24 octobre 2009

L'homme qui m'aimait tout bas, Eric Fottorino

l_hommequi"L'amour que je te porte à jamais est à la mesure de ma colère face à ce geste qui fait de moi un vivant à petit feu. Cet égoïste d'écrivain que je suis a vu disparaître son meilleur personnage."

Michel Fottorino a sa place dans tous les romans d'Eric Fottorino, son fils ; soit il apparaît derrière une figure paternelle de passage, soit il existe dans les gestes d'un personnage central (Un territoire fragile). Kinésithérapeute, possédant le don des mains qui apaisent, qui écoutent et qui soignent, il a donné naissance à Eric le jour où il lui a donné son nom, le jour où il a décidé de l'adopter, et d'ainsi devenir son père, officiellement, aux yeux de tous.

Seulement voilà, à l'aube d'une vieillesse sans doute redoutée, Michel s'est donné la mort dans sa voiture, dans une profonde solitude, inexplicable pour ceux qui l'ont aimé. C'est ce que Eric Fottorino essaye de comprendre dans ce témoignage, tous les pourquoi de ce geste fou, mais également les signes qu'il aurait dû ou pu voir, et qu'il n'a pas su.

Ce livre est un parallèle inattendu à ma précédente lecture (Mauvaise fille). Après l'hymne à la mère, voici donc l'hymne au père. Malgré mon respect pour le drame traversé par cette famille endeuillée, je dois malheureusement me rendre à l'évidence que littérairement parlant, la comparaison n'est pas en faveur de cette dernière lecture. Si Justine Levy m'avait convaincue via son autofiction, je suis restée très à côté de l'écriture et de la douleur d'Eric Fottorino, de son amour pour son père si charismatique. J'ai eu, pour le coup, l'impression d'être ici dans le voyeurisme, de rentrer dans l'intimité d'une famille qui n'est pas la mienne, et dont je n'ai rien à savoir, en tous les cas "pas tant".
De plus, ayant en son temps, littéralement adoré ma lecture d'
Un territoire fragile, j'ai eu le sentiment de ne pas retrouver dans les mots de l'auteur, cette fois-ci, le souffle qui m'avait jadis emporté dans son roman.
Une petite déception, en somme.

"Ses mains dont je sens encore la pression quand il raccordait mes muscles de cycliste ? Passé. Sa voix encore au creux de mon oreille, ses intonations joyeuses, ses mimiques ? Passé. Son sifflement quand il aspirait le café brûlant, ses yeux plissés ? Passé, passé. Le bruit de ses sabots qui claquent sur le carrelage ? Passé, passé, passé."

14863bouton3 Note de lecture : 3/5
ISBN 978 2 07 012463 3 - 15€ - avril 2009

Vos lectures... Pour Sylire, c'est un coup de coeur - Pour Jules aussi - Cathulu a également été touchée - Amanda s'est sentie indiscrète (ouf, je me sens moins seule !) - Et encore un beau billet sur "Enfin livre !"...

Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres.

- Edem Awumey, Les pieds sales, Seuil
- Sorj Chalandon, La légende de nos pères, Grasset
- Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard
- David Foenkinos, La Délicatesse, Gallimard
- Eric Fottorino, L’homme qui m’aimait tout bas, Gallimard
- J-M. Guenassia, Le club des incorrigibles optimistes, Albin Michel
- Yannick Haenel, Jan Karski, Gallimard
- Justine Lévy, Mauvaise fille, Stock
- Laurent Mauvignier, Des hommes, Minuit
- Serge Mestre, La lumière et l’oubli, Denoël
- Marie Ndiaye , Trois femmes puissantes, Gallimard
- Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida, L’Olivier
- Jean-Philippe Toussaint, La vérité sur Marie, Minuit
- Delphine de Vigan, Les heures souterraines, JC Lattès

Créé en 1988, le Prix Goncourt des lycéens en est cette année à sa 22ème édition. Placé sous la houlette de l'Académie Goncourt, en partenariat avec le ministère de l'Education Nationale et de la Fnac, il propose aux lycéens de devenir jury. Les classes sont chargées de lire la même sélection que les académiciens Goncourt. L'objectif est d'encourager l'envie de lire, d'écrire, et de favoriser les échanges autour des livres. Un premier vote sera effectué dans les régions. Le prix sera attribué le lundi 9 novembre 2009, à Rennes.

