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Etre une femme, cela ressemble à ce que tu vois. Cela suppose des formes, une douceur dans la nuque, une fragilité des attaches, de la finesse dans les traits. Et bien sûr, c'est toi, tu es tout cela. Tu fais illusion. Le miroir te renvoie une image conforme. Le regard des hommes aussi, qui s'arrête sur chaque relief de ta silhouette, jauge, juge et soupèse. Tu aimerais leur dire que tu n'es pas seulement ce qu'ils voient, un être fait de creux et de bosses. Que tu regrettes parfois ce temps où ton torse plat pouvait mentir sur ton genre. Il était alors facile de s'imaginer garçon. Il était alors facile de s'imaginer tous les avenirs. Il t'en a fallu du temps pour trouver du plaisir à l'épanouissement. Longtemps, tu as laissé ton corps rester androgyne, disparaître sous des vêtements trop grands, informes. Ton corps nu ressemblait à celui d'un jeune garçon sous alimenté que la vie n'intéresse pas, et qui soulage sa soif d'apprentissage dans la lecture. Être une femme, ce n'est jamais gagné d'avance. Cela peut ressembler au départ à une suite de subtils renoncements et d'asservissements. Tu voulais que l'on t'aime pour autre chose que pour ta bouche pulpeuse, tes grands yeux et tes bouclettes brunes, la douceur de ta peau entre tes cuisses. Tu voulais que l'on t'aime pour tes gestes lents, ta douceur, ton regard sur les paysages qui peuplent tes pensées, ta fraîcheur. Et puis, est venu l'enfant. Et avec lui la volonté de faire de ce corps inexploité un berceau, un rempart contre la faim et le froid, un abri, un tremplin vers l'ailleurs. Tu as alors compris quelque chose, ou cru le comprendre, trouvé un élan, une raison de croire à ta féminité, de la trouver glorieuse. Et tu ne te trompais pas, pas vraiment, mais tu oubliais l'essentiel, ta multiplicité. Car être une femme, c'est porter en soi tous les désirs, toutes les conquêtes, et tous les genres, et ne jamais cesser de croire aux transformations. Etre une femme, c'est se réinventer sans cesse, avec son corps, ses pensées, sa complexité, et bousculer les codes, et aimer le faire.

Une photo (de Marion), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Double contrainte cette fois-ci, puisque le texte devait (si nous le souhaitions) parler aussi du sexisme... j'avais oublié, pas certaine d'être dans le thème.