09 avril 2008

L'enchanteur et l'illustrissime gâteau café-café d'Irina Sasson, Joëlle Tiano

joelletianoIrina, 101 ans,  somnole, tandis que sa petite fille est à son chevet... Lui reviennent en mémoire des instants de sa vie, passés dans la colonie européenne de Batenda... Lui reviennent en mémoire tous ces moments où elle fabriquait cette recette de gâteau au café qu'elle aimait tant cuisiner, sa spécialité.

De nombreux blogs ont déjà parlé de ce livre et je ne saurais mieux le faire qu'eux...
Etrangement, j'ai eu du mal à adhérer complètement à ce récit au féminin. Je me demande si mon incapacité de cuisinière y est pour quelque chose ! Sans doute, oui.
Par ailleurs, et pourtant, ce récit raconte une bien belle histoire, celle d'une jeune fille tombant amoureuse de l'homme imparfait qu'elle a été obligée d'épouser ; celle d'une femme qui connaîtra la passion dans le secret, et renonce ; celle d'une mère, à la fois tendre et entière.
Malgré ce sentiment, un peu flou, d'avoir râté une rencontre avec ce livre, j'ai eu à sa lecture une terrible envie de goûter le fameux gâteau au café décrit, la vision de biscuits trempés en étant le point d'orgue, car voilà, il faut bien l'avouer quand même, j'adore le café et les gâteaux aux biscuits !!!

Un extrait : "C'est sa cousine Lise, qui, le jour du mariage civil d'Irina, dans l'écrin de la broche - un épi de blé en or - qu'elle lui offrait, avait glissé à l'intérieur d'une petite enveloppe la recette qu'elle ne donnait à personne. Irina avait d'abord cru qu'il s'agissait de souhaits de bonheur et s'était réservé le plaisir de les lire à plus tard, lorsque avec Adriano, voguant vers Batenda, sur le paquebot qui la conduisait de l'autre côté de l'océan, elle aurait de longues heures de loisir. Le soir de la fête donnée à l'occasion du passage de l'équateur, au moment d'accrocher la broche à la robe noire que, jeune mariée, elle avait dorénavant le droit de porter, elle avait eu envie de lire les mots de Lise.

Pour un gâteau de huit convives, comptez trois paquets de biscuits Thé Brun...

Tu avais couru à la cabine d'Adriano, la lettre à la main.

Adriano ! Adriano ! C'est ma cousine, c'est Lise ! Elle me donne sa recette !"

bouton3  Note de lecture : 3/5

Ce titre est en lice pour le prix2008 !

Les avis de Sylire, de Lily, d'Anne, de Lucy, de Bellesahi, de Karine ...

Juste une petite chose, en plus, et sans importance. Je ne savais pas du tout que la collection "Les mues" était à l'initiative de Luc Besson !!

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07 avril 2008

Toutes choses scintillant, Véronique Ovaldé

ovaldetouteschosesscintillantNikko est née au Pôle, sur une île polluée, le jour où tous les bébés sont arrivés, bien trop tôt, dans la cabane de Kumiku, la plus chaude et la plus solide, "nés dans un grand tonnerre, perplexes d'apparaître en même temps au jour, à la glace et à l'humanité". La colère des pères fait fermer l'usine, coupable du décès des enfants contaminés. Seule, Nikko survit, au milieu d'un peuple abasourdi par l'alcoolisme, les subventions et le pouvoir des hommes "blonds"...

Mon avis...
Après Et mon coeur transparent, lu précédemment, voici un roman de Véronique Ovaldé dont le point commun avec ce dernier est de traiter également d'écologie (la femme du héros de "Et mon coeur transparent" était une fervente militante), mais d'une manière bien différente, plus largement. Ici, le récit est au coeur de la pollution, elle colle au corps et aux âmes des habitants du Pôle, au propre comme au figuré. L'usine est au centre de tout, du mystère et de la fascination, qu'elle soit fermée au départ du roman puis finalement réinvestie par les "hommes blonds", plus tard. Objet de malheur, elle pourrait tout de même être la clé du départ, pour une petite Nikko miraculée, devenue femme, départ vers un ailleurs que l'on espère meilleur.
J'ai été chamboulée par ce récit, fort et violent, voire même éprouvant, que je n'ai pu lâcher !!

