14 novembre 2016

L'autre qu'on adorait ~ atelier d'écriture

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Je visse mes écouteurs dans le creux de mes oreilles. J'ai aperçu ta maison. Et c'est comme fonctionner soudain en circuit fermé, hors d'atteinte, avec l'illusion d'être plus forte. J'enclenche maintenant la première plage de l'album que j'écoute en ce moment. Les bruits de ta rue disparaissent aussitôt. Tu serais surpris de savoir que depuis l'Incident, seule la musique a ce pouvoir là, de me maintenir artificiellement la tête hors de l'eau, dans une bulle tonitruante, d'accélerer mes pas. L'équilibre est fragile. De toi je ne sais plus rien depuis plusieurs semaines. Tu ne peux plus être... cet autre que j'adorais. Dont j'attends encore quelque chose pourtant. Des excuses. D'en guérir. Une libération. Le rythme de la musique couvre les battements de mon coeur qui s'accélèrent. Je respire profondément. Peut-être un peu trop. L'air est vif ce matin et brûle douloureusement mes sinus. Je passe tous les jours devant chez toi. A pied. Je longe les voitures. La tête dans mon snood en laine. Rouge comme ta façade. J'aperçois souvent ta voiture, garée là, brillante, mordant un peu le trottoir, comme une extension matérielle de toi. Mais jamais je ne te croise, toi. L'affection a ceci d'étrange qu'elle s'accroche à qui ne fait pas l'effort de l'attendre. J'avais pris nos échanges pour une conversation. Et aujourd'hui ma boîte mail ne déverse plus que des spams qui font semblant de connaître mon prénom. Je pourrais choisir un autre trajet, faire le grand tour. Impossible. Ce serait tricher. Je tire une force iréelle de cette blessure quotidienne auquelle je m'astreins. Ce parcours. J'espère sans doute aussi une rencontre, qu'au sortir de ton perron tu me tombes dans les bras. Comme au cinéma. Dans la vraie vie, les garçons fuient et les filles longent des voitures, changent de trottoir, essaient d'oublier. Nous n'étions pas faits pour nous entendre. Ou plutôt si, de trop. Et autour de toi, des jalousies se sont élevées, ont dit que tu méritais mieux. Et tu les a écoutées. Pire, tu les as laissées me blesser. J'ai beaucoup lutté, voulu te faire entendre raison, croire à notre amitié. Il m'a fallu du temps pour renoncer. Il a fallu que je chute. Depuis, le monde a pris d'étranges couleurs. On m'approche, on m'offre ailleurs ce que tu ne voulais plus me donner. Je sors, je fais la fête. La vie est devenue un kaléidoscope qui m'empêche de pleurer. Je singe parfaitement la comédie du bonheur. A force, je finirai par y croire. Mais tu serais surpris de savoir que depuis l'Incident, notre dernière dispute, j'écoute en passant devant chez toi un à un tous tes albums préférés. Ils me parlent de toi. Ils sont ce qu'il reste de nous. Pour peu qu'un jour pourquoi pas... ils te réveillent.

Un titre emprunté au dernier roman de Catherine Cusset (non lu encore). Et un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici] 

