18 mai 2015

Une belle histoire (atelier d'écriture)

ateliermai

 J'avais envie de te raconter une belle histoire, pour changer. Parce que le soleil écrase tout à l'extérieur, qu'il s'appuie sur les murs, sur le sol, qu'il entre même dans mes pores, et qu'il ravive brutalement les couleurs. Et que quand les couleurs dansent comme ça, comme aujourd'hui, ce n'est pas de tristesse dont on a envie, mais de joie. 
Je ne t'avais jamais raconté l'amitié et l'amour, et combien elle pouvait creuser d'entailles en moi, autrefois, là-bas. Des rigoles d'attachement, souvent gonflées de larmes. Cela tenait sans doute du manque de confiance, cette blessure. Le manque de confiance n'est pas séduisant. Mais aussi de mon mal être. Le quotidien lourd, matériel, peu satisfaisant. Et j'ai évidemment trop tardé à le laisser sur place, à tout quitter, à me réfugier ici. 
Ma belle histoire tient en quelques mots. Sache que depuis que je suis arrivée ici justement, dans ce lieu où la magie règne, et où de petits bonzes dansent et prient, ta présence m'est devenue assez vite familière, et que tu m'as rappelé que j'avais laissé quelqu'un ailleurs. Le souvenir de cette personne se ravive en moi à chaque fois que je te vois. Tu lui ressembles peu, mais notre complicité me renvoie à lui. L'entaille que l'autre avait creusé en moi se pare à ton contact de fleurs. Je ne pensais pas que l'on puisse emporter ainsi en voyage la tendresse que l'on conservait pour quelqu'un, juste l'amour que l'on ressentait pour lui, rien d'autre, vivant en soi. La rancoeur est restée dans l'avion, elle n'a pas atterri. Et c'est l'histoire que je voulais te raconter à présent, ce souvenir qui se transforme, mais aussi cette lettre que je lui ai envoyé, nos échanges depuis, et la reconstruction. C'est le cadeau que j'ai envie de te donner, cette quiétude qui m'est revenue grâce à toi, cette réconciliation avec mon passé.
Je savais que les voyages formaient la jeunesse, je ne savais pas qu'ils formaient aussi le corps et le coeur, et que l'on pouvait créer à travers eux une chaîne de bienveillance, étrange et inattendue. J'aimerais tellement t'apporter à mon tour l'apaisement, que tu sois touché par la grâce du moment suspendu qui s'agite devant nous. D'ailleurs, je viens de prendre le jeune moine en photo, pour que tu en conserves l'image. Et puis je te confie cette jolie histoire, fais en bon usage.


Une photo (de Sabine), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  C'est aussi une sorte de petite référence à ce film, ci-dessous, que j'ai aimé revoir cette semaine... et qui m'a fait du bien.

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04 mai 2015

De la terreur (atelier d'écriture)