Un extrait : "Elle disait - et le bruit de sa bouche était un petit bruit mouillé -, elle disait "la cabane de Kumiku nous a toutes abritées". Je regardais au dehors, la neige et son scintillement tranquille sous le soleil ; je la laissais continuer, je laissais ma mère ressasser ; elle me jetait un oeil, observant mon sourire, s'interrogeant sans doute, mais n'ignorant rien de moi, connaissant ma gentille bizarrerie, s'en accomodant finalement puisque j'étais bien la seule à écouter son histoire."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ovaldeCe titre existe également en format poche...

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03 avril 2008

Le soir du chien, Marie-Hélène Lafon

le_soir_du_chienLaurent, la trentaine, vit avec Marlène, plus jeune, dans un petit village du Cantal. Ils se sont installés en hauteur, dans une maison isolée et y connaissent de grands moments de bonheur, doux et paisibles. La vie de la jeune femme semble seulement rythmée par ses visites régulières au bibliobus, qui stationne régulièrement sur la place. Un soir, leur chien se fait renverser par une voiture et Marlène rencontre le vétérinaire...

Ce roman à plusieurs voix est prenant. Marie-Hélène Lafon a une manière bien particulière d'utiliser les points de vue, fragments de narration, monologues, lettres et morceaux de journaux intimes, et c'est sans doute ce qui donne à ce texte une richesse certaine. Parmi les nombreux protagonistes hétéroclites de ce drame, le couple Marlène et Laurent est attachant et le lecteur regrette amèrement cette rencontre, ce fameux "soir du chien", qui brisera tout, qui éclatera cette harmonie délicieuse que l'on devine. Alors, voici de beaux personnages, une belle histoire, un style agréable, et un livre que l'on ne regrette vraiment pas d'avoir lu !!

Un extrait : "Mon frère souriait de me voir partir, aux heures les plus chaudes du jour, à pied, en vélo, ou en voiture, selon la distance mise entre elle et moi par nos déplacements. Elle était mon centre de gravité, mon nombril blanc. Richard ne m'a rien demandé quand je l'ai laissé rentrer seul à la fin de l'été. Ma mère, au téléphone, m'a dit : "Pas plus de quinze jours ; tu as du travail ici. Les gens n'attendront pas toujours ; ils iront voir ailleurs." Je suis revenu en novembre, avec elle, pour notre premier hiver. Ma mère savait qu'elle ne pouvait rien contre ça. Elle la trouvait trop jeune, et c'était tout ; elle avait un peu peur, mais elle avait trop aimé son homme pour se battre contre ce qui me tenait, moi, à plein bras, dans un vertige décuplé par le confinement de l'hiver, ma grande saison."

bouton3 Note de lecture : 4/5 (presque un coup de coeur, malgré tout !)

Ce livre, qui appartient à Anne, circule en tant que livrevoyageur.
L'avis de Bellesahi et celui de Gambadou.

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31 mars 2008

Privée, Véronique Olmi

                                     "olmiA bonne école !" : vivre à travers les yeux d'une enfant la tension d'une salle de classe... "Privée" : retrouver sa grand-mère, perdue dans l'enfer d'une chambre commune d'hôpital... "Paris-prestige" : le métro dans sa crudité quotidienne... "Cernée" : les états-d'âme d'une actrice en mal de rôles... etc...

