23 juin 2008

Lettres à Lou Andreas-Salomé, Rilke

lettres___lou"Au milieu du mois de mai 1897, René Maria Rilke rencontre Lou Andreas-Salomé à Munich. Il a vingt et un ans, elle en a trente-six. Rencontre déterminante : quelque temps plus tard, le poète abandonne son prénom pour celui de Rainer, signant là comme une seconde naissance.Car si Lou est l'amante [..] elle est surtout la mère nourricière et libératrice, intimement convaincue de la vocation de celui qu'elle qualifie d'"élu du destin". [...] Au printemps 1900, lors de leur deuxième voyage en Russie, Lou, éperdument avide de liberté, s'éloigne du poète tout en le conjurant de ne pas succomber au pathologique et de progresser seul vers la maturité de son art.
Désormais, elle ne sera plus la femme à laquelle il s'en remet - bien d'autres femmes l'inspirèrent -, mais elle restera la seule référence dans son existence, l'amie, la confidente. Leur correspondance - commencée dès leur première rencontre - reprend trois ans plus tard et ne cessera qu'à la mort de Rilke, le 29 décembre 1926." (extrait du dossier en fin d'ouvrage intitulé Lou et la naissance du poète)

Toujours à la recherche de Rilke, suite à ma lecture des Lettres à un jeune poète, je me suis penchée sur ces lettres là, très différentes.
Rilke n'a plus ici le rôle du maître qui donne conseils et règles d'écriture. Il n'est qu'un auteur à la recherche de son art, qui demande son avis à une amie, seule capable de le "comprendre" et d'écouter ses souffrances, doutes et hésitations.
Du lyrisme des premières lettres, enflammées, nous passons à des propos plus sombres, plus anxieux, ceux d'un auteur en proie à un état poétique déstabilisant, habité par le poids des années et par des questionnements constants.

Proche de Nietzsche, puis de Freud, Lou est pour Rilke l'interlocutrice idéale, intelligente et sensible, attentive, qui permet au poète d'accoucher de son oeuvre.
Ce recueil m'a moins touché que le précédent mais il permet d'apréhender Rilke de manière plus intime et plus réelle aussi.

Un extrait...
"Tu es mon jour de fête. Et quand je te visite en rêve, j'ai toujours des fleurs dans mes cheveux.
Je voudrais mettre des fleurs dans tes cheveux. Lesquelles ? Aucune n'est d'une simplicité suffisamment touchante. En quel mois de mai les trouver ? - Maintenant, je crois que tu as toujours une guirlande dans tes cheveux - ou une couronne...je ne t'ai jamais vue autrement."

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19 juin 2008

Les orangers, Dominique Mainard

mainardRien de commun en apparence entre Bono, simple d'esprit amoureux d'un enfant rêveur, dans La boîte à secrets, et Moha, immigré algérien hanté par les ciels et les odeurs de son pays natal, dans Les orangers. Rien sinon la solitude et le don de peupler celle-ci d'êtres et d'objets imaginaires. Rien sinon la quête de l'autre qui les entraîne, volontairement ou non, jusqu'aux frontières de l'indicible et de la mort. (extrait de la quatrième de couverture)

Voici un tout petit livre coloré qui n'a de "sucré" que la couverture. Attention, les deux nouvelles qui le composent sont une porte ouverte à l'émotion !! Ames sensibles s'abstenir !
Bono et Moha, les deux héros de chaque histoire prennent sous leurs ailes un être chétif, maladif, et abandonné à ses rêves, (un vieillard aveugle, un enfant anorexique) pour le porter vers un ailleurs meilleur à leurs yeux, dans un bel élan de compassion.
Dans ces récits tendus mais brefs, vous trouverez également de belles images, de beaux mirages, et une fin sublimée en points de suspension...

Je ne connaissais pas encore les écrits de Dominique Mainard. Son écriture, à la limite de l'onirique, peut dérouter mais les émotions qu'elle suscite sont simplement belles. Alors, à suivre...et à découvrir (ces petits livres sont à un prix très raisonnable) !!

