30 juin 2012

Hôtel des adieux, Brad Kessler

hôteldesadieux"Ana voulait sentir l'eau sur son visage. Elle se dirigea vers l'endroit où les rochers, plus lisses, retenaient des flaques d'eau de mer, d'un vert de liquide de refroidissement. Des membres de la police montée étaient postés tous les dix mètres pour empêcher les gens de rejoindre le bord des rochers. Un ruban jaune avait été tendu le long de la mer elle-même. Tout l'Atlantique, songea Ana, était devenu le lieu d'un crime."

Alors que la fin de l'été s'annonce sur l'île de Trachis Island, un avion sombre près de ses côtes. Kevin et Douglas, gérants d'un hôtel, sont aux premières loges. Ils participent aux secours et accueillent les familles des victimes en lieu et place des touristes partis quelques jours plus tôt. L'évènement bouleverse profondément la vie de l'île. Et les proches des disparus trouvent dans cet havre de paix bien plus qu'un lieu de mémoire, le courage d'un nouveau départ. Ana, spécialiste de la migration des oiseaux, attend que l'on retrouve le corps de Russell son mari, tandis que les autres restent tétanisés de cette perte si absurde et brutale qu'est celle d'une fille, d'une nièce, d'un père et d'une mère, d'un amour de toujours.

Hôtel des adieux nous conte l'histoire d'un crash aérien, mais pas seulement. Il met également en scène notre capacité à survivre à la perte, au deuil, à la mémoire. La métaphore filée tout au long du récit est celle de la migration des oiseaux, via le personnage d'Ana -personnage auquel on s'attache essentiellement - et cela donne au texte une poésie subtile, tout en remettant l'être humain à sa place, un être vivant parmi d'autres.
Une lecture, à la fois profonde et légère, qui m'a pourtant laissée comme un goût de pas assez.

Editions 10/18 - 8.10€ - Juillet 2011 

 

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29 juin 2012

Guy Goffette

"Réveil en musique : il pleut. Rester couché surtout : écrire n'est plus de mise quand la pluie sur le toit chante sans effort, et son vers est impair et passe en sautillant. [...] Ce qu'il dit importe peu : c'est l'âme des choses qu'on croyait en allée pour toujours et qui revient, remplit les creux. On s'en rend compte dès que la pluie a tourné au coin de la rue, pas besoin d'ouvrir les yeux. Le silence n'est plus l'absence de bruits, mais la voix soudain en nous, accordée, complice, de la vie et de l'être. Le temps ne passe plus. Et la terre est enfin bleue comme une orange. Les poètes ont toujours raison."

orange bleu chaise

"Au fond, les vrais voyages sont immobiles. Immobiles et infinis. Solitaires. Silencieux. Souvent, ils commencent dans une chambre où l'on est enfermé parce qu'il pleut ou parce qu'on est malade, obligé de garder le lit. On a huit ou neuf ans, le goût des images qui partent toutes seules dans tous les sens et qu'on lit de même, en sautant par dessus les fuseaux horaires, uniquement préoccupé du cours qu'elles ouvrent en nous et attentif au fleuve qui va venir, qui doit venir, gonflé qu'il est de toute l'eau du regard, de la pluie qui tombe peut-être dans ce monde tout près où l'on n'est plus ; gonflé, oui, et irisé par la fièvre douce (encore et peut-être) qui nous saoule un peu et nous fait dériver entre les motifs du papier peint décoloré."

"Demain, le jardin du monde va refleurir, qui rend ses couleurs aux plus vieilles images, toute sa lumière à celui qui, regardant, voit plus loin que ses yeux et met la mer en bouteille en marchant dans un livre."

... quelques extrait de Les derniers planteurs de fumée (Folio2€). Merci Cathulu !!
Et un auteur qui a pris tout de suite à mon oreille ce ton familier qui fait les belles découvertes. A suivre.

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24 juin 2012

Nous deux

 

jouvence

En pleine conscience j'effleure
Ta présence fugitive
A quand un prochain départ ?
A quand à nouveau ton absence ?