Je découvre Véronique Olmi avec ce recueil de nouvelles, et je pense qu'on ne peut être qu'étonné par sa vision sans concessions des êtres. Cela donne à son écriture - de qualité - et à ces courtes nouvelles une force surprenante. Chaque récit est un petit coup de poing contre les certitudes et contre le bien-penser. Nous accompagnons donc ses personnages dans leurs cris, leurs douleurs et leurs dégoûts. Voici donc une lecture qui loin d'être apaisante, ne laisse pas indifférente !

Un extrait de "A tout jamais"...

"Ce soir là, Pierre était devenu un assassin et il le hurla dans la lumière des phares, dans l'ambulance, dans sa chambre d'hôpital, il le hurla toute sa vie mais son cri n'expulsa jamais sa douleur, elle demeura en lui comme un court-circuit, tout son corps brûlé par ce cri : "Assassin". Et Pierre était devenu ce cri, ce cri était devenu sa bouche, une bouche démesurée qu'aucune main jamais ne pourrait baîllonner.
S'il avait été une larme il aurait coulé et se serait écrasé sur le parquet, mais il était un cri et ce cri tendait son être comme un arc, c'était un cri infini qui jamais ne se déviderait, comme un supplice envoyé par les dieux."

bouton3Note de lecture : 4/5

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23 mars 2008

Leçons de choses, Bruno Roza

le_ons_de_chosesLe narrateur se penche sur son enfance, et sur les objets du quotidien qui ont marqué ses souvenirs. A l'âge supposé de l'enfant qu'il était, peut-être cinq ou six ans, les détails anodins prennent une force et une dimension considérable. L'imagination est en marche, le "presse-purée devient une araignée métallique géante, le vinaigrier, l'antre d'un monstre visqueux gardien de la cave, les deux boîtes (à outils et à couture), deux coffres, aux mécanismes fabuleux." (extrait de la quatrième de couverture)

Mon avis...
Malgré la belle idée de ce livre, je n'ai guère été touchée par cette énumération d'objets et de lieux du quotidien provenant d'un passé apparemment révolu, enfantin. L'auteur n'a rien su réveiller chez moi, et pourtant je suis sensible aux écrits de Delerm... Je me suis parfois même un peu ennuyée à la lecture de ces paragraphes courts qui se terminaient tous par une "phrase couperet" dont j'ai trouvé la présence souvent surfaite et parfois maladroite.
Voilà, sans doute suis-je un peu passée à côté !

Un beau moment, tout de même, dans cet extrait...
"LA LESSIVE
Presque chaque jour, ma mère tirait de sa machine un long ruban de linge mouillé. Les premières secondes, elle luttait avec, semblait chercher la tête ou la queue, et puis, quand elle avait l'une ou l'autre bien en main, elle tirait dessus de toutes ses forces, extirpait le corps, le soulevait, le désentortillait et le débitait en une foule de pièces plus ou moins longues qu'elle laissait retomber dans une grande bassine en plastique posée à même le sol.
Au passage, nous identifiions bien des pulls ou des culottes, des pantalons ou des chaussettes, mais tout cela avait un air pantelant, alourdi, mortellement blessé, et nous reconnaissions là les effets de ce bref combat que ma mère achevait tout à coup en soulevant sa bassine avec l'air modeste de ceux qui sont accoutumés à vaincre."

bouton3  Note de lecture : 3/5 (parce que l'écriture est parfois plutôt belle quand elle file vers l'étrange-voir le monstre du vinaigrier)

Pour découvrir d'autres lectures plus enthousiastes que la mienne...
Ce livrevoyageur provient de chez Katell, il est passé par chez Cathulu, il s'en ira bientôt chez Vanessa.