Un extrait (début de Les orangers)...
"L'orange sera captive dans la paume de la main gauche. De la main droite, on plantera l'aiguille dans le grain serré de l'écorce.
De la main droite, on transpercera la peau dans une subtile odeur d'aromates, essayant d'atteindre la chair. La piqûre devra être minuscule, invisible presque, un simple poinçon dans l'écorce. Mais de ce canal étroit une goutte surgira, glissant sur la rondeur du fruit puis sur la paume. De cela on conclura que la main est sûre, qu'on pourra bientôt planter sans douleur l'aiguille dans la veine.
On épluchera l'orange mais, au dernier moment, on ne pourra la manger. Il y a trop de chair humaine dans cette pulpe blessée. Elle se desséchera sur le rebord de la fenêtre ; bientôt sanguine, striée de filaments pourpres.
Un organe humain, vulnérable, abondonné sur le rebord de la fenêtre dans la lumière impudique du jour."

bouton3  Note de lecture : 4/5

La lecture de Laure

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16 juin 2008

Neige, Maxence Fermine

neigeA la fin du XIXe siècle, au Japon, le jeune Yuko s'adonne à l'art difficile du Haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d'un maître avec lequel il se lie d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apporte le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obsédante d'une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes. (extrait de la quatrième de couverture)

Je dois vous l'avouer, ce court roman est pour moi une déception.
Je pensais trouver dans le récit de Maxence Fermine toutes les dispositions pour apprécier enfin l'art du haïku et je n'ai ressenti qu'une antipathie forte pour le personnage principal, Yuko, orgueilleux et égocentrique, un peu paresseux, qui veut simplement "apprendre à regarder passer le temps".
Bien entendu, il s'agit d'un art. Bien entendu, son obsession pour la neige finit par être remarquée au plus haut niveau, par le poète de la cour Meiji. Bien entendu, il part écouter les leçons du maître Soseki. Mais toute cette histoire m'a laissée de glace.
Je ne suis apparemment pas sensible à cet art là, ou à l'ambiance générale de ce roman. Dommage...

Un extrait...
"Yuko vénérait l'art du haïku, la neige et le chiffre sept.
Le chiffre sept est un chiffre magique.
Il tient à la fois de l'équilibre du carré et du vertige du triangle.
Yuko avait dix-sept ans lorsqu'il avait embrassé la carrière de poète.
Il écrivait des poèmes de dix-sept syllabes.
Il possédait sept chats.
Il avait promis à son père d'écrire seulement soixante-dix-sept haïku par hiver.

Le reste de l'année, il resterait à la maison et oublierait la neige."

bouton3  Note de lecture : 2/5

L'avis plus enthousiaste de Gambadou sur les romans de Maxence Fermine
L'émotion de Wictoria sur ce titre

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14 juin 2008

On dirait une ville, Françoise Collin

on_dirait_une_ville

Françoise Collin est philosophe, et navigue entre écriture et engagement féministe.
Elle vit aujourd'hui à Paris, ville qui l'a inspirée pour cet ouvrage poétique...

Par petites touches impressionistes, elle nous guide ici à sa suite dans une vie qui se cherche et parfois se trouve, au hasard des jours, des rencontres et des instants volés à la lumière de l'été (voir "chronique d'un été").

Dès les premières phrases de On dirait une ville, j'ai entendu une voix, j'ai imaginé les mots de l'auteur exprimés sur une scène... Est-ce la preuve d'une grande qualité d'écriture ? Je n'en sais réellement rien. C'est il me semble pour le moins la preuve d'une lecture très agréable.

Dans la prose de Françoise Collin, il y a donc de la poésie mais aussi de la matière orale, théâtrale, et cela est très doux à imaginer, et à lire.
Des personnages de toutes sortes entrent et sortent sur la scène de ses écrits et nous les regardons naviguer, nous donner quelques leçons de vie, furtives, puis disparaître en fin de page...

Il faut bien le dire, on a envie d'attraper son crayon et de noter quelques passages, pour le souvenir, pour les partager plus tard...et on se dit que c'est bête, autant garder le livre sous la main.

Des extraits, brefs, pour en attraper un peu le son, vous aussi...

