jeferaidetoiunhommeheureux

 "Le programme de variétés à la radio qui commençait à neuf heures était presque terminé. Elle devait être la seule dans l'escalier à ne pas pouvoir écouter cette émission depuis le début en toute tranquillité, sans avoir un mari dans les pattes. L'animateur Kjell Thue annonça fièrement que c'était un programme où les Beatles n'avaient pas le droit de cité [...]."

Nous sommes dans les années 60, en Norvège, dans un immeuble récent au coeur de Trondheim. Des trois étages du bâtiment, nous visiterons d'abord uniquement l'escalier à la suite de Mme Asen, qui ne peut s'empêcher de le nettoyer à grandes eaux tous les jours, puis chaque appartement un à un. Et il apparaît très vite que l'ère de l'harmonie et du progrès n'a pas franchi tous les seuils du bâtiment, et que la modernité affichée à coup d'électroménagers rutilants n'est que de façade. Les rôles sont bien définis dans les couples et les familles de l'immeuble, à peine protégés par les murs si fins de leurs logements, et il faut faire bonne figure au risque de donner prise aux médisances. Car ça cancane sec à tous les étages, à grand bruit, surtout chez la coiffeuse à domicile. Les particularités sont regardées à la loupe, analysées et jugées selon les critères du moment. Etre comme les magazines féminins le suggèrent est irrésistiblement attirant, bien sûr, bien qu'un peu décadent. Seule la locataire du troisième étage semble pouvoir se permettre d'être dans l'air du temps... il se murmure même qu'elle ferait son ménage entièrement nue.

Voici un petit roman assez vintage que j'ai surtout beaucoup aimé lire pour le flash-back vers mes jeunes années qu'il m'a permis de faire. Les années 70 de mon enfance n'étaient pas si éloignées de ces années 60 là. Vous qui avez comme moi quelques souvenirs de l'omniprésence du formicat, du orange et du marron, et de ces appareils qui sentaient très fort et très vite un peu le brûlé après utilisation, des patrons pour habits de poupée que l'on découpait dans les Modes&Travaux de l'époque aussi... comprendrez aisément ce que je veux dire. Mais, malgré son intérêt madeleine de Proust, ce petit livre est également de ceux que l'on referme avec un soupir qui dit tout bas tout ça pour ça... Car, même si Je ferai de toi un homme heureux est le reflet juste et finement brodé d'une époque, il n'est surtout qu'un peu que cela, son propos voyage effectivement sans but et sa fin est elliptique, ce qui est bien dommage... Une lecture en demi-teinte, donc.

Anne B. Radge est surtout connue pour être l'auteure de la trilogie des Neshov (à découvrir encore pour moi) !

Editions 10/18 - 8.10€ - janvier 2014