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31 octobre 2016

Quelqu'un manque ~ atelier d'écriture

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Dans mon coeur désaffecté, quelqu'un manque. Comme je l'imagine il a les cheveux couleur miel. Il hante mes rêves, presque toutes mes nuits. Il existe seulement là, entre la brume du sommeil qui tombe et la brutalité du réveil où sa main tendue m'échappe alors. Qui est-il ? A quel moment de ma vie l'ai-je perdu ? Etait-il cette ombre qui marchait près de moi en longeant la rivière, ce bruit de bicyclette qui sifflait dans mes oreilles les jours où je fuyais, près de moi encore quand j'étais seule à la récréation, ou quand mes orteils rosissaient sur le carrelage de la piscine, avant la peur de sauter ? Je l'ai recherché plus tard dans ce garçon à qui j'ai tenu longuement la main, dans celui dont je suivais les pas, dans cet autre, tous ces autres qui n'ont pas voulu de moi, dans celui qui m'a embrassé sous la pluie, dans ce dernier à qui j'écrivais. Dans mon coeur désaffecté, il manque, ce garçon au mince sourire qui veillait sur moi. Je crois qu'il était mon aîné, je crois qu'au-delà de ma mémoire, un jour il m'a serré dans ses bras, ou aidé à remettre la chaîne de mon vélo. Je crois qu'il a existé. Et que depuis je porte comme une croix l'empreinte de son étreinte au creux de moi, comme le souvenir d'un amour éperdu, perdu à jamais. Dans mon coeur oublié, je lui ressemble, j'ai aussi les cheveux couleur miel. Je suis prête à le suivre au bout du monde, ou au bout de la rue. La piscine municipale n'a pas encore fermé ses portes. Elle est encore ce lieu où l'on pouvait acheter les cheveux dégoulinants d'eau chlorée des glaces pop à la framboise au goût de carton et de vacances. Dans mon coeur désaffecté, il y a de la place, trop de place. Sous le coup de la colère, et du désespoir, j'ai badigeonné ses murs de tags monstrueux qui n'effraient que moi. Il y avait largement de la place pour toi. 

Photo de Julien Ribot - Ma participation pour l'atelier d'écriture de Leiloona... Une photo, quelques mots [clic ici]

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03 octobre 2016

Mon coeur en hiver ~ atelier d'écriture

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J'ai mis le doigt sur l'endroit où se situe ma douleur. J'ai mis un doigt sur toi. Aujourd'hui je voudrais essayer. Etre certaine que tu me rejettes. Cette fois-ci. Je voudrais que tu m'accordes cela. La rupture. Celle qui brisera enfin ce qui nous lie. Mettre mon coeur en hiver. Toi comme mort. Et le vide tout autour. J'ai bien tenté. A plusieurs reprises. De me défaire de ce fil, ta présence qui s'enroule et serre mon torse, mes tempes, en vain. Tu restes là. Avec ta constance, ton sourire en coin. Présent malgré moi. Présent partout où je suis. Hier, la neige a recouvert ce parc que tu connais, où parfois je te croise. Et je suis restée saisie, envahie par le blanc, la pureté du silence, cette respiration. L'hiver était là, déjà en octobre, et il me chuchotait qu'il était temps. J'ai mis le doigt sur les touches de mon téléphone. Je compose ton numéro sans hésiter. Par coeur. Et je reçois ta voix incertaine comme un cadeau doux dans le creux de mon oreille. Ton salut comme une écharpe de laine qui retomberait légèrement sur ma gorge. Trouver la force. La violence qu'il faut pour briser le sortilège. Te donner des armes. Mentir si il le faut. Tu as l'air si heureux de me parler. Cette distance affectueuse que tu mets en tout. Cette toute petite boîte dans laquelle tu me tiens. Ces parois rugueuses contre lesquelles je me cogne et me blesse. Tes silences. De mon problème tu es la solution. De ma douleur je ne veux plus. Je te livre mon mensonge, le plus gros. Et il est épais et lourd ton souffle au bout du fil, coupant. J'attends le bruit qui annoncera la fin. J'attends que l'amour que je te porte se brise à mes pieds. Enfin. Et tu déglutis, prononce mon prénom, lentement. Ta parole hésite et cherche. Mon prénom encore, dans ta bouche, dans ce fil de téléphone qui nous relie. Mon mensonge qui s'évapore. Ta manière à toi de rebondir sur mon avant dernière phrase, celle qui ne démêlait rien, qui n'avait pas d'importance. Et puis ce A demain. Tu as trié d'un revers de certitude le déraisonnable et le certain, fais un noeud avec le lien qui nous lie, et serré très fort. Je raccroche, garde l'impression terrible que tu tiens à moi et que j'ai seulement ajouté un tour à ce fil qui serre à présent mes poignets, ensemble.

