10 juin 2012

Lettres d'Agathe, Nathalie Ferlut

lettres d'agathe"J'aime pas quand les gens sont gentils avec moi.
Surtout parce que je sais qu'ils vont se rendre compte que moi, je ne sais pas être gentille, avec personne, sauf un peu avec François...
Quand on est gentil avec moi, je fais vite l'idiote pour avoir la paix, et en général, ça marche bien. La vérité, c'est qu'au fond, je ne suis pas gentille : moi je le sais, et maman aussi..."

Agathe écrit à sa mère, alors que celle-ci est morte depuis longtemps, pour tenter de vivre au mieux son présent. Elle revient sur sa naissance d'après guerre, sur leur relation douleureuse, tente de comprendre cette indifférence marquée à son égard, une différence de traitement, visible et pourtant tue par l'entourage, entre elle et ses deux frères. Elle sait qu'elle a été non désirée, maltraitée de manière insidieuse, victime de désamour. Et puis, il y a cette découverte faite après la mort de cette dernière, cette vérité étonnante sur l'enfant présente sur une photographie, conservée comme un trésor par son frère François et chipée par Agathe avant son départ sur Paris... Mais comprendre est-il pardonner ?

Voici une BD, toute en émotion, que j'ai aimé lire, tout en pensant à Une autre fille d'Annie Ernaux et à tous ces récits de femmes blessées par la froideur et la violence verbale de mères mal aimantes. Cet album exprime avec talent l'horreur subtile de cette éducation, qui marque à vie, ainsi que l'handicap qui poursuit ces enfants à l'âge adulte, et combien ils se sentent coupables, de tout, et tentent malgré tout de donner sa chance au bonheur.

Editions Delcourt - 14.95€ - Avril 2008

Une lecture enthousiaste de Laure - Géraldine recommande chaudement  - Le billet d'In cold blog qui a aussi lu avant Annie Ernaux !

lettresd'agathe

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06 juin 2012

Pause blog

bookrouge... histoire de me mettre pour quelques jours réellement en retrait.
Je ne trouve pas cette semaine le temps de vous lire et d'écrire ici, je le regrette.
Ma petite famille m'accapare, des anniversaires à fêter entre autres...
et puis la vie quotidienne prend de l'espace vital (des lunettes qui se cassent, des dossiers à remplir, etc...).
Comme tous les ans à la même date, c'est un peu la course.
Si possible, je reviens ce week-end !! A très bientôt !

 

 

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03 juin 2012

La reine des lectrices, Alan Bennett

lareinedeslectrices"La lecture avait suscité en elle une passion telle qu'elle n'en avait jamais connue auparavant et elle dévorait les livres à une vitesse ahurissante - même si, en dehors de Norman, nul ne s'en apercevait vraiment.
Elle ne parlait d'ailleurs de ses lectures à personne, encore moins en public, sachant qu'une passion aussi tardive - si sincère soit-elle - risquait de l'exposer au ridicule. [...] A son âge, à quoi bon ? auraient pensé les gens. Pour elle, cependant, rien n'était plus sérieux et elle éprouvait à l'égard de la lecture le même sentiment que certains écrivains envers l'écriture : il lui était impossible de s'y dérober."

La Reine des lectrices est une oeuvre de fiction, toute ressemblance etc... Mais n'est-ce pas le meilleur jour qui soit pour ouvrir ce livre que celui de son jubilé dont j'écoute à l'instant la retransmission en fond sonore à la télévision ?

Voici un livre assez charmant qui imagine la reine des anglais se prenant à plus de quatre-vingt ans d'une passion aussi subite que surprenante pour la lecture. Tout commence alors qu'elle tombe un mercredi sur le bibliobus de Westminster, elle emprunte un livre puis un autre et s'enclenche un mécanisme et un plaisir qu'elle n'imaginait pas. Elle réalise alors tout le temps perdu, ces auteurs rencontrés auparavant sans les avoir lus, et que cet engouement est sans fin. La vie de la reine change, ses préoccupations également, et l'entourage commence à s'inquiéter, à intriguer pour retrouver une normalité plus rassurante. C'est compter sans la persévérance et l'inflexibilité de cette petite femme volontaire qui mène son monde avec fermeté.

Une lecture, bien agréable, qui partage notre goût immodéré pour la lecture.

Editions Folio - 4.20€ - Mai 2010

Un livre beaucoup lu sur la blogosphère qui compte 333 avis sur Babélio

Un grand merci à Véro l'encreuse pour ce cadeau !!

Pour rester dans l'ambiance, je pense enchaîner ce soir avec Le Discours d'un roi... qui nous conte l'histoire de son père.

Le Discours d'un Roi : bande annonce VOST

 

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02 juin 2012

Un renard à mains nues, Emmanuelle Pagano

unrenardamainsnues"Maman détestait surtout consommer, et même les livres elle ne voulait pas les acheter. Le seul bien matériel qui coûtait bonbon à la maison était un ordinateur et nous y avions tous une session privée pour nos propres conneries, révolutions, créations, informations. Il ne fallait pas dire à maman pour les variétoches piquées sur internet, mais je crois qu'elle s'en doutait, de nos coeurs de midinettes. De nos tentations. Se divertir elle ne voulait pas en entendre parler, mais elle nous laissait faire du moment que c'était à peu près en cachette, et que nous avions conscience que ces choses qui se laissent regarder, ces choses qui se laissent lire, c'est juste pour du jeu."

Un renard à mains nues est un recueil de nouvelles, mais d'un genre bien particulier, encore jamais croisé jusque-là. Certaines de ces nouvelles ont auparavant été publiées ailleurs mais toutes ont été retravaillées ou remaniées. Ce qui est particulier est cette manière de croiser et de re-croiser des personnages au fil des textes. Le point de vue change avec le narrateur, des morceaux d'histoires sont conservés, d'autres réutilisés partiellement, et c'est comme si le lecteur était spectateur du travail d'écriture d'Emmanuelle Pagano. C'est une approche étonnante et passionnante d'un genre souvent trop galvaudé...

J'ai aimé retrouver cette auteure que j'aime dans ce livre-là, très dense, généreux. Son univers y est intact, il commence à m'être familier. Je m'en sens proche. Moins crue et sensuelle que dans ses précédents romans, la vie y est pourtant, et de la même manière, à proximité de la nature, parfois cruelle, physiquement rude, remplie de personnages en marge, de rencontres et de sensibilités lumineuses.

Je connaissais déjà Le guide automatique ou La maison-message. J'ai beaucoup aimé La décommande, qui conte l'histoire d'une femme invitée par erreur à un mariage et que la noce expulse avec impolitesse.
La lecture de ces nouvelles demande du temps et également de la disponibilité d'esprit, celle que l'on retrouve avec bonheur pendant les vacances par exemple... Lire Emmanuelle Pagano est toujours un moment privilégié, et assez unique, je suis heureuse d'ajouter ce livre à ma bibliothèque.

"Les personnages de ces nouvelles ne se trouvent pas au milieu du récit, ils restent dans les marges, ils se tiennent au bord de leurs vies, de leur maison, de leur pays, ils marchent au bord des routes, à côté de leur mémoire, à la lisière de l'ordinaire et de la raison, comme il leur arrive de faire du stop : au cas où on s'arrêterait pour les prendre, je les ai pris dans mon livre." E. Pagano.

Editions POL - 19€ - Avril 2012

Un billet de L'Express assez bien fait par ici - Et un autre sur le site de TV5

La fiche du livre et d'autres liens sur le site de l'auteure

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