15 mai 2008

Le portrait, Iain Pears

pears

Un étrange invité se présente un beau jour dans la modeste demeure de Henry MacAlpine, sur l'île de Houat, décidé  à faire réaliser son portrait par le peintre de talent qu'il fut, retiré volontairement à présent depuis plus de quatre ans de la scène artistique londonienne. Il s'agit de l'ancien mentor de l'artiste, et critique tout-puissant, William Nasmyth. Au fil des séances de pose, Henry déroule un impitoyable monologue, qui fait ressurgir leur passé commun, sa rencontre avec la rebelle et insaisissable Evelyn, et les turpitudes du monde de l'art. La vérité éclatera enfin dans les tourments des tempêtes bretonnes...

L'éditeur, en quatrième de couverture, affuble ce roman du qualificatif de "thriller psychologique aussi cruel que subtil", je n'irai pas jusque là... Effectivement, le mystère de l'exil de Henry est un point à éclaircir en début de récit mais l'élément fort de ce "portrait" réside ailleurs. En effet, j'ai trouvé très intéressante cette histoire de la peinture londonienne et européenne du début du XXème siècle que Iain Pears dresse ici au fil du monologue du narrateur : la ringardise progressive du classicisme, la montée en puissance de l'impressionnisme français... Enfin, le parallèle entre la rudesse bretonne et la vacuité du clinquant londonien donne un relief certain à cette histoire, et procure un moment de lecture vraiment très agréable ! A essayer, pour les amoureux de la peinture, entre autres !!

Un extrait...
"Je pensais trouver un moyen de contourner la règle que j'ai moi-même établie. Je n'ai pas l'intention de te laisser voir le tableau que je suis en train de peindre, parce que je sais ce qui te retient ici. Mon plus grand espoir est de te garder jusqu'au bout, de te faire boire la coupe jusqu'à la lie. Un homme qui déteste être dans l'ignorance ne partira jamais avant d'avoir vu quelque chose d'aussi personnel que son portrait. Je suis surpris que tu aies réussi à te maîtriser jusque là. Je n'aurais pas été étonné que tu traverses la pièce en trombe pour t'emparer de la toile. Je ne te le conseille pas."

bouton3  Note de lecture : 3/5

Grand merci à ma prêteuse !!

Une autre critique positive sur Biblioblog

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12 mai 2008

Les oreilles du loup, Antonio Ungar

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Du haut de ses arbres et de ses cinq ans, un garçon farouchement libre, crinière rousse au vent et ses chaussettes jaunes bien remontées sur son pantalon rouge, guette les ombres du monde des adultes et le fantôme fou de son père. Bringuebalés dans la tourmente de la séparation de leurs parents, sa petite soeur et lui entament avec leur mère une errance entre la savane et la ville, la jungle et les plateaux de la cordillère des Andes, en quête de survie, d'une éclaircie. Les sensations et images isolées qu'il perçoit avec ses yeux de tigre, la force de la violence et du malheur, mais surtout celle de l'amour et de la beauté, composent le portrait impressionniste d'une Colombie sensuelle et meurtrie. (quatrième de couverture)

La présentation éditeur, ci-dessus, résume au mieux la teneur du roman, composé de réminiscences, celles d'un petit garçon attentif et imaginatif qui vit les évènements de son enfance comme un jeu dans lequel il serait tigre et le monde une savane.
J'ai aimé cette lecture, ce style, sans doute bien rendu par la traduction, qui m'a fait penser à de très bons auteurs américains lus autrefois, Faulkner par exemple. Les personnages sont attachants, l'amour du petit garçon pour les membres de sa famille (sa mère, sa soeur, sa si belle cousine) très touchante et la vision partielle d'un enfant particulièrement bien retranscrite.
A travers les yeux du jeune narrateur, on suit surtout le parcours d'une mère en quête de bonheur, traînant dans son sillage deux enfants en bas âge. On l'imagine avoir quitté un homme brûlé par l'alcool, avoir fui une mère froide et autoritaire, et chercher dans son errance un lieu où se poser avec ses petits, et un amour doux sur lequel simplement se reposer. Un très beau roman écrit par un auteur de grand talent !!!