Le blog du Prix - Le site du Prix

Grand merci aux organisateurs, encore une fois, pour cet envoi !

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16 octobre 2009

Mauvaise fille, Justine Lévy (Rentrée littéraire 2009)

mauvaisefille"Elle croit que je suis sa mère. Ca me fait peur, cette confiance qu'elle met en moi. C'est pas normal, je me dis. Elle le croit vraiment, que je suis sa mère. Elle ne sait pas que je suis cinglée, mauvaise, une catastrophe ambulante, un bloc de culpabilité, une punition."

Louise est la fille d'une mère justine_levy_200pas vraiment attentionnée, voire même dangereuse, négligente. Combien de fois Louise s'est-elle retrouvée, dans son enfance, sans rien à manger, sans personne pour la conduire à l'école ? Combien de fois l'enfant qu'elle était alors a-t-elle retrouvé cette femme, censée être responsable d'elle, dans des états lamentables, saoule ou victime d'abus de toutes sortes ?
Et aujourd'hui, Alice, qui était si belle autrefois, la mère de Louise donc, est malade, victime d'une récidive de cancer, sur le point de mourir, et Louise est enceinte, Louise est sur le point de devenir mère, à son tour... Comment cela est-il possible ? Comment le lui dire ? Comment ne pas se sentir une mauvaise fille, d'ainsi oser porter la vie, d'ainsi oser la poursuivre, de proposer sans vergogne une vie pour une autre ?

Il est de notoriété publique que Justine Lévy pratique l'autofiction. Mais ce n'est pas ce que je recherchais dans ce livre, le voyeurisme, autant lire la presse people. Je voulais simplement découvrir une écriture dont j'avais entendu dire du bien, voilà tout. Et puis il y avait ce titre, qui me faisait de l'oeil, auquel j'avais envie de répondre.
Alors ? J'ai aimé, beaucoup, le ton, et la cadence d'écriture de cette toute jeune auteure qui ne se met pas en valeur, ne met pas de voiles sur sa nature profonde, se met à nue. J'ai aimé les questions qu'elle se pose, ses crises d'hystérie et sa manière d'être pudique, pour des broutilles, tout à coup. J'ai aimé son désarroi de porter la vie, et sa solitude, l'évidence d'être mère qu'elle ressent simplement, juste après l'accouchement.
Bien entendu, vous retrouverez dans ce livre la figure du père de Justine, étrange personnage, qui arrive toujours à point nommé, tel un chevalier un peu fantômatique, iréel - un appui trop souvent absent pour cette jeune femme si fragile. Vous retrouverez son compagnon, en futur père attentionné, vaguement inquiet, vaguement réconfortant. Mais là n'est pas le sujet.
Mauvaise fille est avant tout l'hymne d'amour d'une fille à sa mère, une mère imparfaite et déstabilisante, mais une mère tout de même, et un questionnement sur cette faculté que nous avons - en nous - de laisser la vie continuer, perdurer, fleurir, au-delà des disparitions.

"[...] comment je vais faire ? comment je vais lui donner ce que je n'ai pas eu ? est-ce que je sais, même, comment ça aime une mère, comme ça élève, comment ça gronde, comment ça punit, comment ça fait faire des devoirs, comment ça console d'un bobo ? J'ai les livres. Juste les livres."

14863bouton3 Note de lecture : 4/5
ISBN 978 2 234 05864 4 - 16.50€ - SEPT2009

Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres. - Déjà lu dans cette liste... Ce que je sais de Vera Candida, de Véronique Ovaldé. - Le blog du Prix

Grand merci aux organisateurs pour l'envoi !