julien-ribot-atelier-ecriture

 Je profite du calme qui règne autour de toi, de la douce lumière apaisante de ton atelier, du sentiment de sécurité qui m'étreint et me prend dans ses bras dès que je suis là, assise à te regarder travailler le bois, pour te parler. Je sens qu'il est plus que temps de partager cela avec toi, la terreur. Tu m'écoutes. A peine as-tu suspendu ton geste sur mes premiers mots. Et puis les copeaux se sont de nouveau jetés dans l'air, avec leur odeur poussiéreuse et sucrée rassurante. J'ai pris ton mutisme pour une invitation à poursuivre mon histoire. J'ai vu à ton sourire, au geste doux de ta main pour nettoyer les scories de ta pièce, que j'avais bien fait. Alors, j'ai ravalé les sanglots qui remontaient dans ma gorge. Parce qu'il fallait d'abord que je te dise que la terreur était revenue. Comme la première fois. Même belle allure, même silhouette, même doigt pointé sur moi. Parce que la terreur a un corps, un visage, et des mots. Mais que sa grande force est de rester floue, vague, insinuante et fuyante. Comme la première fois. Je passe très vite sur la cause, ces petites enveloppes rectangulaires, blanches, que je trouvais autrefois en rentrant chez moi, le soir dans ma boîte aux lettres, et qui me promettaient l'enfer. La répétition de leur apparition, d'une régularité de plus en plus effrayante, la reconnaissance immédiate de l'écriture, ces lettres qui dansaient devant mes yeux à l'ouverture, le choc, la spirale, le gouffre qui s'ouvrait devant moi. Combien de fois me suis-je tenue ainsi, le souffle coupé, chancelante, dans le hall d'entrée de notre immeuble, la main crispée sur la rambarde de l'escalier ? A attendre que le sol m'engloutisse. Il y a des milliers de façon de disparaître, de fuir la douleur. Moi je disparaissais sur pieds. Mon corps prenait peu à peu de moins en moins de place. Peut-être qu'à force la terreur allait m'oublier ? Je me souviens de notre première rencontre, du regard sur mes hanches pointues, mes épaules et mes genoux. Nous avons tous les deux fait semblant de croire que tu n'aimais effectivement pas manger seul, pour instaurer nos rendez-vous, ce rituel qui consiste à descendre chez toi à l'heure du dîner, pour partager tes repas. Depuis des mois, tu me nourris, tu m'engraisses, tu prends soin de moi en silence, tu prends la place d'un père, ou celle d'un grand-père. L'amitié avec toi est si simple. Comment te remercier ? Je ne t'apporte que ma pauvre présence. Mais revenons à la terreur. Parce qu'elle est revenue. Et j'ai de nouveau revu le gouffre, la spirale, ressenti l'angoisse que le sol cette fois-ci réussisse à m'engloutir. Je me croyais guérie, à l'abri depuis la disparition subite des enveloppes. Mais la terreur a appris. Elle ne craint plus de me regarder aujourd'hui droit dans les yeux, elle envoie même des e-mails. Elle est apparue l'autre jour près de moi dans la librairie dans laquelle je travaille, a pris son temps pour choisir un titre, a semblé renoncer, m'a jeté quelques phrases avant de disparaître. Une collègue m'a soutenue alors que je vacillais. Tout le monde s'est inquiété pour moi. Puis, je l'ai vue hier devant une devanture, son regard me suivait dans son reflet alors que je longeais les vitrines. J'ai retrouvé sa folie, son désir de destruction, et j'ai reconnu la peur. Depuis mes dernières paroles, j'entends ton souffle s'accélerer. Tu attrapes finalement un couteau sur l'établi et le plante violemment dans le bois strié et profond. Et tu lèves ton visage doux vers moi. A présent nous sommes deux pour l'affronter, me dis-tu. Et j'imagine même que nous pourrions être plusieurs, puisque les gens t'aiment. Je n'y avais pas pensé. Et les sanglots retenus affluent alors que je te serre maladroitement contre moi. Je n'y avais pas pensé que l'amour pouvait vaincre la terreur, que je n'étais pas seule, et que déjà sa puissance s'éteignait un peu dans la pression de ta tempe contre la mienne. Parce que dans la quiétude profonde de ton atelier ce soir, dans la rivière de mes larmes qui ne tarissent plus, j'endosse la cuirasse invisible d'une guerrière désarmée, je prends la mesure de cette force que tu m'accordes, de celle qui existe déjà au creux de moi, et sens claquer autour de mon poignet droit le bracelet invisible qui me lie désormais à notre amitié. Merci.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

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20 avril 2015

L'effet papillon (atelier d'écriture)

