27 décembre 2007

Au bonheur de lire

Quatrième de couverture : "Rousseau fouillant dans la bibliothèque de sa mère, Emma Bovary soupirant à la lecture de Paul et Virginie, la Petite Tailleuse chinoise et ses compagnons sauvés de l'enfer par Balzac, Nathalie Sarraute dévorant Rocambole, Montag, le pompier prêt à tout pour sauver les livres... Que de héros dont la vie a été bouleversée par la lecture de quelques pages !"

Avis d'Antigone : J'ai ressenti quelques désapointements à parcourir ce petit livre : trop d'extraits déjà connus sans doute, et une impression étrange de passer du coq à l'âne, d'un style à l'autre, sans liens. Et pourtant, ce recueil est bien interessant, car il met en lumière cet étrange phénomène qu'est la naissance du plaisir de lire. Chaque lecteur se retrouvera dans une ligne, une phrase, un sentiment, au détour d'une page. Mon bonheur personnel a tout de même été de retrouver, par exemple, ce souvenir de lecture, ce personnage de Montag, dans cet extrait de Farenheit 451, roman d'anticipation qui se déroule dans un monde où l'on brûle les livres...

Extrait : Daniel Pennac, Comme un roman

"Peu d'objets éveillent, comme le livre, le sentiment d'absolue propriété. Tombés entre nos mains, les livres deviennent nos esclaves - esclaves, oui, car de matière vivante, mais esclaves que nul ne songerait à affranchir, car de feuilles mortes. Comme tels, ils subissent les pires traitements, fruits des plus folles amours ou d'affreuses fureurs. Et que je te corne les pages (oh ! quelle blessure, chaque fois, cette vision de la page cornée ! "mais c'est pour savoir où j'en suiiiiiiiis !") et que je te pose ma tasse de café sur la couverture, ces auréoles, ces reliefs de tartine, ces taches d'huile solaire... et que je te laisse un peu partout l'empreinte de mon pouce, celui qui bourre ma pipe pendant que je lis... et cette Pléiade séchant piteusement sur le radiateur après être tombée dans ton bain ("ton bain, ma chérie, mais mon Swift !")... et ces marges griffonnées de commentaires heureusement illisibles, ces paragraphes nimbés de marqueurs fluorescents... ce bouquin définitivement infirme pour être resté une semaine entière ouvert sur la tranche, cet autre prétendument protégé par une immonde couverture de plastique transparent à reflets pétroléens... ce lit disparaissant sous une banquise de livres éparpillés comme des oiseaux morts... cette pile de Folio abandonnés à la moisissure du grenier... ces malheureux livres d'enfance que plus personne ne lit, exilés dans une maison de campagne où plus personne ne va... et tous ces autres sur les quais, bradés aux revendeurs d'esclaves...

Tout, nous faisons tout subir aux livres. Mais c'est la façon dont les autres les malmènent qui seule nous chagrine..."

La lecture de Bellesahi

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05 décembre 2007

Secrets de famille, Louisa May Alcott

Secrets de famille

Résumé : Louisa May Alcott nous introduit ici dans une famille déchirée par des secrets inavouables. La narratrice, Kate Snow, est une nouvelle venue chez les Carruth, engagée comme garde malade, au service de leur fille, Elinor, atteinte d'une maladie mentale, elle sera prise rapidement dans un imbroglio de tromperies et de manigances. Son intelligence fera triompher la vérité, mais à quel prix !

Avis d'Antigone : L'auteur des Quatre filles du Dr March nous plonge avec ce roman dans un univers tourmenté. Dans le huis clos d'une demeure familiale les gestes, les soupirs et les secrets sont analysés, retenus ou cachés. Le style d'écriture est sans conteste daté, cela donne un air charmant à cette histoire où les personnages rougissent ou blêmissent sans cesse. J'ai été happée par cette intrigue à la morale ambigüe. A découvrir !

Extrait : "Elle [Mme Carruth] me déposa les clés dans la main et me précéda dans l'escalier. Nous traversâmes des pièces spacieuses dont le goût raffiné me charma et laissait présager de luxueux appartements pour la pauvre demoiselle de compagnie quand elle quitterait son petit coin mesquin, à la modeste pension de famille. Ouvrant une porte qui donnait sur une aile isolée, Mme Carruth me montra un nid douillet en me disant qu'il était mien. Après que nous eûmes longé une galerie et pénétré dans une antichambre, où deux femmes de charge d'âge mûr étaient à leur ouvrage, elle s'arrêta sur le seuil d'une porte qu'elle n'osa franchir et, avec un regard que je ne suis pas près d'oublier, elle dit solennellement :

- Mademoiselle Snow, dans cette maison vous allez voir beaucoup de choses qui vous serreront le coeur, qui éprouveront votre patience et votre compassion. Je n'ai nul besoin de vous demander le silence, qui s'ajoutera à toutes les obligations dont nous vous serons redevables, je compte sur votre loyauté. Puisse la prière d'une mère infortunée valoir à la plus infortunée des filles votre tendre compassion."

Clarabel a lu Louisa May Alcott

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30 novembre 2007

Bonne nuit, doux prince, Pierre Charras

08/2006

Résumé (extrait de la quatrième de couverture) : "Le narrateur de Pierre Charras trace le portrait de son père né en 1911. Avec des mots justes et simples, il ressuscite les cartes postales nostalgiques d'un bonheur familial fragile. Il se lance à l'assaut de son enfance comme on gravit une montagne. Il se fait archéologue émotionnel de l'histoire paternelle, comme si les mots pouvaient pallier l'absence."

Avis d'Antigone : Un fils part à la recherche de celui qui lui a donné la vie, en retrouvant le fil de ses souvenirs... Il réussi à se mettre dans la peau, dans les pensées de ce jeune homme qu'il n'a pas pu connaître, puis il regarde ce père, étranger, silencieux, auquel il n'a pas su parler. Ce roman (récit ?!) est plein de charme. J'aime ce titre, d'une douceur infinie, et ces souvenirs délicatement distillés. Je suis, malgré tout, restée un peu en retrait de cette lecture, comme mue par l'impression étrange de déranger, de devenir indiscrète, par trop de voyeurisme. A vous de voir ! Ce livre reste un joli moment de lecture.

Extrait (fin du livre) :

"Je voudrais que mon récit fût une ballade. Non pour jouer sur les mots car il ne s'est jamais baladé, au cours de ses périples, il n'a jamais flâné ; il remontait une piste mystérieuse qui le consuisait à son point de départ ; il s'imposait ce devoir par tous les temps et quel que soit son degré de fatigue, comme d'autres vont à la première messe du matin. Non, je voudrais que ce qui précède fût une ballade car nous en serions maintenant à l'envoi : Prince..., écrirais-je pour m'adresser à lui. Et ce mot est si juste. Il lui va si bien.

Prince...J'aurais voulu tout décrire de toi. J'aurais voulu faire des jaloux. J'aurais voulu que tout le monde sache la chance que j'ai eue..."

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