31 août 2008

Des papillons sous la pluie, Mira Maguen

despapillonssouslapluie

Adam attend depuis vingt-cinq ans un signe de celle qui l'a abandonné alors qu'il n'avait que dix ans, sa mère.
Depuis, il garde toujours dans sa poche un petit papillon coloré, identique à ceux qu'elle vendait dans la rue, le petit garçon qu'il était à ses côtés. Devenu médecin généraliste, élevé avec amour par sa grand-mère Mama Ruth, Adam Ouria a une vie bien remplie, des patients, une femme qui l'aime à ses côtés, des amis... Pourtant, lorsqu'un jour le téléphone sonne et que la voix rauque d'Eva résonne à l'autre bout du fil, proposant une rencontre trois jours après, les angoisses et les défaillances se ravivent...

Ne tergiversons pas, j'ai beaucoup aimé ce roman dont l'intrigue se déroule comme une belle pelote de laine, traînant derrière elle les poussières d'une vie pas si limpide.
Nous suivons pendant trois jours les pensées de cet homme, vivant dans une ville d'Israël moderne, exempte apparemment - et étrangement - de conflits et de guerres.
Adam Ouria est un adulte en questionnement, un adulte dont l'enfance colle à ses faits et gestes, à ses doutes, à ses envies, à ses rapports avec sa famille, avec ses cousins.
Adam va revoir sa mère, bientôt, et toute sa vie prend une dimension différente, des rencontres ont lieu, des attentes, et peut-être aussi des folies...

Le tout début du roman...
"Les boucles d'oreilles violettes. Leur éclat diffus et tremblotant. Si elle les portait encore, il la reconnaîtrait tout de suite. Simples, translucides comme des gouttes de pluie sur un iris. Le souffleur de verre qui les lui avait fabriquées avait juré que jamais pièce plus lisse n'était sortie d'entre ses mains.
Elle serait là dans trois jours. N'avait indiqué ni son numéro de vol, ni d'où elle venait. "Allô, c'est Eva, ta mère."

bouton3 Note de lecture : 4/5

Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de BOOKPAGES 2009
Catégorie Romans

ISBN 978-2-7152-2836-8 - 25€ - 02/2008

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30 août 2008

François Forestier, Marilyn et JFK

marilyn_et_jfkMarilyn et John, une histoire qui fait fantasmer, qui mêle glamour, Hollywood, secrets d'Etat et pouvoirs... François Forestier nous raconte dans son livre le versant sombre de cette romance, et nous entraîne dans les coulisses du show business américain et de la course à la Maison Blanche. Le style est enlevé, rapide et efficace, et les années passent en accéléré devant nos yeux de lecteurs éberlués.

Alors, peut-être un peu trop de sexe, un peu trop de drogues, un peu trop de complots, un peu de trop de mafia à mon goût.
Pourtant, tout cela semble bien réel - est réel. Mais a-t'on vraiment envie de désacraliser les mythes ? Je n'en suis pas certaine. Au risque de taire la vérité ? De se voiler la face ? Oui, parfois.

bouton3 Note de lecture : 2/5

Un titre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices BOOKPAGES 2009
Catégorie Documents

ISBN 978 2 226 18398 9 -19.50 € - Mai 2008

Finalement, Marilyn par Vanessa me convient mieux, n'est-ce pas Clarabel ?...


Marilyn et John

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28 août 2008

La princesse des glaces, Camilla Läckberg

LA_PRINCESSE_DES_GLACESUne jeune femme est retrouvée nue, dans sa baignoire, les poignets tailladés, couverte de gel. Son amie d'enfance, Erica Falck, trente cinq ans, écrivain de profession, a fait cette découverte macabre, et c'est toute la communauté de Fjällbacka qui est en ébullition. Un suicide semble vite improbable aux yeux de la police et l'enquête que mène l'inspecteur Patrik Hedström soulève de nombreux mystères...

