02 septembre 2009

Perla, Frédéric Brun

perla"Après la mort de ma mère, j'ai perdu la plupart de mes repères. Etrangement, au même moment, je me sens attiré par le roman d'apprentissage allemand, le Bildungsroman et tous ces héros qui portent des noms d'un autre temps : Wilhem Meister, Henri d'Ofterdingen, Andreas Hartknopf... Il y a deux Allemagne. Celle des camps et des barbelés contraste avec celle des plaines embrumées, des couchers de soleil orangés, des poètes idéalistes, Novalis, Hölderlin, qui ont attrapé l'âme du monde (Weltseele). Pourquoi suis-je si fasciné par ce pays écartelé entre le lied et la voix sèche, le raffinement et la barbarie ? Je m'étonne de vouloir trouver en lui ma littérature préférée et les traces d'un passé qui ont brisé Perla."

Le narrateur, fils de Perla, raconte sa mère, alors qu'elle vient de décéder, son passage dans les camps, la dépression qui la tenaillait, le silence qu'elle gardait sur son histoire. Il cherche à la connaître mieux, tout en partant -parallèlement - à la découverte des romantiques allemands, de ce que l'Allemagne a fait de plus beau, de plus délicat, puis de plus monstrueux aussi. Il a besoin de ce périple pour veiller sur la grossesse de la femme qu'il aime, et se préparer ainsi à la venue de son fils, Julien.

Ce livre était dans ma PAL car j'en avais entendu dire le plus grand bien. Il s'agit effectivement d'un très beau portrait de femme, un hymne à la mère, écrit par un fils qui ressent le besoin de tourner une page de son histoire afin de pouvoir "faire son deuil" et accueillir son enfant nouveau-né. Il y a beaucoup d'amour dans ce texte ; quelques images illustrent les propos de l'auteur : des tableaux, photos, couvertures de livres, plans... Une belle suite à ma lecture de Une année étrangère de Brigitte Giraud, je trouve.

"A quelques jours près, elle ne serait jamais partie en Silésie. Elle aurait sûrement vécu autrement, l'esprit allégé, la chair apaisée. Elle aurait rencontré un autre homme et je ne serais pas né."

objectif_palbouton3 Note de lecture : 4/5

ISBN 978 2 253 12353 8 - 4.50€ - 02/08

Perla a obtenu la Bourse Goncourt du premier roman 2007

Clarabel a été touchée - Pour Florinette, il est à lire sans hésiter - Pour Anne, c'est un joyaux - Je me rends compte que je suis plus mitigée...

Défi Objectif Pal : 2/50

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29 août 2009

Lire 7 livres de la rentrée littéraire, je peux y arriver...

..., enfin je crois, j'ai donc décidé de participer au Challenge 1% littéraire de Levraoueg.

challenge_du_1_litteraire_20091

Les titres déjà lus :

Olivier Sebban, Le Jour de votre Nom

Isabelle Condou, La Perrita

A suivre... ;o)

Pour info, Ouest France parlait de ce défi et de quelques unes d'entre nous hier par ici, et ça m'a fait tout drôle...

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28 août 2009

Le Jour de Votre Nom, Olivier Sebban (Rentrée littéraire 2009)

lejourdevotre_nomLe jour de votre Nom, Olivier Sebban

« Il pensa à sa maison incendiée, son précédent départ, ses deux fils abandonnés. Une coïncidence monstrueuse. Il ne voulait pas comparer. Pas au moment de prendre la fuite. Il y avait quelque chose d’indélébile inscrit au fond de chaque homme, une peur plutôt qu’une lâcheté qui les rendait calamiteux. Son père, avant lui, s’était débattu par inquiétude. Crainte de devoir endurer la contrariété du changement. Il fixa la lisière des fougères sous les arbres. Il plongea sa main droite dans la poche de son pantalon et rencontra la présence familière d’un carnet, le journal de sa sœur qu’il transportait avec lui depuis le Cabo de Ajo. Main droite, main de l’amour. »