D'un rien tu t'envoles
A peine je me retourne
Et c'est l'évasion

Même là accoudé à ma table
Tu manques
Même ta tête au creux de mon cou
Tu manques

Soulagée d'un sourire retrouvé
Et puis brouilllée embrouillée
Du souvenir des contrariétés
Qui me blessent et te blessent

Nous deux c'est un peu
L'oiseau des mers
Qui aurait épousé un Edelweiss

© Les écrits d'Antigone - 2012

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23 juin 2012

En piste, les dés !

enpistelesdesAlors qu'approchent petit à petit les grandes vacances, la famille Antigone sait déjà qu'elle apportera dans ses valises pour sa semaine de voyage quelques boîtes de jeux. Et oui, malgré les apparences, nos soirées d'été ne sont pas seulement consacrées à la lecture... L'année dernière, nous avions découvert avec bonheur le Pictureka, et joué avec passion à l'indétronable Uno. Cette année, ce sera sans conteste En piste, les dés ! qui aura notre préférence !!

Avec ce livre, un seul coffret et quelques dés, nous pouvons jouer à pas moins de douze jeux. Le petit plus étant sans doute ce petit creux central qui est une piste de lancer intégrée très pratique à utiliser. Le tout est, comme toujours chez Tourbillon, très beau et très bien pensé.

En cette veille de vacances scolaires, et alors que l'on commence déjà à voir fleurir un peu partout des cahiers de vacances ludiques et/ou rébarbatifs, ce coffret est une bonne solution alternative, car il sollicite, sans y toucher, les facultés de l'enfant à calculer mentalement ou à créer des combinaisons de mots. Et voilà qui m'a bien plu. Il est recommandé dès 6 ans, mais il me semble nécessaire de savoir lire et compter un minimum pour mieux l'apprécier. C'est avec ma grande fille de 10 ans que j'ai essentiellement joué pour l'instant, déclenchant à chaque fois entre nous deux une bonne partie de rigolade.

Une idée originale !!
Un grand merci aux éditions Tourbillon !

Editions Tourbillon - 13.95€ - Juin 2012

juin2012bis 028

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21 juin 2012

Pourtant

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20 juin 2012

Les Soeurs Andreas, Eleanor Brown

lessoeursandreas"Tirant leurs ouvrages, Cordy et Bean disparurent derrière les pages ouvertes. Rose demeura un long moment à fixer le vide devant elle, puis finit elle aussi par ouvrir son livre. Voilà, c'était tout, apparemment. Nous n'allions parler de rien, ni partager nos sentiments, ni discuter de quelconques dispositions, ni nous rapprocher affectivement [...]. Au lieu de cela, nous adoptions la seule conduite que nous ayons toujours eue, nous faisions la seule chose où nous ayons jamais brillé avec constance : lire."

Trois soeurs, trentenaires, se retrouvent de nouveau ensemble à Barnwell, dans la maison de leur enfance. Elle sont réunies officiellement pour accompagner leur mère dans l'épreuve de la maladie, un cancer du sein et son lot de chimio, de chirurgie, et d'effets secondaires épuisants. Mais il y a d'autres raisons, celles qu'elles tentent de dissimuler aux yeux de leurs proches, Rose, Bean et Cordy sont toutes les trois à un tournant de leurs vies. Et si l'aînée hésite à prendre son envol pour rejoindre son fiancé en Angleterre, les deux plus jeunes sont venues malgré elles chercher refuge dans un lieu qu'elles n'ont eu jusque là de cesse de fuir, l'une en vivant à New York et l'autre en zonant sur les routes.
Passionné par Shakespeare, leur père ne s'exprime qu'à coup de citations du célèbre dramaturge. Les trois soeurs sont elles-mêmes baptisées de prénoms d'héroïnes.
Trouveront-elles des réponses à leurs questions dans cette maison nichée au creux d'une ville universitaire, où il y a toujours un livre à lire, à prendre, à commencer ou à terminer ?