"route à suivre dit un panneau fléché au bout de la piste sur le vide
.
on dirait une ville, c'est un cimetière. On dirait un chant et c'est la dernière note d'un soupir. On dirait une montagne, c'est un mirage
.
celui qui faisait tinter les clés du monde s'en est allé, l'oreille sourde. Les laboureurs de sables ont pris la fuite abandonnant leur moisson de gris"

"c'est sur l'autre façade que tape le soleil, sur l'autre rive que quelqu'un se lève, en d'autres temps que se noue le récit, en d'autres cieux que courent les nuages"

"femme assise à son miroir
femme assise à son écran

une vie de queue de cerise"

bouton3  Note de lecture : 4/5

Le site de l'éditeur : www.desfemmes.fr
Un entretien pour connaître mieux Françoise Collin et son engagement féministe

Je suis ravie, encore une fois, d'avoir reçu ce livre dans le cadre de l'opération "Masse critique"

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

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11 juin 2008

Big Bang, Neil Smith

big_bangLes personnages des nouvelles de ce recueil se tiennent en équilibre entre le rire et le désespoir, comme des galaxies qui oscilleraient entre l'expansion et l'effondrement. Cette tension qui les retient fait ressortir des liens et des noeuds, sauve des vies et anime les objets. Les Huits récits de ce recueil rendent hommage à la beauté de la complexité humaine [...] (extrait de la quatrième de couverture)

Je ne me suis pas méfiée, j'ai commencé ce livre tout tranquillement, et voilà que l'on me propulse au beau milieu d'un service de néonatologie, alors - même si petit Théo est devenu grand depuis - ma lecture s'est tout à coup logée au niveau des tripes et n'a plus lâché cet endroit jusqu'à la fin, ou presque.

Neil Smith ne nous ménage pas - ce n'est pas le but - ni avec ses mots (quelques injures verbales distribuées ici et là), ni avec ses histoires (du lourd, du mortel, du difficile à vivre, et puis c'est tout), et ça marche, c'est efficace et terriblement humain, émouvant.

Une femme, qui a décidé de faire un enfant "toute seule", accouche prématurément. Un jeune garçon, qui vient de perdre son père, se pose des questions sur les sentiments qui le lient à son ami. Des malades, atteints de tumeurs, se vengent d'un escroc. Une petite fille, victime d'une maladie rare, voit défiler sa vie à toute vitesse en avant, puis à reculons. Un couple d'étudiants tente de continuer à vivre après une fusillade. Etc...

Toutes ces nouvelles sont excellentes, vous l'aurez compris (surréalistes, loufoques et profondes aussi) mis à part la dernière qui m'a laissé perplexe
: l'auteur se loge dans la peau d'une paire de gants et nous raconte ses états-d'âme (?!).
L'humour est inscrit dans chaque texte, un humour un peu grinçant, mais bien présent.
Voici donc un  cocktail de nouvelles, ébouriffant, qui mérite bien son titre de "Big Bang"...je vous engage à y jeter un oeil à l'occasion, il vous séduira sans doute !!

Un extrait...
"Jacob est assis sur une chaise en plastique dans une chambre privée au bout du couloir qui mène à l'USIN. Il berce B, emmaillotée dans une minuscule courtepointe aux carreaux verts et jaunes. On ne voit que le visage de la petite. Sans le tube, elle a la bouche en bouton de rose de Jacob. Il chante. Doucement, lentement, comme si la chanson, qui porte sur le mot le plus long du monde, était une berceuse. An l'a choisi comme père en se disant qu'il ne s'attacherait pas. Le voici pourtant - en train de bercer sa fille et de fredonner pour elle. An s'assoit sur le lit à côté de lui. Elle palpe la courtepointe. L'hôpital l'offre en souvenir aux parents : une courtepointe, une mèche de cheveux et une empreinte des pieds de leur bébé mort. Elle se demande si, sous la courtepointe, les pieds de B sont déjà noircis par l'encre.
- Tu veux la prendre ? demande Jacob.
Elle se contente de toucher la tête de B, le tissu mou où l'on sent le pouls d'un bébé, mais où elle même ne sent rien du tout. Jacob recommence à chanter d'une voix audible. An fixe B blottie dans les bras de l'homme. Dans la salle d'accouchement, se souvient An, la petite avait repoussé tout le monde. Au bout d'un moment, elle dit :
- Je ne t'aime pas.
Elle attend la réplique habituelle de Jacob : "Moi aussi je ne t'aime pas." Mais alors, il lève sur elle un visage qui a la couleur de la cendre. Il a compris ce qu'elle voulait dire.
- Pourquoi ? demande-t-il, l'air peiné et perplexe.
- Mais je l'aimais bien, elle, dit An sur un ton presque suppliant. Je l'aimais bien à mort.
Jacob commence à pleurer sans bruit. Lorsqu'il a terminé, il murmure :
- C'est déjà quelque chose.
Et An, les bras serrés sur la poitrine, comme pour éviter de voler en éclats, espère qu'il a raison."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

La lecture de Lily

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08 juin 2008

Antigone, Aliette Armel

aliettearmelantigone

Aliette Armel n'écrit pas que des romans...
En collaboration avec d'autres auteurs, elle est également à l'origine de cet ouvrage très intéressant qui traite de la figure mythique qu'est "Antigone".
(Un titre malheureusement épuisé chez l'éditeur mais certainement présent dans beaucoup de bibliothèques.)

