jesuisunefilledelhiver

Tu as aimé ce livre... parce que quand tu rentres dans ses premières pages tu sais déjà que tu vas retrouver l'univers adolescent un peu rude de Laurie Halse Anderson (que tu avais déjà apprécié précédemment dans Vous parler de ça). Et que quand tu démarres ta lecture, c'est de ça, et de seulement de ça dont tu as envie, d'adolescence (et tu penses que c'est seulement ainsi que tu pourras enfin sortir de ton affreuse panne de lecture, via l'adolescence)... Tu ouvres alors les portes du roman, et tu découvres Lia, jeune fille de 18 ans. Et puis, tout de suite, à peine le temps de faire connaissance, il y a un décès, il est question d'une tragédie. Cassie, une autre adolescente, est morte, seule, dans une chambre d'hôtel. Lia et elle avaient été proches autrefois, mais en réalité elles ne se parlaient plus depuis longtemps. La veille de la tragédie, pourtant, Cassie avait appelé Lia à de nombreuses reprises, 33 fois, et Lia n'avait pas répondu... Comment gérer alors la culpabilité ? Comment gérer ce fantôme qui vient hanter ses nuits ? Comment continuer ce combat contre la faim que Lia mène en secret alors que ses parents la croient guérie ? Et que sa petite soeur Emma lui fait confiance ? Parce que Lia et Cassie partageaient ça avant (on l'apprend peu à peu au fil des paragraphes), cette course effrénée vers la maigreur, cette manière de disparaître de son vivant, en allant inexorablement vers la mort, et toutes les astuces et cachotteries pour y parvenir. En tournant les pages de ce livre, toi lectrice, ancienne jeune fille de 46 kilos, qui a connu la maigreur mais pas le fait de s'affamer, tu frémis de plus en plus, sur cette nourriture qui pèse, ce mécanisme mental qu'est l'anorexie. Tu n'as pas très envie de confier ce roman à ta fille adolescente, pas encore... On ne ressort pas indemne d'une telle lecture, des tentatives désespérées d'une jeune adulte pour trouver des raisons d'exister. Et puis tu refermes ce livre sur ces mots... je suis là, carresse sa couverture en relief, si soignée, et tu te dis que cette collection de La belle colère, c'est vraiment quelque chose... et que Je suis une fille de l'hiver t'a bien chahutée, mais qu'il t'a remise aussi mine de rien sur le chemin un peu perdu de la lecture (ouf).

Editions Anne Carrière - Octobre 2016