atelierrer

Qu'il m'écrive. Après, je pourrai respirer.
Mon coeur s'est mis au rythme de l'instantané, il oublie le monde autour, s'accroche au petit icône qui signifiera l'annonce d'un message. Ensuite, il décortiquera chaque mot, les répétitions, la place des virgules, pour comprendre. Le sursaut de bien-être à l'apparition du nom attendu s'estompe vite. L'effet d'équilibre qu'il génère est si bref. Le réconfort, éphémère. Aucun texto ne pourrait remplacer le plaisir ultime de serrer quelqu'un dans ses bras, le besoin du peau à peau, de l'odeur d'un parfum, de lire dans des yeux l'attente. Mais non, mon interlocuteur garde précautionneusement ses distances, me tient en surface de sa vie, à une place qui n'existe pas.
Ça y est, le message est là. Son nom s'affiche. Et je ressens de nouveau des papillons dans mon ventre, ils bruissent légèrement. Comme si le monde tournait de nouveau rond, reprenait sa marche lente. Je respire. Mais pour combien de temps encore ? Cette correspondance est comme une drogue. Elle me piège. Et pourtant, elle ne signifie rien. Elle pare simplement mon environnement de jolies couleurs pâles. Elle pourrait ressembler aux lettres que s'envoyaient autrefois Balzac et Madame Hanska, et dont j'ai dévoré étudiante la relation épistolaire longue de dix-huit années. Une relation que la réalité a rapidement balayée. Peut-être que se voir détruirai quelque chose, même si nous nous connaissons déjà ? Il faut certainement se contenter de ce lien ténu qui existe entre nous, et qui ne vit que dans le virtuel, au travers de mots qui prennent de nos nouvelles, se font la bise et se disent à bientôt. Mais garder sa place est aussi simple que douloureux, insatisfaisant, et je me lasse.
Qu'il cesse donc de m'écrire, et que nos mots deviennent des sons, et que nos joues se frôlent. Après, nous partagerons l'air que nous respirons. Après, la réalité se chargera du quotidien, d'en raviver ou d'en ternir les teintes s'il le faut. Après, nous verrons bien. Je voudrais sortir de notre chrysalide, je m'impatiente d'exister. Je glisse mon smartphone dans ma poche. Jusqu'au prochain message.

Une photo (de Kot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte.
.. tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Pas très satisfaite de mon texte cette fois-ci. Merci pour vos lectures !

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13 avril 2015

Qui je suis (atelier d'écriture)

atelierjulienribot

 J'envie ceux qui naturellement savent qui ils sont. Qui ne s'éparpillent pas au moindre incident en de multiples particules éclatées de matière. Et qui se tiennent debout, droit. Moi, pour savoir qui je suis, il me faut chercher loin, passer par ma colonne vertébrale, retrouver les gestes de l'enfance où n'entraient pas le doute. Ainsi, je peux me souvenir de la corde à linge humide de rosée, du jardin, de la bassine lourde coincée sur ma hanche, du plaisir d'être au dehors, seule, et du déplaisir de manipuler des tissus mouillées. Les gestes simples, le jeu de la lumière sur mon visage, mes mains actives, les feuilles des arbres, le bruit des oiseaux, tout à cet instant m'indiquaient qui j'étais. Et le phénomène était le même lorsque je m'éloignais de la maison, les mouvements saccadés de mes jambes sur mon vélo, le bruit de l'air dans mes oreilles, la présence bruissante et sage de la nature, le glougloutement continu de la rivière. Cependant tout cela supposait la solitude, et le silence. Dans l'enfance, les mots étaient rares, ils ne blessaient pas, ils étaient écrits, et au mieux racontaient des histoires. Et ils ne franchissaient la barrière de mes lèvres que pour l'essentiel. Ils étaient un trésor à ne pas dépenser trop vite. Plus tard, les mots sont devenus plus libres, moins rangés, ils sautillaient sur les pages de mes cahiers, tentaient de trouver un sens au quotidien, aux émotions. Et ils inventaient des récits qui faisaient briller de curiosité les yeux de mes jeunes voisines. Quand ils sont devenus plus blessants, manipulés par d'autres, il a fallu un peu de courage pour ne pas se surprendre à les détester. Mais la littérature était là, qui continuait fidèlement à les chérir, qui nourrissait le goût et la bienveillance, et savait réparer. J'envie ceux que les mots des autres n'éparpillent pas en milles particules de matière étonnée, et qui ne sombrent pas dans le doute à la moindre occasion. J'envie ceux qui n'ont pas besoin de voyager si loin dans les sensations de l'enfance pour ne pas sortir du chemin, s'égarer, et qui savent capter au quotidien assez de lumière pour ne pas lâcher le guide et se préserver. 

