son métier - et la vie de Sonietchka, nourrie des inventions livresques d'autrui, mensongères et captivantes."

Née en 1943, Ludmila Oulitskaïa est une auteure phare du renouveau de la littérature russe.

bouton3 Note de lecture : 4/5

Grand merci à ma prêteuse !!

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