29 avril 2015

Le fabuleux voyage de NON-NON et ses amis, Magali Le Huche

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Petite présentation/mise en scène de ma fille pour parler d'un des derniers albums de Non-Non sortis, en fait une réédition d'un titre de 2007.

Grouillette est porteuse d'une lettre. Non-non est invité, avec son groupe, par son cousin Maybi, à venir donner un concert à Wouden-Derze-Ouateur. Quel voyage !

Il faut dire que Non-Non a très bonne presse à la maison, et que nous aimons l'esprit de fantaisie de Magali Le Huche. Nous avions découvert cet ornythorinque délicieux en bibliothèque et ses aventures ont toujours conquis mes enfants. Nous connaissions Non-Non surtout en petit format. Ma fille, même grande aujourd'hui, a tenu à garder les deux petits albums aux rayures bleues que vous voyez ci-dessus et les garde précieusement dans sa chambre. Elle a donc eu une petite déception à réception du livre de constater que le format avait changé, et que les petits volets avaient disparus de ces nouvelles versions. En effet, beaucoup de l'attrait de ces albums tenaient pour elle de l'épaisseur douce et enfantine des petits livres, et de ces petites fenêtres curieuses qu'il fallait soulever ici et là. Bien sûr, on retrouve dans Le fabuleux voyage de Non-Non l'humour que l'on aime, le foisonnement des dessins et l'esthétique colorée, la finesse du trait, mais ce n'est pas pareil, et le tout somme toute est définitivement plus classique...

J'y ai moi même jeté un oeil et ai été un brin décontenancée par la surabondance des pages. Peut-être ne sommes nous pas la cible ? Et avons nous été surpris de devoir partager notre personnage préféré avec autant de monde ? L'intimité des petits albums nous convenait très bien je crois. 

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Editions Tourbillon - 11.98€ - février 2015

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28 avril 2015

Kinderzimmer, Valentine Goby

kinderzimmer"Mila ne se souvient plus de la date exacte. Le jour où les Belges sont arrivées avec des bébés joufflus, dodus sous la brassière, de kommandos extérieurs, sûrement. Elles serrent contre elle ces bébés splendides, bien nourris, surfaces de peau bombées, rosées, les blotissent dans leurs cous pendant l'Appell. Ils ont des lèvres rouges, pleines de sang rouge. De peaux marbrées laiteuses. Mila les fixe, elle se demande quel âge ils peuvent avoir. Jour après jour ils maigrissent. Ils rétrecissent. Au bout de trois semaines environ, les femmes posent seules."

- Alors quand vous aviez compris que vous alliez à Ravensbrück ?
Cette question d'une élève déclenche chez Suzanne Langlois beaucoup de trouble, elle qui a pris l'habitude de réciter son expérience en éloignant les émotions. Pour se raconter à elle même Ravensbrück, elle ne peut alors être que Mila, quelqu'un d'autre, cette jeune fille enceinte qui ne savait pas où elle mettait les pieds, bien sûr, et qui maintenait très fort la main de Lisette pour y faire ses premiers pas. Bien entendu, elle n'a su le nom de l'endroit qu'après y avoir passé deux mois et ensuite le nom n'a plus eu d'importance car tout a pris de toute façon une consonance gutturale bizarre. Parce qu'après, le combat est de tenir, d'oublier qu'il y a un enfant dans son ventre, d'éviter tout ce qui amène au tri et à la mort, tenir malgré le corps qui lâche, qui pue, et qui disparaît peu à peu sur des jambes chancelantes. Lorsque l'enfant naît, tout devient encore plus une raison de vivre, et de ne pas se laisser sombrer, la présence rassurante de Teresa, le partage pour le bien des enfants, cette Kinderzimmer où les bébés ne vivent pas plus de trois mois, le petit visage de James, les jours qui passent quand même, et les échos muets d'une libération prochaine et possible.

L'écriture de Valentine Goby est dans ce titre encore frappante, directe et belle, malgré l'horreur de ce qui est raconté, exactement celle dont j'avais conservé le souvenir dans le très marquant Qui touche à mon corps je le tue. Et c'est ce qui m'a frappé en début de lecture, cette capacité de l'auteure à nous détacher des émotions fortes que l'histoire pourrait nous insuffler. Et puis, le récit prend de la consistance, les événements s'enchaînent et donnent une image de plus en plus réaliste de l'effroi. Alors, l'écriture de Valentine Goby insuffle alors autre chose, le maigre espoir de voir vivre jusqu'à la fin Mila et son fils, et ce maigre espoir, même s'il s'amenuise de plus en plus, nous tient et nous tire inexorablement jusqu'au terme du récit. Je me suis empêchée d'aller voir des images du camp sur internet, je voulais garder la petite lumière vacillante qui parcourt ce roman en tête, et ne pas douter de l'humanité entière, comme Mila le fait si justement, alors qu'elle égrène chaque geste, chaque parole tue, chaque acte qui lui sauve la vie depuis son entrée à Ravensbrück, et lui permet de croire à un destin protégé.