© Kot - Ma participation à l'atelier d'écriture de Leiloona... une photo quelques mots [clic]

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12 septembre 2016

Ma rebelle ~ Atelier d'écriture

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Tu avais décidé de prendre de la hauteur, de t'en moquer un peu de la solitude, d'enfreindre les règles non écrites, celles qui ressemblent vite à des habitudes de célibataires. Ces soirées pyjama qui s'éternisaient sur le canapé et qui te laissaient groggy, insatisfaite. Tu avais revêtu ce blouson en cuir que tu ne mets jamais, remisé depuis son achat dans un creux de ta penderie. Il sentait bien un peu mauvais, le bois, le neuf et le renfermé. Mais avec ta jupe fleurie, il te donnait cet air de rebelle dont tu avais besoin ce soir. Accord parfait. Ta liberté tu la trouvais dorénavant dans tous ces gestes anodins, ces petits pas de côté, ces manières d'être différente, de dire non, plus tard, peut-être, ou jamais. De ne jamais être là où l'on t'attendait. Une lutte continuelle. Tu ne cherchais pas la provocation. Non. Plutôt à faire entendre ta voix dans le brouhaha du monde, ta différence, ton identité. A ne jamais te laisser engloutir par cette norme que tout le monde cherche. Ce graal moderne. Être une Antigone. Partout. A la sortie de l'école, en prenant les mains de tes enfants. Au travail, en cherchant au-delà des fenêtres quelque chose, un détail, qui te ferait sourire, et t'extraire. A la maison, en laissant des tâches de côté pour attraper un livre, en pensant à une phrase au milieu du ménage, en laissant refroidir l'eau de la vaisselle pour vérifier une pensée. A donner un sens à tout. De l'air à ton esprit. Surtout depuis que tu savais combien ta vie t'appartenait. Surtout depuis qu'elle t'avait parue si fragile. Tu avais décidé que ce soir était le bon soir pour aller sentir le vent dans tes oreilles Place de la Concorde et peut-être monter sur la grande roue. Apprivoiser Paris la nuit. Même seule. Tes enfants chez leur père. Tu imaginais leur visage bleuté, reflétant la lumière de la télévision. Disney pour un soir. Le sucre et le miel qu'accordent les parents esseulés pour palier l'absence de l'autre. Et là, pour toi ce soir, le cuir sur ta peau nue. Tes cheveux pour une fois attachés en un chignon défait. Le tissu de ta robe frôlant tes cuisses. Et puis ce regard que tu te lances dans le miroir de l'ascenseur, souligné de noir. Le sourire que tu t'adresses. Encore un moment de gagné sur la course du monde, cette sortie. Encore un jour de gagné pour la joie. Oublié le temps des pleurs, de la séparation douloureuse, et du confinement qu'amène cette certitude de ne plus jamais être heureuse. Comme tu te trompais. Comme le temps arrange bien des choses, et surtout l'amour que l'on se porte à soi-même. Le couple, la famille, cet autre enfermement dans lequel tu t'étais laissée piéger. L'autre qui t'étouffe au point de ne plus savoir qui tu es. Alors que l'amour c'est seulement respirer mieux, plus fort, à deux. Et comme Paris allait être magnifique ce soir vu d'en haut. Comme tu te sentais belle, libre, enfin, ma rebelle.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]... une photo, quelques mots. 

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11 juin 2016

Week-end

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... et parce que j'en ai de plus en plus assez de la pudeur qui isole, de ce qu'il est bon de montrer ou pas, de ce qu'il ne faut pas dire, parce que j'ai vécu le choc de la naissance prématurée de mon fils il y a onze ans avec beaucoup de douleur et de solitude, d'inquiétude, et qu'il m'aurait été si précieux à l'époque de la partager un peu (je n'avais pas encore internet), parce qu'aujourd'hui il va bien, qu'il n'a lui aucun souvenir de tout cela (qu'il n'aime pas en parler), que je ne peux imaginer ma vie présente sans sa présence lumineuse, sa blondeur, sa sensibilité, sa tendresse, parce que sans lui ce blog n'existerait pas, que je lui ai dédié il y a presque dix ans mon premier texte (sur une autre plateforme), qu'il a été mon premier pas vers le chemin retrouvé de l'écriture, l'écriture qui permet de poser et d'exorciser, je mets ici ces photos que l'on ne montre pas... pour qu'elles servent et donnent de l'espoir. Je pense à ces parents qui passent en ce moment leurs journées en service de néonatologie, dans l'attente de chaque progrès, le premier toucher, la première fois dans les bras, la première têtée, la sortie de la couveuse, et cette fameuse sortie de l'hôpital qui semble ne jamais pouvoir advenir un jour. Je pense à eux et je les embrasse tendrement, je sais.