Un extrait...
"Avant de sombrer exténué, avant de m'endormir sur le plateau métallique du camion, aux pieds de maman, je comprends que nous pouvons être heureux. Malgré tout ce qui est arrivé. Malgré le fantôme de papa qui rôde dans la savane. Heureux. Le noyau dur de la bande. Les survivants. Maman, brune, verticale, intouchable, qui chante à la nuit, riant mais toujours prête à tout faire pour nous, ses enfants. Ma soeur, complète, redevenue chat, comme le chat qu'elle avait été auparavant, mais à présent un chat sauvage, un chat de montagne maigre, électrique et trempé, les griffes cachées, qui regarde les étudiants sans cesser de rire. Moi, allongé par terre, riant aussi, les poumons plus grands et les mains plus ouvertes, ouvert en entier à la pluie. Comme un tigre nouveau, vivant, heureux."

[Ecrivain et journaliste, Antonio Ungar figure dans la liste "Bogotà 39" réunissant les trente-neufs meilleurs auteurs latino-américains de moins de trente-neuf ans.]

bouton3  Note de lecture : 4.5/5

Un immense merci à Marie-Anne !!

La lecture, très enthousiaste aussi, de lily.
Celle d'Alice, qui a assisté à une rencontre avec l'auteur.

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08 mai 2008

TS, Fabrice Vigne

tsLe jeune héros de TS, Luc, se trouve contraint à l'écriture par le psychologue qu'on lui a désigné, suite à sa TS justement, comprenez "Tentative de Suicide".

"Monsieur Bernardini me dit que ce serait bien si j'écrivais l'histoire, que ça "m'aiderait"."

Alors, se déroulent devant nous, dans un journal improvisé, les préoccupations d'un jeune garçon de troisième, les groupes, les cours, les copains, les différences, l'isolement.
Et ces parents qui ne s'aiment plus, engoncés dans leur appartement et dans leurs disputes. L'adolescent est toujours habillé de noir. Son objet fétiche : un dictionnaire qui date de 1940. Il puise dedans des mots, aux hasard, des mots qui l'aident à écrire, et qui donnent étrangement un sens à sa vie... A la fin du livre, l'écriture est devenue un plaisir !

Mon avis...
C'est la première fois que je lis un roman aussi bien illustré par sa couverture, pourtant d'apparence bien énigmatique. Et ce serait faux de croire que l'on va seulement nous raconter une histoire de T-shirt !! Et pourtant...
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire le récit riche et touffu de cet écrivain, qui part dans tous les sens et qui n'est pas complètement un roman pour adultes, au vu du ton, et sans doute pas vraiment un livre pour adolescents non plus, au vu de la collection dans laquelle il s'inscrit. Pourtant, il ne parle vraiment que d'eux, et plutôt bien, il me semble.

En tous les cas, il est certain que je lirai avec plaisir un autre titre de M Vigne. Merci Sylire pour cette découverte !!

Un extrait (suite à un état des lieux des diverses bandes qui sévissent dans son collège) : "[...]certes je dois les détester un petit peu tous les bavards et les rhéteurs, les chefs de bande et les spécialistes tous sujets, mais aussi je les jalouse et même je les admire. Ca alors, c'est bien la première fois que je l'avoue, avant de l'écrire à l'instant dans ce cahier je l'aurais même nié jusqu'en enfer, pourtant c'est vrai, j'ai un peu d'admiration pour les acrobates de la conversation, les meneurs de débats, ceux qui ont toujours raison, ceux qui concluent. Ceux qu'on écoute, je les écoute aussi. Je ne suis pas dupe pour autant, je ne crois pas un mot de ce qu'ils peuvent dégoiser, mais enfin ils m'épatent, c'est un fait."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

