28 février 2016

Rien ne s'oppose à la nuit, Delphine De Vigan

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 "Incapable de m'affranchir tout à fait du réel, je produis une fiction involontaire, je cherche l'angle qui me permettra de m'approcher encore, plus près, toujours plus près, je cherche un espace qui ne serait ni la vérité ni la fable, mais les deux à la fois.
Je perçois chaque jour qui passe combien il m'est difficile d'écrire ma mère, de la cerner par les mots, combien sa voix me manque."

Delphine De Vigan tente de retrouver sa mère, via des entretiens qu'elle provoque avec les soeurs et connaissances de Lucile, via les documents qu'elle récolte, via le récit qu'elle entreprend dans son livre. Sa mère était une jolie petite fille, dont l'image a été utilisée autrefois pour des photos publicitaires, un des membres d'une fratrie nombreuse, bruyante et joyeuse. Et puis, les drames se sont enchaînés dans la famille Poirier, avec la mort des frères, ne réduisant pas l'effervescence et le tapage, mais posant sur le tout, sur tous, une couche de tristesse indélébile.

Comment expliquer la vague de suicides dans cette famille ? Comment expliquer la perte de repères, la chute, la maladie mentale que l'on soigne à coups de médicaments ? Comment faire le portrait le plus juste d'une femme fragile qui fut sa mère ? Delphine De Vigan réussit brillamment à explorer la vie de Lucile tout en parlant de ses doutes, de ce que cette écriture remue en elle et dans sa famille. J'ai été bouleversée par ce récit. Je ne m'y attendais pas. Et j'ai aimé également voir le livre en train de s'écrire, les hésitations, les ajouts et les renoncements de l'écrivain, les choix littéraires qui lui permettront de rester fidèle à son projet. Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce livre foisonnant et fort qui brosse également quelques époques, différentes par leurs moeurs et leurs exigences. Rien ne s'oppose à la nuit croit avec puissance au pouvoir de la résilience, mais il est avant tout un hommage vibrant, et une très belle déclaration d'amour, sincère, prudente et bienveillante. Un coup de coeur évident et extrêment émouvant.

Lu sur ma liseuse mais disponible en format poche aux Editions du Livre de Poche - 7.60€ - janvier 2013

Prix Renaudot des lycéens 2011 - Prix roman France Télévisions 2011 - Grand prix des lectrices de Elle 2012

Lu également Les Heures souterraines

Ce livre a été très présent sur la blogosphère mais c'est Saxaoul qui a été la dernière tentatrice en relisant ce titre en version audio. [clic ici]


27 février 2016

Jamais dans la vraie vie


[Vanessa et Foresti sur un canap'] Sinon, pendant ce temps, je lis Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan, un titre enregistré depuis longtemps sur ma liseuse... Je me prépare également à lire les titres en lice pour le Prix Cezam 2016, prix auquel ma bibliothèque participe cette année. J'en ai déjà lu deux. Voici la sélection ci-dessous :

- Celle qui a tous les dons, MR Carey
- Après le silence, Didier Castino
- Nous dînerons en français, Albertina Dimitrova
- Acquanera, Valentina d'Urbano [Ma lecture ici]
- La Chaise numéro 14, Fabienne Juhel
- La Dernière page, Gazmend Kapllani
- Un après-midi d'automne, Mirjam Kristensen
- Venus d'ailleurs, Paola Pigani
- [Kokoro], Delphine Roux
- La Maladroite, Alexandre Seurat [Ma lecture ici]

Vous trouverez plus de détails en suivant ce lien [clic]. Bon week-end !!

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24 février 2016

Papillons

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Parfois, des petites fées envoient par la poste des papillons qui s'envolent à l'ouverture des enveloppes et se posent ici et là. Merci Isabelle ! Quand le bonheur est simple comme du papier plié.

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22 février 2016

Le Dernier message d'Eva, Pierrick Gazaignes

lederniermessagedeva "La nuit descend sur la ville, enfermant dans ses nuances bleu pétrole les sommets des immeubles, le faîte des arbres, les toits des maisons. Sous cette apparente immobilité, les lampadaires de l'éclairage public semblent diffuser leur lumière artificielle sur des espèces dont la nuit excite l'activité : les macs, les putes, les dealers, mais aussi les flics..."

Ils sont une petite équipe de gardiens de la paix soudés, Angel, Joana, Bro et H. Et grâce à eux, Angel se remet doucement du décès de sa femme. Mais un soir, lors d'une opération de routine, on l'amène près du corps d'une jeune fille qui gît au fond d'une cave de cité. S'éveille alors en Angel l'envie de mener l'enquête, et de - si il le faut - se mettre en danger pour ce décès classé bien trop rapidement dans la case overdose. Il imagine sa fille Elaine à la place de cette gamine, jetée là comme un déchet. Le corps a manifestement été roué de coups et violenté. De plus, un bas était coincé dans la gorge de la victime. D'autres corps voient le jour ici et là, montrant les mêmes caractéristiques, mais Angel ne se doute pas qu'il recherche bien plus qu'un tueur en série, que c'est toute la ville qui est en réalité corrompue.

