31 mars 2010

L'Echappée, Valentine Goby

l__chapp_e"21 mars, jour du printemps. Soleil éblouissant. Ricochant partout, allongeant de vraies ombres, nettes et noires sur le sol clair. Madeleine marche vers le théâtre, il y a de l'or dans ses cheveux. Elle sent la température de l'air, elle y fait attention. D'habitude ça ne fait rien qu'il fasse chaud ou froid ou tiède, ça n'a pas d'importance, la couleur des feuilles. Aujourd'hui, elles sont vert translucide, presque jaunes, le soleil passe à travers et revèle un réseau de veinules minuscules, dentelle fragile, Madeleine en éprouve un plaisir immédiat. Ce matin, elle est d'accord pour avoir des yeux, une peau, un corps. Joseph Schimmer est de retour."

Madeleine a seize ans. Elle travaille sur Rennes, dans un hôtel, au coeur de l'occupation. Joseph Schimmer est allemand, musicien. Il lui demande un jour, à elle qui ne connaît pas la musique, de devenir sa "tourneuse de pages". Elle accepte, inconsciente, fascinée, séduite, car tout vaut mieux que les sillons de Moermel, la névrose de sa mère, le comportement maniaque de son frère aîné et le silence de son père. De cette union brève, naîtra une enfant blonde aux yeux clairs, Anna, qui entraînera sa mère sous les tondeuses des FFI, et la fera fuir et errer aux quatre coins de France, en recherche de travail et d'oubli...

Je suis fascinée, encore et toujours dans ce texte, par la force d'écriture de Valentine Goby. Elle a une langue riche de mots, de virgules, qui virevolte et pédale (début du roman magnifique). Le thème qui court le long de L'Echappée n'est pas nouveau, il rappelle celui de La femme de l'Allemand de Marie Sizun, mais ici l'originalité tient dans cette manière précise qu'à l'auteure de décrire les sentiments flous et remplis d'intuitions de Madeleine. Et puis, j'ai beaucoup aimé cette fin à tiroirs qu'elle nous propose, comme si, dans la vie, plusieurs destins étaient possibles, atteignables, le jeu du hasard ou des choix. Malgré un thème dur, un beau moment de lecture.

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Note de lecture : 4.5/5 - Folio - août 2008 - 6.10€

Biblioth_que_et_LALLu aussi par Florinette qui le décrit comme magnifique et bouleversant - Un roman fort pour Clarabel - Un livre d'une grande beauté pour Lily - Une réussite pour Alice - Un coup de coeur enthousiaste pour La Pyrénéenne !! - Anne a été prise en cours de route mais est restée jusqu'à la fin sous la magie de ce récit ...

Ma lecture de Qui touche à mon corps je le tue (Mon coup de coeur à moi !!)

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30 mars 2010

Je ne sais pas...

J'vais pas te rendre pour prendre un autre
J'vais pas te vendre pour une ou deux fautes
Je veux tes mots, je veux ta peau,
C'est jamais trop.

Joyce Jonathan

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29 mars 2010

Anne-Marie Kegels - Je t'aimerai sans toi...

haute_vigneJe t'aimerai sans toi. Ne me fais jamais signe.
Un ajonc peut flamber sur la lande, à midi,
solitaire en son mal et seulement nourri
d'argile avaricieuse au bout de sa racine.

Enterre au fond de toi mon nom ensommeillé.
Reste plus ténébreux qu'un buis de cimetière.
Je t'ai volé jadis les neiges de janvier
et j'ai coupé sur toi mes plus hautes javelles.

Va, ressemble à un mort. Debout dans mon désert
je sens bouger en moi des foisons de semences.
L'amour qui te cherchait dans sa famine immense
t'a dépassé enfin et brûle l'univers.

Haute vigne éd du Verseau 1963

Bibilographie sur le site du Printemps des Poètes

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28 mars 2010

L'avant-dernière chance, Caroline Vermaille

l_avantderni_rechance"Six jours plus tard, une Renault Scénic bleu métallisé avec toit ouvrant et navigation satelliste, pimpante sous le soleil encore fier de cette fin septembre, abordait le virage de la petite route arborée de Chanteloup. Dans le rétroviseur, Georges regarda la famille de Charles qui leur "faisait au revoir", Thérèse essuyer une larme, et la maison où il avait passé quatre-vingt-trois ans rapetisser avant de disparaître derrière les arbres. Sa poitrine était lourde et sa gorge un peu serrée, mais il ne regrettait rien. Charles, qui conduisait d'une main et agitait toujours l'autre par la fenêtre, semblait quant à lui avoir tout un orchestre joyeux dans le coeur. Cent cinquante-neuf ans à deux, et ils étaient partis pour le Tour de France."