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05 mai 2008

La mémoire des murs, Tatiana de Rosnay

LA_MEMOIRE_DES_MURS

Fraîchement divorcée, Pascaline, informaticienne de quarante ans, vient de trouver l'appartement de ses rêves. A peine installée, elle apprend que ces murs ont été témoins d'un crime. Lentement, par touches infimes, ce drame fait surgir en elle une ancienne douleur, une fragilité restée longtemps enfouie. Pour en finir avec son passé, elle se lance alors sur les traces d'un tueur en série. Une quête obsessionnelle qui ravive ses blessures et l'amène à la lisière de la folie. (Extrait de la quatrième de couverture)

Alors que Pascaline s'installe dans son nouvel appartement, on espère, avec elle, que tout va s'arranger - ainsi qu'elle le souhaite - qu'elle va se remettre de son divorce, enfin penser à elle, vivre un tournant heureux de sa vie. Mais les nausées la prennent dès qu'elle monte les marches qui mènent à son logement. Les insomnies l'empêchent de dormir. Quelque chose ne tourne pas rond dans ce lieu qu'elle a pourtant choisi, malgré les meubles neufs et l'envie de changement.
L'agent immobilier avait omis de lui dire que dans sa chambre, un crime avait été commis.
Il est étonnant alors, et terrifiant, de suivre les pérégrinations de Pascaline dans un Paris, quadrillé autrefois par un sérial killer. L'héroïne du roman s'attache en effet, sans raisons, au souvenir des victimes du meurtrier, et tente d'oublier Frédéric, son ex-mari, et tout ce qu'ils n'ont pas réussi à vivre, ensemble ...
J'ai frémi avec Pascaline, et j'ai eu envie d'arrêter le fil de sa folie... Vous ne refermerez pas ce roman avec sérénité, je vous le prédis !

Extrait (début du roman): "L'appartement correspondait exactement à ce que je cherchais. Quarante-huit mètres carrés, quatrième étage, chambre sur cour, salon sur rue. Pierre de taille, lumière, calme. Quartier vivant, bien desservi par le métro, marché le samedi. Le loyer n'était pas donné, mais ça n'avait pas d'importance. J'aimais cet endroit. Je l'ai aimé tout de suite."

Ce roman de Tatiana de Rosnay, La Mémoire des murs, roman déjà publié chez Plon en 2003, réédité aujourd'hui aux éditions Héloïse d'Ormesson, sort demain, 6 mai, en librairie. Je la remercie ici de me l'avoir gentiment fait parvenir en avant-première. Quel plaisir !!
D'après l'auteure, ce récit a ouvert "la porte à Sarah Starzynski et Julia Jarmond, (les) héroïnes de Elle s'appelait Sarah" (La préface du roman sur son blog), qui sort également, et simultanément, demain en version poche. A ne pas râter pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore lu !

La lecture de Sylvie

Et la lecture de Anne, dans une ancienne édition.

Si vous souhaitez lire ma fiche sur Elle s'appelait Sarah heart .Tatiana présente ce titre chez Auteur TV

Elle s'appelait Sarah

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24 avril 2008

La cité des fleurs fanées, Eric Dejaeger

CFFVoici un livre pour adolescents que m'a prêté Co Errante.

Il est amusant que je sois rentrée dans cette lecture juste après avoir refermé Nous sommes cruels de Camille de Peretti. En effet, même s'il n'est aucunement question ici de Liaisons dangereuses, le livre part du même principe : échanges de mails, chats, extraits de journaux, SMS, conversations entre étudiants (ici collégiens en classe de troisième)...
La cité des fleurs fanées nous raconte une année scolaire dans un collège de Belgique, entre bagarres, amour, religion, liberté et adolescence. Personne ne sort indemne des évènements qui vont surgir brutalement dans la vie des protagonistes, profs compris. Malgré les désirs de "bien faire", il sera difficile d'empêcher Faktorye de suivre son destin, les exclusions de se produire et les amours d'être contrariées...