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15 mars 2008

Ruptures, Gisèle Fournier

rupturesL'installation de Jean-Marie dans une maison abandonnée d'un hameau perdu intrigue les habitants du village : pour venir vivre là en ermite, il a forcément quelque chose à se reprocher... Faisant fi des menaces et des intimidations, Jean-Marie mettra toute son énergie au service de ce projet de rénovation. Plus qu'une maison, c'est bien sa propre vie, hantée par de lourds secrets, qu'il tente de reconstruire...(extrait de la quatrième de couverture).

heart Ce roman commence étrangement, par trois points de suspension...et je n'étais pas certaine au tout départ de tenir le fil de cette écriture, rapide et dense, remplie d'adjectifs, un peu déconcertante. Et bien si, j'ai tenu, et je me suis régalée... Je ne sais pas vous mais j'adore quand les personnages construisent leurs petits abris, à la manière d'un robinson, et il est plaisant de suivre Jean-Marie dans son installation, aux côté de son chat adoptif, Chalilas. Et puis, il y a ces passages, extrêmements forts, ceux qui expliquent l'exil : la femme qu'il a quitté, sa vie terne et surtout son ancien métier qui menait des centaines de personne à une mort certaine. Gisèle Fournier met ainsi le doigt sur un des grands danger de notre société, ce mal qui nous ronge, la modernité, le profit au détriment de la santé de milliers de personnes, et elle le fait très bien. Il y a encore d'autres mystères qui parsèment ce récit, dont je vais garder le secret ici. Alors, effectivement, les allers et retours entre présent et passé, les changements de focalisation inattendus (Jean-Marie puis Adrien le cafetier puis à nouveau Jean-Marie) peuvent dérouter le lecteur de ce roman, mais le voyage est bien intéressant !!

Le début du roman : "...sa main ne tremble pas lorsqu'il pousse la porte entrebâillée, une de ces vieilles portes faites de planches noueuses, par endroits fissurées, reliées par des traverses déjointées qui, dira-t-il plus tard, laissent voir le jour et même deviner le mouvement oscillant des branches du figuier lors des matins venteux et, plus tard encore, celui des roses trémières qu'il plantera le long du mur de pierres sèches séparant le jardin de la route, une main ferme malgré les gonds qui gémissent, le heurtoir qui claque et d'où s'échappent des particules brunes, de la rouille peut-être qui se fond dans la poussière grisâtre recouvrant le sol. Dedans, une odeur de vieux."

Et cette citation, judicieuse, en incipit...à méditer
"Ce qu'il y a de bien quand on quitte un endroit pour un autre, c'est qu'on pense que le nouveau sera mieux. Mais il n'y a pas de solution, et on le sait, on sait que ce sera la même chose. Pourtant, on a beau le savoir, savoir que tout sera fichu à peine aura-t-on mis pied à terre, on s'imagine que ce qui est nouveau sera différent. Le résultat, c'est que ce n'est ni nouveau ni différent. C'est exactement la même chose, un nouvel acte de la même pièce sur une autre scène." CARLOS LISCANO

bouton3 Note de lecture : 5/5 (parce qu'il le vaut bien !)

Les lectures de Clarabel et de Lily

Caroline qui m'a transmis ce livrevoyageur avec une carte-tapis qui fait le bonheur de ma fille !

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13 mars 2008

Le guide automatique, Emmanuelle Pagano

couverture_leguideautomatique"C'est en rêve, le 16 décembre 2007, que j'ai rencontré mon guide automatique. Je rêvais que j'aménageais un gîte. Derrière le gîte, il y avait une porte, et derrière la porte, un vieux qui racontait des histoires. Sa parole était automatiquement déclenchée par l'ouverture de la porte. Je me suis réveillée et j'en ai parlé à tout le monde. Mais ce n'était pas suffisant. Je voulais le faire exister plus fort : j'ai écrit cette nouvelle. Lecteurs, merci pour le guide."(quatrième de couverture)

Un couple gère un gîte - on imagine en montagne - et héberge un vieil homme, d'origine étrangère, là depuis longtemps, présent dans cette maison depuis bien avant eux. Il connaît toutes les histoires, les légendes et les histoires réelles, celles de la famille de la narratrice. Son plaisir est de les raconter aux touristes, curieux, qui ouvrent la porte du fond. L'ouverture de cette porte déclenche sa parole, mais les touristes interessés se font plus rares et Ukalo se fait vieux...