J'avais très envie d'aimer ce roman à la superbe couverture noire, illustrée délicatement par Matthew Price. J'en avais très envie...mais dès les premières lignes, j'ai dû me rendre à l'évidence que l'écriture, lourde, malhabile et très désagréable du récit, ainsi que sa structure volontairement hachée, qui passe d'un personnage à un autre sans transition, me rendrait la tâche bien difficile... Ce fut effectivement le cas. Heureusement, mes efforts ont été récompensés, car malgré une intrigue poussive, je me suis retrouvée aux 4/5ème du livre finalement tenue par le suspens, attachée aux personnages et dans l'attente d'une issue qui ne m'a pas déçue, bien au contraire.

Malgré cela, voici un roman policier que j'aurais du mal à recommander en dépit des commentaires ditirembiques de l'éditeur en quatrième de couverture : "En Suède, tous ses ouvrages (ceux de Camilla Lädckberg, cela s'entend) se sont classés parmi les meilleures ventes de ces dernières années, au coude à coude avec Millénium de Stieg Larsson." Ah bon ? Serais-je donc hermétique au genre ? Voilà qui ne me donne pas très envie de lire Millénium à présent !!

Un extrait pour en "apprécier" l'écriture...
"Erica avait l'impression qu'Alex avait vécu dans une sorte d'existence parallèle avec ceux qui comptaient dans sa vie. Elle n'en faisait qu'à sa tête, sans égard pour ses proches et surtout pour Henrik. Erica devinait que Francine avait du mal à comprendre comment Henrik pouvait accepter un mariage à ces conditions, elle pensait carrément que Francine le méprisait à cause de cela. Pour sa part, Erica comprenait parfaitement le fonctionnement des mécanismes de ce genre. Depuis de nombreuses années, elle contemplait le couple Anna et Lucas."

bouton3 Note de lecture : 1.5/5
Un titre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices BOOKPAGES 2009
Catégorie Policiers

ISBN 978 2 7427 7547 7 - 21 € - Mai 2008

Elfique est beaucoup beaucoup plus enthousiaste que moi et Ptitlapin aussi !!

Lire l'article de Gambadou sur Millénium qui fait étrangement pendant au mien aujourd'hui, sans concertation.

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26 août 2008

Chaos calme, Sandro Veronesi

CHAOS_CALMENous sommes au mois d'août en Italie, Pietro Paladini, la quarantaine, vient de perdre la femme qu'il allait épouser, quelques jours plus tard, Lara.
Coïncidence troublante, au moment même où elle mourrait sous les yeux de leur fille, il tentait de sauver une autre femme - une inconnue - de la noyade, à quelque distance de là.
Entre deuil et culpabilité, il s'attend à ce qu'une souffrance insupportable vienne les submerger, lui et son enfant, après ce décès inattendu, mais rien ne se passe, tout reste dans un "calme chaos" étrange.
Le jour de la rentrée, il décide alors sur un coup de tête de rester près de l'école de Claudia, dans sa voiture, jusqu'à ce qu'elle sorte de ses cours.
Il répétera ce scénario les jours suivants, travaillant derrière son volant, créant un noyau incongru de rencontres et de conversations...

Chaos calme est un roman infiniment sympathique, qui commence dès le premier chapitre sur un tempo soutenu, suivant le récit du sauvetage périlleux d'une inconnue (remarquablement conté), qui augure le meilleur pour les pages suivantes. Et en effet, voici un roman moderne au scénario original et aux personnages attachants et complets. Pietro Paladini attire dans sa voiture une foule de personnalités hétéroclites que nous suivons avec intérêt et curiosité.
De plus, quelle idée attendrissante que de positionner un père, cadre d'entreprise, au pied d'une école de quartier !! Malheureusement, le rythme du récit, entre excitations et longues plages atones, m'a parfois déçu et laissé sur le carreau. Quelques "trouvailles" m'ont également semblées bien anecdotiques et ont gâchées mon plaisir de lecture : le long mail d'un auteur ami de Lara aux prises avec un chien noir terrifiant, et cette histoire de portable, par exemple, avec porte-canettes intégré qui s'avère être un lecteur de CD/DVD (blague très connue des internautes)... Bien entendu, ce roman est un mélange d'humour et de romanesque assez réussi mais il m'a semblé que le ramage ne s'accordait pas avec le contenu, ce qui est un peu dommage...