"Hermeline fait la bise à Fausto, Ishak et Bert. Comme chaque jour d'école, ils se retrouvent au carrefour de la rue des Roses et de la rue des Dahlias. De là, ils partent ensemble vers l'arrêt de bus de la rue des Géraniums. Fausto, qui a fait du latin, l'appelle la rue des Gérania. Quant à Bert qui se passionne pour les jeux de mots, il parle de la rue des Géranifemmes. Parce que "fleur" est du genre féminin, se justifie-t-il. Les quatre forment un groupe soudé depuis l'école primaire. Monsieur Daniel, leur instituteur de quatrième année, leur disait souvent : "Il ne vous manque qu'un chien pour devenir le nouveau Club des Cinq !" L'an dernier, le groupe a éclaté à cause des choix d'option : Hermeline et Bert en Art, Fausto en Latin et Ishak en Sciences Economiques. Mais en dehors des heures de cours, ils restent inséparables."

J'ai fait la connaissance de l'auteur, Eric Dejaeger, lors de la grand heure du feu site "Fulgures.com" et j'avais déjà lu de lui Contes de la poésie ordinaire. Moi qui ne lit jamais de romans pour adolescents, j'ai été heureusement surprise par la qualité de celui-ci, je n'en ai d'ailleurs fait qu'une bouchée. Je l'ai terminé tout en préparant le repas pour mes enfants, ce qui est hautement risqué (piètre cuisinière que je suis !!)

La lecture de Cuné (qui l'a lu dans l'ancienne édition).

Les éditions Mijade

Ce titre convient aux plus de 13 ans.

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21 avril 2008

Nous sommes cruels, Camille de Peretti

nous_sommes_cruelsJulien et Camille sont faits pour s'entendre. Fascinés par la littérature du XVIIIème siècle, élèves brillants, orgueilleux, cyniques et prétentieux, ils ont tous deux la conviction de s'être trompés d'époque. Et surtout une dévorante envie de s'amuser et d'affirmer leur toute-puissance. Alors quoi de plus idéal pour combler leurs aspirations que de se prendre pour la vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil ? Quelques règles, de nombreuses "proies" à séduire, un maximum de "trophées"... Les voilà "partenaires de crime", maîtres d'un jeu cruel dont ils tirent les ficelles en redoutables manipulateurs. Marie, Stanislas, William, Emilie, Hadrien, Diane... autant de victimes de leur association diabolique.
Mais quand les deux adolescents se laissent rattraper par leurs modèles, les nouveaux enjeux les dépassent. Piqués dans leur amour-propre, ils sont incapables de mettre le terme qui s'impose à leur entreprise. Le jeu s'annonce de plus en plus périlleux ; et risque bien de les mener à ce qu'ils redoutent par-dessus tout : devenir des adultes. (quatrième de couverture chez Stock)

Camille de Peretti, avec ce roman épistolaire, réussit le tour de force de nous faire ressentir des émotions comparables à celles éprouvées lors de la lecture des Liaisons dangereuses, un sentiment déroutant de fébrilité et de tension. Que va-t-il arriver aux personnages ? Vont-ils être démasqués, se perdre, souffrir, regretter ? Les innocents vont-ils passer au travers des odieux complots fomentés à leur insu ? La trame narrative suit celle du roman "maître" et j'ai retrouvé avec plaisir quelques moments similaires qui donnent à ce récit à plusieurs voix un charme désuet, tout en restant très inscrit dans une réelle modernité, celle bien particulière des grandes écoles et des études supérieures, celle aussi plus populaire des mails et des SMS, remplacant ici avantageusement les billets doux glissés dans les mancherons d'alors...
Un roman qui se dévore, et qui vient justement de sortir en version poche !! Vous allez adorer.