Alvaro fuit l’Espagne fasciste, contraint par la colère d'un beau-père envers un beau-fils qu'il considère comme ingrat et rebelle, abandonnant pour cela sa femme et ses deux fils. Dans sa poche, est précieusement enfoui un carnet dont les pages ont été remplies de l’écriture de sa sœur Esther. Au creux de ces lignes, des révélations sur leur père, sur son passé, sur leur nom de famille, Diaz, un nom qui ne leur appartient pas, emprunté, faux, dissimulant une autre histoire, un autre pays, une autre vie.
Les mots d’Esther réveillent dans le cœur d’Alvaro des démons et des questionnements qui le poursuivront jusque sur les routes de France, en ce début de deuxième guerre mondiale. Il connaîtra au cours de son errance les camps, le travail silencieux et abrutissant des fermes, la résistance, et l’obligation constance de se cacher toujours, de fuir, de survivre et de réparer.

Le jour de votre Nom est un roman intéressant, mêlant de manière originale la Guerre d’Espagne, période toujours restée un peu obscure pour moi, et ce que l’on connaît de mieux des années 39/45, les camps, les exodes, la résistance. A l’aide d’un immense flash-back, et tout en s’appuyant sur le fil du récit d’Esther qui révèle les secrets de leur père, ce livre nous raconte principalement le périple d’Alvaro, emblème des réfugiés que les guerres ont jeté sur les routes d’Europe en cette époque troublée.
Les divers points de vue et sauts dans le temps que l’intrigue recèle m’ont demandé à la lecture quelques efforts de concentration, surtout au tout début du récit, le temps de faire connaissance. Ils m’ont semblé positionner  le lecteur dans un état de confusion assez inutile. Cela dit, j’ai apprécié l’écriture d’Olivier Sebban. J’ai appris beaucoup en lisant ce roman et quelques pans de l’Histoire avec un grand H se sont soudain éclairés devant moi. J’ai malgré tout de plus en plus de mal à apprécier scènes de tortures et détails sanglants qui parsèment bon nombres d’intrigues aujourd’hui…dommage.

bouton3Note de lecture  : 3/5

ISBN 978 2 02 099963 2 -21,50€- 08/2009

« Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire ! "
Merci à Babélio !

         et au site   chronique_de_la_rentree_litteraire

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21 août 2009

L'allure de Chanel, Paul Morand

l_allure_de_chanel"Voilà en deux mots, pourquoi je ne vous dirai pas comment on fait une robe : je n'ai jamais été une couturière. J'admire infiniment qu'on sache coudre : moi, je n'ai jamais su ; je me pique les doigts ; d'ailleurs aujourd'hui, tout le monde sait faire des robes. Des messieurs ravissants, et qui ont échoué à Polytechnique, savent en faire. De vieilles dames branlantes savent en faire ; elles ont tenu l'aiguille toute leur vie ; ce sont des personnages éminemment sympathiques.
Moi, je suis toute le contraire. Je suis une personne odieuse et j'espère que ces propos sincères seront goûtés." (extrait)

Paul Morand, qui fut un des proches de Chanel, reprend ici la teneur des conversations qu'il eut avec elle, notées sur des "feuillets volants à en-tête du Palace de Badrutt", autrefois. C'est donc un récit à la première personne qui nous est restitué, avec cette sensation agréable d'un phrasé libre. Mademoiselle Coco raconte son enfance chez ses tantes, en Auvergne, ses rencontres avec les hommes de sa vie, notamment Boy Capel qui l'encouragea à ouvrir sa première boutique de chapeaux rue Cambon à Paris. La modiste nous parle aussi, beaucoup, outre de mode, des excentricités féminines, de ses succès et de ses amitiés célèbres (Picasso, Stravinsky,...).

J'ai aimé cette lecture où Chanel apparaît sans fard, odieuse à sa manière effectivement, utilisant parfois la langue de bois et des ellipses volontaires. J'ai retenu qu'elle aimait les livres, le travail et les gens, d'une façon très particulière.

Par contre, ayant regardé avec intérêt cette série là, qui retraçait sa vie, quelques détails m'ont particulièrement troublés, des divergences assez énormes dans l'élaboration de sa biographie par exemple. Dans la série, elle n'avait pas été élevée chez ses tantes, mais dans un orphelinat, et elle y avait rencontré une amie qui la suivrait toute sa vie, participant avec elle à la construction de son empire. Dans cette version-là, elle savait coudre, aussi... Très troublant. Voilà sans doute la conséquence de ce qu'elle nomme à un moment donné dans le texte de Morand, qui me semble plus proche de la vérité, le "on dit"...une légende qui se crée hors d'elle, et peut-être hors de la réalité de sa vie, également.