Quoi de mieux que de se plonger dans un bon polar bien glauque pour se remettre sur le chemin de la lecture ? Le Dernier message d'Eva a rempli de ce côté là brillamment son office. Voici en effet, un roman policier assez traditionnel, contenant tous les ingrédients que l'on aime, un vieil inspecteur (gardien de la paix), un peu solitaire, bourru et alcoolique, doté pour autant d'une fille aussi jolie et fraiche qu'aimante, des prostitués, quelques scènes de torture, des méchants très méchants, et des flics corrompus et lâches. Et j'ai apprécié cette lecture malgré quelques bémols, des passages plus ou moins clairs, un style parlé parfois très prononcé, une lenteur certaine dans la mise en place de l'action en début de lecture. Pierrick Gazaignes semble pour autant avoir un certain talent pour camper des personnages et créer une atmosphère. Il s'agit ici de son deuxième roman. A suivre.

Editions Philippe Rey - 18€ - Octobre 2015

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21 février 2016

The Movement

[Aimer un clip avant de se rendre compte que le chanteur est Justin Bieber... ;)] Sinon, pendant ce temps, j'abandonne quelques lectures : Fermez les yeux de CJ Cooper, l'histoire d'une manipulation entre un fascinant hypnotiseur et sa patiente Sara (roman léger qui annonce beaucoup, mais m'a très très très vite ennuyée) ; Séraphîta de Balzac, chez une toute nouvelle maison d'édition Sur le fil, que je remercie pour l'envoi (un Balzac très surprenant, mystique, démonstratif sans doute dans l'oeuvre du romancier que j'adore lire habituellement... mais là il faut bien avouer qu'il y a sans doute une raison pour que ce titre soit méconnu. Ennui, étonnement et déception. Pour autant c'est un livre à prendre en compte pour qui souhaite regarder l'oeuvre balzacienne d'un autre oeil.) J'ai ouvert hier soir Le Dernier message d'Eva de Pierrick Gazaignes, un polar distrayant qui risque bien de réussir lui à me relancer... ouf tant mieux. J'en profite pour vous donner le lien vers un billet de Sophie Andriansen [clic ici] qui énonce en ce moment quelques vérités assez bonnes à dire sur la réalité de l'activité de blogueur littéraire, les fantasmes liés, la pression des auteurs auto-édités et notre façon de gérer les services de presse. Je partage son analyse, et son vécu.

seraphita fermezlesyeux

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16 février 2016

Bibliothèques

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15 février 2016

Comme un rempart (atelier d'écriture)

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 J'ai mis ma jupe rouge ce matin, celle que je mets rarement, parce qu'avec elle je me sens vulnérable. Je sais que c'est idiot, mais il faut être une fille pour comprendre ce mélange d'envie de féminité qui parfois nous prend au réveil, et cette certitude de ne pas passer inaperçue. J'ai mis des collants noirs et mes petites chaussures d'hiver. Dehors, il fait froid. Avec mon bonnet, mon manteau droit et mon air renfrogné, je pense être tranquille. Je me déteste de réfléchir à ça. Mais sur le chemin de la faculté, entre ma résidence, et le parking étudiant, les filles se font régulièrement harponner, pour un sourire, quelques sous, une cigarette. T'es jolie mais tu fais la gueule, m'a-t-on dit souvent au passage, dommage, j'aurais bien pris ton numéro, mademoiselle. Hier tu m'as reproché de m'habiller comme un garçon manqué, avec mes jeans et mes pulls longs dont je tire les manches sur mes poignets. Tu m'as reproché de vouloir disparaître. Tu m'as demandé à quoi ça sert, ce camouflage ? J'ai eu l'impression que je commençais à moins te plaire que dans cette boîte il y a trois mois, cette soirée où tu m'avais trouvée si sexy. Dans ce café bruyant où nous avions trouvé refuge, ton regard passait d'un groupe à l'autre, s'attardait sur un dos réhaussé de dentelle ici, sur des jambes fines là, et puis sur d'autres chevelures lumineuses que des mains lourdes de bagues attrapaient prestement et montaient en chignon. Je ne suis pas ce genre de femme, et pourtant je les envie, j'envie l'insouciance qu'elles assument. Ce sont des guerrières. A quoi ça sert ce camouflage ? A quoi ça sert donc cette peur d'être jolie, qu'on me remarque ? Ce matin, j'ai donc mis ma jupe rouge, celle dans laquelle je me sens belle. Je ne l'ai pas fait pour toi, je l'ai fait pour moi. Hier soir, j'ai mis fin à notre relation. Je mérite que l'on vienne me chercher sous mon pull et les cheveux qui tombent sur mon front. Te quitter comme ça, sur un coup de tête, m'a vidé le corps, me fait un peu trembler aujourd'hui et perdre l'équilibre. J'espère ne pas croiser au dehors ces types qui semblent attendre le moindre jupon, s'agglutinent et forment comme un rempart sur mon chemin. Je n'ai pas envie de lutter, faire l'effort de répliquer quelque chose pour m'en débarrasser. Les croiser tous les jours est une épreuve indescriptible. Je voudrais seulement pouvoir marcher dans la rue, ne pas redouter d'être une femme, porter ce que je veux et que l'on me laisse tranquille.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona mais cette semaine, l’atelier prend une autre dimension et sort du cercle du net. Comme l’an dernier, Framboise a proposé de collaborer avec elle à un projet.  

