07 juin 2010

LISTER

listerApprocher ce qui vient
Noter fébrilement

A l'occasion renoter

Et puis attendre
Que le sens vienne

Qu'il apure

Qu'il transpire

Sinon, tenter l'impossible
Juste patienter la pluie

Le vent

Fixer le nuage noir
Qui se traîne au loin

Egrener les minutes
Les accumuler

Les minutes pleines
De mots, de pensées

Serrer Fort

Et puis égoutter

© Les écrits d'Antigone - 2010

Voici donc le premier extrait que je vous livre du travail effectué lors de l'atelier d'écriture déroulé le week-end dernier. Il s'agissait ici, après avoir listé des verbes, d'utiliser une citation extraite d'un recueil et de laisser, rapidement, l'imagination faire le reste.

"Qu'il vente et qu'il pleuve et qu'il se fixe le nuage noir [...]" Jean-Pascal Dubost

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12 mai 2010

Verso

_quilibreIl y a des jours où ça ne va pas. Du tout.

Des jours où tout te rattrape, où tu es à l’envers, où ce qui te semblait résolu ne l’est plus. Les progrès effacés. Des jours où les doutes reviennent en rafale, violents, rasant tout sur leur passage.
Il te semble alors n'être plus bonne à rien, qu’à gémir. Comme si tous les pas faits en avant avant, les pas qui te donnaient l'illusion que c'était bon, tu avais grandi, tu t’en sortais, tout te souriais vraiment à présent, oui ça y était. Que tous ces pas là n’existaient plus, n’étaient rien, qu’illusion fantomatique, poudre aux yeux, masque grimaçant.

Il y a des jours où tu as le sentiment réel et vif de patauger, des envies de te cacher dans un trou de souris, ce sentiment que tout le monde voit que l'émotion te déborde, te déborde sans cesse, coule de toi, jusqu'à se déverser hors de toi, hors de tout.

Et tu as peur alors du dégoût dans le regard des autres, tu as peur du regard sur toi, évidemment négatif. Tu te juges insupportable, vraiment insupportable.

Ces jours-là tu as envie d'être heureuse, légère comme une bulle, et non pas cette masse compacte et dure au fond d'une flaque, que tu es à l'instant même où tu te sens si mal. Mais rien n’y fait.
Tu respireras de nouveau dans quelques jours, tu le sais, tu t’es habituée, à force. Tu les connais ces vides temporels, ces pertes de repères qui passent et s’éloignent. Pour l'instant, tu es en apnée, c'est tout.
Et qu'on ne vienne pas t'embêter avec ça. Tu es en manque de toi, tu t’es perdue quelque part, entre deux eaux, c'est ton problème, le tien à toi toute seule, dans ton coin. Tu ne demandes rien à personne.

Tu t'espères heureuse bientôt, épanouie bientôt. Mais tu trouves difficile, d'être ainsi si loin, de ne pas pouvoir te protéger d'un rien.

Alors, tu cherches à tâtons les doigts de tes enfants, l’un à ta droite, l’autre à ta gauche, et tu sais bien sûr que leur doux poids est le remède, le point d’équilibre qui te redresse. Tu le sais depuis longtemps.

© Les écrits d'Antigone - 2010

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21 avril 2010

Tu vas bien

plongeoirTu t'étonnes même d'aller si bien. Il est entendu que tu aimerais que certaines choses se construisent enfin. Tu en as assez d'être sur le plongeoir. De regarder les autres nager dans la piscine, sans toi. Toujours ce sentiment futile d'être à part, et alors ? Est-ce que l'on te demande d'être comme les autres ? Est-ce cela que tu veux pour toi ? De la normalité bête et méchante. Bête surtout. M'étonnerait. M’étonnerait beaucoup.

Des mots à sourire, voilà ce que tu as en toi aujourd'hui. Et de cela tu es riche. De ce pays là, tu es reine.

.