Ce livre est donc peut-être la plus fine manière d'aborder le mythe Chanel..en toute simplicité.

bouton3 Note de lecture : 4/5

Folio - 6€ - 04/09

Un grand merci à Nanne pour le prêt ! - Par ici son billet très complet

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20 août 2009

L'Irlandaise, G Pascal et J Pavot

l_irlandaiseEva O'Connell est à la recherche de son oncle Richard, dont elle a pris le caractère rebelle et déterminé. Elle n'est qu'une jeune irlandaise de 19 ans lorsqu'elle débarque en Amérique, en pleine guerre de sécession, dans un monde inconnu, viril, fait de violence et de sang...

Ce n'est plus un secret, M Sylvie est très impliqué dans cette BD, que je suis heureuse d'avoir eu l'occasion de lire grâce à Sylvie, et à Nanne... Merci !

Pour moi qui aime Bourgeon, et ses Passagers du vent, ce fut un plaisir de trouver dans les pages de cet album une ambiance familière et de constater quelques points communs entre les deux personnages féminins, Isa et Eva, cette même manière de se vêtir de vêtements masculins, de bouder et de ne perdre son sang froid dans aucune occasion. Lorsque j'étais adolescente, Eva était un peu la femme que j'aurais aimé devenir...(pas vous?) La femme que je suis est bien différente. Cela dit, restent gravées en moi quelques traces de mes lectures enfantines, faites d'îles au trésor, de corsaires et d'autres aventurières en jupon...mais bon, je m'égare. Cette BD a donc été un moment de lecture savoureux, et comme vous pouvez le constater, rempli de réminiscences.

Ambiance western chez L'Irlandaise donc, tout commence dans l'atmosphère sombre d'un saloon. La présence d'Eva, son apparition en haut des marches, ne laisse personne indifférent. Qui est cette fille ? Un homme à moustaches semble plus particulièrement lui chercher querelle. Sa condition d'Irlandaise lui sauvera la mise, encore une fois, comme elle lui avait sauvée la vie lors de sa rencontre avec Brian. Mais pourquoi son oncle Richard a-t-il disparu ? Pourquoi le recherche-t-elle ? Suite aux prochains épisodes...j'ai hâte !

Un deuxième tome est en préparation, qui m'a l'air bien magnifique, à voir par ici : http://gillespascal.blogspot.com/

ISBN 978 2 916347 16 5 - 12€ - OCT 2007 

La lecture de Nanne - Celle de Florinette 

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19 août 2009

Les encombrants, Marie-Sabine Roger

les_encombrants"Les pires, ce sont ceux qui arrivent de loin. Ils viennent trois fois l'an et se croient tout permis, ils font des réflexions, ils sonnent pour un rien. Il faut venir régler le lit, le fauteuil, le chauffage.
Ils vous toisent d'un air suspicieux, prétentieux. Rien ne va jamais bien.
Ils ont de ces questions... Il mange au moins ? On le fait marcher tous les jours ? Il sort dans le jardin ? Mme Lemasson a envie de leur dire : Si ça vous soucie tant, gardez-le donc chez vous !
Mais pas de risque, non ! Les vieux sont encombrants, ils ont des exigences. Ils prennent trop d'espace et de vie. Et de temps.
Non : on les place en maison, pour qu'ils soient bien soignés, bien à l'aise. Bien loin." (extrait)

