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Vous parler de ça. Du j'aurais pu tomber plus bas. Du j'ai parfois laissé gagner le vertige. Et de ce quelque chose qui m'écrase encore. Comme la rambarde de cette mezzanine qui imprime sa dureté sur mon ventre. Quelque chose qui tient du dégoût et de la colère, de l'impuissance aussi. Quoi de plus mort que les objets que je contemple. Le mal que l'on m'a fait, et que l'on fait à d'autres, partout. Ces vies qui se roulent en boule et qui pleurent dans un coin. La méchanceté, la bravade et l'orgueil. La trahison. Tous ces gens que l'on regarde de haut, que l'on exclut, que l'on méprise et que l'on tue à petits feux. Et le retour souhaité de la bienveillance. Vous parler de ça. Du chaque jour devoir extirper de soi des mauvaises pensées pour commencer sa journée. Du sourire en façade. Du rire trop fort pour cacher tout ce qui tombe en soi et se déchire. De la vigilance qui occupe toute la pensée. De tout ce qui est inversé. De l'obligation de s'aimer un peu pour survivre. Du sentiment d'opression, d'enfermement, et de cette impression d'être dans une voie sans issue, une impasse. A s'en abîmer les poings à force de cogner contre des portes fermées. Puis de l'oxygène qui emplit tes poumons d'air quand enfin tout cela se retire, quand la marée descend et découvre la beauté de ce que tu es. Sans chichis ni trompettes. La beauté d'être humaine, fragile et de chair. Et le renouvellement possible de soi, que je n'imaginais pas. Vous parler des larmes qui sortent depuis, qui n'en peuvent plus de s'écouler dès que l'émotion surgit. Une source intarissable. A toi seule tu pourrais sauver un pays en sécheresse. Je n'avais pas les armes. Et c'est quand tu es à terre que tu t'en aperçois. Je n'étais pas armée pour ça, pour être la cible de la médisance, de la violence d'un prédateur. Je n'étais pas prête non plus pour les regards baissés, pour la lâcheté en cascade, pour la solitude et ceux qui s'amusent à te regarder sombrer. Je me penche au dessus du vide, et je sais la séduction du vertige. Rajouter du froid au froid, disparaître, devenir invisible, s'incruster dans le décor, être un objet, un élément de cuisine. Certains jours, mes phalanges agrippées sur le bois blanc il me faut du temps pour convoquer les rires amis, les paroles douces, la lumière, tout ce qui existe et qui sauve du désarroi. Qu'ils en soient remerciés. La lutte est longue, semée d'embûches, mais je peux parler de ça aujourd'hui. De ce quelque chose qui gagne. Chaque jour depuis deux ans. Et de tout ce qui est beau derrière chaque porte que j'ouvre depuis.

Ce texte est ma participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... Une photo quelques mots [clic ici]