christianbobin

 "Nous avons deux corps greffés l'un sur l'autre, le corps de chair et le corps de langue. Quand de la douleur ou de la joie arrive à l'un, l'autre en ressent les ondes. Quand le mensonge vient dans la langue, la mort pousse dans les chairs. C'est bien parce que certaines paroles nous tuent que d'autres paroles peuvent nous ressuciter."

J'ai peu à dire de ce titre de Christian Bobin, seulement que c'est un intime et précieux coup de coeur, et qu'il est dans la veine de ceux que j'ai terriblement aimés autrefois, et qui ont une place de choix dans ma bibliothèque aujourd'hui, tels que La part manquante, Une petite robe de fête, La folle allure, Ressuciter, etc... Ce livre se veut décousu, mal coiffé, mais surtout un recueil de pensées éparses. L'auteur prend cette liberté d'écrivain là, comme d'autres libertés dans sa vie, celle de ne pas savoir ce que sera son livre, mais seulement la certitude d'avoir un livre à faire pour la lumière qu'il lui donnera, et parce qu'il s'est passé quelque chose.

J'espère, comme Christian Bobin le souligne en pensant à la musique de Glenn Gould, que "ce qui contrarie notre vie ne fait à terme que la fortifier". Je suis de celles, comme l'écrivain qu'il est, qui s'aperçoivent un beau jour, qu'elles sont venues au "monde sans peau et que le plus léger contact entraîne des résonnances du songe et brûle un nerf obscur. Le monde bat du tam tam sur la chair à cru". Alors il reste l'écriture, et les livres, et l'amour autour de soi, en soi, et au bouleversement premier s'ajoute le bouleversement de constater combien il y a du monde. 

Cathulu m'a envoyé ce livre en me disant Le Bobin est un cadeau ! Oui, ce Bobin est un véritable cadeau, il est arrivé au bon moment, merci. [clic]

Editions Folio - 5.80€ - Mars 2015