testamentalanglaise"La première impression qu'eut Phoebe de Winshaw Towers ne fut guère encourageante. Perché presque au sommet d'une grande corniche menaçante, l'ensemble, à contre-jour, projetait des ombres profondes sur le terrain qu'il dominait. Les jardins n'étaient pas encore visibles ; mais on pouvait déjà distinguer des bois touffus qui masquaient l'approche de la maison, et, au pied de la colline, de vagues et sinistres étendues d'eau. Quant à l'agglomérat insensé de tours gothiques, néo-gothiques, sous-gothiques et pseudo-gothiques qui donnait son nom à la demeure, il faisait plus que tout songer à une énorme main noire, noueuse et déformée, écartant ses doigts vers le ciel pour saisir le soleil couchant comme une pièce de monnaie brunie prête à tomber dans son étreinte."

Michael Owen, écrivain, a été chargé il y a plusieurs années, par un des membres de la famille Winshaw, d'écrire l'histoire de cette dynastie qui peu à peu a su s'inscrire insidieusement dans tous les domaines importants de la vie publique de l'Angleterre des années 80.
La commande provient de Tabitha, une vieille tante jugée folle par le reste de sa tribu, car persuadée que des meurtres restés impunis ont été commis, et enfermée pour cette raison depuis longtemps dans un asile. Michael Owen y a vu au départ un moyen efficace et facile de gagner de l'argent, après le succès mitigé de ses deux premiers romans, puis il s'est progressivement enfermé dans son appartement, blessé par la mort de son père d'abord, puis par les révélations fracassantes de sa mère sur ses origines. Traumatisé le soir de ses neuf ans par la projection d'un film, il se repasse aujourd'hui sans cesse des vidéos pour tenter de franchir l'écran, et s'avère au fil du temps de moins en moins capable de rentrer en contact avec son entourage.
Fiona, une voisine d'immeuble, saura percer avec jovialité et entrain la carapace d'une solitude qu'elle comprend bien. Mais le bonheur sera de courte durée et les Winshaw de plus en plus présents dans le quotidien du jeune-homme...

Testament à l'anglaise est un pavé, riche, dans lequel j'ai aimé me plonger, goûtant avec bonheur son humour anglais et ses beaux moments. En effet, le couple formé par Fiona et Michael est très touchant, ainsi que toutes ces réflexions piochées dans certains chapitres sur l'écriture et la peinture. Au fil de la lecture, reste parfois ce sentiment frustrant que l'intrigue envoie des flèches dans tous les sens et multiplie ses personnages. Mais tout a un sens, devient sens au final, distillant par ci par là quelques références cinématographiques, littéraires et politiques, dont beaucoup m'ont malheureusement échappées. J'ai beaucoup souri en lisant ce roman, malgré les drames et les nombreux meurtres perpétrés (et oui). Le tout est loin d'être à prendre au sérieux, et voici qui est bien agréable de temps en temps.
Je n'avais encore jamais lu Jonathan Coe, et m'en faisais une idée fausse (comme souvent). Erreur réparée. Il me faudra lire autre chose à présent, suite à cette lecture irrésistible.

Editions Folio - 9.90€ - 1997 - Merci B. !

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