02 février 2015

Passeport (atelier d'écriture)

atelier153kot

J'ai pris un bateau pour nulle part. J'ai pris le large. Plus rien ne peut m'arrêter désormais. Surtout pas toi. Je pensais que je serais triste, que la peine me glacerait le ventre, assécherait ma gorge, mais je ne sens qu'un grand froid, une paix résolue et ferme, la certitude d'être enfin sur le bon chemin. Quel horreur de poser ainsi ce premier pas vers mon avenir sur un lit marécageux, fait de vase et de larmes ! Je ne m'en savais pas capable. La vie réserve de drôles de transports, portes dérobées, issues soigneusement cachées, il fallait juste prendre la mer, partir. Tu étais si belle le jour où je t'ai rencontré, la lumière jouait dans tes cheveux, je n'ai vu qu'elle, elle et ton sourire dans lequel je pensais docilement me noyer. Avec toi, j'ai vaincu la peur, pu enfouir mes sens dans l'odeur familière du bonheur, eu de merveilleux enfants. Avec toi, j'ai gagné des batailles, perdu certaines. Et la vie a mis au coin de nos yeux de vilaines tranchées. Sache que malgré ma fuite, malgré toi, j'emporte avec moi le meilleur de nous deux, nos souvenirs les moins périssables. Ils sont mon passeport pour l'ailleurs, pour là où je vais. Tu ne devines pas encore combien cela te rendra dorénavant plus proche, tu pleures.
J'ai pris un bateau pour que jamais tu ne me quittes, avant que le regard que tu posais hier sur l'autre ne se transforme en amour. Je te connais si bien. J'ai senti dans la crispation de tes mains, dans le rétrécissement de ton sourire, dans l'éclat plus noir de tes pupilles les prémices d'une irrépressible passion. Plus rien ne m'arrêtera désormais. Surtout pas toi.

Une photo (de Kot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. 

 

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26 janvier 2015

Graffiti (atelier d'écriture)

atelier152julienribot

J'ai gravé nos deux noms sur un arbre. J'ai appuyé très fort pour bien marquer le bois avec mon canif. Précise, je n'ai pas oublié l'accent sur la deuxième voyelle de mon prénom. Malgré ses défauts, ma signature me semble parfaite. Pourtant, le marquage est grossier, le trait enfantin, mais peu m'importe. L'acte achevé, j'ai enlevé délicatement les épluchures résiduelles, elles ont volé dans le matin. Avant, j'aurais pesté contre le geste, eu envie de gifler son auteur. Et maintenant c'est moi qui offense. Tout arrive. Mais jamais je n'avais été aussi amoureuse avant. C'est comme un message que j'envoie à l'univers, au tout divin, à qui voudra. Pour que tu m'aimes. Debout dans le froid, j'ai envoyé un baiser à l'image de nos deux noms réunis. Et puis, j'ai serré cet arbre dans mes bras, cet arbre qui portait soudain le poids de notre destin, je lui ai dit tout bas tout l'espoir que je mettais en lui, l'offrande derrière le sacrilège. Qu'il me pardonne et qu'il m'aide. 
Je fais ce trajet tous les jours pour aller travailler, je longe cette rangée de troncs qui portent sur eux les marques d'amoureux supposés. Je sais que la plupart des coeurs sont dessinés par des gamins blagueurs qui cherchent à provoquer le copain ou l'amie rougissante. Le mien, plus gros, semble de la même veine, il disparaît au milieu d'un flot de rires. J'aime assez l'idée, puisque nous aimons rire ensemble, et qu'avec toi je retrouve mon enfance. Je chaparde dans l'éclat de tes yeux tout ce qui me manque, la légèreté du garçon avec qui partageais mes jeux autrefois. Mon dieu comme tu lui ressembles. Plus bas, la rivière coule, et j'aimerais qu'elle m'emporte ailleurs, mais seulement si mon voeu s'efface ou que l'arbre est coupé. A être ainsi tailladé, il ne vivra plus très longtemps. Est-ce un mauvais présage que de confier ses pensées secrètes à un arbre déjà mort ? Ce chemin, ce passage entre mon appartement et le lieu où je te rencontre parfois, semble pourtant figé dans un temps, immuable, toujours silencieux et serein, comme s'il attendait que ma vie change ou que soudain une sirène retentisse. Hier, en gravant nos deux noms sur cet arbre, j'ai peut-être modifié quelque chose, transformé en toute conscience le paysage, bougé. En refermant mon canif dans un claquement sec, en souriant à notre mariage de bois, j'ai eu envie d'y croire.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. Heureuse de retrouver l'écriture après une semaine d'abstinence.

