combi

Tracer la route. C'est ce que je te propose. Le temps est idéal. Tu n'auras pas trop chaud. Ni trop froid non plus. Tracer la route et oublier, chasser ce voile gris qui assombri encore parfois ton visage. J'ai patienté tu sais, pendant les jours noirs. Et puis ton rire est revenu. Et comme j'ai aimé ça, le sentir de nouveau gronder dans ton ventre et monter jusqu'à ta gorge, puis éclater tendrement dans mon cou. Peu importe si il était là pour se moquer de moi, de ma lubie des voyages, de cet achat d'un camping car vieillot, et de cette couverture à petits carreaux verts et blancs que tu as pris au départ pour des envies de paternité. Une couverture pour bébé. Elle recouvre ton corps ce soir. J'ai eu tellement peur tu sais, ces derniers mois, toutes ces fois où tu pleurais, où tu sombrais, où j'étais incapable de t'aider. Tu pensais ne rien mériter, et surtout pas les bouées de douceur que je te tendais. Je t'ai vu te noyer, tous les jours un peu plus. Et comme je les redoutais, ces moments où je te retrouvais au milieu des draps, prostrée, le regard dans le vide, des larmes ruisselant sur tes joues, ta parole éteinte, la mâchoire bloquée. A quoi bon alors mes muscles, ma force, les efforts que je déployais. J'ai haï ceux qui t'avaient mis dans cet état, et puis j'ai haï la mort qui rodait près de toi et qui voulait t'emporter, toi et notre bonheur. Et tu as été la plus forte. Tu as lutté plus durement que ce que tu montrais. Tu n'as cessé de fixer ce point au-delà de moi, qui te ramenait à chaque fois la tête hors de l'eau. Je pouvais presque voir tes phalanges bleuies agripper le bord carrelé de la piscine. La vague est passée, ça ira mon chéri. Ces mots qui ne rassuraient pas. Le retour probable de la vague, le rythme des marées. ma volonté de te sortir de là. J'ai vu d'un bon oeil ceux qui, peu à peu, t'ont dit en écho à ma vigilance que tu valais la peine. Parce que tu valais la peine ma chérie. Je n'ai jamais compris comment tu avais pu en douter, comment le mécanisme avait fonctionné, sournoisement, fendillant tout à l'intérieur de toi, brisant ta confiance fragile. Quelqu'un avait posé le doigt sur le point qui tenait tout en toi, et tu étais tombée, comme une marionnette cassée. Le bonheur est revenu avec tes mots, le rire, l'envie de marcher, de sortir, le soleil sur ta peau, tes bras autour de mon cou et l'espièglerie. J'ai envie de croire aussi que chaque baiser donné t'a forgé peu à peu une solide carapace, que tu promènes ainsi mon amour avec toi, inscrit sur ton épiderme. Car chacun de tes sourires est à présent une fête. Je veux t'emmener, sans tarder davantage, sur les chemins caillouteux, serrer ton corps à chaque halte, ne plus avoir peur de te perdre. Et je sais que la route sera belle, puisque tu es là, puisque nous sommes deux. 

Un texte rédigé pour l'atelier d'écriture de Leiloona... une photo quelques mots [clic ici]