Il y a onze ans, j'avais rendez-vous tous les jours avec toi, mon fils [clic ici]. Hier, c'était ton anniversaire. Je suis tellement heureuse que tu sois là.

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15 février 2016

Comme un rempart (atelier d'écriture)

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 J'ai mis ma jupe rouge ce matin, celle que je mets rarement, parce qu'avec elle je me sens vulnérable. Je sais que c'est idiot, mais il faut être une fille pour comprendre ce mélange d'envie de féminité qui parfois nous prend au réveil, et cette certitude de ne pas passer inaperçue. J'ai mis des collants noirs et mes petites chaussures d'hiver. Dehors, il fait froid. Avec mon bonnet, mon manteau droit et mon air renfrogné, je pense être tranquille. Je me déteste de réfléchir à ça. Mais sur le chemin de la faculté, entre ma résidence, et le parking étudiant, les filles se font régulièrement harponner, pour un sourire, quelques sous, une cigarette. T'es jolie mais tu fais la gueule, m'a-t-on dit souvent au passage, dommage, j'aurais bien pris ton numéro, mademoiselle. Hier tu m'as reproché de m'habiller comme un garçon manqué, avec mes jeans et mes pulls longs dont je tire les manches sur mes poignets. Tu m'as reproché de vouloir disparaître. Tu m'as demandé à quoi ça sert, ce camouflage ? J'ai eu l'impression que je commençais à moins te plaire que dans cette boîte il y a trois mois, cette soirée où tu m'avais trouvée si sexy. Dans ce café bruyant où nous avions trouvé refuge, ton regard passait d'un groupe à l'autre, s'attardait sur un dos réhaussé de dentelle ici, sur des jambes fines là, et puis sur d'autres chevelures lumineuses que des mains lourdes de bagues attrapaient prestement et montaient en chignon. Je ne suis pas ce genre de femme, et pourtant je les envie, j'envie l'insouciance qu'elles assument. Ce sont des guerrières. A quoi ça sert ce camouflage ? A quoi ça sert donc cette peur d'être jolie, qu'on me remarque ? Ce matin, j'ai donc mis ma jupe rouge, celle dans laquelle je me sens belle. Je ne l'ai pas fait pour toi, je l'ai fait pour moi. Hier soir, j'ai mis fin à notre relation. Je mérite que l'on vienne me chercher sous mon pull et les cheveux qui tombent sur mon front. Te quitter comme ça, sur un coup de tête, m'a vidé le corps, me fait un peu trembler aujourd'hui et perdre l'équilibre. J'espère ne pas croiser au dehors ces types qui semblent attendre le moindre jupon, s'agglutinent et forment comme un rempart sur mon chemin. Je n'ai pas envie de lutter, faire l'effort de répliquer quelque chose pour m'en débarrasser. Les croiser tous les jours est une épreuve indescriptible. Je voudrais seulement pouvoir marcher dans la rue, ne pas redouter d'être une femme, porter ce que je veux et que l'on me laisse tranquille.

Un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona mais cette semaine, l’atelier prend une autre dimension et sort du cercle du net. Comme l’an dernier, Framboise a proposé de collaborer avec elle à un projet.  

Comme l’année précédente, nous organisons sur l’Université de Toulon, une manifestation autour de la question du sexisme et du harcèlement de rue. Vos textes feront l’objet d’une exposition durant toute la semaine. Et, pour illustrer notre débat (qui clôturera une semaine d’évènements culturels) vos textes seront lus sur scène par des étudiants de l’atelier théâtre.

Deux contraintes pour cet atelier : écrire à partir d’une photo et d’une thématique : le harcèlement de rue.