J'ai acheté ce petit livre en bouquinerie l'année dernière (sans lire le résumé), attirée par la couverture, le titre et la maison d'édition. Le nom de l'auteure, aussi, me disait vaguement "quelque chose". Il faut dire que La tête en friche, le dernier roman de Marie-Sabine Roger, a reçu un bon accueil et a été sélectionné notamment par "l'été des libraires 2009". Ceci explique sans doute cela. Je n'avais aucune idée du sujet de l'ouvrage...oserais-je dire que je pensais lire un court roman parlant de déménagement ?!
Il s'avère que ce livre est en fait un recueil de nouvelles, ayant comme thème principal, vous l'aurez sans doute compris, les personnes âgées - ces fameux "encombrants". On y parle de solitude et de déchéances, mais aussi de ces petits arrangements et de ces mesquineries qui entourent le troisième âge au quotidien. D'une ironie implacable et d'une cruelle lucidité, elles sont d'une grande qualité.
Il y a cette femme seule que des petits enfants viennent voir en coup de vent si peu souvent, cette garde de nuit qui maltraite les pensionnaires dont elle a la garde, ce vieux monsieur qui perd la tête et se retrouve dans le jardin d'une traductrice désoeuvrée, etc... J'ai beaucoup aimé les parcourir, et je suis certaine à présent de continuer à lire cette auteure de talent. Avouons malgré tout que l'on ressort de ces sept courts textes avec une envie folle de ne pas vieillir (mais contre cela on ne peut pas faire grand chose !) et de ne surtout pas aller s'enfermer en foyer logement... Heureusement, deux textes relèvent l'ensemble d'une touche d'optimisme assez irrésistible, ouf, on en avait bien besoin.

bouton3 Note de lecture : 4/5objectif_pal

ISBN 978 284420 541 4 - 14€ - 03/07

Une lecture à l'ombre du cerisier - et une autre chez Encres vagabondes - Chiffonnette l'a lu aussi - La librairie Mot à mot fait un récapitulatif des ouvrages de l'auteure...

Défi "Objectif Pal" 1/50

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13 août 2009

Parades, Bernard Souviraa

parades"Une partie de moi, Gabriel. Voilà. La véritable définition du mot frère, c'est : une partie de soi. J'aimerais savoir s'il vous manque aussi parce que cela arrive, des gens qui traversent votre vie, comme ça, rapidement, et qui reviennent, la nuit, dans les rêves, chargés d'affection bouleversante, et ces gens dont vous pensiez qu'ils n'avaient pas eu tellement d'importance, vous vous apercevez qu'ils vous hantent, que leur image en tout cas vous hante, et cela suffisamment pour creuser un vide à l'intérieur de vos rêves. Un manque." (extrait)

Sébastien et Gabriel se sont connus dans les années 80, alors qu'ils se rêvaient tous les deux comédiens. Portés par l'enthousiasme et l'insouciance de la jeunesse, ils quittent d'ailleurs à l'époque Bordeaux pour Paris, et continuent de suivre des cours de théâtre, mêlant amitié et illusions. Sébastien ignore alors ostensiblement les sentiments de Gabriel. Il est pourtant fasciné par le charisme évident et fragile du jeune acteur.
Les deux jeunes gens suivront finalement des voies différentes et la jalousie les éloignera inexorablement l'un de l'autre. Gabriel sera repéré et brillera dans un premier rôle au cinéma, tandis que Sébastien sera professeur de français dans un collège, muselant par découragement ses désirs d'écriture.

Vingt ans plus tard, Sébastien cherche à retrouver celui qu'il n'a jamais réussi à oublier. Quelqu'un aurait vu Gabriel dans un café de Porto...

Assez étrangement, et malgré une lecture parfois fastidieuse, j'ai aimé l'ambiance particulière de ce roman-ovni au charme suranné - en quête de Gabriel-, qui nous parle de l'amour, de la jeunesse, de l'identité, de l'ambition, du talent, des désirs et de l'homosexualité, des années 80. Sous des faux airs de film à la Almodovar ou d'une Mort à Venise optimiste (que nous auraient rejoué au Portugal des acteurs vieillissants) l'intrigue de Parades ne peut qu'interpeller sur le sens de la vie, du destin de chacun, et de la place que l'on donne au courage et aux choix dans notre existence.
La morale de l'histoire se tient finalement dans cette réplique, que Gabriel lance à Sébastien en fin d'ouvrage, comme un conseil, ou une bénédiction, c'est selon...
...
"Écris. Pour le reste, va te faire foutre. J'ai sommeil."