Au tout départ, il y a ce projet de voyage, farfelu. Deux hommes âgés, des voisins, décident de prendre la route. L'un profite de l'absence de sa fille, omniprésente, étouffante de sollicitude. Le second quitte pour une fois sa famille, heureux de suivre la trace de ses héros de toujours. Mais voici que l'inquiétude soudaine de la petite fille de Georges, Adèle, qui n'est pourtant pas venu lui rendre visite depuis des années, risque de tout mettre à terre. Qu'à cela ne tienne, on fera transférer les appels du fixe sur un portable... Mais le tour de passe-passe ne tient pas longtemps et Adèle fait promettre à Georges de lui envoyer un texto rassurant tous les jours. Commence alors à se tisser entre eux un lien de complicité inattendu.

Ce roman se lit avec une délectation toute rafraîchissante. Dans ma période actuelle de panne de lecture, il a su retenir mon attention, me plonger dans son atmosphère douce et m'entraîner jusqu'à la fin de ses pages. Moi qui ne suis pas toujours adepte de bons sentiments en littérature, j'étais peut-être un peu dubitative avant d'ouvrir ces pages...mais foin de réticences, ce livre m'a vraiment plu, et m'a donné des envies de vacances irrésistibles, alors.

bouton3 Note de lecture : 3.5/5 - 978 2 7021 3999 8 - 8.90€ - Mars 2009

Caroline Vermaille a reçu pour ce titre le Prix Nouveau Talent 2009 de la Fondation Bouygues Telecom-Metro. Reconnaissance méritée car ce prix incluait une contrainte d'écriture, relevée ici avec brio et justesse : écrire un récit incluant le langage SMS et les messageries instantanées.

L'auteure sera présente lors du salon du livre de Montaigu, en Vendée, qui se déroulera du 9 au 11 avril. La liste des auteurs en dédicace est consultable ici. Pour ceux qui pensent s'y rendre, Flo vous propose une rencontre.

La plupart des lectures sont regroupées sur cette page (http://carolinevermalle.typepad.fr). Ce titre a en effet été beaucoup lu sur la blogosphère.

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27 mars 2010

L'Arnacoeur

arnacoeur

Allez, comment vous dire, j'ai craqué ici sur la plastique de Romain Duris, ou plutôt sur son sourire aux dents en désordre. Un peu étonnée peut-être que cette romance là soit si drôle, et puis contente finalement, parce que rire ça fait du bien. Séduite par la grâce de Vanessa, aussi.
Saupoudrez le tout de quelques scènes cultes de Dirty Dancing, des trouvailles de situations, du peu crédible en pagaille et le tour est joué.

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26 mars 2010

Au programme...

Découvrez la playlist SANDRINE KIBERLAIN avec Sandrine Kiberlain

Merci Bel Gazou !

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25 mars 2010

Paris-Brest, Tanguy Viel

paris_brest"Des choses sur nous.
Et c'était comme une phrase qui ne voulait pas s'effacer, qui naviguait en moi comme une boucle sonore et s'inscrivait partout, sur la nappe, sur les verres, sur la neige carbonique qui blanchissait les vitres, il paraît que tu écris des choses sur nous.
Oh mais ça ne nous dérange pas, a repris ma mère, nous n'avons rien à cacher.
Non. Bien sûr. [...]
Ensuite il y a eu du silence encore et des paroles normales. Il y a eu mon frère qui ne savait pas où se mettre puis des conversations déviées et du silence toujours. Il y a eu la pluie à Brest et le prix des loyers. Il y a eu les cuillères cognées contre la porcelaine. Mais sur la table au-dessus de nous, outre la mer dehors et les vieux meubles qui pliaient sous nos regards, il y avait cette expression devenue presque sale, comme un nuage de pluie qui se serait maintenu : des choses sur nous. Et dans le tourbillon noir des tasses en porcelaine, on aurait dit que chacun, à la surface mouvante de son café, que chacun désormais lisait des choses sur lui."

A Brest, il y a le restaurant Le Cercle Marin, une grand-mère qui tout à coup devient riche en acceptant d'épouser un inconnu, la pluie, un jeune garçon coincé entre une mère toute puissante et un père accusé de détournement, et surtout le fils Kermeur qui rêve de vengeance. De Brest, il faut parfois s'échapper. Pour ce faire, tout est bon, même le vol. Et écrire.
A Brest, ou dans ses environs, et surtout lorsque l'on a construit son nid sur Paris, près du jardin du Luxembourg, il est peut-être imprudent de revenir...

