ledetour"Elle l'a entendu se lever, l'a vu du coin de l'oeil écarter le chien avec son genou, a senti sur son dos une main, un avant-bras tout entier, a perçu l'odeur de son souffle. Elle a pressé sa tête contre l'abdomen du garçon. "Je suis bien contente que tu sois là", a-t-elle dit. Ses yeux, dirigés vers le sol impeccablement balayé de la cuisine, glissaient le long des jambes de pantalon de Bradwen. Un L sur une chaussette. Un R sur l'autre. Des pieds larges.
"Je suis là."

Qu'est-ce qu'une jeune femme peut bien venir chercher dans une maison isolée du Pays de Galles ? On devine assez vite qu'elle a laissé là-bas dans sa fuite, en Hollande, un mari, un amant étudiant, et un scandale à l'université où elle travaillait. Peu importe, elle recommence ici et dans les traces de présence d'une précédente occupante, une nouvelle vie. Elle jardine, bricole, est troublée par ce troupeau d'oies qui semble peu à peu décroître, va chercher au-delà des murs en pierres d'autres chemins, tombe trois fois sur un blaireau vindicatif...
L'arrivée soudaine du jeune Bradwen, qui s'installe petit à petit dans son intérieur va rompre sa solitude et l'écarter de sa fascination obsédante et courroucée pour la poétesse Emily Dickinson.

Après avoir succombé à son étonnant et profond roman Là haut tout est calme en 2010, il me tardait de découvrir le nouvel opus de Gerbrand Bakker. Encore une fois, le rythme est tranquille et apaisant, mais ici faussement serein et finalement très troublant. Loin de chercher à se reconstruire, l'héroïne du Détour lutte et se débat, prenant chaque rayon de soleil comme une aubaine mais également chaque contrariété avec le détachement des vaincus. J'ai aimé et ai été gênée à la fois par la grande sensualité qui se dégage des pages de ce roman, rythmé par des citations de la poétesse. C'est un livre que j'ai pour autant dévoré avec une avidité rare.

Une lecture qui sort ses griffes dans des mots de velours.

Editions Gallimard - 19.90€ - Février 2013

Un pur bonheur pour Cathulu la tentatrice !!