 

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09 octobre 2009

Rentrée littéraire 2009 - Un bilan...et un challenge

challenge_du_1_litteraire_20091Ci-dessous, un récapitulatif des lectures de la rentrée littéraire 2009, chroniquées sur ce blog jusqu'à présent, et qui entrent de plein fouet dans le challenge de Levraoueg (lire au moins 7 livres de la rentrée littéraire, soit 1% des sorties en librairies) ~
au final, un bilan plutôt positif avec des coups de coeur, des bonnes surprises ...mais aussi des déceptions.

La Perrita, Isabelle Condou - Noté 5/5 - heart

Une année étrangère, Brigitte Giraud - Noté 5/5 -  heart

Assez parlé d'amour, Hervé Le Tellier - Noté 4.5/5

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé - Noté 4.5/5

Le jour de votre Nom, Olivier Sebban - Noté 3/5

Le voyage vers l'enfant, Vonne van der Meer - Noté 1/5 - une grosse déception...

Contretemps, Charles Marie - Non noté - Un abandon de lecture...

Challenge terminé !

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Un contretemps... (Rentrée littéraire 2009)

...et malheureusement un abandon de lecture !contretemps

Voilà qui ne m'est pas courant, mais c'est ainsi, je jette l'éponge, enfin ma lecture, à la page 50. Je dois en effet me rendre à l'évidence que, malgré une écriture très belle, et cette manière de découper l'histoire en courts chapitres que j'ai trouvée originale et surprenante (dans le bon sens), cette fiction surréaliste me laisse dans un état d'incompréhension totale.

Dommage, car cette proposition de Blog-O-Book était assortie d'une charmante lettre de l'éditeur des Forges de Vulcain, que je remercie au passage pour l'envoi !

L'histoire ? (ou du moins ce que j'en ai saisi) Melvin, le héros du roman, est chargé de retrouver un dénommé Bruno Bar. Ce qui l'entraînera dans les catacombes de Florence, où il se fera tirer dessus et séduire (derrière le bar d'ailleurs, est-ce un jeu de mots ?) par une belle jeune femme, Lorraine, qui ne lui demandera rien de plus que cet instant étrange (étrange car ils s'aiment derrière le comptoir, alors que de l'autre côté le sol est jonché de cadavres ?!). Il est épris par ailleurs, en vain, de Morgane, mariée à Harold, qu'elle ne se résoud pas à quitter, même si elle déclare à notre détective que "Moi aussi, tu sais, c'est ton amour qui me donne une raison de vivre. Sans lui, je me sentirais disparaître." Sans parler de ce bras qui change douloureusement de couleur depuis qu'un poisson a mordu Melvin à la main, dans une église de Florence, tout occupé qu'il était à suivre une femme mystérieusement belle affublée d'un éventail noir, et alors qu'il plongeait la main dans un bénitier à l'eau douteusement trouble...
J'en suis restée là. ;o)

ISBN 9782953025910 - 15€ - AOUT2009

Toutes les autres lectures sont en lien sur le site de Blog-O-Book. A noter, la lecture de Levraoueg, pleine d'enthousiasme, qui fait par ailleurs voyager son exemplaire.

Ce titre clôt étrangement ma participation au challenge 1% rentrée littéraire inauguré par Levraoueg.

Défi 1% littéraire 2009 : 7/7

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05 octobre 2009

L'homme que l'on prenait pour un autre, Joël Egloff

l_hommequel_onprenaitpourunautre"Voilà comment, d'une heure à l'autre, quand on a la tête que j'ai, on se retrouve époux, père et chef de famille sans avoir rien demandé à personne. Même si ce n'est que le lendemain au réveil que je m'en suis rendu compte, que j'ai pu en mesurer toutes les conséquences, quand les enfants m'ont sauté dessus aux aurores en dansant sur le lit, sur l'air de Papa est revenu. J'aurais dû y penser, à eux, pourtant, j'aurais dû m'en souvenir. Je les entendais quelquefois depuis chez moi, je les avais déjà croisés dans l'escalier. Ils n'étaient que deux. Un garçon et une fille. Mais ils s'agitaient tellement et faisaient tellement de bruit, qu'il m'a semblé, sur le coup, qu'il en venait de partout, qu'ils étaient au moins cent, une armée, un essaim, tandis que leur mère, à mes côtés, s'étirait comme une chatte, en souriant tendrement. Ils avaient tous l'air content de me voir. Ils n'étaient pas rancuniers pour un sou. Ni même le chien qui me léchait le visage avec beaucoup d'affection. Je faisais très bien l'affaire pour tout le monde, apparemment."

