a_l_abandon"La première chose que j'ai vue lorsque j'ai ouvert les yeux, c'est ton visage au-dessus du mien. Je ne savais pas s'[...] il n'était qu'un mirage. S'il allait peu à peu s'effacer, disparaître. J'aurais voulu te le demander, mais je ne pouvais pas parler. Aucun son ne pouvait sortir de moi. Je te regardais. Tu me regardais. Tout était en suspens, immobile autour de nous. Plus rien ne tournoyait. Plus personne ne me berçait. Mon corps ne roulait plus. J'ai senti la chaleur soudaine de l'été, qui fondait sur moi, pénétrait mon corps. Ca a duré très longtemps. Tu ne bougeais pas. Tu ne t'effaçais pas. Tu me regardais, et il me semblait que tu me donnais à boire. Je n'avais plus soif. Je sentais l'eau revenir dans ma bouche, dans ma gorge, dans mon corps. Mes lèvres sont devenues humides. J'avais la sensation de revenir de très loin, d'un endroit où je ne voulais plus retourner. D'un endroit que je ne te raconterai jamais.
Je me suis redressée. J'ai tendu mon bras vers toi. Mon doigt a effleuré ton visage. Tu n'as pas bougé. J'ai touché ta peau. Elle était chaude. Je l'ai carressée longuement. Tu n'étais pas un rêve. Tu étais là. Je pouvais sentir tes lèvres, tes joues, tes paupières. J'avais envie de pleurer, et de rire aussi. De rire beaucoup, longtemps."

Extrait de A l'abandon de Laurence Tardieu pour le texte et de Aude Samama pour les illustrations, 2009, édition naïve, collection Livre d'heures, 8€

La collection Livre d'heure dirigée par Jean Rouaud se propose de réunir des textes illustrés ne relevant d'aucun genre en particulier.
"C'est de la fantaisie, toujours." Arthur Rimbaud

Un joli moment passé en compagnie de ce tout petit ouvrage qui occupe bien moins qu'une heure les lectrices avides que nous sommes... Comme le sentiment de s'éveiller avec le personnage d'un rêve intense et profond, d'une expérience unique d'abandon total.

Un autre extrait chez Aifelle - La lecture de Sylire - Emprunté en bibliothèque

http://www.audesamama.com