Cet essai, inscrit dans la collection "figures mythiques" des éditions "autrement", a le mérite de remettre dans le contexte de chaque époque les différentes versions de la pièce, inventée par Sophocle,...et de donner à comprendre le rôle que sa représentation a pû parfois jouer dans l'histoire avec un grand H, et dans les histoires de chacun, notamment celle de Henry Bauchau (auteur d'une version romancée du mythe).

"Antigone est une création totale, un mythe forgé dans l'imagination de Sophocle puisant dans des légendes ancestrales mais préservant la liberté de notre imaginaire. "Antigone n'a jamais existé, rappelle Jacques Lacarrière, donc, chaque fois qu'on parle d'Antigone, on parle de nous." La richesse de sa personnalité est inépuisable. Elle se révèle, vingt-cinq siècles plus tard, fascinante dans ses contradictions, son énergie adolescente et son attirance pour la mort, sa beauté intérieure dans un physique décrit comme ingrat, son impuissance à accomplir sa féminité, sa droiture inébranlable et sa disparition "sans pleurs, sans parents, sans les chants du mariage." Elle se dresse avec une pureté nouvelle, inspirant terreur et pitié. Elle étonne et subjugue, connue autant qu'Oedipe, mais plus proche et familière que ce père devenu le symbole écrasant du concept central de la psychanalyse."

Quelques Antigones connues - Sophocle, Jean Anouilh, Bertold Brecht, Henry Bauchau, Jean Cocteau, Walter Hasenclever, Charles Maurras et Paul Zumthor...

Qu'elle soit perçue comme lumineuse, rebelle ou simplement humaine, ce personnage d'adolescente frondeuse réveille ce qu'il y a de plus profond en chacun des auteurs qui l'ont côtoyée, quelque chose de vivant, mêlé d'un espoir salvateur et paradoxal...

"Si vous vous réveillez la nuit en récitant une vers d'Antigone particulièrement quand vous êtes déjà un peu vieux, fatigué, et qu'au milieu de la nuit, ça vous réveille, que vous avez ça, que vous le dites et le prononcez, un temps entre le sommeil et la veille, comme il devait être prononcé... ça fait quand même un alexandrin sauvé de sa douleur et de ses insuffisances... Alors, c'est qu'il y a une continuation possible, un avenir."
(Pierre Boutang/George Steiner, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham.)

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07 juin 2008

Le pianiste de Trieste, Aliette Armel

le_pianiste_de_triesteAnne, passionnée de musique, et à la tête d'une émission sur France Culture, se prépare à quitter la France pour la Palestine en compagnie de son amant Nicola, chanteur italien que son engagement conduit dans ce pays. Mais contre toute attente, ce dernier la quitte brutalement à la veille du départ, et lui suggère plutôt de se rendre en Bretagne, retrouver la maison de son enfance, qu'elle délaisse depuis des années. "Tu as une autre route à prendre : suis le cours de tes larmes jusqu'à la mer..." Effondrée, Anne obtempère malgré ses réticences, et retrouve le lieu où son père naturel, Guido Turatti, célèbre pianiste est décédé en 1946.
Renouant avec ses souvenirs, avec ses anciens amis, avec son passé, et avec cette figure paternelle à la fois proche, écrasante et mythique, qu'elle porte comme un fardeau, elle découvre finalement être également aux centre d'enjeux qui la dépasse.
Une partition originale de l'artiste dont tout le monde a perdu la trace attend quelque part qu'Anne la déniche...