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. 

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06 avril 2015

Du courage (atelier d'écriture)

concorde

 Depuis hier, je suis dans mon lit. Je ressasse ma peine, mon angoisse, je me ferme aux vicissitudes de l'extérieur, à Paris qui d'habitude sait suffisamment me faire tourner la tête pour m'apaiser. Mais là rien ne va, et même la Grande Roue de la Concorde n'y pourrait rien. Sous mes draps, dans le creux de mon odeur familière, je forme un cercle apaisant de musique et de mots. Un livre ouvert sur le ventre, j'évite le défilement des pensées qui amènent systématiquement des larmes à mes yeux. Quelle poisse, ces émotions qui me submergent, quelle poisse cette sensibilité qui se déverse. Tu m'as dit que si je ne tombais pas c'est que j'étais forte, et presque un peu coupable, pourquoi pas. Mais est-ce que tu me vois là ? Et est-ce que tu m'as vu quand j'ai perdu l'équilibre ce matin ? La force ne se mesure pas à l'aune du courage. Tu n'as pas compris comment j'avais pu revenir après le conflit, comment j'avais pu reprendre ma place, affronter les réactions de ceux qui m'avaient regardé tanguer. Ce petit chef que nous avons depuis quelques mois a reconnu en moi sa proie, j'étais facile à trouver. Tu ne peux pas savoir les humiliations d'avant, les heures passées au collège à soutenir de multiples regards blagueurs et violents. Le courage qu'il fallait pour ne pas être la première à baisser les yeux, la victoire si acide, et cette destruction irréversible à l'intérieur de soi de quelques cellules, chaque jour. Cela a recommencé, j'ai appris. Mais à chaque fierté gagnée, à chaque pas en avant, j'ai perdu un peu de mon être. Et je suis restée une proie facile. Tu m'as dit qu'il fallait le comprendre, je n'étais certainement pas assez souple, une collègue facile. Malgré le soutien de ceux qui me connaissent depuis des années, leurs encouragements à rester forte, c'est de toi dont j'attendais les mots qui soulagent et rassurent. Parce qu'à toi j'avais confié mon amitié. Tes doutes m'ont fait perdre encore quelques cellules et je me sens ce week-end comme soufflée de matière. J'ai peur cette fois-ci d'y laisser ma peau, de manquer de courage. Pourtant je sais que même vidée de l'intérieur, bouleversée, avec seulement la peau sur les os, et le coeur qui bat la chamade, je serai présente à tes côtés dès lundi. Il ne faudra pas que tu pleures sur notre amitié, je ne peux pas me permettre de m'appuyer sur des sables mouvants. J'ai déjà livré trop de batailles, je redoute seulement celle qui pourrait m'achever. 

Une photo (de Leiloona), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Un petit écho à ce texte là [ici].

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30 mars 2015

Toi (atelier d'écriture)

atelierfemmemarionpluss

Etre une femme, cela ressemble à ce que tu vois. Cela suppose des formes, une douceur dans la nuque, une fragilité des attaches, de la finesse dans les traits. Et bien sûr, c'est toi, tu es tout cela. Tu fais illusion. Le miroir te renvoie une image conforme. Le regard des hommes aussi, qui s'arrête sur chaque relief de ta silhouette, jauge, juge et soupèse. Tu aimerais leur dire que tu n'es pas seulement ce qu'ils voient, un être fait de creux et de bosses. Que tu regrettes parfois ce temps où ton torse plat pouvait mentir sur ton genre. Il était alors facile de s'imaginer garçon. Il était alors facile de s'imaginer tous les avenirs. Il t'en a fallu du temps pour trouver du plaisir à l'épanouissement. Longtemps, tu as laissé ton corps rester androgyne, disparaître sous des vêtements trop grands, informes. Ton corps nu ressemblait à celui d'un jeune garçon sous alimenté que la vie n'intéresse pas, et qui soulage sa soif d'apprentissage dans la lecture. Être une femme, ce n'est jamais gagné d'avance. Cela peut ressembler au départ à une suite de subtils renoncements et d'asservissements. Tu voulais que l'on t'aime pour autre chose que pour ta bouche pulpeuse, tes grands yeux et tes bouclettes brunes, la douceur de ta peau entre tes cuisses. Tu voulais que l'on t'aime pour tes gestes lents, ta douceur, ton regard sur les paysages qui peuplent tes pensées, ta fraîcheur. Et puis, est venu l'enfant. Et avec lui la volonté de faire de ce corps inexploité un berceau, un rempart contre la faim et le froid, un abri, un tremplin vers l'ailleurs. Tu as alors compris quelque chose, ou cru le comprendre, trouvé un élan, une raison de croire à ta féminité, de la trouver glorieuse. Et tu ne te trompais pas, pas vraiment, mais tu oubliais l'essentiel, ta multiplicité. Car être une femme, c'est porter en soi tous les désirs, toutes les conquêtes, et tous les genres, et ne jamais cesser de croire aux transformations. Etre une femme, c'est se réinventer sans cesse, avec son corps, ses pensées, sa complexité, et bousculer les codes, et aimer le faire.