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12 janvier 2015

Après le silence (atelier d'écriture)

atelier150
L'écriture me sauvera. Je le sais. Lorsque je suis perdue, elle seule a le pouvoir de me tenir droite. Lorsque je tombe, elle seule peut me redresser. Le crayon trace ses ambages sur la page et petit à petit l'émotion sort de moi, transpire, s'offre aux regards, sauve. C'est un phénomène magique qui me bouleverse à chaque fois. Il faut dire, faire confiance au pouvoir des mots, à ce qui est posé sur le papier, aux yeux de tous, lu. Alors, tout le temps que durera ma tristesse, j'écrirai. La peine a pris ses quartiers dans mes veines. Elle tente de m'affaiblir, surtout depuis que je suis prostrée, accroupie derrière toutes ces grilles qui me séparent du reste des vivants. J'ai accroché mon coeur sur la première, fermement. Il restera là. Un cahier sur mes genoux, depuis trois jours, je ne ne cesse d'écrire. Certaines feuilles sont déchirées, froissées, les lignes ne sont pas toutes droites, souvent elles déferlent. Un mot peut tenir toute la place sur une page, puis plusieurs phrases se serrer ensuite sur une autre. C'est ainsi. Je tiens mon crayon, je ne le lâche plus, j'écris... et avec lui je rejoins peu à peu le monde abasourdi.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. Le difficile et presque indécent mais utile retour des mots. C'est ce que cette photo et l'actualité m'ont inspiré. Merci pour vos lectures. 

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05 janvier 2015

Sur le quai (atelier d'écriture)

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Attendre. T'attendre. C'est certainement ce que je fais de mieux. Le vendredi, parfois le dimanche, j'attends ton train. Celui qui débouche de la province qu'autrefois nous partagions. Tu montes sur Paris. Tu m'auras prévenu, comme d'habitude, avec un petit texto. Fabien. A 15h sur le quai. Dimanche. Je viens. ;) La brièveté du message souligne la familiarité de nos rapports. Aucune explication à donner. Tu viens. Je suis celui qui t'attend sur le quai, toujours. Tu apparaîtras derrière la vitre sombre. Je reconnaîtrai en une seconde la blancheur de ton sourire, celle de ton écharpe, accordée au casque sur tes oreilles. Blanc, ta toute nouvelle couleur fétiche. Il y a deux ans c'était le rose, puis il y a eu le rouge, le vert, etc... Tu es un peu folle, mono maniaque, mais j'aime ça. Hier, j'ai acheté des draps blancs, plus faciles à trouver que les verts, je gagne au change. Il faudra que je traîne ta valise. Des deux, je suis le garçon. Pour ma peine, tu m'auras sauté au cou, entouré de tes deux bras, planté un bisou sur la joue. Que c'est bon de te voir ! Pour toi, je ne suis qu'une sorte de petit frère, ami, vieille connaissance, mouchoir. Ce sont sans doute nos deux années d'écart qui expliquent ta méprise, le fait que j'étais autrefois invité chez toi comme si c'était chez moi, le voisin, plus jeune. Pour moi, tu es autre chose, une princesse, mais pas celle des contes de fées, non. Parce que de toi, je connais tout, déjà. Je sais ta mine brouillée du matin, tes céréales préférées, la marque de ton dentifrice, celui que tu poses toujours près du mien, tout entortillé. Je sais que tu ronfles la nuit. Et puis, je sais aussi que tu ne m'aimes pas, enfin pas comme je le voudrais. En arrivant dans mon appartement, tu retrouveras tes marques sur le canapé, rira certainement des nouveaux draps blancs, demandera des nouvelles de cette fille dont j'ai inventé pour toi l'existence passionnée. Et jusque tard dans la nuit, tu me parleras de lui.

Une photo (de Julien Ribot), une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

Pas très inspirée cette fois-ci, non par la photo, mais par l'envie d'écrire. Alors, je me suis mise dans la peau d'un homme, pour voir. ;) 

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29 décembre 2014

Au pays des chimères (atelier d'écriture)