Notre narrateur a un visage très commun. En conséquence, on le prend toujours plus ou moins pour quelqu'un d'autre. Bizarrement, cette méprise s'étend facilement à sa porte d'entrée, ou à sa boîte aux lettres. Son facteur ayant la fâcheuse tendance d'y déposer du courrier qui ne lui est pas destiné.
Sa principale occupation est d'aller voir une tante, ou peut-être une grand-tante, ou une cousine de sa tante - il ne sait plus très bien - dans un foyer logement éloigné, un dimanche sur deux.
Tout dérive lorsque fatigué de lutter contre ces vies inconnues qu'on lui assigne, il commence à laisser les évènements se dérouler comme ils le souhaitent. Une spirale dangereuse dans laquelle notre homme, un peu las, risque bien de se perdre tout à fait...

Voici un titre qui était dans mes intentions de lecture (LAL pour les initiés) depuis fort longtemps. Je ne savais plus très bien où, ni pourquoi, je l'avais noté. Je n'avais aucune idée de ce que j'allais y trouver.

Il y a du Kafka dans le récit de Joël Egloff, ou le sentiment de croiser un personnage à la Sartre, errant dans les rues, les escaliers, vivant dans un monde un peu flou, proche de la nausée. Mais cette histoire de méprise, répétitive à l'excès, est à prendre largement au second degré, au risque d'être terriblement déçu par l'intrigue. L'homme que l'on prenait pour un autre est en fait une fable, au lecteur je suppose d'en comprendre la morale. 
Je me suis surprise à sourire à plusieurs reprises aux trouvailles verbales de l'auteur, aux quipropos rocambolesques des situations. A un moment seulement, j'ai eu le sentiment de retrouver les paroles d'un scketche de Bigard (celui qui parle d'une chauve souris intelligente, vous voyez), alors j'ai un peu tiqué, mais sans plus.
Joël Egloff a un talent d'écriture certain. Cet exercice de style particulier qu'est ce roman en est la preuve. Il possède également un goût de l'ironie et de la loufoquerie assez délectable. Cette lecture est plaisante mais pas inoubliable, comme un goût de déjà-vu, ou de déjà lu.
En fait, j'aimerais beaucoup lire "autre chose" de cet auteur...pour voir.

"C'est à mon physique très ordinaire que j'attribue cela. Avec un visage aussi commun que le mien, on ne passe pas inaperçu. Deux yeux, un nez, une bouche, ça rappelle forcément toujours quelqu'un à quelqu'un."

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

ISBN 978 2 266 18431 1 - Pocket - SEPT2009

Un grand merci aux Edtions Pocket pour l'envoi, et à Blog-o-Book pour la proposition !

Clarabel l'a lu aussi "ce petit roman étrange", et en fait je l'avais noté chez elle - L'auteur est en interview chez AuteursTv - Gambadou a été conquise - La lecture de Uncoindeblog...qui a préféré Kafka - Valdebaz n'a pas adhéré au comique de répétition - Xiane est bien malheureuse de sa déception - ... je remarque que, malgré tout, la qualité de l'écriture a été appréciée par tous, et qu'une certaine curiosité est titillée, tout de même ;o).

 

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28 septembre 2009

La Petite Fille du Bois Caïman (T6) ~ Bourgeon..."Les Passagers du vent" - BD

bourgeonC'est avec joie que j'ai appris il y a quelques mois le retour des Passagers du vent avec l'annonce de la parution en septembre 2009 d'un sixième tome, que voici.
J'ai une histoire particulière avec cette série. Comme le personnage d'Antigone, Isa et ses compagnons font partie intégrante de ma vie. Avec eux, j'ai rêvé adolescente de devenir moi aussi rebelle  - et dessinatrice de BD. (;o)
J'ai beaucoup admiré le travail de Bourgeon à l'époque, sa manière originale de mettre en scène les vignettes, son trait. Et j'aime toujours particulièrement sa vision de la femme, sensuelle, forte et intelligente, charismatique.