Présence. La leur, celle des enfants, et puis bruit et couleurs de leurs jeux, bruit et encombrement de leurs gestes.
Présence aussi, dense, de ceux qui ne sont pas toujours près de toi. Même absents, les autres te parlent, bougent avec tes mouvements, sont là. Tu ne sais pas vivre sans les autres, sans penser à eux de temps en temps. Tu ne sais pas vivre sans te dire, tiens mais que font-ils à cet instant précis, maintenant ?

.

Prends soin de toi, s'il te plaît. Ignore-le, ne contemples plus ce sourire de connivence qui te plonge dans des profondeurs obscures, qui crée ce creux en toi, te trouble. Aide-toi  enfin à oublier mieux, à prendre ceux qui te bouleversent pour n'importe qui, pour des gens ordinaires, indifférents, qu’ils soient eux ou personne. Que peu t'importe finalement leur présence ou non, leur absence ou non, leur regard ou non sur toi.

Que peu t'importe son prénom à lui, le bleu de ses yeux, ce qu’il deviendra dans dix ans, ce qu’il est dans ta vie, ce que tu n’es pas pour lui.

.

Un coup de fil ce matin. Un numéro inconnu. Une erreur, sans doute. Ton portable qui sonne, fort, et vous quatre médusés qui le laissez sonner. Aucun message laissé. Un mystère.
Ou un signe. Cela peut être un signe.

Bon, d'accord, c'était un signe. Mais un signe pour quoi faire ? Un signe pour que tu ne laisses pas tomber ? Mais quoi ? Mais qui ? Lui ?

.

Qu’il ait ce courage alors, qu’il découvre son jeu à la fin. Zut.

Toi, à force d'être à nue devant lui, tu as attrapé froid.

.

© Les écrits d'Antigone - 2010

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21 mars 2010

Homme... (catégorie "Mes écrits")

hommechapeauFou.

Cache tes yeux, ton regard.
Si tu veux.

Trop tard.
Je t'ai vu.

Moi.

La lumière, floue, de ce matin-là, je m'en souviens. Mon coeur en mille morceaux, ouvert. Ce quotidien marqué qui blesse à chaque passage sur ma peau, même endroit toujours, ce lieu intime du manque et de l'espoir.

Homme. Fou. Je t'ai vu me chercher, ne pas me trouver, t'affoler. J'ai vu cet afflut étrange de panique te submerger. Je croyais être seule, et je ne le suis plus. Comment savoir si je dois m'en réjouir, ou pleurer ?

La lumière de cette journée, l'avais-tu remarquée aussi ? Un peu plus tôt, il y avait eu mes mouvements, le sourire des autres, le bonjour des pères, leurs filles au bout des bras, ma solitude. Je suis parfois comme cela, presque transparente aux émotions et aux évènements. Tellement de temps passé depuis le début. Tellement d'énergie envolée pour seulement se résoudre, oublier, passer à autre chose, quelqu'un d'autre. Tellement de rien et ma peau, mon corps collé à ce lieu où tu es, ce lieu que je ne peux plus quitter.

Homme. Stupide. Qui croyait sans doute que la raison suffit quand l'amour n'est plus. Comme moi.

Si tu savais combien je t'observe, combien je te laisse le temps de m'approcher. Le temps, c'est tout ce que j'ai. Toi aussi. Mais le tien court, il s'affole.
Tu étais là, debout, au milieu des autres, à observer ma place vide. Et je t'ai vu.

Tu te pensais invisible.

© Les écrits d'Antigone - 2010

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28 février 2010

Une plante fragile

fragileVoilà ce que je suis,
Une tige, un roseau.

Je me suis tellement vantée d'être, autrefois,
Celle qui toujours plie mais ne rompt pas.

Contre le vent, je me dresse.
De face,
Cambrée en avant.

Contre les tempêtes,
Je lutte.

Inchangée mais vidée de l'intérieur,
Comme soufflée de matière.
Me voici à présent,
Isolée et seule.

Les autres ont cessé la bagarre,
Changé de terrain de jeu.
Compris.
Pas fous, eux.

Mais me voilà prête à mon tour,
A passer l'annonce.

Je recherche,
Un jardinier.
Un qui saura m'extraire du lieu inconfortable,
Où je végète,
Pour délicatement me planter,
A l'abri, ailleurs.