Il y a de très beaux moments dans ce roman qui a le mérite de nouer intrigue, musique et héritage émotionnel. On se passionne pour la quête d'Anne, pour son histoire, pour la vie des personnages qui l'entourent, pour ce petit coin de Bretagne où la simplicité apparente des êtres cache des complexités plus profondes (on s'en doutait un peu). Ma lecture s'est, par instants, un peu emmêlée dans des digressions musicales que les mélomanes avertis vont sans doute grandement apprécier mais que je n'ai pu apréhender à leur juste valeur, faute de savoir adéquat (ce qui est un peu dommage).
Malgré cela, je conserve de ce livre, une fois les pages refermées, une impression de douceur indéniable qu'il serait dommage de ne pas goûter à votre tour !!

Un extrait (début du roman)...
"Parfois, j'ai peur de la musique, de toutes les musiques. Pas seulement des chansons de Nicola ou du piano de Guido Turatti. De tout ce qui résonne, à l'intérieur comme à l'extérieur de mon appartement. Le silence m'opresse, le moindre bruit m'agresse : le chant des oiseaux, le vrombissement d'une voiture manoeuvrant sous mes fenêtres, le martèlement rythmé des canalisations d'eau ou le calme bruissement d'une conversation entre deux passants. Tout me fait mal. Mon mal-être me fait honte, et plus encore mon impuissance à me lever : si j'allais jusqu'à ma chaîne stéréo pour dresser Schubert, Marianne Faithfull ou les chants du Radjasthan contre le vide, je resterais étrangère à leurs appels vers l'apaisement ou la révolte, la simplicité ou la grandeur, et mon incapacité à entrer avec eux dans l'enchantement ou le chaos du monde renforcerait cette souffrance intérieure qui me met hors d'atteinte, me sépare de tout, même de la musique. Je ne suis plus que rupture et déchirement. Encore une fois abandonnée.
Nicola est parti et m'a interdit de le rejoindre."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

Le blog de Aliette Armel, qui semble tout récent.

J'ai acheté ce roman ce jour-là après l'avoir noté chez Clarabel

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25 mai 2008

Elle fait les galettes c'est toute sa vie, Karine Fougeray

elle_fait_les_galettesLa mer, la bretagne, le vent, les enfants qui jouent dans le sable, les rêveries au bord de l'océan, la dureté des embruns, de la vie, des amours, la vieillesse, la jeunesse, la paresse, et le sable aussi, les galets, la plage, le passé, le présent, l'avenir...des nouvelles.

J'ai refermé ce recueil avec des sentiments mélangés... En effet, j'ai aimé son style très riche, excellent même, ses métaphores bien trouvées, ses images, l'ambiance générale de la plupart des textes brefs de Karine Fougeray, une ambiance rude, bretonne, très agréable, qui sent le goémon et la texture ferme et lisse des cirés jaunes.
Mais, il m'a semblé que ces nouvelles assemblées étaient d'inégales qualité, que l'ensemble constituait un tout peu homogène, et quelques chutes sont tombées un peu à plat dans l'eau de ma lecture - si je peux m'exprimer ainsi. C'est un peu dommage. Je pense qu'ils n'ont sans doute pas été écrits au tout départ pour se retrouver là, ensemble, dans ce livre, et cela se sent un peu, par moments...
J'ai eu malgré ce sentiment là véritablement du plaisir à lire ce livre, une petite préférence pour le récit qui donne son titre au recueil "elle fait les galettes, c'est toute sa vie" et pour cette histoire, intitulée "à la vase de chocolat" qui m'a forcément retourné les sangs (une femme perd de vue ses deux filles sur une plage et s'imagine le pire !).
Alors voici malgré tout une lecture bien intéressante, qui présage le meilleur pour le dernier titre de l'auteure, Ker Violette, paru aux éditions Delphine Montalant ! A suivre donc, en ce qui me concerne...

Un extrait (de à la vase de chocolat, justement)...
"Je les ai aperçues au loin, accroupies derrière un rocher doré et suçant leur pouce toutes les deux, leurs petites fesses rondes moulées dans les bikinis à pois. Cette gémellité de tendresse m'a atteinte en plein coeur, le ciel a rejoint la terre comme si les cordes qui le tenaient en l'air avaient lâché brusquement et il m'a aplati brutalement comme une crêpe entre les deux.
En basculant mes genoux se sont éraflés et, avant que je ne perde complètement connaissance, j'ai vu naître des rayures carmin sur mes rotules.
Violente, hagarde, transpirante, je me suis relevée d'un bond et j'ai couru vers elle comme une cinglée, en hurlant, en pleurant. Tout à coup mes seins mal soutenus par le triangle du maillot tressautaient douloureusement mais je dévalais la plage à toute allure.
Je n'ai pas prêté attention aux vacanciers qui m'observaient, goguenards, moi, cette furie émergeant d'une sieste sur la plage et se précipitant vers ses gosses comme si on avait voulu les lui enlever, là, sous ses yeux."

bouton3 Note de lecture : 3/5

Le blog de Karine Fougeray

La lecture de Laure, de Lily, de Clarabel, de Katell, de Gawou, de Sylire, de Bellesahi...et j'en oublie, très certainement.