Une photo (de Marion), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Double contrainte cette fois-ci, puisque le texte devait (si nous le souhaitions) parler aussi du sexisme... j'avais oublié, pas certaine d'être dans le thème.

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16 mars 2015

Triste figure (atelier d'écriture)

atelier diane

 C'est donc ce que tu fais ? Briser le coeur des femmes ? Et moi, à faire l'innocente, à croire que j'avais trouvé un trésor, que j'étais privilégiée, je n'ai rien vu venir. Bien sûr, il y a eu des signes, mais il aurait fallu trier les informations, être lucide, et je n'étais que joie. Tu comptais, tu importais, tu me touchais, et petit à petit tu prenais toute la place. Je t'ai laissé envahir ma vie. J'ai même poussé quelques meubles. Mais tu brises le coeur des femmes, et ça je ne le savais pas. Tu le fais sans malice, comme un petit garçon, un oiseau qui picorerait ça et là sa nourriture, sa dose d'affection, une abeille qui butine, le parfum d'un ange qui passe. Comment t'en vouloir ? Tu n'as sans doute pas conscience des éclats de coeur jonchés sur ton parcours. Tu en serais même le premier étonné si tu savais, surpris par tant de méprise. Pour toi, la vie est simple, les échanges, les rires, une source dont tu t'abreuves sans compter. Tu ne sais même pas que la fontaine a un coeur qui bat. Nous nous écrivions. Ou plutôt je t'écrivais et attendais tes réponses. Et bien, je vais moins t'écrire, et même plus du tout. Dis-t-on cela à quelqu'un ? Que les mots vont se tarir ? Sans doute pas. Ce serait ridicule. Et j'en ai assez du ridicule je crois. J'ai seulement décidé d'aller mieux, de ne plus éparpiller mes sentiments aux quatre vents. Ils ont trouvé ce midi le soleil pour ancrage, et cette place sur le quai, près des bateaux de pêche. Bleu pour bleu, j'essaye de noyer ton regard dans la mer. Et peu à peu, quelque chose arrive. Le bruit de l'eau contre les coques, le tintement du vent dans les haubans, me ramènent à moi-même, à ma place, là exactement où je me tenais, droite et singulière, avant de m'égarer. 

Une photo (de Diane), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Et comme j'aime bien faire un petit écho à un de mes anciens textes, ce texte là... [clic]. Inspirée par cette vidéo aussi, bien sûr [le titre] [clic ici]. Et puis parce qu'elles m'ont faire rire toutes les deux, qu'il faut absolument aller regarder cette petite vidéo là, sur le même thème, en plus [clic ici]. Ben oui, il y a à boire et à manger sur mon blog aujourd'hui, c'est comme ça, c'est un peu fête puisque c'est lundi.