bouton3    Note de lecture : 3/5

ISBN 978 2 87929 6012 - 18€ - 1/2008

venise3Alamauvaise_ducation

© Mort à Venise/Visconti - La mauvaise éducation/Almodovar

Une lecture de l'auteur à trouver par ici en vidéo (voir interview)

Une fiche de lecture sur Livres-Addict

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28 juillet 2009

On n'empêche pas un petit coeur d'aimer, Claire Castillon

claire_castillon"Ca ne va pas, c'est comme ça. Au début, j'ai cru que ça passerait, j'ai tenu les voiles et soufflé le vent, il suffisait de l'aimer, mais ça fait des années, et ça ne cessera jamais, la boue est montée. Il lui arrive, quand même, le temps d'une respiration, de lâcher un merci. Alors, c'est moi que les amis décident de soutenir. Il va mieux, il va bien, tu ne trouves pas, et toi, tu tiens ? Je leur réponds d'un bruit, de ventre, de gorge, d'affamée."

Autant vous le dire tout de suite, pour qu'il n'y ait ni quipropos ni équivoques, ce titre n'est pas une jolie histoire de sentiments ni de douceurs, cette couverture n'est pas la représentation photographique d'une caresse amoureuse, ce titre est en fait un recueil de nouvelles et est à proprement parler irréversiblement atroce, dans l'évocation des thèmes qu'il aborde et dans les violences, folies et hystéries, qu'il sous-entend ; et pourtant, pourtant, j'ai vraiment beaucoup aimé le lire.

Une petite explication s'impose ! Premièrement, Claire Castillon a une écriture extrêmement séduisante, rapide et efficace. Elle excelle dans l'art de la pirouette finale, grand ressort du style "nouvelles". Deuxièmement, il m'arrive assez rarement pour le souligner de rire au milieu d'une lecture, ce que j'ai fait en lisant ces textes, et ce à maintes reprises (des témoins confirment), même si le rire est parfois jaune, il est irrésistible et évident. Troisièmement, l'humour noir de ces histoires, un genre en soi, est poussé à un tel paroxysme qu'un certain détachement à la lecture se fait d'emblée...permettant d'apprécier le talent de l'écrivain et la symbolique de ces tableaux sentimentaux, conjuguaux ou non, où l'amour ne fait pas que du bien, loin de là.

Quelques histoires ? Une femme attend son époux sur le quai d'une gare une valise à la main, dérisoire - une autre fige son mariage et son époux dans un prisme guindé qui ne ressemble à rien - un homme se pose des questions au seuil d'un évènement qui mériterait autrement toute son attention - une jeune-fille fauche le mari de sa mère - etc...

bouton3 Note de lecture : 4/5

978 2 253 12258 6 - 5€ - SEPT 08

Une fiche sur un site non-officiel dédié à l'auteure - Véro a également été séduite - Clarabel a aimé, mais pas à la folie

 

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27 juillet 2009

Le bateau du soir, Vonne van de Meer

lebateaudusoir"Les propriétaires de Duinroos souhaitaient-ils que les vacanciers oublient le temps ? Cela existait-il, une durée propre aux îles, un emploi du temps déterminé par l'arrivée et le départ du bateau, par les marées, la météo, et ceux-ci devaient-ils tout bonnement s'y soumettre ?"

Ce titre est la suite Des invités de l'île, que j'avais lu il y a quelques temps déjà.
Nous retrouvons avec plaisir dans le deuxième opus de la trilogie de Vonne Van der Meer cette Maison des Dunes, Duinroos, dans laquelle des vacanciers hétéroclites se succèdent en attente de calme, de mer et de repos, de Mars à Septembre. La même femme de ménage - une femme de ménage pas comme les autres - veille toujours sur la bonne tenue de la maison et du livre d'or.... Rien n'a changé. Seul peut-être l'escalier en bois blanc a-t-il été repeint, oui. Et il semble manquer quelques pages au cahier posé en évidence sur la table basse, peut-être. Rien n'a changé, et pourtant rien ne semble être vraiment comme l'été précédent...