Un extrait...
"Je reviens à la voiture et j'appelle Annalisa, au bureau. Annalisa aujourd'hui aussi, je reste devant l'école. Pause. Annule mes rendez-vous, bascule les appels sur mon portable, viens ici m'apporter les papiers à signer car il fait un temps magnifique. Pause. Je lui donne l'adresse. A tout à l'heure. Stop. Histoire de la déstabiliser un peu ; qu'elle s'approche d'Emmanuela, la secrétaire de Piquet qui occupe le bureau voisin, derrière la demi-cloisondemi-cloison, dans cette espèce de plateau ouvert du pauvre voulu par les Australiens quand ils ont acheté notre entreprise il y a des années, et que les Français, l'année dernière ont décidé de démanteler sans être encore passés à l'acte ; qu'elle aille lui dire, à voix basse, "Paladini reste aujourd'hui aussi devant l'école de sa fille" ; qu'elle arbore ses expressions incrédules : je peux le faire, nom de nom. Je suis directeur, je ne dois pas pointer. Tant qu'on ne me licenciera pas, c'est moi qui déciderai où je travaille, et si l'on me licencie, ce sera à cause de la fusion, et pas du tout parce que j'ai passé deux journées ici."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5
Un titre lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices BOOKPAGES 2009
Catégorie Romans

ISBN 978 2 246 72431 5 - 21.90 € - Avril 2008

Bellesahi l'a lu et l'a trouvé ennuyeux, Kathel "pas désagréable", Cuné a aimé.

Ce roman a été porté à l'écran par Antonello Grimaldi, avec Nanni Moretti dans le rôle de Pietro. Vous trouverez la bande annonce, en italien, ci-dessous : 

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21 août 2008

Ils sortent lundi en librairie

johnnyJohnny par Catherine Soullard - ISBN 978 2 268 06619 6 - 13 €

Un conseil ? Plongez vous dans Johnny Guitar, le western de Nicholas Ray (1954), puis entrez dans ce roman baigné des personnages du film. Vous goûterez ainsi plus complètement la belle écriture de Catherine Soullard qui nous raconte, par le biais de figures universelles, une histoire d'amour de jeunesse, perdue puis retrouvée, de son enfance et de sa mère. Ecrit comme une balade, un peu triste, ce récit dresse avant tout un portrait de femme, ayant peut-être les traits de Vienna, devenue dure et adulte, hantée par le souvenir d'une silhouette d'homme.

Un extrait...
"là où tu es parti, comment est-il le ciel, y a-t-il du vent aussi, est-ce qu'il souffle plus fort qu'au camp de la Gineste, est-ce que tu m'as aimée ou as-tu fait semblant et en ai-je été dupe, savais-tu que tu ne resterais pas, le savais-tu déjà au début de l'été, qu'étais-je vraiment pour toi, comment fais-tu sans moi, ai-je rêvé tout cela, ai-je tout inventé, cet amour, mon amour et cette vie à deux, je t'attends, je te hais et je t'aime, je te guette, je te cherche, je n'ai que toi en tête et je m'en veux de ça, je m'applique, je m'active, je fais semblant aussi, j'adopte des attitudes et ça marche parfois et je suis convaincue, je travaille tout le jour et j'ai de grands projets, oui je veux oublier, c'est ce que je proclame, ce que j'essaie de croire, je fais de gros efforts, rien n'est plus difficile que de cesser d'aimer, l'amour a la vie dure, et je rêve à ce jour où tu ne seras ni Claude, ni Johnny, où j'entendrai ces noms sans être blessée, où tu auras perdu ce pouvoir monstrueux que je t'ai laissé prendre, où tu pourras tout faire, où je ne souffrirai plus et plus jamais par toi, je n'aspire qu'à ça, je serai libre enfin, je n'étoufferai plus, tu m'as donné les clés, t'en es-tu rendu compte, je suis ce que je suis, c'est toi qui m'as armée."