Un extrait : "LETTRE 113 - Jointe à la LETTRE 111 - Camille à Julien - A Saint-Cyr
Petit malin, si vous saviez à quel point votre dernière lettre m'a énervée. Sachez que je ne saurais être jalouse de votre Prude, non pas qu'elle soit niaise ou encore "mal mise" (la jolie formule pour qualifier son inégalable ploucquerie), mais elle m'a simplement déçue. Je m'attendais à une sensualité débordante, à une candeur digne de votre enthousiasme, je l'ai trouvée pâlotte et d'un mortel ennui. Vous vouliez mon avis, admirez ma franchise. Cela étant dit, tout est de ma faute, et il n'est pas de proie actuellement en rayonnage qui soit digne de vous. Quant à vos indécentes propositions à mon égard, je pense que nous avons fait le tour de la question. Temporairement du moins. Je suis déjà lasse du poète anglais que vous m'avez désigné, et j'ai décidé de le martyriser jusqu'à ce que vous ayez la bonté de me fournir de la chair fraîche. Ci-joint le dernier trophée en date, plein d'amertume et d'espoirs infondés. C'est de cela, mon cher Julien, dont je voulais vous parler. Malgré le ton de persiflage du début de cette lettre, je souhaiterais qu'à l'avenir nous ne tombions pas dans le reproche. Nous ne nous devons rien, notre amitié s'est fondée sur une association diabolique, certes, mais écrire doit rester un plaisir avant toute chose et il serait dommage de le gâcher par des chamailleries d'orgueil. Unis, soyons-le véritablement, vous tromperez vos amis et je n'aurai de cesse de vous plaire. Vicomte, je n'aime que vous.
De Paris, ce 6 mars 19**"

bouton3  Note de lecture : 4/5

J'ai acheté ce livre, en version grand-format, lors de mon périple sur Bordeaux. Camille de Peretti me l'a gentiment dédicacé avec un grand sourire, très agréable, et je l'en remercie. Elle m'a signalé par ailleurs que certains personnages se retrouvaient dans chacun de ses romans. J'ai hâte de les retrouver de nouveau. Vous pouvez rendre visite à l'auteur sur son site.

La lecture de Florinette (qui m'a conseillé particulièrement ce titre).

Et un extrait du film Les Liaisons dangereuses, pour le plaisir, exclusivement.


Les liaisons dangereuses

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17 avril 2008

Carton, Serge Joncour

carton

Libraire est un métier à risques. A bien faire, la tétanie s'installe et, du jour au lendemain, l'être de chair se transforme en PLV, en tête de gondole. Sous la pression marketing, la silhouette cannelée devient un auteur qui cartonne. (extrait de la quatrième de couverture)

" - C'est l'histoire d'un libraire dans un hypermarché.
  - Et le carton qu'est-ce qui fout là-dedans ?
  - Et ben, y vend des livres." (Résumé, en préface)

Je me suis braquée dès les premières pages de ce livre...le fait d'avoir été libraire moi-même explique sans doute les quelques détails sur lesquels j'ai un peu tiqué, le bonheur du libraire en hypermarché par exemple, sa léthargie entre autres... Et puis, je n'ai pas compris l'intérêt dramatique de cette transformation d'un être humain en carton, même d'un point de vue métaphorique, même en y cherchant du second degré, même en voulant y trouver de l'absurde bien placé... Dommage ! J'ai bien compris pourtant qu'il s'agissait d'une critique du système "best seller" et j'avais envie de l'aimer ce livre, alors je me suis efforcée de le lire, jusqu'au bout, et puis non, toujours rien, je suis restée jusqu'à la fin sur ma faim.