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09 mars 2015

Mon père (atelier d'écriture)

ateliermarion-pluss

De toi, je ne vois qu'un torse, celui contre lequel je rêve de me blottir dès que la vie sort ses couteaux. Peu importe alors que tu sentes l'alcool, la cigarette ou la transpiration. Pour moi, tu sens bon, tu sens la maison, tu sens l'homme. Je suis une petite fille qui aime irriter ses joues à ta barbe, qui aime se blesser aux clous de ton blouson, qui aime quand tu prends ma nuque doucement pour me rapprocher de toi.
Ce serait tellement mieux cependant si tu ne m'envoyais pas ensuite très vite jouer, d'un mouvement toujours trop brusque. Les adultes ont tellement de préoccupations, d'affaires sérieuses à régler, besoin d'espace, ouf laisse moi tranquille, leur vie à mener. 
Tu sais, les enfants sont rudes, surtout entre eux, et je ne suis pas la plus forte. Tu n'as pas idée des trésors qu'il me faut déployer pour survivre parmi mes semblables. Et puis je suis si malhabile, avec mes tresses, ma blondeur, la candeur dans laquelle vous m'élevez, mes vêtements de travers, et les mondes que je me fabrique tout bas. Heureusement, les livres sont là, et lorsque je plonge dans l'un d'entre eux je peux enfin devenir quelqu'un d'autre, ce garçon courageux qui découvre une île mystérieuse, ou bien cette jeune fille orgueilleuse et têtue qui tient tête à plus riche qu'elle. Et il y a tellement de pays à découvrir dans leurs pages, de vies à vivre, d'énigmes à résoudre, de rôles à jouer, que je ne me sens plus seule, mais entourée, protégée. Certains personnages de papier m'accompagnent parfois sur le chemin de l'école, je les laisse avec regret à la grille. Les cris de la cour de récréation les dispersent violemment.
Je vois bien cette moue courroucée dont tu couvres ton visage lorsque tu me découvres plongée dans un de ces volumes que j'emprunte avec gloutonnerie à la bibliothèque. Tu aimerais que je sorte plus, que je m'amuse, tu me voudrais entourée de poupées, tu ne comprends pas. Tu ignores ce que je picore dans mes livres. Tu ne peux pas savoir que j'y puise un espoir insensé, combien j'y attends impatiemment et avec avidité la fin de l'enfance, comment je m'accroche à eux. 
Un jour, je glisserai mes bras dans les manches de ton blouson. Un jour, je pourrai appuyer mon front contre le tien et te donner à mon tour de la force. Un jour, je serai grande. 

Une photo (de Marion Pluss), une inspiration, beaucoup d'imagination, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic].  Et comme un petit écho à ce texte là... [clic]. J'ai fait des progrès. ;)

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23 février 2015

Ma colère (atelier d'écriture)

atelier155

Ma colère a cessé. Je la cherchais tout à l'heure. Elle m'aurait été bien utile pourtant, je voulais crier sur toi, te faire entendre raison. Parfois, tu m'agaces avec tes certitudes, tes bêtises. Mais non, elle avait disparu. Je me suis retrouvée toute bête devant toi, les bras ballants, tout sèche, avec ma colère apaisée, et cette drôle de sensation dans le corps, ce désir de tempérance que je ne me connaissais pas. Toi même tu a été surpris, tu étais prêt à batailler un peu, parce que tu aimes ça, me titiller, me faire sortir de mes gonds. C'est un jeu auquel nous jouons souvent. Et puis à la fin, j'ai en général envie de te gifler, ou de pleurer. Je ne sais pas à quoi te servent mes énervements, si tu les attends vraiment, pourquoi tu les provoques. Je n'en suis pas fière. Ils se terminent souvent par ton sourire en coin, et mes plates excuses, comme si tu n'avais aucun tort, et moi la faute de ne pas savoir tenir mes transports, et garder mon sang froid. Un jour, ça finira mal notre histoire. Mais hier, j'ai rêvé de toi. C'était la première fois. Il y avait de la neige partout, nous étions dehors, et nous nous disputions encore pour des broutilles. Je ne sais pas comment c'est arrivé mais il y a eu un drame, un accident, j'étais blessée, toi peut-être mort, et la police est arrivée. Je me suis réveillée troublée. Je ne voulais pas de ça, de cette sensation que je pouvais te perdre. C'est sans doute ce qui a tué ma colère tout à l'heure, l'a tuée dans l'oeuf. Un rêve, comme de l'eau jetée sur le feu de mon agacement. Et il était si amusant aussi, ton air décontenancé. Nous avons observé tous les deux ta phrase cinglante se perdre dans l'atmosphère. Je crois que j'ai ri un peu, tu as rougis violemment. Il y avait de la neige au dehors, quatre policiers se tenaient dans l'allée qui séparent les immeubles du centre d'affaires où nous déjeunons souvent. J'ai senti la chaleur de l'apaisement envahir mon esprit, et j'ai aimé ça je crois. Je t'ai bousculé un peu pour que tu t'assoies près de moi, mon plateau contre le tien, dans cette cafétéria qui est notre rendez-vous régulier. Un jour je te le dirai mon frère - mais pas aujourd'hui je savoure ma petite victoire -, à quel point je t'adore.