Quelques images du film en chanson...

bouton3 Note de lecture : 3/5

Un grand merci à Mélanie Fouqué pour l'envoi !! La fiche éditeur

la_fausse_veuve

La fausse veuve par Florence Ben Sadoum
ISBN 978 2 20726073 9 - 13 €

Comment l'amour survit-il à l'absence ? Une femme, dix ans après le drame, raconte comment elle a aimé un homme, l'a accompagné pendant son coma, à l'hôpital après un grave accident cérébral, comment ils se sont parlés entre battements de paupières et frôlements. Elle est celle qu'il a choisi, quelques semaines avant l'accident, pour qui il a quitté femme et enfants. Pourtant, au seuil de la mort elle n'est plus rien face à celle, légitime, qui reste la "seule et unique" veuve de l'homme dont elle connaît si intensément chaque creux de peau.

Ce roman est une belle surprise, malgré le pathos évident du thème. La narratrice conte avec beaucoup de délicatesse, de force et de pudeur cet amour inachevé qui s'accroche et se perd dans la maladie puis la mort mais ne meurt jamais réellement dans les souvenirs. Entre religion, vie sociale, passé et présent, Florence Ben Sadoum nous raconte ici l'histoire d'une femme d'aujourd'hui, ni plus forte ni meilleure qu'une autre, mais seule et digne face au deuil et à la douleur.

Un extrait...
"C'est quoi le coma ? Je l'ai appris au cinéma. Un corps nu et immobile envahi de tuyaux reliés à des machines. Autour, plein de gens qui s'affairent dans un calme qui rassure. Un décrochage, une parenthèse. Koma, c'est une virgule en allemand, une virgule dans le temps de vie des autres et dans la vôtre surtout. Vous êtes soudain là sans être là. Le temps se dilate étrangement autour de ce corps qui monte et qui descend, qui respire presque tout seul. Il s'installe, s'étire et se partage. Le temps avec toi est minuté par l'équipe soignante qui n'octroie qu'une heure par jour à deux personnes dans ton blox. Comme un cheval. Et encore deux personnes récurées au savon bactéricide qui doivent enfiler une blouse, un bonnet et des chaussons bleus en papier tissé. Avec cette tenue ridicule, on ressemble plutôt à des spermatozoïdes sortis d'un film de Woody Allen."

bouton3 Note de lecture : 3/5

Un grand merci, pour ce livre, à Violaine et au site Chez-les-filles.com

D'autres blogueuses se sont penchées avec plus ou moins de bonheur sur ce titre : Lily, Loutarwen, Cathulu, Bluegrey...

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01 août 2008

My Way, Ji Di

myway"Suivez le bonhomme au chapeau...
...dans ses voyages incertains.
Où va-t-il ? Il ne le sait pas vraiment lui-même. Mais chaque endroit qu'il traverse lui donne l'occasion de rencontrer des personnages différents, chacun à la recherche du bonheur, de l'amour ou tout simplement de lui-même."

J'ai aimé cette couverture, j'ai feuilleté quelques pages et hop j'ai embarqué ce livre hors de ma bibliothèque moi qui y étais entrée avec la ferme intention de n'en sortir que les mains vides. Raté. Heureusement, cette délicieuse BD se lit très vite !!

Il s'agit en fait d'un recueil d'histoires, dessinées ou simplement écrites, inventées par une toute jeune artiste chinoise, nommée JI DI sur le net, mais se prénommant en réalité ZU Ya Le. Un album qui oscille entre poésie et BD.