echiquierQuand exactement as-tu cru que j'aimais jouer à ce jeu ? Avancer son pion, respecter le tempo, être la plus forte. Sur l'échiquier, nous sommes quatre, et c'est à qui tombera le premier. Je te vois faire la moue, à peine deux secondes, tu n'avais pas vu les évènements sous cet angle. Fiché sur ta case, tu ne bouges pas, tu nous observes, un demi sourire lumineux accroché à tes lèvres. Étripez-vous pour moi, sembles-tu te dire. Si jamais je reste seul, peu m'importe, je n'aurai rien perdu. Alors que moi, pour que l'équilibre des jours reste stable, je fais pourtant des efforts de dingue. Tu aurais du t'en apercevoir, me soutenir. Mais la partie n'était pas prévue ainsi. Elle devait être sans connivences, teintée du chacun pour soi, brutale. Il fallait aiguiser mes armes, accepter la lutte, ou partir. Quand exactement a-t-elle cru, l'autre, que j'allais baisser les bras ? Chacun à l'angle du terrain de jeu, nous brandissons nos étendards. Le mien est plus discret, je le cache au fond de moi, à l'intérieur, et pour l'instant il bat la chamade. Je n'ai pas de socquettes blanches, ni de montre à gousset, juste mes bras nus. Il ne faut pas écouter tout ce que l'on raconte, les héros des histoires ne sont pas toujours ceux que l'on croit. Parfois, ce sont ceux qui perdent, le coeur fendu par une main frivole, ou le corps brisé par une espiègle qui, n'écoutant que son envie, aurait bu et mangé, taquiné la galerie, détruit sans complexe un doux royaume avec ses pieds trop grands. J'attends la fin du jeu, je ne veux pas entendre que son issue est déjà écrite, maintes fois répétée. Je garde espoir. Les deux mains sur la gorge, à l'endroit où mon trésor se calme et se prépare, je m'élance. La bataille est engagée, brisant l'équilibre, faisant tanguer dangereusement le plateau, effaçant ton sourire, nous précipitant nous quatre dans le vide, un tourbillon effrayant, l'inconnu. Quand exactement as-tu cru que je ne le pouvais pas ?

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

Je vous rajoute (à 17h44) quelques images pour que mon cheminement d'inspiration soit plus compréhensible... J'ai été tellement baignée petite par un livre d'image qui reprenait des illustrations du Disney que je pensais mes références évidentes... (Sinon voir mon explication à Danielle en commentaires). A vouloir être subtile ;). Un grand merci pour vos toujours si sympathiques lectures, en tous les cas !

aliceinwonderland

aliceinwonderland1

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22 décembre 2014

Disparition (atelier d'écriture)

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Sans doute, il sera question de ta disparition, enfin plutôt de ce qui petit à petit t'a amené à remettre en cause ta propre existence. Depuis quelques temps déjà, même près de lui, tu te sentais seule, abandonnée. Pourtant, son ombre rejoignait facilement la tienne quand vous vous teniez côte à côte, quand vous marchiez de concert. L'habitude est faite de milliers de petits atomes que vous partagiez régulièrement. Mais tu savais déjà que le phénomène était en train de se produire. Peu à peu, tu disparaissais. Il ne souriait plus qu'à ton fantôme, toi tu le savais, si bien que tu commençais à douter de ta propre réalité. Est-ce son regard qui avait changé ? Est-ce le monde autour de toi ? Sa matérialité ? Difficile de le dire. Quand avais-tu commencé à fuir les miroirs ? A glisser tes coudes sur ton visage pour entendre le bruit de la mer battre dans tes tempes ? Quand avais-tu décidé d'oublier les contours de ton corps ? Elle est étrange cette folie qui t'avait envahie insidieusement à l'approche de l'âge. Plus jeune, tu accrochais le regard des hommes, t'en amusais, et prenais fièrement son bras contre le tien. Plus jeune, tu sentais tes pieds fouler la ville, ton bassin frôler ta peau, la grâce de tes mouvements, leur finesse, tu te savais jolie. Ou tu le pensais. Bien souvent, c'est tout comme. Tu ne sais pas à quel moment exactement ta disparition t'est apparue comme une évidence. Mais c'est fou tout ce que l'on peut faire en se donnant l'illusion d'être vivant, en rendant mécaniquement les sourires, en calquant ses gestes sur le bon sens, la politesse, le rythme des autres. C'est fou comme le vide, l'air, peuvent rendre les mouvements fluides, presque aériens, comme on peut finir par croire que cette femme un peu fade sur les photographies, cette femme qui ressemble à soi, le visage parfois flou, souvent caché, puisse encore être quelqu'un.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

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14 décembre 2014

Ton ombre fuyante (atelier d'écriture)

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Je te vois toujours de dos. C'est devenu une habitude, ta fuite. Et puis il y a ce brouillard qui se dépose doucement sur tous mes gestes, depuis la première fois. Chaque matin, je dois m'ébrouer avant de sortir. J'aime entendre le chant qui timidement veut se faire entendre sous les sirènes qui hurlent en moi. Tu étais où quand je me brûlais, tu étais où quand j'avais froid ? Tu pourrais, d'un seul clignement de cil, ouvrir tellement de portes qui resteront, je le sais, hermétiquement closes. A te regarder disparaître, je chahute, je fais du bruit, pour le peu que tu me remarques, pour atteindre ta nuque, raide du départ inévitable. Et je te trouve si beau, inaccessible et beau, inatteignable, élégant. Et je suis tellement quelconque, avec mes bras chargés de cadeaux, ces sentiments embrouillés que je voudrais déposer à tes pieds. Mon nez rouge, mes cheveux en désordre, ma robe froissée, quand disparaîtront-ils à tes yeux ? Quand sauras-tu réellement me voir ? Je suis là. Je vois ton dos. Ton ombre fuyante. Mes pensées en pagaille. Et ma main qui saura un jour retenir ton manteau. Peut-être.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici].