J'avais beaucoup aimé Les adolescents troglodytes d'Emmanuelle Pagano, roman que je vous recommande encore chaudement... On retrouve dans cette nouvelle cette même âpreté montagnarde, servie ici par une écriture différente, car la narratrice qui nous conte cette histoire est la femme du couple gérant du gîte, elle a le langage de son pays. On se laisse bercer par la description de cet étrange personnage qu'est Ukalo, guide automatique et vieil homme têtu, et puis on ouvre la porte et sa parole nous happe...

Je vous invite à découvrir à votre tour cette nouvelle, sortie en édition limitée par la Librairie Olympique de Bordeaux ce mois de mars. Toutes les informations pour commander ce petit livre sont disponibles ici.

Début de la nouvelle : "J'attends la mort du guide automatique.
Ce serait une délivrance, faut dire ce qui est. Pour nous et pour lui. A force il me fait peine. Il n'a plus le même succès que dans le temps, quand les gens louaient uniquement pour ça, pour le guide, et que le gîte était réservé longtemps à l'avance, jusqu'à deux ans d'attente.
Ce n'est pas un guide, plutôt un raconteur d'histoires, un raconteur automatique, on aurait mieux fait de l'appeler le conteur automatique, mais comme parfois il fait un peu le géographe-géologue-historien, un peu aussi le guide pour randonneurs immobiles en indiquant les GR précis de ses histoires, on a toujours dit le guide automatique.
En vrai il s'appelle Ukalo."

Le blog d'Emmanuelle Pagano : http://lescorpsempeches.net/corps/

bouton3   Note de lecture : 4/5

Bordelais et bordelaises, Emmanuelle Pagano sera ce week-end chez vous, lors du Marché de la Poésie des Chartrons 2008 !

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10 mars 2008

Cela n'arrivera jamais, Eric Pessan

pessanTrois hommes, trois histoires... différentes et voisines. Ce sont peut-être les mêmes personnes...ils ont un prénom semblable, "Roman", ils connaissent la même femme, Claire.
Oui, effectivement, ce sont les mêmes personnes... et dans un battement de cils ou de rêve, trois univers parallèles se sont créés, autour d'un même drame, un été où Claire a fermé la porte sur une dispute, à l'étage, dans la maison de la grand-mère de Roman.
Le premier homme a subi le drame et se terre dans sa douleur, le deuxième - marié, trois enfants - l'a évité et se perd dans son présent, le troisième l'a provoqué et se noie dans sa solitude...
Au coeur d'un été qui fête sombrement les dix ans du jour où les éclats des destins se sont éparpillés, le premier "
Roman" déroule ses vacances dans sa voiture, près de la maison de sa grand-mère, dans laquelle il n'ose pénétrer de peur de croiser le fantôme de Claire ; le second "Roman" vient passer son été dans cette même maison avec une Claire vivante et les trois enfants qu'ils ont eu depuis dix ans ; le troisième "Roman", enfin, se cache dans son appartement parisien, fuit l'été et ses plaisirs, et tente de fixer avec des mots une réalité qui s'embrouille et s'effiloche.
Ces trois mondes se suivent, et parfois se croisent, déroutant les protagonistes et nous plongeant nous, lecteurs, dans une confusion recherchée.

Mon avis : Eric Pessan a une belle écriture, fluide et poétique...mais l'univers qui s'installe dans ce roman demande dès le départ une lecture exigeante. Décidée à persévérer, j'ai réussi à tenir la première partie, celle où un Roman perdu se terre dans sa voiture, fêtant seul l'anniversaire de la mort de celle qu'il aimait. Quelques indices laissent présager un mystère à venir... La deuxième partie contant l'été en famille d'un Roman ayant su sauver Claire à temps, et à présent chargé de famille, m'a beaucoup plus enthousiasmée par son réalisme et sa touchante tendresse. Vient ensuite une troisième partie qui remet tout en question et laisse le lecteur abasourdi par ce roman riche et complet. Pour vous résumer ce livre à l'atmosphère étrange, il suffit peut-être de dire que Eric Pessan y exploite tous les possibles d'une vie, et les chemins de traverse où peuvent nous entraîner ce fameux "et si...".