J'ai beaucoup apprécié les dessins de ce premier volet, le thème de la quête, l'aspect évanescent, coloré et original de la mise en page. J'ai trouvé l'ensemble des textes un peu naïf, idéal pour les jeunes filles en fleur, mais voici sans doute une illustratrice à suivre... (quelques images du tome 2)

ISBN 978 2 940380-46-6 - 12€50 - 2007 - Le blog éditeur

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21 juillet 2008

Je suis en bois, Giulia Carcasi

je_suis_en_bois"Un gouffre d'incompréhension sépare Giulia de Mia, sa fille de dix-huit ans. Chacune triche, joue un rôle, et tait l'essentiel.
La lecture du journal intime de Mia replonge sa mère dans le passé. Elle lui confie alors par lettres ce qu'elle ne lui avait jamais dit. Dans les secrets des générations passées, c'est sa propre histoire que découvre la jeune fille." (quatrième de couverture)

...ainsi est présentée l'intrigue de Je suis en bois, et l'histoire commence effectivement abruptement, par une transgression d'intimité (une mère lit le journal de sa fille pour mieux la comprendre). Pourtant, je n'ai pas senti, à la lecture du roman, les barrières des genres (lettres, journal intime). Les paragraphes s'écoulent, chaque récit se déroule en monologue faisant presque par mégarde écho à l'autre.
A la fin du récit seulement, on se rend compte que les deux voix tenaient une conversation, que Giulia parlait à Mia, et inversement, qu'elles se racontaient leur génération dans une Italie changée.

Que vous dire ? Simplement, que ce livre est beau, qu'il parle avec beaucoup de grâce et de pudeur de la relation mère-fille. Qu'il est par instants même, presque parfait sur le fil de l'émotion. Puis, par endroits, ici et là, peut-être un peu maladroit (l'auteure n'avait que vingt trois ans quand son récit a été publié). Je suis restée bluffée par la capacité de cette jeune écrivain à exprimer les émotions d'une femme vieillissante, avec autant de justesse...

Un livre qui vous donnera des frissons de tendresse, et dont le récit suit le fil d'un été. N'est-ce pas le mélange idéal pour glisser ce joli roman dans vos bagages ?

Un extrait (le tout début du livre)...
"Cette histoire commence un dimanche et ne pouvait commencer aucun autre jour.
Pour toi, le dimanche est un résidu de la semaine, pour moi c'est une tzigane qui fouille les emballages et les vieux chiffons, qui cherche des trucs encore bons dans ce qui a été jeté.
Je crois que les meilleures propositions se font le dimanche.
Je crois que la guerre finit le dimanche.
Je crois qu'Ulysse est rentré un dimanche, après la danse des vagues, il est rentré à la maison comme toi du rentres, après la danse des vagues, tous les dimanches.
Pour Pénélope le bruit du retour était le contact du bois rugueux sur les rochers du port. Et l'odeur du retour était celle du sel.
Pour une mère le bruit du retour est trois tours de clé, la clenche, la porte qui s'ouvre et se referme. Et l'odeur du retour n'est pas celle du sel, non, c'est un parfum masculin que tu t'es mis dans les cheveux, un parfum que tu changes chaque semaine."

ISBN 978-2-35087-076-2 - 19€ - Avril 2008

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

La lecture de Cathulu et de Cuné (conquises)

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16 juillet 2008

L'anniversaire de la salade, TAWARA Machi

CRIM0080"Lorsque Tawara Machi, modeste professeur de littérature au lycée de Kanagawa, fait paraître en 1987 L'Anniversaire de la salade, elle n'a sans doute aucune idée du phénoménal succès que va connaître son recueil de poèmes. Il révolutionne pourtant le genre du tanka, la forme de poésie la plus ancienne et la plus sophistiquée de la tradition japonaise. Tawara Machi y raconte les menus évènements de sa vie de jeune femme d'une vingtaine d'années - la musique, la mer, les voyages, la cuisine, le base-ball, l'amour -, y introduit un langage familier, des bribes de conversations, des icônes du monde moderne.[...] A ce jour, L'Anniversaire de la salade s'est vendu à plus de huit millions d'exemplaires dans le monde." (extrait de quatrième de couverture)

Voilà un plaisir de lecture léger et frais, comme sa couverture !
La traduction française du recueil de Tawara Machi fait sans doute perdre musicalité et rigueur à ces tankas modernes (le traducteur explique ses difficultés en postface), mais il est très agréable malgré cela de se laisser divertir par les mots et par les fugaces fragments de vie d'une jeune fille japonaise, vive et espiègle.