Voici une histoire qui met quelques pages à montrer son vrai visage. Et lorsque le tour est joué, le masque tombé, on poursuit sa lecture une sorte de sourire en coin, au bord des lèvres, jusqu'à l'apothéose finale, cynique. J'en ai aimé l'ambiance, même si elle donne parfois froid dans le dos. Je me suis dit que "tiens, encore une histoire familiale, une autobiographie en mouvement", et puis finalement non, comment savoir ? Peu importe.
Il y a quelque chose de jouissif dans cet écrit, de sombre et de courageux à la fois, d'un peu volé à Agatha Christie, question atmosphère, et qui me donne envie de poursuivre ma quête, de découvrir encore cet auteur. Pari réussi, donc.

bouton3 Note de lecture : 4/5 - 978 2 7073 2063 6 - 14€ - janvier 2009

Biblioth_que_et_LALUn billet qui se questionne sur les conséquences du roman familial, chez Biblioblog - Zarline n'a pas aimé du tout - "Pour en finir avec la famille", chez Télérama - Un roman en lice pour le Grand Prix des Lectrices ELLE 2010 (et un coup de coeur pour Sophielit) -

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24 mars 2010

Elle a dit...

marina_fo_s"Au petit de 18 mois, j'ai raconté l'autre jour : "Toi et ton frère, vous êtes les deux seules personnes à avoir squatté mon corps." A l'aîné, j'ai ajouté : "Tu sais, je t'avais mis des petits bouquins pour que tu ne t'ennuies pas." Il m'a répondu : "Oui, et une petite lampe !"."

(Marina Foïs dans le Elle du 19 mars 2010)

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23 mars 2010

D'où je suis, je vois la lune ~ Maud Lethielleux

d_o_jesuis"J'ai chouré un bloc-notes à la maison de la presse, un petit rectangle orange avec les pages qui s'arrachent, j'ai caressé le dessus, comme ça, pendant longtemps, et j'ai senti le papier, c'était pas comme dans mes souvenirs avec l'odeur de poussière, ça sentait presque rien, une sorte de pétrole désaromatisé, le même que celui que Boule balançait l'hiver dernier sur les ordures pour se réchauffer. Ca m'a un peu déçue ce papier sans l'odeur d'école maternelle, mais en même temps c'était tellement doux que j'ai pas regretté."

Moon vit dans la rue. Elle a trouvé un petit coin confortable près de chez une fleuriste, où elle peut se cacher, dormir, rêver, être tranquille, et regarder la lune en compagnie de son chien Comète. La journée, elle vend des sourires aux passants. Ca ne fonctionne pas toujours très bien, son petit commerce, mais elle est habituée. Et puis, il y a Fidji, son amoureux, qui a bien changé pourtant depuis son retour de Paname (comprenez Paris), et Boule, et Slam qui sort juste de prison. Un beau jour, lui prend l'envie d'écrire, de faire un cadeau à Fidji, de raconter l'histoire d'une enfance inventée, elle vole un carnet et se met à griffonner dessus sans pouvoir s'arrêter...

heart On peut dire ce que l'on veut mais voilà, là est l'évidence, Maud a réussi encore une fois à écrire un livre qui fonctionne. Pas de grands effets ici, toujours cette même manière de raconter les évènements à la première personne, à hauteur d'humain.
Et j'ai beaucoup aimé ce deuxième roman, sans doute bien plus celui-ci que le premier d'ailleurs (Dis oui, Ninon), qui était pourtant déjà d'une fraîcheur et d'une limpidité toute sympathique.
On dirait que l'auteure nous raconte ici son parcours éditorial, à sa manière, ou plutôt à la manière de Moon et c'est franchement intéressant. Elle m'a bien plu, avouons le, et sans dévoiler quoi que ce soit, cette idée inventive de mise en abîme.
Et puis, même si tout n'est certainement pas crédible dans ce récit, prendre cette fable pour ce qu'elle est n'est après tout qu'une histoire d'imagination et de capacité à se laisser bercer par ses rêves. N'est-ce pas tout bêtement ce que l'on demande à la plupart de nos lectures, nous emmener à chaque fois un peu plus près de la lune ?

bouton3 Note de lecture : 5/5 - 978 2 234 06261 0 - 18.50€ - mars 2010

Un bien joli moment de lecture, vraiment. Merci Maud !

La lecture de Sylire qui fait voyager son exemplaire.

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22 mars 2010

Irrégulière

Vu dernièrement en spectacle...l'Irrégulière par Norah Krief.

Recto       norah_krief

Ou comment, et en un peu plus d'une heure, présenter d'une manière toute particulière les textes forts de cette poétesse connue de nom par un grand nombre mais sans doute assez peu lue, Louise Labé (1524-1566).
Norah Krief lit, chante, joue la comédie, vit les mots de cette auteure du XVIème siècle dont je ne réalisais pas du tout la modernité d'écriture, cette manière si franche de parler des femmes et du désir, sans tabous, avec effervescence. Un excellent moment.

Son site Myspace est par là : http://www.myspace.com/norahkrief

Pour lire les poèmes de Louise Labé : http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/louise_lab/index.html

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J'ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure ;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure ;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène ;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

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