Une photo (de Romaric Cazaux), une inspiration, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. Bon, cette fois-ci, je ne suis pas très certaine de mon texte quand même... Je précise qu'il est sorti tout droit de mon imagination, et en plus je n'ai pas de frère.

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09 février 2015

Ton amitié (atelier d'écriture)

atelier154romariccazaux

 Si j'avais choisi l'amitié, tu serais resté. Si la neige n'avait pas recouvert tout ce matin, brisé net toute effervescence par son silence, quelque chose aurait pu être sauvé. Collée à ma fenêtre, j'ai peur que tu ne reviennes pas. Les deux mains sur le verre froid, je laisse ma crainte embuer l'image de ton départ. Levée après toi, je t'ai vu disparaître au coin de la rue, là en bas de mon immeuble. J'ai vu ton dos pressé, tes pas sombres, encore visibles, créer une guirlande de traces de toi sur le trottoir. Où es-tu allé ? Entre nous deux, cela a toujours été un peu fou, évident, des rires sous cape partagés. Tu étais enfant mon double masculin, ma moitié fraternelle, mon moi plus affûté. Je me souviens comme nous aimions ensemble plonger nos deux mains dans la rivière, chercher des bestioles, nous taire, et puis marcher entre les arbres, essayer le cloche-pied. Hier, tu as toqué à ma porte, parce que tu étais loin de chez toi, que je pouvais être le bon plan d'une nuit canapé pour dormir, et parce qu'il y avait eu autrefois l'amitié. Comme d'habitude, j'ai sauté dans tes bras, et tu m'as rattrapé, même taille, même bouclettes sombres, et presque le même visage. Je n'ai pas compris à quel moment ma main a caressé ta joue, à quel moment exactement nous nous sommes embrassés, à quel moment l'évidence a encore fait sa loi. Je n'avais pas défait le canapé. Je crois qu'au bout de la nuit nous étions simplement un peu plus heureux et saouls, plus désinvoltes. Et puis la lumière crue du jour n'était pas encore là. Tout à l'heure, elle a j'imagine tout aplati, tu as vu nos verres sales, mon chez moi de fille, notre amitié par terre. Je ne suis pas forcément celle dont tu as envie de croiser le regard brouillé au petit déjeuner, après l'effervescence. Si c'était cela, je pourrais comprendre, je crois, le silence tout autour, et puis le blanc et le froid.
Je n'ai pas entendu la porte de mon appartement s'ouvrir, mais soudain j'entends tes pas, je sens tes bras entourer ma taille, et aussi ton haleine se perdre dans mon cou. Tu es revenu, tu es là. Pourquoi avoir douté de nous ? Je sens l'évidence coller ton corps contre le mien, mêler tes boucles aux miennes, je pourrais même deviner ton sourire et ton étonnement de me surprendre le nez contre la vitre, auréolée de buée. Je me retourne, et je crois mon chéri que pour la première fois de notre vie je suis en train d'éclater de rire dans ta bouche.

Une photo (de Romaric Cazaux), une inspiration, et au final un texte... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic]. J'avais envie d'être très Saint Valentin cette fois-ci. ;)

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