Lu en grand format, merci ma bibli !! - Sorti en poche aux éditions Babel - 7.80€ - Mars 2015

Quelques autres lectures... A propos de livres - Jérome - Noukette - Saxaoul - Stephie - Sylire (version audio) - Leiloona - Frédérique Martin - ...

En lecture commune aujourd'hui avec Laurie Lit [clic ici]

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27 avril 2015

Le roi disait que j'étais diable, Clara Dupont-Monod

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 "Je sais que tu détestes cet endroit. Je t'ai surprise plusieurs fois campée devant ta fenêtre - c'est ainsi que tu m'as vu la première fois, alors que j'avançais vers ton château de Bordeaux dans un nuage de poussière. C'est ainsi que tu te tiens, debout, aux aguets, furieuse de ne pas pouvoir vivre. Mais, si tu étais un peu plus attentive, si ta colère te laissait parfois ouvrir les yeux, alors tu verrais que tu as tort de prendre tes pairs pour des ennemis, et l'admiration pour de la convoitise. Bien sûr qu'on te regarde et que tu impressionnes. Ici, dans le Nord, personne n'a jamais vu une femme aussi libre."

Clara Dupont-Monod a choisi, dans son livre, de romancer les zones laissées vides par l'histoire de la vie d'Aliénor d'Aquitaine, en s'attachant plus particulièrement à sa jeunesse, de son mariage avec Louis VII à son divorce quinze ans plus tard et à son nouveau mariage avec Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre. Aliénor est l'héritière du royaume d'Aquitaine, territoire dont elle compare sans cesse les moeurs à celles de la cour. Elle s'ennuie dans son château, triste comme son mari Louis qu'elle considère comme un moine. Lui est fou d'elle et cède à ses caprices, fait venir à sa demande des troubadours, des tissus précieux, et ferme les yeux sur les escapades enfiévrées de sa très jeune femme dans les quartiers obscurs de Paris. Mais la jalousie prend très vite le dessus, et Aliénor ne cède à rien. Certaines décisions du roi, prises sous l'influence de cette femme de caractère, sont même assez embarrassantes pour le trône. L'amour de Louis pour Aliénor finit tout de même pas s'étioler, et les époux se tournent de plus en plus souvent le dos. Des guerres auront lieu, une croisade, qui feront vaciller définitivement ce couple improbable...

J'ai goûté cette lecture comme je goûte parfois les délicieux Secrets d'histoire de Stéphane Bern sur France 2, comme un voyage instructif au XIIème siècle. Je ne connaissais pas très bien la légende d'Aliénor d'Aquitaine. Je ressors donc de ce titre en ayant le sentiment d'avoir un peu appris. Mais peut-être en attendais-je autre chose ? Trop ? J'avais conservé un souvenir très fort de ma lecture de La Passion selon Juette, une force que je n'ai pas retrouvée ici. Cependant, je dois dire que j'ai aimé dans ce roman, non pas la voix intransigeante d'Aliénor, mais celle plus sensible et vacillante de Louis VII, son regard sur ce règne imposé qu'il a reçu de son frère mort, la contradiction de ses sentiments, sa lucidité sur son temps. Ma lecture s'est attachée à ce personnage plus particulièrement, et j'ai aimé à ce moment là la musique de l'écriture de Clara Dupont-Monod. Me voici donc seulement qu'à moitié séduite.

