03 octobre 2010

Ne veux

Tu ne veux blesser personne, c'est entendune_veux
Juste libérer l'angoisse
Te défaire du serpent tenace
Qui serre ton cou
Tu mesures tes mots
Tes gestes
Le poids de tes regards
Tout
Mais rien n'est assez
Rien ne suffit
Le serpent serre toujours
Ne lâche rien
Tu as tellement entendu justement, ces mots
Que tout ce que tu faisais était mal
Malvenu, inconvenant, blessant, tâché
Que tu les as cru

La vie est compliquée
Le bonheur stupide
Ta légèreté une bulle de savon
Le serpent tenace
Ta peine, une prison

© Les écrits d'Antigone - 2010

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26 septembre 2010

Ne plus

Ne pas être comme sa mèrene_plus
Ne pas vivre mâchoire serrée
Ne plus être comme son père
Ne pas s'enfermer pour écrire
Ne pas se suffire
Arrêter de s'excuser
De geindre
Avant, la passivité
L'indifférence jouée
Travaillée à petits points
Avant, cette terreur incroyable de tout
Ne pas jouer, ne plus se cacher, ne plus feindre

Libre et nue, fragile et tendre
Accepter enfin dans son corps apaisé
L'amour d'où il vient

© Les écrits d'Antigone - 2010

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12 août 2010

Textes en miroir

livreslampeRecto - Ils étaient devenus à la longue une présence croyable.
Des personnages de papier avant tout, mais que cela, des êtres de chair et de sang aussi, elle en était certaine.
Elle avait remarqué leur manège. Depuis quelques temps, les livres lus, rangés un peu plus haut sur la bibliothèque - traités différemment de ceux en attente plus bas - s'étaient révélés vivants. Qu'elle frôle du regard leur tranche étroite et tous se mettaient soudain à lui murmurer des histoires. Encore et encore. Jusqu'à ce qu'elle en détourne la tête et qu'ils se taisent.
Elle s'était déjà persuadée hier avoir croisé le héros du roman refermé trois jours plus tôt. Même carrure, même mèche dans le vent, même expression de colère. C'en était hypnotisant de coïncidence, une folie de papier, indolore et suspecte, qui s'insinuait dans ses veines et ses pensées, un peuple imaginaire qui comblait son existence, le vide de ses journées, remplissait de brouhaha le jour et la nuit.
Car le sommeil n'épargnait rien. Il amplifiait tout. Elle glissait alors sans fin le long de corridors lumineux, poussait des portes et se retrouvait immanquablement au bord du réveil, la tête en feu, remplie de voix. A terre, des livres à la pelle en tas par centaines.

Et voici le même texte, à quelques détails près, pris à l'envers...

BOOKANCIENSVerso - Elle glissait alors sans fin le long de corridors lumineux, poussait des portes et se retrouvait immanquablement au bord du réveil, la tête en feu, remplie de voix. A terre, des livres à la pelle, en tas par centaines.
Car le sommeil n'épargnait rien, il amplifiait tout de ce peuple imaginaire qui soudain comblait son existence, le vide de ses journées, remplissait de brouhaha le jour et la nuit. C'en était hypnotisant, une folie indolore et suspecte qui s'insinuait dans ses veines et ses pensées.
Elle s'était déjà persuadée la veille avoir croisé le héros du roman refermé trois jours plus tôt.
Qu'elle frôle du regard une tranche étroite et tous les livres se mettaient à lui murmurer des histoires. Depuis quelques temps, ceux lus, rangés un peu plus haut sur la bibliothèque - traités différemment de ceux en attente plus bas - s'était révélés vivants. Elle avait remarqué leur manège.
Des personnages de papier avant tout, mais pas que cela, des êtres de chair et de sang aussi, elle en était certaine. Ils étaient devenus à la longue une présence croyable.

N'est-ce pas fascinant cette faculté qu'ont les textes d'ainsi pouvoir se tordre ?

© Les écrits d'Antigone - 2010

Encore un petit morceau du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le premier week-end de juin. Il s'agissait cette fois-ci, après avoir tiré de citations piochées ici et là la première et la dernière phrase d'écrire un texte de fiction, et puis de l'inverser en reprenant les phrases de la fin vers le début. J'ai été très surprise de voir que le texte tenait encore, qu'il prenait même un nouveau sens.