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21 mai 2008

La Dame blanche, Christian Bobin

LADAMEBLANCHEChristian Bobin nous conte ici l'histoire d'Emily Dickinson, célèbre poétesse américaine.
Née
en 1830 dans une petite bourgade nommée Amherst, au nord-est des Etats-Unis, et recluse dans la "maison de son père", cette jeune fille sensible trouve refuge dans l'écriture. Ses poèmes n'auront quasiment pour seul public que l'auteure elle-même. La poétesse n'a, en effet, rencontré le succès qu'après sa mort. Ne quittant jamais sa demeure, elle y écrit en permanence. Ses relations amoureuses sont épistolaires. Durant toute sa vie, cette femme, habillée toujours de blanc, noircit des pages, obsédée par la peur du vide. Très tourmentée intérieurement, Emily Dickinson doit également supporter les nombreux décès consécutifs qui se produisent dans sa famille. Elle décède elle-même en 1886.

Il fallait bien s'en douter- puisqu'il s'agit de Christian Bobin - que cette histoire ne nous serait pas racontée chronologiquement, froidement, comme une biographie ordinaire. D'ailleurs, l'éditeur de la collection "L'un et l'autre" dans lequel ce titre s'inscrit nous prévient : "Des vies, mais telles que la mémoire les invente, que notre imagination les recrée, qu'une passion les anime. Des récits subjectifs, à mille lieues de la biographie traditionnelle."
Par petites touches infimes,gracieuses et colorées, le "conteur" d'Emily Dickinson nous parle au coeur et à l'âme, directement, mélangeant les époques et les points de vue.
J'ai aimé cette rencontre avec une poétesse dont je ne connaissais rien... Ce n'est sans doute pas l'écrit de Christian Bobin dont je conserverai le meilleur souvenir mais le plaisir de lire son écriture est là, intact, et cela fait du bien. A découvrir !

Un extrait (tous les chapitres contiennent des phrases à citer ! Difficile de choisir...) :
"Le monde est plein et froid comme un galet. Un éclair fracasse le galet et en délivre l'âme : Emily voit une chaise vide au milieu des flammes de l'enfer. Elle écrit au ras de ce qu'elle voit.

Elle peut griffonner un poème sur l'enveloppe du chocolat dont elle se sert pour faire un gâteau, comme elle peut écrire dans la remise fraîche et calme où elle écrème le lait. Elle s'y prend à plusieurs fois, multiplie les brouillons, ne ménage pas sa peine. Il faut que tout soit sur la page comme le contraire d'un orphelinat : que plus personne ne soit abandonné."

EmilyDickinsonbouton3 Note de lecture : 4/5

Lire aussi l'excellent billet de Katell

La page MySpace de Christian Bobin

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17 mai 2008

Oui, Thomas Bernhard

CRIM0022Que vous dire de cette lecture à part que je ne l'ai pas aimée du tout, qu'elle m'a été pénible, que je me suis même un peu forcée à la terminer (ce qu'il ne faut jamais faire, je sais !).
C'est bien la première fois que je ferme un livre en me demandant si ce que je viens de lire ressemble à quelque chose, si on m'a réellement raconté une histoire.

Oui est un "non-roman", voilà, et je ne sais comment le dire autrement. Quelle déception !

L'histoire...
Le narrateur, qui nous prend à la gorge dès les premières pages, pour un long monologue halluciné, est heureux de rencontrer chez son hôte favori, en fait son agent immobilier, un couple qu'il nomme immédiatement "Les Suisses". Il s'attache particulièrement à l'épouse, nommée par lui "La Persanne", qui accepte de parcourir avec lui les forêts de Mélèzes et qui lui révèle, petit à petit, le pourquoi de leur installation dans cette contrée inhospitalière.

bouton3 Note de lecture :1/5

Quelques petites choses sur cet auteur ici.

Un livre lu dans le cadre de l'Atelier livres en poche  

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