Dans cet opus là, nous sommes en Louisiane en 1862, en pleine guerre de secession. Zabo Murrait, la petite-fille Bois-Caïman, est contrainte de quitter la résidence Murrait pour rejoindre son frère à Lananette.
Y vit également une vieille femme centenaire qui se nomme comme elle, Isabeau, et qui va lui conter son histoire...

Mon avis ? Les planches de cet album sont superbes, les dessins d'une perfection, et d'une grâce, certaine. J'ai retrouvé avec bonheur l'espièglerie et le talent de conteur de Bourgeon. Cela dit, voilà, je suis un peu déçue... L'intrigue m'a semblé se traîner un peu, les bulles sont parfois trop bavardes, et avant que de retrouver Isa en fin d'ouvrage (la femme centenaire, c'est elle !), l'ennui était embusqué derrière chaque page. Ce qui est un peu dommage. Mais peut-être en attendais-je de trop ? Le Livre 2 de cette sous-série, à paraître en janvier 2010, me permettra sans doute de m'en faire une véritable opinion. Et je ne me priverai certainement pas de l'acheter... tout de même !

ISBN 978 2 35648 066 8 - 15€ - SEPT2009

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Pour info, les anciens tomes des Passagers du vent ont tous été réédités chez un nouvel éditeur (12 bis), avec en prime, de nouvelles couvertures !!

L'auteur nous parle de son travail ici, et encore ici.

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25 septembre 2009

Ce que je sais de Vera Candida, Véronique Ovaldé (Rentrée littéraire 2009)

cequejesaisdeveracandida"[...] N'oublie jamais ta colère. Et si la colère s'effaçait en faveur d'un sentiment plus confus et plus paralysant comme la culpabilité alors il fallait la réactiver, et quel meilleur moyen que de se planter devant le miroir de la chambre, soulever son maillot et compter les traces laissées par le si grand amour mal exprimé de Violette Bustamente. Dans ces moments-là Vera Candida se collait au miroir pour sentir la fraîcheur d'hiver sur sa peau puis elle soufflait pour créer de la buée et dessiner sur la surface si lisse des formes rondes, des spirales et des volutes. Elle remontait ses cheveux et touchait la balafre blanche et soyeuse qu'elle avait sous l'oreille puis elle remettait sa chevelure en place.
Ces cicatrices là, mon sucre, sont des étendards, disait grand-mère Rose. Au fond c'est un avantage toutes ces coutures bien visibles. Quand le mal qui t'est fait est seulement à l'intérieur (mais sache, ma princesse, qu'il peut être aussi taraudant et violent que des coups de poing), alors ne pas perdre de vue ta colère et ta juste rage demande un bien plus gros effort."

Ce que je sais de Vera Candida est l'histoire d'une lignée de femmes.
En tout premier, il y a Rose, la grand-mère, ancienne prostituée, devenue experte en poissons volants, puis maîtresse de Jéronimo (inquiétant personnage oscillant entre l'iguane, le jetsetteur et le caïd) . Ensuite, il y a Violette, la fille de Rose, un peu spéciale, pas finie et bonne à rien, juste à courir les garçons et à donner naissance à une enfant, la troisième femme de ce roman, la seule à espérer enfin briser le destin qui semble planer sur leurs destinées à toutes, elle se nomme Vera Candida. En effet, cette dernière a l'impulsion juste de fuir l'île de Vatapuna, à quatorze ans, enceinte, lourde d'un secret inavouable. Elle atteint Lahomeria, livrée à elle-même puis recueillie dans un foyer alors qu'elle accouche de la quatrième fille du récit, Monica.
L'amour, comme bien souvent, sonnera le carillon de l'espoir, en la personne d'un journaliste obstiné et combattif, doux, Itxaga, amoureux fou de Vera Candida...