Les autres textes sont à lire ici [clic]

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08 février 2016

T'attendre (atelier d'écriture)

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 Je me suis enroulée dans mon écharpe. Mon nez au dessus de la laine est froid, et brille un peu. Je t'attends. Je sais que tu vas arriver, tu n'es jamais en retard. C'est ce que j'aime d'ailleurs chez toi, c'est bête, cette ponctualité, le fait que jamais tu ne me laisses tomber dans l'angoisse de l'attente, tu ne voudrais pas. Je suis arrivée en avance, je me suis assise sur un bout de trottoir, la pierre est dure et gelée sous mes fesses, je sens sa dureté à travers mon jean. Je devrais me lever, marcher un peu, mais je reste assise. La vue que j'ai d'ici est belle, comme un tableau. Bouger ferait se transformer l'image, ce serait dommage. Plus bas, la Seine est aussi transie que moi, immobile. Au loin, la Tour Eiffel, la Grande Dame, semble attendre la nuit, un rendez-vous, ou que la journée passe. Elle se dresse sur le bleu du ciel, sombre et droite. J'aime quand le ciel se transforme ainsi, prend son air de entre chiens et loups. C'est l'heure des possibles, de l'inattendu. Et même si rien ne se passe, il y a comme un frisson dans l'air qui espère. T'attendre, c'est savoir déjà tes bras autour de moi, la chaleur de tes lèvres sur mon nez, puis sur ma bouche, l'étreinte. T'attendre, c'est être déjà avec toi. Ensuite, nous irons tous les deux marcher dans les rues, et si je glisse sur les pavés, tu me tiendras la main, comme tu le fais souvent. Tu me demanderas peut-être si j'ai oublié mes gants, si je préfère que nous allions moins vite. Ton pas s'accorde toujours au mien. Les secondes s'égrennent, tu ne vas pas tarder. Et je chiffonne entre mes doigts un coeur de papier qui s'est envolé jusqu'à ma chaussure, un reste de mariage sans doute. Le rose vif du confetti se détache violemment sur le bleu alentour, la nuit qui tombe doucement.
J'espère trouver les mots tout à l'heure, ceux qui disent je t'aime, je souhaite, et ceux qui disent pardonne moi

Crédit photo Leiloona - texte de fiction pour son atelier d'écriture Une photo quelques mots [ici]

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11 janvier 2016

Parenthèse (atelier d'écriture)

atelierjanv2016Je voulais revenir à toi, inventer une fin heureuse à notre histoire, alors je t'ai cherché. Et je suis venu te dénicher dans cette ville de bord de mer que je connais si mal, celle où tu es né. Je t'ai trouvé facilement, dix ans que je ne t'avais pas vu. Je suis comme ça moi je n'arrête jamais rien, jamais d'aimer, jamais d'y croire, je suis tenace. Je n'avais pas prévu ta famille, le bonheur évident de ce que tu avais construit depuis moi. Je voulais surtout que quelqu'un me regarde, être importante, belle. On n'imagine pas ce que c'est que de devenir transparente pour les autres. La solitude qui creuse en soi des rigoles de détresse. Être une amie, une collègue, une connaissance, mais n'être pas vue. Je me suis souvenue de ton regard sur moi, combien il me rendait légère, me donnait l'impression d'être un lutin magique, une fée. Hier, je voulais redevenir cette femme que tu avais aimé, me souvenir de ça. Et c'était étrange de te voir là, un peu vieilli, un peu plus épais, mais toujours le même, surpris de me voir débarquer sans prévenir, mais souriant, absolument souriant. Je t'attendais à la sortie de ton travail. Tu n'avais pas d'obligations, ça tombait bien, nous sommes allés prendre un café. Tu me donnais d'emblée, comme ça, ta bonne humeur, ton temps, et l'atmosphère confortable de ce lieu où tu m'as emmenée. Je me suis tout de suite sentie mieux, comme si tu avais su ce que j'attendais réellement, ta complète attention. A la fin de notre échange tu m'as serré longuement dans tes bras, et il y avait la douce chaleur de tes bras, ton odeur. Je ne savais pas avant de venir ici que j'aurais donné ma vie pour un tel câlin, que c'est ce dont je rêvais. Parfois, la vie est simple. Parfois, un geste suffit. Et tu as dis les mots que je voulais entendre, que tu m'aimais encore, que j'étais toujours séduisante, que si la vie avait été différente tu m'aurais certainement suivi dans cette chambre d'hôtel dont je te vantais la vue magnifique sur le port. Mais tu étais fidèle, tu aimais ta femme, et les deux petites filles que vous avez eu ensemble. Mon tour était passé, il aurait suffi d'un rien pour que cette vie soit aussi ma vie. Il aurait fallu qu'il y a dix ans je sois prête. Avant de me quitter, tu m'as remis une mèche de cheveux sur l'oreille et tu m'as dit qu'il y aurait un autre homme pour moi, que tu en étais certain. Et c'est ce que j'ai emporté avec moi dans le train du retour, après avoir regardé une dernière fois par la vitre de ma chambre l'océan gris et bourru comme un père que tu contemplais aussi chaque jour, ta certitude.