Heureusement, quelques extraits, franchement intéressants, ont attirés mon attention. Je vous les livre ci-dessous, ils sont très réalistes, loin de l'image "idéale" que l'on peut avoir parfois du métier de libraire, métier dont j'ai malgré cela encore souvent la nostalgie, il faut bien l'avouer :

"Libraire de livres, ça a l'air tout simple comme rayon, d'apparence bien moins sollicitant que le fruits-et-légumes ou que la boucherie, mais c'est sans compter que de nos jours le livre est un produit frais, et qu'on doit lui assurer des rotations assez proches de celles du beurre ou du jambon... En dépit de l'apparence, l'activité de coin-librairiste est complexe, car, en plus d'un certain goût de l'agencement, il faut avoir les nerfs du dos solides, et même des muscles pour manier ces aller et retour de cartons, sachant que le propos général est de faire en sorte qu'il y ait moins de cartons qui repartent qu'il y en a eu d'arrivés."
(et oui être libraire, c'est cela aussi : manutention, gestion des stocks et maitrise de l'art de l'emballage, pour les retours)

"Comme tous les mardi, c'est donc dès huit heures qu'il était là, impeccablement mis, cravaté comme un cadre, glorieux et frais comme un après-rasé. Ah ! quel plaisir que d'entendre un homme parler avec autant d'entrain de ses produits, me certifiant chaque fois que ce coup-ci ce serait le carton garanti, des cartons pour assurer le carton. Le carton, c'était pour lui l'unité de mesure, la valeur-étalon en deçà de laquelle un livre n'était jamais qu'un exemplaire. Une fois qu'il m'avait fait son petit topo, mêlé de chiffrages et de choses et d'autres, sa première manie était de me refuser le café que je lui proposais, trop occupé qu'il était par ses listes, sa deuxième priorité étant de trouver bien vite une prise de téléphone afin d'y raccorder son ordinateur, module à partir duquel tout se décidait en temps réel et non abstrait. Une fois installé, il ne me demandait qu'une chose : l'écouter, et surtout ne plus bouger."
(le "bonheur" des commandes avec les représentants, une vision assez réaliste, surtout en ce qui concerne les gros diffuseurs: il y a les nombreux titres commandés à l'unité, "en office", et les autres ceux qui vont se vendre, qui ont le droit à leur pile, à leur mise en avant, à leur ventes, programmées (?))

"Le ressort de la tension du flux, c'est d'avoir tellement bien identifié les attentes, que le produit se pose là, face au manque, sans même plus le besoin de le préconiser. Du point de vue de la morale, rien n'est pire qu'un produit qui ne se vent pas, rien n'est plus déprimant, et malgré ses prétentions, de ce point de vue le livre n'est guère mieux loti que le biscuit.
En terme d'organisation, mes linéaires ne faisaient jamais que reprendre le vieux principe de l'universelle rotation du monde, un mouvement confondant d'intransigeance et d'obstination, certains diront de manque de souplesse, mais un principe largement éprouvé à ce jour. Dans des sphères aussi rotatisées que les nôtres, tout article ne devrait guère avoir le temps de s'attirer la poussière, et si l'on pose comme principe qu'il est bon que tout produit soit propre et immaculé d'apparence, plutôt que de les épousseter, de les entretenir dans un aspect de fraîcheur, le plus simple était bien qu'ils partent vite avant qu'on les vire.
Pour ma part, ça me rassurait de savoir mes produits propres, d'autant que ce serait trop bête qu'un acheteur se ravise au dernier moment à cause d'une trace de quoi que ce soit sur une couverture ou sur la page de garde. De toute façon, le livre supporte mal la souillure, à moins bien sûr qu'elle procède du parti pris. Le genre littéraire est suffisamment vulnérable pour ne pas avoir à souffrir de trace de quoi que ce soit."

(Ah le stress des badauds à sandwichs ! Ah le stress de la pile "sans retour possible" qui ne descend pas, et nous fait se réveiller la nuit en sueur - mais je m'égare !)

bouton3 Note de lecture : 2/5 (je suis vraiment passée à côté !)

Ce roman est un livrevoyageur gentiment prêté par Goelen.
La lecture, beaucoup plus enthousiaste que la mienne, de Gambadou, et celle, toute en nuances, de Katell.