Dans son jardin.

© Les écrits d'Antigone - 2010

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21 février 2010

je fabrique

je reconstitueorigami

je traficote

je fabrique

je reconstitue

je raconte des histoires

j'en invente

j'en fabrique

j'en traficote

jusqu'à ce que tu n'en puisses plus de moi

que tu me regardes

je raconte

je reconstitue

jusqu'à ce que tu me vois

que tu m'aimes.

© Les écrits d'Antigone - 2010

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09 février 2010

Frère...

parapluie...ou père, celui que je cherche, que tu n'es pas.
Ce rôle dans lequel je te voudrais.
Pour réparer, sans doute.
Loin de ce manque qui me détruit toujours.
En finit-on un jour avec les maux de l'enfance ?
En finirai-je enfin de construire, de détricoter,
De choisir des textures inconnues pour refaire mon ouvrage ?
Recommencer, mieux.
Je ne me remets pas de leur manque d'amour.
Je ne me remets pas de l'absence, de sa distance. Tu le sais bien.
De ces bras, jamais, autour de mon corps.
Protection. Un parapluie au-dessus de ma tête.
Tu souris. Tu penses au soleil, aussi.
La confiance, en soi. Pour soi et pour les autres.
Pour donner. Et reprendre, un peu,
Si l'on veut bien.
De temps en temps. Parfois.

Frère ou père, est-ce ainsi donc que je t'aime ?
Pour nulle autre raison ? Parce que tu lui ressembles ?

Ce serait un jeu bien cruel que d'ôter ton masque à présent,
Alors que ma quête m'amène fatiguée à tes pieds.
Dans le lieu même que je voulais quitter, hier.

Ce serait un jeu bien sournois que de me troubler,
Alors même que je me retrouve de nouveau face à toi.

© Les écrits d'Antigone - 2010

Merci de ne pas chercher à démêler  le vrai, du faux. Il y a de l'influence de "Sous l'Oeil d'Oedipe" là-dessous...et puis des phrases, des réflexions...du jeu d'écriture.

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24 janvier 2010

Le Grand Oral

grandoralIl faut venir la veille, parce que le jour-même, c'est trop difficile, épuisant.
Mais, venir la veille, ça veut dire aussi dormir ailleurs, quitter sa famille, pour une nuit se passer de la chaleur de leurs bras, du réconfort de leurs regards.
Affronter seule la bousculade. Prendre un train, puis un autre, guetter les horloges, les tableaux de départ, marcher vite dans des longs couloirs blancs, sales, sans air, éviter de croiser les autres, le plus possible, d'apréhender leurs vies, tout ce qui pourrait vous faire faillir, faiblir.
De Paris, on ne verra rien, à peine un boulevard encombré de voitures, des immeubles disgracieux, des parisiens. On ne vient pas pour cela, pour visiter, pour connaître, on vient pour autre chose, pour se vendre.
Une provinciale qui monte sur Paris passer le Grand Oral, voilà ce que l'on est, ou plutôt ce que l'on sera dans les yeux de ceux qui vont nous juger, tout à l'heure. Peu importe. Habillée comme pour une cérémonie, ou une fête, à laquelle on nous aurait demandé de participer au dernier moment, on est juste mal à l'aise, pressée d'en finir, remontée comme un automate au garde-à-vous. Jusqu'à quel degré de tension pourra-ton encore tenir sans que le mécanisme se grippe, s'effondre ?
Il faut venir la veille, c'est mieux, on a le temps comme cela de savoir que la vie qu'on aime c'est celle que l'on a pour soi, au loin. La mer à une foulée de voiture, des champs de blé pour voisins. Et non cette solitude acharnée que l'on a perçue dans le mouvement que l'on a fait hier, en ouvrant avec une carte, la porte d'une chambre anonyme dans un hôtel sans âme.

© Les écrits d'Antigone - 2010

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14 novembre 2009

Poème épique...ou mythique, c'est selon

laine1Qu’as-tu donc fait de toi Antigone ?

De ta colère et de tes luttes.