Encore une fois (ayant j'ai déjà lu Et mon coeur transparent et Toutes choses scintillant), me voici sous le charme de la manière bien personnelle de Véronique Ovaldé de mener un récit ! Nous sommes ici dans une amérique du sud imaginaire où le réalisme frôle sans cesse le légendaire et le féérique, et tout cela est terriblement bien fait, et maîtrisé, et passionnant.
Difficile pour moi de ne pas aimer non plus la délicatesse avec laquelle elle parle des femmes, de leurs corps, de leurs impulsions, de leurs doutes et de leurs choix, parfois maladroits, souvent tragiques. Ces personnages là me semblent toujours si familiers. Ils me donnent des envies de protection et de justice, d'abandon aux sentiments vrais.

J'ai donc aimé cette lecture, vraiment. Et pourtant, je n'arrive pas à comprendre pourquoi il m'est impossible cette troisième fois encore, d'assigner un "petit coeur" à mon billet.
Il s'agit là simplement, sans doute, d'écriture et de distance, de ce fossé qui se creuse entre nous, étrangement, au fil des pages. Rien de grave, juste un sentiment d'éloignement qui me laisse moi, admirative, mais un peu sur le côté, tenue à l'écart, distanciée.
Voilà un effet bien mystérieux... ;o) 

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

ISBN 978 2 87929 679 1 - 19€ - AOUT2009

Elles l'ont lu aussi : Amanda - Cuné - Jules - Albertine ...qui d'autre ?

Ce roman est en lice pour le 22ème Prix Goncourt des Lycéens parmi 14 titres.

Défi 1% littéraire 2009 : 6/7

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16 septembre 2009

Assez parlé d'amour, Hervé Le Tellier (Rentrée littéraire 2009)

assez_parl__d_amour"Que celle - ou celui - qui ne veut pas - ou plus - entendre parler d'amour repose ce livre."

Anna et Louise sont deux femmes mariées, apparemment heureuses, qui ne se connaissent pas, mais qui vont vivre, à quarante ans et en simultané, la naissance d'un nouvel amour, tout neuf. Un amour bouleversant et régénérant. Leurs destins vont se croiser sans jamais se toucher, les sentiments envers leurs amants se développer en douceur, sans drame, comme une évidence.
La première rencontre Yves, écrivain. La seconde, Thomas, psychanalyste.

Près d'elles, les maris savent mais ne disent rien ; les enfants voient et acceptent, à peine inquiets.
Anna et Louise n'ont plus qu'à sonder en elles leurs désirs profonds pour guider leurs pas vers un avenir indécis mais amoureux.


Voilà une histoire, découpée en très courts chapitres, dans laquelle j'ai eu du mal à m'immerger totalement dans sa toute première moitié. Sans doute une indisponibilité d'esprit passagère, car le charme du récit a finalement réussi à me séduire. En effet, la banalité de l'adultère dépassé, nous plongeons dans une douceur de sentiments assez délectable, une description de l'état amoureux assez précise et jubilatoire.
J
'ai refermé ce livre, complètement enthousiasmée par ma lecture !

Par ailleurs, Hervé Le Tellier, l'auteur, est membre de l'Oulipo. J'ai donc cherché naturellement dans son roman une clé à comprendre, un code. Yves, l'écrivain de l'histoire, semble en donner un indice page 189 : « Yves veut écrire un roman à six personnages. Il associera chacun d’entre eux aux numéros des dominos, le zéro valant pour un personnage secondaire, jamais le même. Le roman reproduira le déroulement d’une partie de dominos abkhazes… », et l’on se prend à penser que l’on est sans doute en train de le lire ce fameux roman, pour lequel Anna suggère qu’Yves mette « amour » dans le titre ...

Mais ne rien savoir d'un éventuel stratagème préexistant, ne rien deviner de l’attribution des rôles, ne gêne en rien cette lecture, qui restera certainement pour moi un bien joli souvenir.