Pour Tawara Machi, la rencontre avec un professeur, poète de tankas, fut dans sa vie un moment décisif :

"Cette rencontre fut le fruit d'un hasard. Mais que je continue aujourd'hui à composer des tankas n'en est pas un. Il s'agit d'un choix que j'ai fait comme moyen d'expression. J'ai eu le coup de foudre pour ces trente et une syllabes. Baguette magique de cette séquence 5-7-5-7-7 qui nous est parvenue en lignée ininterrompue depuis mille trois cents ans. Les mots, soumis à ce rythme fixe, se mettent à nager comme poissons dans l'eau, diffusent une lumière mystérieuse. C'est cet instant que j'aime."

Chaque chapitre raconte en fait une histoire, un lieu, un moment, mais il m'a semblé possible d'extraire des tankas et de leur trouver de la force dans leur unicité. Quelques extraits donc...

C'est pour le vendredi à six heures
je puisse te rencontrer que commence
mon lundi matin

D'un claquement j'ai étiré la chemise
et tandis qu'elle sèche mon coeur au soleil
devient transparent de blancheur

Attendre qui ? Pour moi attendre quoi ?
"Attendre" ce verbe d'un bond
devient intransitif

"C'est vraiment bon !" m'as-tu dit
Aussi le six juillet sera-t-il
l'anniversaire de la salade

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

Un grand merci à Cathulu pour le prêt (vous trouverez ici sa lecture) !!!

Elle a, de plus, eu la gentillesse de lire mon "tout petit livre" et je l'en remercie, c'est par ici !!

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09 juillet 2008

Une chambre à soi, Virginia Woolf

UNE_CHAMBRE_A_SOI

Interrogée par des étudiantes de Cambridge sur le sujet suivant, "la femme et le roman", Virginia Woolf tente dans ce pamphlet de répondre à leur attente et laisse s'exprimer son irritation et ses convictions sur le sujet, tout en revenant sur l'histoire féminine de la littérature...

Elle explique ainsi comment les femmes ont été depuis toujours dans l'incapacité d'exprimer un quelconque génie, placées qu'elles étaient sous l'emprise financière et intellectuelle des hommes, et privées de l'essentiel, c'est à dire de quoi vivre, du temps et une "chambre à soi".

Je voulais lire des écrits de Virginia Woolf depuis cette rencontre avec Arnaud Cathrine et Geneviève Brisac durant laquelle avaient été lus des extraits de son journal, et plus particulièrement cet écrit là.
Voilà qui est fait, et je suis heureuse d'avoir partagé pendant quelques pages le fil des pensées de cette auteure.
Toute mesure gardée, sa démonstration rencontre mes propres réflexions du moment. Comment écrire au milieu du salon et des enfants (apparemment Jane Austen y réussissait très bien), sans temps pour le faire et sans une solitude parfois nécessaire pour rêver un peu ?

Un extrait...
" Mais, ce qui me semble déplorable, continuai-je, regardant de nouveau du côté des rayons, c'est qu'on ne sache rien qui concerne les femmes avant le XVIIIè siècle. Rien ne permet de savoir si je dois m'adresser ici ou là. Me voici en train de me demander pourquoi, à l'époque élisabéthaine, les femmes n'écrivaient pas de poésie et je ne suis pas seulement sûre de la façon dont elles étaient élevées. Leur apprenait-on à écrire ? Avaient-elles un salon personnel ? Combien de femmes avaient-elles des enfants avant leur vingt et unième année ? En un mot, que faisaient-elles de huit heures du matin à huit heures du soir ?"