Le site Myspace de l'auteur et son interview chez AuteurTV

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15 avril 2008

Le Sixième crime, Sébastien Fritsch

sixi_me_crimeJe vais vous parler aujourd'hui du livre de Sébastien qui sort demain en librairie.
J'ai eu la chance inattendue de l'acquérir en avant première, lors de mon périple sur Bordeaux, et de le faire dédicacer par l'auteur lui-même !!!

Lex, un talentueux écrivain francophone, vit en reclus depuis plus de quarante ans dans un hameau perdu de la Drôme provencale. Aucun journaliste n'a jusqu'à ce jour réussi à percer le mystère de son identité et de ses motivations. Mais quel sera son attitude face à un commandant de la police judiciaire ? Car, à présent, il s'agit de crimes, et de crimes atroces, à priori inspirés par d'obscurs polars écrits par un auteur inconnu, disparu aujourd'hui, Etrangement, tous les chemins de l'enquête mènent à Lex, et Jérôme Babalnic compte sur l'auteur pour l'aider à résoudre le mystère des cinq derniers meurtres, et si possible éviter l'exécution du sixième.

Pour tout vous avouer, je craignais de ne pas aimer ce livre - je lis en effet très peu de romans policiers - et j'avais peur de devoir dire que je ne l'avais pas aimé (voilà qui m'aurait bien fâché avec Sébastien). Mais quel soulagement, car le roman de Sébastien est excellent ! Voici une intrigue "littéraire" à multiples tiroirs, énigmes et jeux de mots, qui m'a promenée comme une débutante, à la manière peut-être de certains Agatha Christie. La force du récit tient dans le huis clos tendu entre les personnages, dans cette impression confuse de labyrinthe générée par les mutiples portes, chambres et pièces décrites, et dans cette chute inattendue qui m'a fait sourire. Et quelle apparente facilité d'écriture ! A découvrir donc, et à lire, sans bouder son plaisir.

Extrait : "Pour ma part, je suis persuadé que vous faites erreur, rétorquai-je vivement, comme pour contrebalancer ce retour de confiance de mon interlocuteur. Le meurtrier ne pouvait pas vous tuer plus tôt : cela n'était pas conforme à son plan. Mais maintenant qu'il a assassiné un J, un A, un C, un O et un B, il peut passer à la suite : le L de Lieberman. Et c'est pour cela que, comme je disais en arrivant hier, j'ai besoin de vos lumières : vous devez me dire comment va se produire le sixième crime."

 

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13 avril 2008

Filaplömb

En cliquant de lien en lien, je suis tombée sur ce site éditeur très joli
(cliquer sur l'animation ci-dessous pour parcourir le site et compulser le catalogue):

Les petits livres qu'on emporte pour qu'ils vous emportent
Recommandé par des Influenceurs

Filaplömb édite des nouvelles courtes, 8 références à ce jour, et donne aux lecteurs la possibilité de donner leur avis de lecture directement sur leur site.

La curiosité aidant, et comme j'aime particulièrement les nouvelles et tout ce qui peut les mettre en lumière, j'ai acheté le titre Florence de Jean-Louis Ruffel, pour essayer :

Le résumé : Le narrateur suit une femme dans une chambre d'hôtel, entre attirance et répulsion...mais rien ne se déroulera comme prévu.RuffelFlorence

Cette courte nouvelle qui se termine dans l'étrange (je laisse le suspens) n'était pas tout à fait ce à quoi je m'attendais... Je pense que je me suis laissée influencer par l'image de couverture un brin angélique que vous pouvez contempler ci-contre, mais je ne suis pas pour autant déçue par mon initiative car l'écriture de Jean-Louis Ruffel est belle.
Le petit ouvrage est de qualité, avec une mise en page jolie et une typo agréable. Ce serait donc franchement dommage de ne pas se laisser tenter par un autre titre de cette collection !!!