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07 décembre 2014

Si j'osais (atelier d'écriture)

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Je te dirais que la vie est un passage, et qu'évidemment toi tu étais là, juché accidentellement sur mon parcours. Je te dirais tout un tas de mensonges pour te laisser partir, pour alléger ta conscience. Tu ne m'en sauras à peine gré, tout préoccupé par ton propre voyage. Mais comment t'en vouloir ? Je saurais être patiente. Attendre. T'attendre. Pour peu que cela suffise. Le monde est depuis quelques mois une foule compacte et dure, et toi tu étais au centre, immobile, le regard honnête et droit, ma balise dans la tempête, mon caducée. Un coup d'oeil sur toi et je me sentais protégée. J'ai perdu quelqu'un. Et j'ai perdu plus que cela. J'ai perdu la pluie sur mon visage, le gras des trottoirs, nos chahuts, la ville que nous partagions, ce que j'imaginais que nous ferions ensemble, ton sourire invisible. Tu n'imagines pas combien marcher seule est devenu douloureux. Mais comment savoir ce que tu ressens ? Il faudrait pour cela te presser de questions, prendre le risque de te regarder lentement ajouter encore une couche au masque qui recouvre déjà ton visage. Je ne sais pas être quelqu'un d'autre. Et toi le sais-tu ? T'aimer était prendre le risque de ton absence, je le savais. Aimer est toujours un risque. Mais il est aussi le signe que je suis vivante. Que ce sont bien mes pas qui résonnent dans la nuit vide, mon ombre que les réverbères étalent derrière moi, ton souvenir vivace qui flotte au creux de moi.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]. J'espère ne pas vous lasser, mais j'ai envie (besoin) d'écrire en ce moment sur l'amitié, l'amour, les retours et les départs. Je voudrais parfois réussir à mieux libérer mon écriture. Comme d'habitude, rien n'est vrai, et puis ce n'est pas ça l'important. Merci en tous les cas pour vos dernières précieuses lectures. Toujours comme un petit écho à ce texte là [clic] et à celui-ci [clic].

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30 novembre 2014

Ton visage (atelier d'écriture)

atelierdecriture1

Il sera au départ question de ton visage. Ou bien, de ce que je me souviens de ton visage. Son incandescence dans ma mémoire. La lumière du souvenir qui sublime tes traits, ou les fait disparaître, c'est selon. Bientôt tu seras là, de retour, de nouveau en face de moi. Réel. Je me prépare au choc de nos retrouvailles, à cet accident de nos regards qui plongent l'un dans l'autre, comme si le temps n'était pas passé, comme si hier rétrécissait brutalement vers aujourd'hui. Il faudra alors que l'image de toi dont j'avais conservé le souvenir, ton toi d'avant, s'ajuste. Forcément, tu auras changé. Saurons nous retrouver la familiarité des gestes, de la voix, de nos présences côte à côte ? Saurons nous retrouver la légèreté dans laquelle nous étions parvenus à inscrire notre amitié ? Tu t'es enfui si loin. J'ai cru que tu étais parti à cause de moi, à cause du dilemme, pour fuir le précipice vers lequel nous plongions tous les deux, sans se le dire, sans se l'avouer, juste parce que nous savions ce qui nous reliait, ce qui était invisible pour tous les autres, un son dans nos deux voix qui s'engageait sur la même note, juste ça. Et puis le sourire dans tes yeux, confidentiel, qui n'éclatait vraiment que pour moi. Tu es de retour. Et je ne sais pas si le ciel va se remettre à briller, si je t'attendais vraiment, si la violence de ton départ n'était pas suffisante. J'ai peur que tu m'indiffères. Alors, ton visage prendrait les teintes du décor autour de nous, des autres visages, et tu deviendrais semblable à tous les autres, unique pour personne. Alors, je pleurerais sans doute, sur ton visage disparu, sur l'oubli, sur l'amitié, sur les départs, et sur les retours trop longtemps reportés.

Une photo, une inspiration, et au final un texte ... tout ça pour l'atelier d'écriture de Leiloona [clic ici]

Et comme un petit écho à ce texte là, pour le jeu [clic]

 

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02 novembre 2014

Je t'ai perdu si vite

chaussureneige

A peine avant d'avoir commencé

Tu étais blanc comme neige
J'étais déjà tellement abîmée
Tu as su tout de suite
Que c'était fini terminé
A peine avant d'avoir commencé
J'étais si vite perdue
Tu étais à peine né

Je t'ai perdu si vite
Que l'hiver a caché tes dernières traces
Et que même ton ombre a disparu
Sous les premiers flocons

© Les écrits d'Antigone - 2014

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