Une sublime photo d'Ada, de l'imagination, et au final un texte écrit pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]

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09 novembre 2015

Livre #6 (atelier d'écriture)

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 Je m'effondre. Je griffe mon carnet d'une grande écriture qui ne me ressemble pas. Je n'ai pas pu reporter plus longtemps mon tête à tête avec toi. Tout à l'heure, tu m'as repris le bras, tes doigts puissants serraient mon pull et ma peau. Tu m'as bloquée contre la porte, tu as approché ton visage tout contre le mien, je ne te reconnais plus. Qu'est-ce que tu fabriques Lisa ? Si Marie s'aperçoit que nous ne nous entendons plus je ne donne pas chère de notre peau à tous les deux dans ce travail. Alors je t'ai tout expliqué et j'ai hurlé je crois, mon incompréhension, et puis ta distance, ton silence, ta présence ici, ma situation, notre amitié par terre. Tu es devenu très blanc tout à coup, tu t'es éloigné. Je ne peux rien te dire Lisa. Et tu es parti. Je suis rentrée bouleversée à la maison. Tom était là. Je l'ai serré très fort contre moi, trop fort, je sentais ses petits os contre mes bras, la douceur de ses cheveux contre ma joue. Mon enfant. Il m'a dit un incompréhensible Je sais maman qui m'a bouleversée davantage. Mon enfant lumineux. Il y a des jours où il est tellement difficile d'être mère, d'être forte pour deux, où l'enfant que j'étais moi aussi, avant, cherche des bras pour pleurer, se trompe et se sent misérable. Pardonne moi mon chéri je suis épuisée. Et j'ai embrassé Tom sur le front, et j'ai repris très vite mon rôle, mes larmes séchaient durement sur ma joue tandis que je lui posais des questions sur sa journée, ses cours, l'école. Mon fils. 

Lorsque j'étais très jeune je voulais tout faire, tout essayer. Le monde s'offrait à moi comme un panel merveilleux d'activités à tester. Mes camarades s'étaient inscrites à un cour de danse classique, j'ai fait pareil. Tous les mercredis après-midi, nos petites silhouettes graciles vêtues de rose clair se tenaient côte à côte, essayant de bien faire, d'écouter la voix un peu sévère qui donnait des ordres, le corps qui tentait de suivre, un peu gourd, de reproduire, la grâce qui manquait, la lumière trop vive qui inondait la salle, le miroir absent, la barre très longue sur un seul pan du mur, la vue sur le lotissement. Tout était vétuste et sentait le à peu près. Je n'étais pas à ma place. J'ai pris ce soir après le dîner cette photo dans mes mains, celle où j'arborais ce grand col blanc, le tutu, mes cheveux tirés en chignon. Déguisée en petit rat de pacotille pour un spectacle de fin d'année, le trac au fond de l'estomac, les bras raides. Je voulais être une petite fille comme les autres. Je sais aujourd'hui que je voulais aussi être aimée, que mon père me trouve belle, qu'il me remarque. Voeu pieu. La danse ne l'intéressait pas. Les petites filles sans charme non plus. Après cette soirée, les courbatures, la déception mêlée aux grattements provoqués par la tulle enroulée autour de mon cou, j'ai changé de tactique. Je me suis intéressée à Stevenson, à L'île au trésor, aux aventures que les jeunes garçons poursuivaient dans les livres tandis que les jeunes filles restaient à la maison. J'ai voulu que ma mère coupe mes anglaises, j'allais me démarquer de mes petites soeurs, atteindre autrement le coeur sec du père, devenir un garçon. L'Histoire raconte que le coeur est resté sec et que la petite fille est devenue une femme bancale. L'Histoire raconte également que depuis je recherche quelqu'un dans l'affection que je porte aux hommes, la douleur et la déception en sont d'autant plus blessantes. J'avais confiance en toi.