Comme l’année précédente, nous organisons sur l’Université de Toulon, une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Vos textes feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer notre débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) vos textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

Deux contraintes pour cet atelier : écrire à partir d’une photo et d’une thématique : le harcèlement de rue.

Les autres textes sont à lire ici [clic]

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14 février 2016

Come

Je vous mets aujourd'hui ici un des choix de ma soeur (que j'aime et que j'adore), et je fais toujours référence au tag musical qui a tourné sur facebook dernièrement. Sinon, pendant ce temps, je lis Fermez les yeux de CJ Cooper chez Préludes, qui s'avère être une lecture légère légère légère légère... Trop ? Je persévère un peu. Demain, il y aura un texte pour l'atelier d'écriture de Leiloona sur ce blog, l'envie d'écrire, malgré un thème qui me parle moyennement, mais que j'ai quand même réussi à dompter, enfin je crois, le Harcèlement de rue... Toutes les infos ici.

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13 février 2016

La renverse, Olivier Adam

larenverse

 "Ce n'est qu'avec le jour du non-lieu qu'à nouveau les choses se dessinent avec netteté. Comme celui de l'annonce du scandale, il me revient avec un éclat étrange. Comme si entre ces deux points, entre le début et la fin de l'affaire, tout n'avait été que chaos insaisissable."

Alors qu'Antoine semble s'être retiré du monde dans cette petite ville de la côte où il vit et travaille, son passé le rattrape. On annonce à la télévision le décès de Jean-François Laborde. Et c'est ainsi que tout le scandale qui a éclaboussé l'adolescence du jeune homme dix ans auparavant remonte à la surface. Ce qui a été reproché à Jean-François Laborde, le maire de la ville de M., ce qui a été reproché à sa mère, sa plus proche collaboratrice et maîtresse supposée, revient au premier plan dans sa mémoire. Mais pourquoi n'a-t-il pas eu le réflexe de protéger sa famille à l'époque plutôt que de fuir ? A-t-il été manipulé ? A-t-il été trop faible ? N'a-t-il rien voulu comprendre par lâcheté ? Pour en avoir le coeur net, Antoine doit se rendre aux obsèques de l'homme par qui tout est arrivé, et par là même accepter de, peut-être, se dessiller les yeux.

Dans ce roman, l'écriture d'Olivier Adam est précise et maîtrisée. Et elle m'a fait penser étrangement à celle de Brigitte Giraud que j'adore également, et à la froide retenue que celle-ci a pu avoir dans ses derniers écrits, le pavillon de banlieue, l'adolescence contrainte et détachée, l'abandon [par exemple Nous serons des héros - clic ici]. Pour autant, je n'avais pas envisagé en ouvrant ce livre, l'absence de douceur, la dureté et la violence d'un milieu entièrement corrompu et vil. La renverse n'est pas facile à lire, n'est pas un livre doudou, mais ce roman questionne beaucoup sur le déni, la naïveté, le jeu des miroirs, le pouvoir et la politique. Et c'est intéressant. Mais je ne m'attendais pas à autant de noirceur, pas à ce point. Pourtant, loin d'éloigner, le récit accroche presque malgré lui, nous entraîne dans sa musique mélancolique, dessine des personnages fragiles et désaxés, et amène au terme du récit, à l'espoir. Et puis, il permet de mieux comprendre ce que peuvent vivre les proches des personnalités touchées par le scandale, les victimes innocentes et collatérales d'un milieu perverti qui sait se redresser après les tempêtes, mais pas les enfants, les conjoints, les collaborateurs moins préparés, pas eux. Une lecture qui marque indéniablement en cette rentrée littéraire de janvier.

Editions Flammarion - 19 € - Janvier 2016

Un bon cru de cette rentrée d'hiver avec toujours une petite lueur au bout pour Véro Un véritable coup de coeur pour Ludovic chez Leiloona - Beaucoup de justesse, de bienveillance, de sensibilité pour MicMélo - "Et ça possède une force, tout en étant l’archétype du personnage adamien. Toujours pareil, donc, mais réalisé avec une maîtrise de plus en plus construite, qui donne une fluidité et un plaisir de lecture véritable." pour Cuné qui m'avait hautement tentée ! - Anne a été conquise !

 

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12 février 2016

Week-end !

Bien partie pour le passer en compagnie d'Olivier Adam. Y'a pire. Bon week-end à vous aussi !

olivieradam

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