Un extrait : "Qui donc le poursuivrait ? Il sourira de sa panique, il est trop nerveux, il n'aura pas vu ce qu'il aurait cru voir, il le saura, et pour cause, il saura que ce n'est pas possible, il sait pour Claire, il l'a su dès qu'il a forcé la porte de la chambre, dix ans auparavant, il a su que c'était sa faute, qu'il aurait dû se presser. Il roulera. En doublant un monospace, il entr'apercevra le visage de la conductrice, reconnaîtra au premier coup d'oeil sa coupe de cheveux, sa frange un peu négligée. Il lui faudra toute sa volonté pour ne pas se retourner. En dix ans, il rira, en dix ans, elle aura changé de coiffure. Et il pleurera. Il chassera ses larmes du revers de sa main, il n'aura pas de Kleenex, il atteindra l'Italie, il traversera l'Autriche, la Roumanie et la Hongrie, il ira droit au coeur des évènements, comme disent les voix. Les évènements, reprendra-t-il en écho. La jauge de l'essence approchera du rouge. Le voyage sera long."

Pour lire autre chose, sur remue.net, et découvrir son écriture, plus longuement...

bouton3 Note de lecture : 4/5 (parce que j'ai un peu souffert dans ma lecture, avec Roman, au fond de sa prostration...)

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04 mars 2008

Et mon coeur transparent, Véronique Ovaldé

etmoncoeurtransparentL'histoire (quatrième de couverture) : Sait-on jamais avec qui l'on vit ? Lancelot ne cesse de se heurter à cette question depuis que sa femme, Irina, a été victime d'un accident qui l'a précipitée au fond de la rivière Omoko. Déjà ébranlé par sa mort, il va vivre un "Très Grand Choc Supplémentaire" en découvrant que des mystères entourent cette disparition. Un à un se dévoilent les secrets que sa femme a pri soin de lui cacher. Dès lors, il ne lui reste qu'à mener l'enquête et élucider cette énigme : que faisait Irina, ce jour-là, à Catano, au volant d'une voiture qui ne leur appartenait pas et dont le coffre contenait des objets pour le moins suspects...

Mon avis : Ce roman a un charme fou... Déjà, le personnage principal, notre pauvre héros, veuf en perdition shooté aux anxiolitiques, se prénomme Lancelot, ce qui est définitivement romantique et joliment décalé. Et bien, ce prénom ressemble au roman tout entier, romantique, décalé et fantaisiste. Submergé par sa peine, Lancelot trouve tout de même la force de se poser des questions sur les incohérences qui entourent le décès de celle qu'il aime par dessus tout. Il va donc partir à la recherche du passé de sa femme. Etonnamment, résoudre l'énigme d'Irina va s'avérer plus facile qu'il n'y paraît. Pourtant, cette enquête, menée un peu malgré lui, est conduite dans l'atmosphère nébuleuse des médicaments ingurgités, de revenants venus frapper à sa porte et de la disparition étonnante des objets qui l'entoure... Pour tout vous dire, je suis heureuse d'avoir lu ce livre car l'univers de Véronique Ovaldé est une véritable belle découverte !!