Et bien, voici un roman d'été, sans prise de tête, qui s'est avéré bien plaisant à la lecture !! 
J'en ai aimé l'ambiance familiale, affectueuse et taquine, et son environnement baigné de littérature. J'ai apprécié aussi cette manie étrange, paternelle et contagieuse, de citer Shakespeare...
Et puis, il y a cette attitude, qu'ont naturellement les personnages - assez semblable à ce qui se passe chez moi - de prendre un livre dès qu'un espace/temps le permet, même une attente de cinq minutes.
Bien entendu, les rouages vont vous paraître un peu trop bien huilés et le tout manquer de vraisemblance, on se demande aussi parfois qui peut bien être le narrateur (les trois soeurs ?), mais peu importe. Malgré un style très simple (trop simple ?), je vous recommande cette lecture "qui fait du bien".

"Comment expliquer la signification des livres et de la lecture dans notre famille, le bonheur des pages, des bibliothèques ?"

Editions Marabout - 19.90€ - juin 2012

Le billet de Mango

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16 juin 2012

Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Jeanette Winterson

pourquoietreheureux"Et les livres n'avaient pas fini de me sauver. Si la poésie était une bouée de sauvetage, alors les livres étaient des radeaux. Dans mes moments les plus fragiles, je tenais en équilibre sur un livre, et ces livres m'ont portée sur des marées d'émotions qui refluaient en me laissant trempée et anéantie."

Ce titre de Jeanette Winterson est une autobiographie. L'histoire "vraie" de l'auteure, celle-là même qu'elle avait déjà parée de fiction dans Les oranges ne sont pas les seuls fruits (Ed Olivier 2012) [roman que je n'ai pas encore lu].
Elevée par une mère adoptive rigide et mystique, Jeannette trouve malgré tout le chemin étroit qui la mènera plus tard vers l'écriture. Dans la bibliothèque qu'elle fréquente en cachette, dans sa petite ville ouvrière d'Accrington au nord de l'angleterre, elle a décidé très jeune de lire l'intégralité des auteurs de A à Z. Remarquant déjà l'absence manifeste de femmes - quoique l'alphabet tienne par chance dans sa lettre A Jane Austen - elle devient très tôt sensible à leur condition. La lutte est depuis lors un mode d'expression, féministe, le fruit d'un instinct de survie fort qui n'empêchera pourtant ni la souffrance, ni les doutes, ni la dépression, et ne remplacera jamais le manque.
Née sous X, Jeannette Winterson cherchera plus tard,  à l'âge adulte, à construire le puzzle de ses premiers instants en partant en quête de ses origines, de son dossier d'adoption et de sa mère biologique.

Voici un titre qui m'a touchée pour de multiples raisons, l'histoire assez terrible qu'elle raconte en premier lieu, et puis ces magnifiques passages sur la place de l'écriture et de la lecture dans une vie qui ne demande par ailleurs qu'à sombrer. Ah, ces enfances meurtries me révoltent toujours autant ! L'écriture est ici bourrée d'émotion à fleur de mots, et elle est pourtant si pudique et si littéraire. Elle avance par touches sensibles comme dans un tableau impressionniste. De plus, le tout est baigné d'amour, malgré les blessures. Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? est véritablement un très beau texte.
Une lecture qui lutte pour le bonheur.

Editions de l'olivier - 21€ - Mai 2012

Le billet de Cathulu la tentatrice ! - L'avis de Clara tout aussi positif

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15 juin 2012

En cours de lecture...

manque"La sensation de manque ne vous laisse pas un instant de répit, jamais - elle ne peut pas, ne devrait pas nous lâcher, cette sensation, puisqu'il manque effectivement quelque chose.
Cela n'est pas négatif en soi. Cette part manquante, ce passé manquant, peuvent constituer une ouverture plutôt qu'un vide. Ils peuvent devenir une entrée autant qu'une sortie. Ils sont une preuve fossilisée, la marque d'une autre vie, et même si cette vie vous sera à jamais inacessible, vous pouvez suivre sa trace du bout des doigts, à l'endroit qu'elle aurait pu occuper, et du bout des doigts, apprendre une nouvelle forme de braille.
Les marques sont là, des zébrures saillantes. Lisez-les. Lisez ces blessures. Récrivez-les. Récrivez ces blessures.
C'est pour cette raison que je suis écrivain - je ne dis pas que j'ai "décidé" de l'être ou que je le suis "devenue". Ce n'était pas un acte volontaire ni même un choix conscient. Pour éviter la trame serrée du récit de Mrs Winterson, je devais être capable de faire mon propre récit. Mi-réalité mi-fiction, voilà les ingrédients qui composent une vie. Et comme dans l'espionnage, il s'agit d'une légende, d'une couverture. J'ai rédigé mon issue de secours."