Editions Grasset - 18€ - Août 2014 - Prix Ouest

Lu aussi par... Liliba - L'irrégulière - EstelleCalim

 

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26 avril 2015

Un dimanche sous la pluie

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Se réveiller un dimanche matin de pluie, les yeux cernés, après avoir bricolé la veille au soir jusqu'à pas d'heure... Voilà à quoi s'occupent en effet mes mains quand elles ne tiennent pas un livre en ce moment. Je suis charmée depuis quelques semaines par les propositions de ce site là [Chouette Kit], et retrouve ainsi les gestes de l'enfance, ceux qui font du bien, qui ouvrent l'imagination et vident la tête. J'ai quelques lacunes, je me suis rendue compte que le crochet n'était décidément pas mon truc, j'ai transformé l'idée du doudou de laine en pochette pour ma fille, mais ce n'est pas grave, tant que je m'amuse (et ma fille est ravie).
Sinon, pendant ce temps, je lis quand même... A venir, ma lecture de Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod et de Kinderzimmer de Valentine Goby. Bon dimanche !
(Exceptionnellement, pas de texte demain pour l'atelier d'écriture de Leiloona, mais ce n'est que partie remise)

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22 avril 2015

Mon gros dico des monstres à ratatiner, Catherine Leblanc et Roland Garrigue

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"Parfois, de gros ou de petits monstres viennent nous embêter. [...] Certains sont plutôt gentils et juste un peu gênants, d'autres sont méchants, et quelques uns sont... très méchants !
Ils vivent sur terre, dans l'air ou dans l'eau. Ils sortent le jour ou la nuit. Ils peuvent être microscopiques ou géants. Ils changent de forme et de couleur. Ils font des bruits étranges et sentent plus ou moins bons. En tout cas, plus on les connaît, moins ils font peur !"

A la maison, nous connaissons depuis quelques temps déjà les albums de Catherine Leblanc et Roland Garrigue, car ils rencontrent un succès certain auprès de petit dernier depuis de nombreuses années. En effet, le bac des Comment ratatiner... était bien souvent le premier passage obligé en bibliothèque quand il était plus petit, et la déception était grande quand il était vide. La preuve [ici], et [ici aussi]. (Catherine Leblanc écrit également pour les adultes, et les adolescents. J'en profite pour vous remettre en mémoire l'excellent L'avenir [clic ici].)

Lors du Printemps du livre de Montaigu [clic], nous avons donc été ravis de rencontrer Catherine Leblanc. C'était d'ailleurs une surprise car je n'avais pas repéré son nom dans la liste des auteurs. La discussion a été trop brève, et j'espère mieux gérer mon temps l'année prochaine. Cependant, petit dernier, quelque peu décontenancé de se retrouver tout à coup devant tous ces Comment ratatiner convoités depuis si longtemps a du faire un choix... Il a choisi ce Dico des monstres car ce qu'il préfère dans ces albums est l'humour de Catherine Leblanc, l'inventivité qu'elle déploie pour créer des monstres du quotidien, et le foisonnement des dessins de Roland Garrigue. Mon fils s'empresse d'ailleurs souvent après lecture de créer ses propres monstres, tout aussi improbables et burlesques, et nous devons ensuite les approuver en élisant notre préféré.  

 DSCF1851[1] DSCF1852[1]

Ci-dessus, vous pouvez voir les deux pages que petit dernier a choisi de vous montrer : la coupe transversale d'un monstre, et le Timidator, celui qui habite le plus souvent à l'école, et qui fait les gros yeux pour nous faire rougir et nous rendre muets quand on veut parler. Vous ne serez pas étonnés de retrouver quelques monstres qui hantent aussi nos vies d'adultes. Un album à lire avec nos enfants, donc, pour partager un peu nos peurs, et en rire beaucoup.

Editions Petit Glénat - 15.90€ - Septembre 2013

http://catherineleblanc.blogspot.fr/

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20 avril 2015

L'effet papillon (atelier d'écriture)

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Qu'il m'écrive. Après, je pourrai respirer.
Mon coeur s'est mis au rythme de l'instantané, il oublie le monde autour, s'accroche au petit icône qui signifiera l'annonce d'un message. Ensuite, il décortiquera chaque mot, les répétitions, la place des virgules, pour comprendre. Le sursaut de bien-être à l'apparition du nom attendu s'estompe vite. L'effet d'équilibre qu'il génère est si bref. Le réconfort, éphémère. Aucun texto ne pourrait remplacer le plaisir ultime de serrer quelqu'un dans ses bras, le besoin du peau à peau, de l'odeur d'un parfum, de lire dans des yeux l'attente. Mais non, mon interlocuteur garde précautionneusement ses distances, me tient en surface de sa vie, à une place qui n'existe pas.
Ça y est, le message est là. Son nom s'affiche. Et je ressens de nouveau des papillons dans mon ventre, ils bruissent légèrement. Comme si le monde tournait de nouveau rond, reprenait sa marche lente. Je respire. Mais pour combien de temps encore ? Cette correspondance est comme une drogue. Elle me piège. Et pourtant, elle ne signifie rien. Elle pare simplement mon environnement de jolies couleurs pâles. Elle pourrait ressembler aux lettres que s'envoyaient autrefois Balzac et Madame Hanska, et dont j'ai dévoré étudiante la relation épistolaire longue de dix-huit années. Une relation que la réalité a rapidement balayée. Peut-être que se voir détruirai quelque chose, même si nous nous connaissons déjà ? Il faut certainement se contenter de ce lien ténu qui existe entre nous, et qui ne vit que dans le virtuel, au travers de mots qui prennent de nos nouvelles, se font la bise et se disent à bientôt. Mais garder sa place est aussi simple que douloureux, insatisfaisant, et je me lasse.
Qu'il cesse donc de m'écrire, et que nos mots deviennent des sons, et que nos joues se frôlent. Après, nous partagerons l'air que nous respirons. Après, la réalité se chargera du quotidien, d'en raviver ou d'en ternir les teintes s'il le faut. Après, nous verrons bien. Je voudrais sortir de notre chrysalide, je m'impatiente d'exister. Je glisse mon smartphone dans ma poche. Jusqu'au prochain message.

