neige-vincennes-kot

J'ai mis le doigt sur l'endroit où se situe ma douleur. J'ai mis un doigt sur toi. Aujourd'hui je voudrais essayer. Etre certaine que tu me rejettes. Cette fois-ci. Je voudrais que tu m'accordes cela. La rupture. Celle qui brisera enfin ce qui nous lie. Mettre mon coeur en hiver. Toi comme mort. Et le vide tout autour. J'ai bien tenté. A plusieurs reprises. De me défaire de ce fil, ta présence qui s'enroule et serre mon torse, mes tempes, en vain. Tu restes là. Avec ta constance, ton sourire en coin. Présent malgré moi. Présent partout où je suis. Hier, la neige a recouvert ce parc que tu connais, où parfois je te croise. Et je suis restée saisie, envahie par le blanc, la pureté du silence, cette respiration. L'hiver était là, déjà en octobre, et il me chuchotait qu'il était temps. J'ai mis le doigt sur les touches de mon téléphone. Je compose ton numéro sans hésiter. Par coeur. Et je reçois ta voix incertaine comme un cadeau doux dans le creux de mon oreille. Ton salut comme une écharpe de laine qui retomberait légèrement sur ma gorge. Trouver la force. La violence qu'il faut pour briser le sortilège. Te donner des armes. Mentir si il le faut. Tu as l'air si heureux de me parler. Cette distance affectueuse que tu mets en tout. Cette toute petite boîte dans laquelle tu me tiens. Ces parois rugueuses contre lesquelles je me cogne et me blesse. Tes silences. De mon problème tu es la solution. De ma douleur je ne veux plus. Je te livre mon mensonge, le plus gros. Et il est épais et lourd ton souffle au bout du fil, coupant. J'attends le bruit qui annoncera la fin. J'attends que l'amour que je te porte se brise à mes pieds. Enfin. Et tu déglutis, prononce mon prénom, lentement. Ta parole hésite et cherche. Mon prénom encore, dans ta bouche, dans ce fil de téléphone qui nous relie. Mon mensonge qui s'évapore. Ta manière à toi de rebondir sur mon avant dernière phrase, celle qui ne démêlait rien, qui n'avait pas d'importance. Et puis ce A demain. Tu as trié d'un revers de certitude le déraisonnable et le certain, fais un noeud avec le lien qui nous lie, et serré très fort. Je raccroche, garde l'impression terrible que tu tiens à moi et que j'ai seulement ajouté un tour à ce fil qui serre à présent mes poignets, ensemble.

© Kot - Ma participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... une photo quelques mots [clic]