De ta force.

Je me souviens du feu qui animait autrefois le brun de tes yeux.

Des matins que tu entamais, le poing serré,

Caché au creux de tes poches.

Qu’est-elle donc devenue celle qui osait ?

Qui brisait les tabous.

Qui bravait la tempête de son sourire timide.

Je ne te reconnais plus

Dans ce tassement d’épaules,

Dans ce découragement que soudain tu m’avoues.

Sous le voile des désillusions, de l’attente,

J’espère

Un sursaut, une hâte, un regain de vigueur.

Je sais que tu es là pourtant, cachée,

Simplement invisible aux yeux de tous.

Tu as grandi.

Je t’attends.

© Les écrits d'Antigone - 2009

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07 novembre 2009

Un lien étroit

home_wifeDes bourrasques, du gris, de la pluie.

Marie essuya du bout de l’index les traces de buée que la chaleur de son haleine venait de former sur la vitre de son salon. « Quel temps stupide ! » Puis, elle se ravisa et dessina dessous, en trois mouvements rapides, le sourire d’une bouche et deux énormes yeux ronds.

De l’autre côté de l’impasse, son voisin, Paul, venait de sortir de son garage, le dos légèrement vouté.

Elle observa un moment la lourdeur de ses mouvements, alors qu’il déchargeait lentement la camionnette rouge qui encombrait son entrée. « La camionnette de son fils », pensa-t-elle, puis aussitôt « son dos le fait encore souffrir. ».

Elle essuya du revers de la manche son dessin et contempla les tâches brunes de ses propres mains à elle, la fragilité nouvelle de sa peau, cette preuve visible que le  temps filait à toute vitesse vers la fin.

Vingt-cinq ans qu’elle habitait cette impasse, cette maison. Vingt ans qu’elle s'avouait aimer son voisin d’un amour profond et sans issue. Dix ans qu’elle était veuve.

Marie s’était depuis longtemps enlisée dans le confort sans surprises de l’amitié. Tout plutôt que de risquer la souffrance, tout plutôt que de briser le fragile équilibre de leur vie, tout plutôt que de s’entendre opposer un refus, un rejet.

Sur ce principe vain qu’un amour se doit d’être vécu, su, elle avait tenté le tout pour le tout, il y a bien longtemps, un beau jour de juillet. « Je vais quitter mon mari », avait-elle dit à Paul, alors qu’il l’aidait à réparer la roue de bicyclette d’Isabelle, sa fille à elle, tout juste âgée de treize ans.

Elle avait attendu une réaction de sa part, fouillant ses traits, une faille, la justification de ce sentiment d’intimité qui se dégageait d’eux alors qu’ils se tenaient ainsi, penchés ensemble sur le même objet. Elle n’avait pas rêvé, elle n’était pas folle, elle ne pouvait être la seule à éprouver une telle attraction impérieuse.

« Tu es certaine ? Peut-être devrais-tu essayer encore ? Tenter de vous retrouver. Ce n’est sans doute qu’un passage. Pense aux enfants, Marie, ils sont encore si petits… »
Elle n’avait rien pu lui dire de plus. Elle s’était éloignée, repliée sur elle-même, comme giflée.

Et aujourd’hui, vingt ans plus tard, elle était là à l’observer, incapable de bouger, de déménager, alors que ses enfants la pressaient de le faire, incapable de vivre sans l’homme qu’elle aimait. Son meilleur ami.

Le mari de sa voisine.

Gêné par le vent et la pluie, Paul s’adossa un instant à la camionnette de son fils, puis leva les yeux vers elle, l’aperçu, lui fit un signe discret de la main. Sa bouche forma un bonjour muet qu’elle reçu sans sourciller. Comme souvent, son visage paisible à lui, s’immobilisa un temps de plus de trop, ce temps qu’elle savait ne lui appartenir qu’à elle, mais qu’elle ne tentait plus d’interpréter.
Elle recula d’un  pas vers l’obscurité de son salon.

Une main sur sa bouche. L'autre sur le coeur.

© Les écrits d'Antigone - 2009

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