Une photo (de Kot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte.
.. tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Pas très satisfaite de mon texte cette fois-ci. Merci pour vos lectures !

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19 avril 2015

Manuel d'écriture et de survie, Martin Page

manueldecritureetdesurvie

 "J'ai bien peur de dresser un tableau sombre de notre situation, Daria. Alors je le redis : malgré tout, nous nous en sortons. Nous sommes combatifs et inventifs. Les obstacles ne nous arrêteront pas. Peut-être qu'un jour suffisamment de monde en aura assez de cette société de douleur. En attendant, nous allons construire notre monde à part. L'art, c'est d'abord une ruse pour ceux qui ne trouvent pas de place, égarés, trop sensibles, fragiles. On est artiste non pas grâce à un don mais à cause d'une incapacité. De ce défaut, de cette faille, nous faisons quelque chose."

Suivant le modèle de Lettres à un jeune poète de Rilke, Martin Page élabore une correspondance entre lui et une jeune écrivain, Daria, dont ne seront visibles que ses lettres à lui. Daria est déjà l'auteure d'une nouvelle, reconnue pour sa qualité, ensuite elle se lance dans l'écriture d'un roman, puis dans l'aventure de la publication. Mais les doutes sont là, et l'auteur qu'elle sollicite la rassure, lui explique son propre chemin, les clés qu'il utilise pour vivre de sa plume, gérer le quotidien, trouver sa place dans le monde, mais aussi se préserver. 

En dédicace de ce titre, Martin Page a recommandé à l'Antigone que je suis de faire bon usage des tempêtes... Et c'est ce que j'ai retenu de ce Manuel qui conseille, rassure et remet sans cesse les angoisses et les sursauts d'orgueil dans le juste chemin de la réalité. Pour que Daria continue à faire fructifier son talent, le narrateur lui explique avec force exemples, qu'il faut surtout croire à son écriture, faire fi de l'extérieur, ne s'en servir éventuellement qu'à un bon usage, toujours tourné vers une amélioration d'une situation matérielle lui permettant de conserver sa liberté, et de travailler travailler travailler. J'ai passé un bon moment dans ce livre, qui m'a permis de réentendre des passages déjà évoqués au cours de la rencontre à laquelle j'ai assisté [clic]. Des principes sont posés, des convictions fortes sont énoncées, des règles qui fonctionnent et permettent de garder le cap sont proposées. Au lecteur d'y puiser ce qui lui convient, ou non. Personnellement, j'ai eu également le sentiment d'y rencontrer réellement une personne. Et plus qu'un manuel d'écriture, ce titre est surtout un hymne à la création florissante, et à l'art en général.

Editions du Seuil - 14€ - Mai 2014

Cathulu a été la tentatrice

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18 avril 2015

Pour chaque insulte lancée il pousse un grain de beauté

[Christine toujours en boucle dans ma voiture] Sinon, pendant ce temps, je suis encore dans Manuel d'écriture et de survie de Martin Page. Comme ce livre ne se lit pas vraiment comme un roman, mais par petites gorgées, je prends mon temps. J'espère que la petite semaine de vacances que j'entame va me permettre de combler mon retard, et d'écrire, puisque écrire est redevenu important, et que vos lectures m'encouragent, merci.

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15 avril 2015

"Tu me demandes pourquoi j'écris.