Les citations en support...
"Des livres à la pelle en tas par centaines / certaine se retrouver dedans / loin des mamans marmailles maris / les ailes au plus près du ciel dans les livres / elle sait" Magali Thuillier, Des rêves au fond des fleurs, l'Idée bleue 2006

"Une idée que je m'en fais
Parfois je les entends nombreusement s'exprimer mais si je lève les yeux je ne les vois pas ne vois rien sinon ce ciel comme s'ils l'avaient crevé et s'y trouvaient bien, et comme si tellement bien là, ils étaient devenus à la longue une présence croyable."
Jean-Pascal, Des lieux sûrs, éd. Tarabuste 1998

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16 juillet 2010

J'aime

c'est évident - et pourtant,bleu
j'aime - souris un peu, tu t'inquiètes,
sois rassuré, ni passion ni outrage -
idée absurde, infidèle,
lis les mots que mes lèvres prononcent -
écoute - crois.
après viendra le moment, pour tomber et douter

j'aime - apprends à l'entendre -
comme si c'était une musique tendre - ovale - voltigeante,
comme si demain n'était pas blessé -
dormir sans le regard des étoiles la lune y a déjà pensé,
lis dans mon regard combien rien n'est grave
tu chuchotes des mots fous,
tiens le rebord du monde il ne vacille pas

direction nulle part, j'aime -
tu ne crains rien,
jeter sur l'herbe ce qui plait,
et plier sous soi son corps et ses jambes -
absurde, il y a de la fuite dans ce jeu,
utilise le peu de l'été -
sois la branche qui cherche le ciel, pour voler,
urbaine et tranquille est la ville qui soutient tes pas -
lis dans ses creux les scènes qu'elle t'envoie,
t'échappe la texture des mouvements -
carresse alors la surface,
pour avancer il suffit parfois de tanguer,
apprendre à m'attendre ne sert à rien

bruime, rupture, tempête
tambourine l'eau qui s'écoule du toit,
libérée elle s'écrase sur le bois,

j'aime -
dommage que dure le bruit,
dommage que les nuages fassent pluie -
tu aurais préféré grand soleil,
la vie est plus forte version bleu -

j'aime,
tu maudis les chemins - la voie qui m'a conduite jusqu'ici,
les libellules savent se cacher parmi les brousailles,
tu n'as pas besoin d'air pour les disperser -
le temps des saisons n'est plus,
titubent aujourd'hui l'eau, le ciel et tes bras.

© Les écrits d'Antigone - 2010

Encore un petit morceau du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le premier week-end de juin. Il s'agissait cette fois-ci de suivre un canevas, celui des lettres soulignées et de la ponctuation utilisée, canevas d'un autre poème dont nous n'avons rien su au final, ce n'était pas l'objet. Nous avions du temps devant nous, mais quelle épreuve difficile et quelle surprise de voir ce que l'esprit va ainsi chercher, plus loin. Voilà qui est très intéressant. A essayer chez soi pour ceux qui aiment les défis !!

Sinon, n'hésitez pas à aller lire Bleu, la maison message, par Emmanuelle Pagano, une nouvelle inédite publié sur Le Monde des livres d'hier.

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08 juillet 2010

Vacance

miroirEst-ce vrai, vrai de vrai, ce que je vois ?

Est-ce possible ? Efficace. Rassurant.
N'est-ce donc pas, encore une fois, qu'illusion, fantôme de mémoire, un trouble, une imagination.

Je tâtonne du bout des doigts, je cherche à effleurer le mirage, mais rien ne vient presser mes phalanges, rien ne meurt non plus, tout reste en place.
Comme un miroir. Un miroir de pensée immobile.

Est-ce vrai, ce que je ressens ?
Est-elle réelle cette indifférence ?

Est-ce mon double que je contemple sans frémir ? Ou la prescience qu'une autre vie se déroule, au-delà d'ici, juste en face. Derrière ce que je vois.

© Les écrits d'Antigone - 2010

Encore un petit morceau du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le premier week-end de juin. Il s'agissait cette fois-ci de partir simplement de la phrase en italique. Nous avions peu de temps. Ces petits textes sont en fait des sortes d'échauffement avant des moments d'écriture plus conséquents.