Virginia Woolf est née à Londres le 25 janvier 1882 - Victime de dépression chronique, elle met fin à ses jours le 28 mars 1941. Elle laisse des romans, des nouvelles, des essais et un Journal qui paraît après sa mort.

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24 juin 2008

Les ombres et la plaie, Isabelle Rossignol

les_ombres_et_la_plaieDeux courtes nouvelles dans ce recueil...
Aidez-moi ou je pars ! Un couple sans enfants se déchire. L'épouse est dentiste et le mari simple ouvrier. L'une veut que son conjoint passe des examens pour chercher une éventuelle stérilité ; l'autre se sent diminué par l'argent que gagne sa femme. Un matin, Martine part sans un mot. Rémy finit par prendre l'avion pour un autre pays, au hasard, où il rencontrera d'autres vies, en rupture elles aussi.
Les ombres et la plaie. Une histoire en forme de conte... Maguelone souffre d'une plaie au pied depuis le jour de ses 13 ans. Sa mère et sa tante l'ont depuis ce jour-là enfermée à clé dans une chambre. Un soir, alors que les années ont passées, Maguelone réussit à s'enfuir grâce à de mystérieux escarpins vernis et découvre le plaisir auprès d'un étrange homme masqué. Derrière tous ces évènements se cache une malédiction que Maguelone aura à coeur de ne pas perpétrer.

Mon avis...
Voici une lecture enthousiasmante et originale qui cache bien son jeu. Les deux nouvelles de ce recueil n'ont pas énormément de points communs, mis à part comme le souligne la quatrième de couverture le "thème de la chute et de la guérison après la chute". Je ne connais pas les autres écrits d'Isabelle Rossignol mais il est intéressant de suivre une telle écriture qui semble toujours être au bord de tomber dans la facilité, mais qui n'y tombe jamais, qui nous surprend, et qui nous entraîne dans des univers dépaysants et surnaturels, presque sans y toucher. Un petit livre, à la lecture rapide, qui recèle de belles surprises !!

Un extrait de Aidez moi ou je pars !...
"Ce qu'il remarque en premier, c'est que ses beaux-parents possèdent les clés de la maison. Martine n'avait jamais dit à Rémy que ses parents pouvaient entrer chez eux comme et quand ils voulaient. Un instant, il en éprouve un sentiment de trahison. Un instant seulement : ce n'est pas la première fois qu'il prend conscience que cette maison ne lui appartient pas.
Montre en main, ses beaux-parents restent quatorze minutes à l'intérieur et neuf minutes dans le jardin. En fin limier qu'il a tout l'air de devenir, Rémy se doute que c'est lui qu'ils cherchent. Martine a dû les envoyer en reconnaissance, afin de revenir peut-être, ou bien pour voir si Rémy n'avait pas fait de dégâts dans la jolie demeure... L'idée lui vient en effet : pourquoi ne s'amuserait-il pas à saccager ces meubles et objets qui ont vu son couple décliner, qui ont en eux la mémoire de ses attentes de plus en plus longues ? De nouveau, la table en formica rouge de ses parents lui revient en mémoire, et c'est parce qu'il connaît la valeur des choses qu'il renonce d'emblée à ce petit jeu.
Lorsque la voiture démarre, Rémy se cache davantage : une précaution aussi inutile que la tristresse qui l'étreint par moments, car les beaux-parents, dans la raideur qui caractérise tant leur âge que leur condition, regardent droit devant eux. Rémy est tenté de leur faire le bras d'honneur qu'il ferait volontiers à Martine. Et puis il laisse tomber cela aussi.
Une fois entré, il ne regarde rien autour de lui. "Objectif chambre et valises" se dit-il. Trois tee-shirts, le nécessaire de toilettes, pantalons et slips, sa carte bleue. "Ecrire un mot" se dit-il encore. "Ne pas faire comme elle".

bouton3 Note de lecture : 3/5

Le site de l'éditeur : L'idée bleue

Pour en savoir plus sur l'auteur

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