La seule vraie question me semble plutôt être : mais pourquoi tout le monde n'écrit pas ?"

jardinage

 

(La photo n'a rien à voir - juste envie de la mettre là)

"J'écris parce que c'est un plaisir infini, parce que j'aime voir mes idées se transformer en un livre, parce que c'est ainsi que j'affronte la mort, parce que ça me permet des rencontres, parce que c'est une façon de continuer à m'inventer, parce que je peux jeter mes angoisses et mes obsessions sur le papier comme dans une arène, parce qu'ainsi ma conscience et mon inconscient entre en conversation, parce que c'est une manière de m'en sortir. J'écris pour contre-attaquer et manger ce monde qui essaye de me dévorer. J'écris pour équilibrer le rapport de force avec le réel. J'écris pour avoir une bonne excuse d'être à l'écart et de me soustraire aux jeux sociaux. J'écris parce que l'encre sur le papier m'émeut. J'écris par plaisir, pour en recevoir et pour en donner. J'écris parce que j'aime la fiction et que je crois en son pouvoir. J'écris aussi pour des raisons moins nobles parce que ça me donne l'occasion de prendre une revanche, et parce que, désespérement, je veux qu'on m'aime."

Extrait de Manuel d'écriture et de survie de Martin Page. 

J'ai acheté ce titre lors d'une rencontre vendredi soir dernier. Une soirée pendant laquelle j'ai également fait la bise à Emmanuelle Pagano. Mais ça c'était avant le dîner, et que tout le monde s'extasie sur les délicieux cakes thon/olives faits par mon mari. Je n'ai pas tout retenu de l'entretien (prendre des notes me semble toujours un peu inapproprié, et pas très discret). Ce qui m'a marqué personnellement est son soucis constant de ne pas rester figé dans un rôle, coincé derrière une étiquette, de faire bouger les limites et de s'adresser à tout le monde (livres fantastiques, romans, récits pour enfants), mais aussi d'utiliser tout ce qui permet de communiquer (le dessin, le numérique, etc...). Martin Page, qui se définit lui même comme un inadapté considère internet comme une bénédiction et salue son potentiel d'échanges et de rencontres. Pour savoir qui est l'écrivain, et un peu l'homme également, il suffit peut-être simplement de suivre son blog (http://www.martin-page.fr/blog/) et de lire le livre dans lequel je suis plongée.

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13 avril 2015

Qui je suis (atelier d'écriture)

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 J'envie ceux qui naturellement savent qui ils sont. Qui ne s'éparpillent pas au moindre incident en de multiples particules éclatées de matière. Et qui se tiennent debout, droit. Moi, pour savoir qui je suis, il me faut chercher loin, passer par ma colonne vertébrale, retrouver les gestes de l'enfance où n'entraient pas le doute. Ainsi, je peux me souvenir de la corde à linge humide de rosée, du jardin, de la bassine lourde coincée sur ma hanche, du plaisir d'être au dehors, seule, et du déplaisir de manipuler des tissus mouillées. Les gestes simples, le jeu de la lumière sur mon visage, mes mains actives, les feuilles des arbres, le bruit des oiseaux, tout à cet instant m'indiquaient qui j'étais. Et le phénomène était le même lorsque je m'éloignais de la maison, les mouvements saccadés de mes jambes sur mon vélo, le bruit de l'air dans mes oreilles, la présence bruissante et sage de la nature, le glougloutement continu de la rivière. Cependant tout cela supposait la solitude, et le silence. Dans l'enfance, les mots étaient rares, ils ne blessaient pas, ils étaient écrits, et au mieux racontaient des histoires. Et ils ne franchissaient la barrière de mes lèvres que pour l'essentiel. Ils étaient un trésor à ne pas dépenser trop vite. Plus tard, les mots sont devenus plus libres, moins rangés, ils sautillaient sur les pages de mes cahiers, tentaient de trouver un sens au quotidien, aux émotions. Et ils inventaient des récits qui faisaient briller de curiosité les yeux de mes jeunes voisines. Quand ils sont devenus plus blessants, manipulés par d'autres, il a fallu un peu de courage pour ne pas se surprendre à les détester. Mais la littérature était là, qui continuait fidèlement à les chérir, qui nourrissait le goût et la bienveillance, et savait réparer. J'envie ceux que les mots des autres n'éparpillent pas en milles particules de matière étonnée, et qui ne sombrent pas dans le doute à la moindre occasion. J'envie ceux qui n'ont pas besoin de voyager si loin dans les sensations de l'enfance pour ne pas sortir du chemin, s'égarer, et qui savent capter au quotidien assez de lumière pour ne pas lâcher le guide et se préserver. 

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

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