J'avais un souvenir lumineux du premier tome, souvenir que je n'ai pas conservé dans ce deuxième tome, que j'ai trouvé beaucoup plus mélancolique et sombre. Parmi les locataires du lieu, il y a des retours, des seconds séjours, des mal-êtres, du trouble, des doutes, et pas mal de séparations. Tout cela est un peu triste. Et pourtant, l'écriture - ou la traduction - est toujours aussi belle, et le charme du récit agit sur soi, malgré soi. Alors ? Alors, si on entreprend comme moi un second voyage vers Vlieland, il faut s'attendre à ce que la vie nous rattrappe, malgré le doux murmure des vacances, il faut s'attendre à être plongé dans quelque chose qui colle un peu aux doigts, comme cette dernière barbe à papa que l'on mange, un peu vite, un peu mal, juste avant de reprendre le bateau du soir, le dernier, celui qui ramène vers le continent.

bouton3  Note de lecture : 3.5/5

ISBN 9782264045690 - 7.40€ - 07/08

Cathulu nous annonçait en mai dernier la sortie du troisième tome prévu pour le 20 Août ! - N'hésitez pas à me communiquer vos liens de lecture sur ce titre, je n'ai étrangement rien trouvé... ;o(, et je suis preneuse.

21h19 : la belle lecture de Tania, merci !!!

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25 juillet 2009

Le dîner de moules, Birgit Vanderbeke

led_nerdemoules"[...] là, nous avons raconté pas mal d'histoires, assis tous les trois autour de la table pendant qu'il n'arrivait pas ; nous nous sommes aussi demandé pourquoi nous supportions tout ça. Cette question, mon père se la posait souvent aussi quand il était d'une humeur pourrie, il disait la plupart du temps je ne peux pas supporter ça ; tout de même, c'est de la tyrannie, on préfère ne pas avoir de vraie famille que d'en avoir une comme celle-là [...]."

Le ton vous est donné. Tout, pourtant, démarre assez doucement dans cette histoire, par la préparation familière d'un plat de moules, censé être l'apothéose d'une journée réussie. Le père va rentrer tout à l'heure, fier de la promotion qu'il a obtenu. La mère, et ses deux grands enfants, un garçon et une fille, l'attendent. On sent très vite une certaine opression à suivre le fil des pensées de l'aînée, celle qui raconte les évènements. Le style est vif, rapide, bourré de virgules, assez peu pourvu de points. Le souffle de la lecture est tendu, presque difficile à tenir mais colle parfaitement à ce qui est de moins en moins sous-entendu : le père attendu, mais dont on espère finalement qu'il n'arrivera pas, fait régner sur son foyer une tyrannie implacable, au nom de cette sacro sainte idée qu'il s'est faite, une réalité qui n'existe pas, celle d'une "famille parfaite".

"Ce qui manque à l'un, l'autre en a à revendre, disait-il, et tout compte fait, ce n'était pas si grave que ça pour moi, mais pour mon frère, qui était aussi le plus jeune, c'était plutôt grave. Mais c'était peut-être pour ma mère que c'était le plus grave, parce qu'elle devait veiller à ce que nous soyons une vraie famille, et ce n'était sûrement pas facile, car l'idée que mon père se faisait d'une vraie famille était précise, mais imprévisible parce que impénétrable, et aucun d'entre nous, surtout pas ma mère, ne comprenait cette logique [...]."

Ce roman de Birgit Vanderbeke est sorti en Allemagne en 1990. Il traite avec un humour féroce, et un détachement douloureux, de ce qui se terre parfois au sein des foyers, derrière les facades lisses du paraître, de la violence. Il remet en question l'idée que l'on peut se faire nous aussi, bien souvent, d'une "vraie famille" idéale, cette idée enfermante en soi, peu constructive. Une lecture qui remue, qui questionne et qui ne nous laisse en repos qu'avec les dernières lignes ! Pfiou...

"[...] seule ma mère a quelquefois dit vous devez aussi voir le bon côté des choses, vous devez voir aussi ce que votre père a de bon, et ensuite elle a dit, il faut quand même avoir de la compréhension ; mais ce soir-là, notre compréhension nous a quittés, elle est partie et n'est jamais revenue, nous avons dit, pourquoi toujours nous, et qui a de la compréhension pour nous [...]"

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

ISBN 2 234 05239 4 - OCT 2000

Un grand merci à Anne !

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