lacouleurdeleau "S'embrasser. Contact des bouches chaudes et douces, instant où elle ouvrait les yeux et sentait ses cils contre les siens, odeur qui lui donnait envie de lécher sa peau, parfois un quart de seconde quand ses yeux mi-clos étaient si près qu'elle ne voyait que lui, avec l'impression de regarder dans sa tête.
Ses mains, sur sa taille, tenant gentiment son menton, caressant la peau douce et pâle de son cou, un pouce suivant sa clavicule. La chaleur rassurante de son corps quand elle posait la tête sur sa poitrine, quand ses bras forts l'enlaçaient, quand elle sentait la respiration dans ses poumons, et parfois un battement doux et irrégulier de son coeur contre le sien.
Alena avait oublié tout cela. La douleur exquise de se sentir hors de danger, de désirer un autre corps, d'avoir soif d'une odeur, le réconfort de tendre vers tout cela qui lui était donné sans le tranchant de la peur ni la cruauté de l'appropriation."

Alena et Dave n'étaient sans doute pas destinés à se rencontrer. Elle, venue de Russie, pleine de rêves. Lui, élevé et porté par les espoirs d'une mère adorée, puis détruit par ses promesses, un mariage ridicule. Alena a vu ses rêves se briser à ses pieds dès l'aéroport, entraînée de force dans le milieu de la prostitution de Londres, remarquée par un vieil homme, maltraitée, séquestrée, menacée. Dave est vigile dans un magasin. Il prend la jeune fille la main dans le sac lors d'un menu larcin, la laisse partir. Alena voit dans cet homme doux un moyen de s'en sortir, de se mettre à l'abri, de fuir la rue dans laquelle elle vit depuis des mois après son départ providentiel du domicile de son exploiteur. Elle tente donc de s'accrocher à lui. Son plan est tout d'abord d'occuper le plus longtemps possible son canapé, puis la tendresse et l'amour rapprochent peu à peu ces deux êtres perdus.

La couleur de l'eau est un roman assez dense qui mérite que l'on ne se laisse pas désarçonner par ses premières pages. Car en effet, après de multiples allers et retours entre le passé et le présent, qui expliquent l'histoire individuelle des deux amoureux, mais dans lesquels le lecteur se perd un peu, il donne enfin toute sa puissance. Le récit se pose enfin et le charme d'une atmosphère, très londonienne, opère, à la fois douce, libre et terriblement dangereuse. J'ai refermé les pages de ce livre, séduite par sa fin, par les personnages, par tout ce que j'y avais rencontré, de douloureux et de beau. J'avais déjà lu de l'auteure Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer ma maman, et il est évident, au terme de cette seconde lecture, que Kerry Hudson excelle à se mettre dans la peau d'une certaine frange de la population anglaise. Un très bon moment de lecture.

Editions Philippe Rey - 21€ - 20 août 2015

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