T'écrire, écrire, poser des mots sur ce que sont mes journées apaise un peu la tension du quotidien. Mais je crois que je t'ai perdu. Et que tout à l'heure tu m'as fait peur.

Une photo (de Romaric Cazaux), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte, qui commence à faire une histoire, qui commence à ressembler à un livre... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 


(Les épisodes précédents ici :  Livre #1 - Livre#2 - Livre#3 - Livre #4 - Livre #5)

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01 novembre 2015

Livre #5

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Il n'est pas simple à assumer mon silence. Je sens parfois ton regard peser sur moi, rempli d'interrogations. Et plus le temps passe et plus je te suprends à me contempler ainsi. Hier, tu as aggripé mon bras, alors que je m'apprêtais à partir au terme d'une journée plutôt calme, une journée pendant laquelle nous avions travaillé l'un à côté de l'autre sans se parler. Tu voulais savoir pourquoi je passais mon temps à te fuir. Que se passe-t-il ? J'ai hésité à tout déballer à tes pieds, la vérité, mais si je te disais tout ce que mon coeur contient, ma colère serait telle qu'elle envahirait l'atelier, qu'elle te clouerait sur place, n'est-ce pas ? J'ai préféré dégager mon bras, te murmurer que tout allait bien, que ce nouveau travail me stressait un peu, qu'il fallait recommencer à zéro, que pour Marie qui me faisait confiance je préférais rester concentrée. Rien sur notre amitié. Rien sur ces mails que je ne t'envoie plus. Rien non plus sur ta présence si étonnante sur ce projet, une présence qui me questionne et qui me blesse. Commences-tu à ressentir quelques regrets ?

A la maison, mes cahiers et photographies ont finalement trouvé refuge dans mon antre. J'ai pris l'habitude de me terrer après le dîner au creux de mon lit, un crayon au coin de la bouche. J'ai repris l'écriture avec constance. Tom en profite pour regarder ses émissions bruyantes à la télévision. J'entends au loin les voix assourdies d'animateurs hystériques. Il vient ensuite me souhaiter bonne nuit, un oeil sur ce que je fais, un autre sur mon visage. Tout va bien maman ? Je sais qu'il s'inquiète. Lui aussi s'étonne de ton absence soudaine, et de ma nouvelle lubie. Je le rassure avec un baiser bruyant au creux de sa joue, un baiser qui le ramène instantanément à l'enfance, je le sais. Son gloussement amusé l'emporte avec légèreté vers sa chambre et vers le sommeil, tant mieux. Chaque soir je plonge dans mes souvenirs, j'extraie les scènes marquantes, je pose sur le papier des atmosphères, des moments. Tu n'y es pas. Et l'espace que je crée ainsi, qui existe et devient vivant sous ma plume, me permet de tenir le coup, de maintenir à distance l'angoisse de perdre de nouveau mon travail, me permet de te garder au loin. 

La librairie de Marie ouvre ses portes dans quelques semaines. Il est prévu que nous passions les prochains jours à monter des étagères, les livres commencent à arriver. J'ai reçu de gentils messages d'encouragements de la part de représentants que je connais bien. La confiance réciproque sur le travai fourni auparavant, la personnalité de Marie, son réseau, notre trio, tout semble aller dans le bon sens, aller de soi. Je vois des badauds commencer à s'arrêter devant la devanture pimpante de notre future lieu de travail, devant l'affiche colorée annonçant avec emphase l'ouverture prochaine. Tout est en place. Je me demande si Marie sait pourquoi tu es là, pourquoi tu ne m'as rien dit, et si elle se rend compte qu'elle bâti une forteresse sur des sables mouvants.

(Les épisodes précédents ici :  Livre #1 - Livre#2 - Livre#3 Livre #4)

Un texte écrit sur une vignette dessinée par un ami, Laurent J, que je remercie. Il élabore en ce moment une BD... J'ai très envie qu'il réussisse à la terminer, et qu'il puisse trouver un éditeur.

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