Un extrait : "Elle s'était assise sur le bord du lit, les yeux tournés vers la fenêtre sans rideau. Il se dirigea vers le lavabo. Il ouvrit le robinet. L'eau se mit à couler violemment à grands jets bruyants et saccadés. Dans le miroir jauni, il voyait le visage de Florence de biais, son buste un peu voûté et la pointe d'un sein. Elle ressemblait à l'un de ces mannequins de plastique dont on a ôté les vêtements et que l'on voit, après les fêtes, aux vitrines dévastées des grands magasins."

Vous pouvez suivre plus précisément la vie de cette petite maison d'édition sur leur blog : http://filaplomb.blog.20minutes.fr/

Chaque nouvelle est au prix de 4.20 € (port compris), et peut aussi s'acheter par correspondance (toutes les explications à la fin du post ici).

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11 avril 2008

Un artiste du monde flottant, Kazuo Ishiguro

Voici un livre lu dans le cadre de l' Atelier livres en poche auquel je participe régulièrement (Maison Gueffier, La Roche sur Yon).

un_artiste_du_monde_flottantLe peintre Masugi Ono, devenu un vieil homme, songe sans déplaisir à son passé et au rôle qu'il a pu lui-même jouer, avec ses toiles, dans l'histoire du Japon, pendant la seconde guerre mondiale. Mais les temps ont changé et les idées d'autrefois n'ont plus cours. Devant marier sa plus jeune fille, Noriko, déjà âgée de 26 ans, Ono craint que ce passé vienne interférer malencontreusement dans les négociations du mariage. Il tente donc de retrouver ses anciens compagnons, adeptes comme lui du "monde flottant", métaphore sous laquelle les Japonais définissent les lieux de plaisir de la vie nocturne, afin de sécuriser l'enquête des parents du prétendant...

Mon avis...
Auteur du très connu Les Vestiges du Jour, adapté au cinéma par James Ivory en 1993, Kazuo Ishiguro signe ici un roman que j'ai trouvé de facture assez classique. Il est en effet plutôt habituel, dans les romans japonais, de suivre les tribulations et pensées d'un vieil homme intellectuel, ancien maître respecté, devenu spectateur désarmé de la modernité et de l'évolution des mentalités. Quelques petits détails et fils narratifs m'ont pourtant évité l'ennui que me procure souvent de trop longues digressions : les préparations du mariage de Noriko qui semble par moments bien compromis, les espiègleries du petit-fils du narrateur et les remises en questions du vieil homme qui imprègnent admirablement la fin du récit. A lire, pour ceux que le Japon d'après-guerre intéresse spécialement !!

Un extrait : "Gisaburo, dit-il, après un long silence, n'a pas eu la vie drôle. Son talent a complètement périclité. Ceux qu'il aimait sont morts depuis longtemps ou l'ont abandonné. Même du temps de notre jeunesse, c'était déjà un type triste, solitaire." Mori-san marqua une pause, "Mais parfois, nous buvions et nous nous amusions avec les femmes des quartiers du plaisir ; et alors, Gisaburo était heureux. Ces femmes lui disaient tout ce qu'il avait besoin d'entendre, et pour une nuit au moins, il arrivait à les croire. Une fois le matin venu, bien sûr, il était trop intelligent pour continuer de se leurrer. Mais Gisaburo ne prisait pas moins ces nuits plus que tout. Les plus belles choses, disait-il toujours, vivent une nuit et s'évanouissent avec le matin. C'est ce que les gens appellent le monde flottant : c'était un monde, Ono, dont Gisaburo connaissait toute la valeur."

bouton3 Note de lecture : 3/5 (car l'ennui pointait parfois son nez dans ma lecture)

Je n'ai pas pu assister à la séance de lecture commune prévue mercredi soir dernier, je n'ai donc pas pu connaître l'avis des autres participants !! Ce sera pour une autre fois, et pour un autre livre, j'espère...

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