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01 juillet 2010

Crier

crierPas parler fort
Mais hurler
S'époumoner
Sortir ses tripes quoi
Crier vraiment
Sinon pas la peine
Autant rester chez soi
A lire ou à tricoter

Pas de temps à perdre
Trop de sourds
De mal comprenant
D'analphabètes

J'ai cinq secondes
Pas une de plus
Pour redresser d'un coup d'épaule
Le jour qui penche trop

Après il sera trop tard

C'est tout de suite
C'est maintenant

© Les écrits d'Antigone - 2010

Sixième et dernier extrait, pour cette série, du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le premier week-end de juin. Il s'agissait encore une fois, et après avoir choisi un verbe (ici Crier), d'utiliser une citation extraite d'un recueil et de laisser, rapidement, l'imagination faire le reste. Là, je commençais à souffrir drôlement...mais j'aime beaucoup cette phrase de Philippe Longchamp et ce qu'elle suppose. Grand merci pour vos lectures !!

"D'un coup d'épaule redresser le jour qui penche trop"
Philippe Longchamp, Soleil pas d'équerre

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28 juin 2010

Rire

rire

A gorges que veux-tu - Bruyamment, c'est mieux - Le son clair, sonore - Se répercute sur tout - Et reviens - Des obstacles ? - Du plein qui enserre et empêche ? - Peu importe - On peut monter plus haut - Sur une chaise, un rocher, un placard - Le toit de sa maison - Et rire de nouveau - Et entendre son rire vaciller, hésiter, prendre de l'élan et se perdre - Et puis se rengorger - Fier - De laisser tout à coup - Librement - S'épandre ses rayons.

© Les écrits d'Antigone - 2010

Cinquième extrait du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le premier week-end de juin. Il s'agissait encore une fois, et après avoir choisi un verbe (ici Rire), d'utiliser une citation extraite d'un recueil et de laisser, rapidement, l'imagination faire le reste.

"Toujours librement des rayons"
Valérie Rouzeau, Pas revoir

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21 juin 2010

Noter

noterQue tout n'est pas bref
Qu'il y a des longueurs

Le souligner
Corriger, raturer, s'énerver

Ne pas saisir
Ce qui cloche
Ce qui penche

Lever la tête
Repérer l'intrus
La musique qui sort des hauts parleurs

Faire la moue

Chercher parmi les feuilles
Ce qui avait plu plus tôt
Farfouiller

Sur la table étroite
Un bazar monstre
Plus gênant sans doute que la musique

Additionner bruit et fouillis
Croiser ses bras sur le tas

Et y poser sa tête.

© Les écrits d'Antigone - 2010

Quatrième extrait du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le premier week-end de juin. Il s'agissait encore une fois, et après avoir choisi un verbe (ici Noter), d'utiliser une citation extraite d'un recueil et de laisser, rapidement, l'imagination faire le reste.

"la musique sort des hauts parleurs"
Sabine Macher, Ne pas toucher, ne pas fondre

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13 juin 2010

RESTER

resterIci, pas là-bas
Parce qu'ici c'est chez moi
Et qu'il fait bon

Pas bête la bête
Aucune idée du transport
De l'ailleurs

Seuls comptent les murs
Eventuellement la porte
Allez, le jardin, pourquoi pas

Mais pas le monde, jamais
Cet inconnu
Ce grand tout qui fait peur

Même si je le sais
Le trou de la porte était là
Bien avant le mur
Bien avant les fondations
Bien avant l'herbe coupée

Quand les ronces avaient champ libre
Et le ciel pour plafond

© Les écrits d'Antigone - 2010

Troisième extrait du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le week-end dernier. Il s'agissait encore une fois, et après avoir choisi un verbe (ici Rester), d'utiliser une citation extraite d'un recueil et de laisser, rapidement, l'imagination faire le reste.

"Le trou de la porte était là avant le mur" Remarques, Nathalie Quintane

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09 juin 2010

TISSER

tisserApprendre la patience
Le fil qui croise l'autre

Négliger l'alentour

Etre concentration sur l'ouvrage
Devenir le geste
Répétitif, scandé, rassurant
De l'aiguille qui chevauche la laine
Du tasseau qui serre le travail
De ce qui se crée
Rond, coloré, chaud
Comme un roudoudou
De ce qui sort du métier

Vous savez déjà le coquillage pansu
Le sucre d'orge coloré
Enroulé autour de votre corps cet hiver

Vous connaissez la toison

© Les écrits d'Antigone - 2010

Deuxième extrait du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le week-end dernier. Il s'agissait encore une fois, et après avoir choisi un verbe (ici Tisser), d'utiliser une citation extraite d'un recueil et de laisser, rapidement, l'imagination faire le reste.

"Un roudoudou
On achète chez l'épicière un coquillage pansu plein de sucre d'orge et de couleur vive."
Le Bec de la plume, Daniel Biga

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