« Mentalement, Louise a d’abord rempli des listes, aligné des colonnes. Elle a construit un quadrillage aussi rationnel que les blocks d’une ville américaine. Une colonne Pour quitter Romain. Une colonne Contre. « Je t’aime encore », dans la colonne Pour. Ou plutôt, elle aime encore l’avoir aimé, c’est comme l’arrière-goût sucré d’un café. « Je ne t’aime plus », dans la colonne Contre. Ou plutôt, elle ne l’aime plus comme il faudrait qu’elle l’aime pour continuer à l’aimer. »

bouton3 Note de lecture : 4,5/5

ISBN 978 2 7096 3342 0 - 17€ - AOUT 2009

« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! "
Merci à Ulike et au site

            chronique_de_la_rentree_litteraire

Hervé Le Tellier sera présent en mai 2010 au Grand R (La Roche sur Yon) pour un stage d'écriture

La lecture de Cathulu - Et celle de Cuné...toutes les deux sont enchantées !!

Défi 1% littéraire 2009 : 5/7

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09 septembre 2009

Un moment d'oubli, Abdelkader Djemaï

unmomentd_oubli"Personne ne sait ton nom ni d'où tu viens. Tu n'as même pas un sobriquet, méchant ou sympathique. Ni de chien ou de chat pour te tenir compagnie. Tu n'es qu'un fantôme sans prénom, une silhouette morte, une ombre creuse qui se traîne sur les trottoirs de S..."

Un homme erre dans les rues, se terre sous des porches, dans des coins nauséeux. Qui est-il ? D'où vient-il ?
Il contemple sa déchéance, ce trou d'hébétude dans lequel il s'est perdu volontairement, expiant une faute ancienne, impardonnable, mais quelle faute ? Il a décidé un jour de se séparer de Laure, de son passé, de sa vie, de tout, "de tout sauf de son chagrin".

Ce très court roman est un emprunt de bibliothèque, totalement impulsif. Abdelkader Djemaï animera cette saison un stage d'écriture dans ma ville, le temps d'un week-end. Le livre était donc sur un présentoir de ma bibliothèque habituelle. Petit dernier me tiraillait le bras, pressé d'aller fureter dans son "coin". J'ai lu quelques lignes, balayé la quatrième de couverture, et hop il était "embarqué".
Alors effectivement, je n'ai pas été déçue par l'écriture...très fluide, pleine de virgules, comme j'aime. Il est intéressant également de suivre le cheminement intérieur de Jean-Jacques Serrano, ancien flic, ancien père et mari comblé, devenu un clochard invisible, abruti de peine.
Juste un goût de trop peu, peut-être, dans cette lecture...

bouton3 Note de lecture : 3.5/5
ISBN 978 2 02 098638 0 - 13€ - FEV 2009

Un très bel article sur Initiales.org

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07 septembre 2009

Le voyage vers l'enfant, Vonne van der Meer (Rentrée littéraire 2009)

levoyageversl_enfantQuelle déception que cette lecture !

Je vous explique...

Présenté comme le troisième tome d'une trilogie, la suite en fait de La maison des dunes (Les invités de l'Ile) et du bateau du soir, Le voyage vers l'enfant n'a pourtant rien de commun avec la douceur des précédents, rien de commun non plus avec Duinroos, la plage et cette femme de ménage attentive que l'on aimait retrouver telle une figure emblématique d'un lieu de vacances que l'on aurait voulu connaître "pour de vrai".
Seul lien visible, nous retrouvons dans cet opus un des personnages, semblable à ceux déjà rencontrés auparavant, Julia, jeune femme en mal d'enfants, prête à partir au Pérou pour aller y chercher un fils ou une fille, prête à faire confiance à n'importe quel avocat rencontré dans un café à la sortie d'une réunion d'information sur l'adoption.
Le revirement de situation qui scinde à un moment précis le roman en deux parties, très étonnant, m'a paru à moi un brin sordide, et bien peu crédible.

Une lecture qui crée le malaise, et ce sans intérêt véritable et évident. Une écriture moins remarquable. Dommage...vraiment dommage...

bouton3 Note de lecture : 1/5
ISBN 978 2 35087 126 4 -17€ - AOUT 09

C'est également une déception pour Clarabel (merci pour le prêt !) - Cathulu souligne sa force dérangeante

Défi 1% littéraire 2009 : 4/7

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