Extrait : "Il y a dans la rivière Omoko une voiture que ne connaît pas Lancelot.
Il fait nuit, une nuit noire et glacée qui transperce les sinus quand on la respire, mais la police a installé sur les rives des projecteurs ultrapuissants qui éclairent la rivière. Ca grouille de monde dans l'obscurité. Lancelot se dit, C'est bizarre tous ces gens pour une voiture tombée à l'eau. Il est sorti de la sienne, et il avance maintenant très lentement avec l'impression que son corps devient alternativement mou et raide, ce qui l'empêche d'avoir une démarche normale. On veut l'arrêter mais il dit, Je suis le mari de la victime, il ajoute, Je crois, pour lui-même, et il ne sait plus s'il croit être son mari ou s'il croit qu'elle est la victime. Des gyrophares clignotent autour de lui et tout se fait dans un silence étrange. Il aurait imaginé que dans ce type de situation un grand brouhaha régnerait, une intense agitation sonore, à moins que tout à coup, en marchant vers la rive, il ne soit devenu sourd."

bouton3  Note de lecture : 4/5 (parce qu'il m'a peut-être manqué quelques battements de coeur !!)

Merci à Bel Gazou qui m'a transmis ce livre, appartenant à La môme poison.
Il devrait arriver bientôt chez Bellesahi...

La lecture de Clarabel.

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26 février 2008

Les bonnes intentions, Agnès Desarthe

bonnesintentions2

L'histoire : Sonia, enceinte de son premier enfant, emménage dans un appartement sur un grand boulevard parisien. Elle et son mari, architecte, ont eu le coup de foudre pour ce lieu. Candide et optimiste, elle est prête à tout pour s'intégrer, même à participer aux réunions du syndic de l'immeuble. La vie est belle, Sonia continue sa vie de traductrice, et de mère. Elle a à présent deux enfants. Sur le même palier, M Dupotier perd coup sur coup son chien, sa femme et son fils. Il vient, plusieurs fois par jour, frapper à sa porte, en quête de nourriture. Comment laisser un vieil homme mourir de faim à deux pas de chez elle ? Pleine de générosité, Sonia essaye de gérer au mieux ce problème et son inquiétude...

Mon avis: Ce livre se lit très rapidement, avec délectation. Cette petite histoire d'immeuble et de conciergerie vous en rappelera peut-être une autre, plus récente, vue du premier étage. Et pourtant, voici un immeuble gardé par un couple ayant tous les attributs des Ténardier. Le pauvre M Dupotier en fait les frais devant le regard désolé de sa voisine, gentille mais un peu dépassée. Les bonnes intentions ont parfois un effet pervers, Sonia s'en rendra compte assez vite. J'ai passé un bon moment avec ce roman et avec l'écriture alerte d'Agnès Desarthe dont je vais lire avec plaisir d'autres titres !

Un extrait : "C'est la cinquième fois aujourd'hui que M Dupotier vient sonner à ma porte. J'ouvre en réprimant une franche envie de meurtre. Pourquoi s'accroche-t-il ? Il ne lui reste rien. Sa seule occupation consiste à guetter mes heures d'entrée et de sortie, à calquer les gargouillis de son estomac sur mon emploi du temps. M Dupotier a faim. Du matin au soir.
-Vous auriez pas un petit quelque chose ?
Je vais chercher un paquet de biscuits entamé et le lui tends en souriant hypocritement.
- Merci, ma petite Dame, fait-il de sa pauvre voix. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous.
Vous crèveriez, pensé-je en secouant la tête, l'air de dire "c'est bien normal, voyons, entre voisins".
Il faudrait que je lui donne autre chose que des gâteaux et du chocolat, autre chose que des quignons de pain et les croissants entamés des enfants. C'est de potage qu'il a besoin, de blanc de poulet, de compote et de laitages frais. Mais si je commence à me laisser aller sur cette pente, je glisserai jusqu'en bas. C'est inévitable. Je l'assiérai à ma table, je l'adopterai. Il reprendra du poil de la bête et me tressera des couronnes de sainte.
Je ne l'autorise jamais à entrer."

bouton3  Note de lecture : 4/5

J'avais déjà lu et beaucoup aimé Mangez-moi.

La Lecture de Florinette sur ce titre.
Lily a lu Agnès Desarthe.

Le blog d'Agnès Desarthe.

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