Extrait de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeannette Winterson - Mai 2012

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14 juin 2012

City Hall t1 de Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre

city hall"La main et l'esprit... en deux écrivains sont réunis mon seul et unique ennemi !"

Attention, grand bain de jouvence avec ce manga ébouriffant, et littéraire, dont le sujet m'a plu dès le départ !
Je ne sais pas vous mais moi j'aime beaucoup l'esprit de la série Sherlock Holmes qui passait il y a quelques temps sur France4, et cette étrangeté qu'est celle d'un personnage du passé apparaissant dans un présent très réaliste. Ici, nous sommes dans un Londres futuriste, où le papier a disparu depuis deux cents ans suite à une guerre destructrice. Depuis, les autorités ont oeuvré pour faire disparaître ces faits des mémoires. Imaginez un monde dans lequel tout ce que vous écrivez/imaginez prend vie. A une époque révolue, quiconque savait écrire pouvait se créer des créatures serviles capables d'assurer n'importe quelle tâche simple. Ces créatures s'appelaient des Papercut, mais le système s'est emballé...
Aujourd'hui, tout cela a disparu, enfin c'est ce que l'on croit... Le ministre des Finances ayant trouvé la mort dans des conditions mystérieuses et violentes, le chef de la police et le maire de Londres sont sur le pied de guerre. Seuls Jules Verne et Arthur Conan Doyle semblent capables d'affronter sur son terrain un ennemi utilisant une arme aussi terrible que le papier !

Surfant sur le succès des personnages de l'Angleterre victorienne, Rémi Guérin et Guillaume Lapeyre ont le bon goût de nous transporter dans une époque différente. J'ai été un peu désarçonnée de rencontrer des auteurs connus et fringants de jeunesse bataillant contre des monstres terrifiants, faisant fi de tout anachronisme, mais mon étonnement est simplement dû à ma méconnaissance manifeste du genre. Car chaque personnage a au cours du récit sa fiche d'état civil et cela est semble-t-il une manière de procéder tout à fait normale. Vous allez alors apercevoir au fil des pages Malcom X ou bien Amélia Earhart, aviatrice et première femme à traverser l'océan atlantique en avion, et avouons-le voilà qui assez amusant et distrayant.
Le rythme de l'ensemble est relativement décapant, presque too much pour mon goût personnel, mais les dessins sont magnifiques et les références historiques disséminées ici et là m'ont amenées à divers moments un grand sourire aux lèvres.
Comme tout ce que fait l'éditeur, l'objet est très beau, un petit bijou de graphisme. A offrir sans complexes à son ado !
Un grand merci à Ankama pour cette expérience décoiffante !! 

Editions Ankama - 14 juin 2012 - 7.95€

Le blog de la série : http://cityhall-ankama.blogspot.fr/

Suite de la mission en librairie à l'automne 2012 !!

 cityhall

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11 juin 2012

VROUZ

Je me souviens d'avoir été en parapluie
En parapluie au fond du ventre de baleine
Baleine de corset serré plus que café
Café noir expresso ça fait battre le coeur
Le coeur un peu plus vite alors tachycardie
Hardie la vie qui palpite en mon être
Mon être de chair aux amours de papier
A pied par quel chemin rendu sous les nuages
Les nuages font tomber de l'eau jamais vintage
Jamais vintage non plus l'étoile du berger
A la bergère parce que je ne voudrais pas perdre
Perdre dans cette histoire mon très précieux pépin
Cieux pépins tiens le monde est somme toute bien fait
Battre le coeur tomber l'averse et quoi encore.

Extrait de Vrouz par Valérie Rouzeau - Editons La Table Ronde - Mars 2012

Merci Cathulu !

juin2012 013

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