talons-aiguillesTu es mon histoire. Banale. Et j'écris pour toi ce soir. Pour te séduire. Avec mes pauvres armes, les mots. Mais ça tu ne le sais pas encore. Tu crois que je suis passée à autre chose, quelqu'un d'autre, que j'ai, comme tu me l'as glissé la dernière fois, repris mes esprits. En réalité, je suis montée depuis ton refus sur des échasses. J'ai enfilé mes talons hauts, et j'ai pris de la hauteur. J'ai essayé de t'oublier comme ça, en jouant un personnage, en m'étourdissant, les orteils en feu, le talon blessé. Autant de manières de ne pas sentir la douleur qui s'est logée au creux de ma poitrine, dure et tranchante. Elle me réveille parfois la nuit. Ou quand je te croise. A quoi il sert cet amour qui n'a que du vide en retour ? Qui se balance entre espoir et mélodrame. Tu es mon défi, quotidien. Je note chaque jour scrupuleusement mes avancées sur un carnet, à quel point j'ai réussi cette fois-ci à t'éviter, à aller mieux, à ne pas chuter. Journal de bord d'une naufragée. On ne le dit jamais assez combien renoncer à quelqu'un est une des plus grandes batailles de la vie, combien c'est difficile. Je me réveille avec toi, et je dois te chasser de mes pensées. Je marche avec toi, et je me concentre sur mes talons. Je te vois, et je dois t'ignorer. Tu es cette pierre qui roule sous mes semelles et qui me fait flancher. Il n'est marqué dans aucun livre comment t'oublier. Ni comment te séduire non plus. Avec mes pauvres mots, ma pauvre voix, mes pauvres sentiments. J'ai acheté des pansements, qui rendent ma démarche moins bancale, plus aisée. J'ai l'impression que je vais mieux. Pourtant, je déambule sur une poutre, j'oscille, et bien souvent je tombe. Un jour, tu me seras de nouveau indifférent, je porterai des talons plats. Ou alors j'aurai réussi à t'atteindre, là où tu es, et tu seras là. Fol espoir. Balance sentimentale. Moi sur mes talons.

Ce texte est ta participation à l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici], une photo quelques mots...