16 juin 2010

Une sortie poche à découvrir

l_autre_moiti__du_soleil"Le monde s'est tu pendant que nous mourions"

L'autre moitié du soleil déroule sa trame durant la guerre Nigeria-Biafra qui eut lieu entre 1967 et 1970. Les faits sont réels mais les personnages fictifs. Apparaît tout d'abord dans le récit de Chimamanda Ngozi Adichie, Ugwu, jeune boy de treize ans, venu servir un maître intellectuel aux idées engagées, Odenigbo. Puis, nous suivons le destin de deux soeurs jumelles, pourtant dissemblables, Olanna, belle et amoureuse de Odenigbo, et Kainene, plus sèche et ironique, qui nourrira une liaison secrète avec un journaliste blanc, Richard. C'est le parcours de ce groupe, à l'avenir privilégié tout tracé, que l'auteure nous conte, un parcours que l'indépendance du Biafra (symbolisée par un demi-soleil jaune cousu sur les manches des soldats) et la guerre viendront foudroyer...

Un livre avec de l'émotion au bord de la lecture.

Lire mon billet ici

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12 juin 2010

Carnets intimes, Sylvia Plath

carnets_intimes"David avait compris. Ce serait exactement comme dans Alice au pays des merveilles, seulement Susan serait Alice et lui... eh bien, lui, il serait toujours David."

Dans ces Carnets intimes, ce sont en fait neuf nouvelles que nous présentent les éditions de la Table Ronde, des nouvelles qui complètent et mettent en perspective l'oeuvre en prose connue de la poétesse américaine Sylvia Plath.
J'avais tenté il y a quelques années la lecture de La Cloche de détresse, son unique roman, et je n'avais pas accroché. C'est avec l'autobiographie romanesque de Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier, que j'ai renoué en beauté avec elle.
Je dois vous avouer que je connais peu ses poèmes, et le peu que j'en ai lu ne m'a pas forcément touché. Ici, c'est à nouveau son univers quotidien que l'on retrouve, les épisodes de sa vie qui l'ont marquée, sa rencontre notamment avec le poète Ted Hugues, leur lune de miel littéraire en espagne, sa maison du Devon et leurs relations avec le voisinage...mais aussi des oeuvres de fiction, parfois déroutantes et dérangeantes de désespoir où l'on semble découvrir des traces de ce qui en 1963 lui donnera l'impulsion fatale.

J'ai beaucoup aimé plonger dans cette écriture d'une intimité troublante et généreuse. J'ai retrouvé avec ce livre du plaisir de lecture, celui-là même qui m'avait échappé quelques semaines plus tôt. Ces nouvelles sont d'un intérêt variable. Je retiendrai Le Rocher vert dont est extraite la citation plus haut qui conte un après-midi de plage nostalgique que vivent en osmose le frère et la soeur, tout en creusant un trou dans le sable, à la recherche de leur prime enfance... mais ce sont de nombreuses pépites que l'on peut piocher dans ce recueil, à lire et à relire.

Une lecture attachante et essentielle.

bouton3  Note de lecture : 4.5/5 - 16.77€ - 1991

Une lecture fascinante pour Cathulu (merci !!) - Lilly est ravie - Une très belle découverte pour Clara - Edea est également enthousiaste - L'avis de Dominique ?

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08 juin 2010

Quand les loups avaient des plumes, Isabelle Cousteil

quand_les_loups_avaient_des_plumesMémoires en chrysalide

"Ils ont peur du froid, c'est une chose. Mais ils ont aussi peur du chaud. Ils ont peur des trous, des bosses, du vide, des marches qui glissent, des portes qui coincent, des voitures qui écrasent. Ils ont aussi peur qu'on salisse, qu'on recrache, qu'on s'indigestionne, qu'on se ballonne, qu'on se noie, qu'on se déssèche, qu'on perde notre doudou, qu'on s'habitue à la tétine, qu'on ne parle pas assez tôt, pas assez bien, qu'on parle trop, qu'on ne fasse pas pipi quand il faut où il faut... et puis qu'on ne réussisse pas à l'école, qu'on reste trop longtemps à la maison, qu'on en parte trop tôt, qu'on prenne goût aux sports dangereux et aux substances illicites, qu'on ne fasse pas d'études ou qu'on en fasse de trop longues, qu'on tombe sur une greluche, une intrigante, une feignante, une méchante."

Un petit bonhomme de 1501 jours prend la plume pour revenir sur son passé, pour refaire ce voyage du premier jour (le jour J) à celui de ces quelques quatre ans et des poussières qu'il atteint aujourd'hui.
Le regard sur sa mère est tendre, presque protecteur, celui sur le père est plus distant, périphérique. De sa petite voix de grande personne, Loulou scrute le monde, les alentours, d'un regard lucide et un brin inquiet.

Il m'est bien difficile de m'exprimer sur ce livre, lu dans une période de fatigue livresque peu propice... Mais allons-y, voici donc ce que j'en ai pensé...
J'ai grandement aimé l'écriture de ce mince livre vert, le style, mais un peu moins le principe. Moi même maman d'un petit garçon de quatre ans et des poussières (presque cinq jeudi) il m'a été difficile d'adhérer au mécanisme langage supérieur/âge réel. Quelquefois, cela fonctionne, le décalage mental se fait très bien, et quelquefois cela ne fonctionne pas. Ici, j'ai été emportée pendant les premières pages puis petit à petit débarquée sur le côté.
Cependant, j'ai apprécié de nombreux passages de ce récit déroulé comme un journal de bord - dont celui que je cite plus haut - et le souvenir de la naissance du petit garçon, décrit avec un humour parfait, est irrésistible.

A vous donc, peut-être, de tenter à votre tour la découverte !

bouton3 Note de lecture : 3/5 - Editions Triartis - 15€ - Février 2010

Une belle surprise pour Anne !! (merci !) - La découverte de Sylire

Gwenaelle est également emballée

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03 juin 2010

Le Fou de l'autre, Sophie Képès

lefoudel_autre"C'est en observant le bref vacillement dans ton regard que j'ai entrevu une issue : ne jamais te donner ce que tu attendais, ne jamais jouer le rôle que tu me dictais. Etre ailleurs. Etre une autre. Je ne me le suis pas formulé clairement à ce moment-là. C'était intuitif, inarticulé. J'ai foncé dans le noir..."

Des nouvelles ou des extraits de vie, on ne le saura jamais vraiment. Il s'agit ici de raconter des histoires de femmes, d'une femme en particulier peut-être, de parler de ses passions, des hommes de sa vie, de ses choix amoureux.
Rien de toujours très reluisant, rien de toujours très assumé non plus, rien de bien abouti dans ces histoires de coeur que l'on nous sert, à part des raisons de s'enflammer, de se passionner ou de regretter.
Les époux deviennent des ex. Les hommes sont alcooliques, infidèles, séducteurs. Parfois ils font bien l'amour, on s'en étonne alors, mais souvent ils déçoivent. Parfois aussi, les hommes sont des pères.

"Stendhal dit quelque part que l'amour s'empare de nous par deux voies : les sens et l'imagination. Je ne sais plus où, mais qu'importe ? Ce salaud de Stendhal a tout écrit sur les états et les nuances infinies du sentiment amoureux."

A l'instar de Spéracurel, j'ai entamé cette lecture avec un enthousiasme certain. De plus, l'écriture de Sophie Képès m'a tout de suite beaucoup plu, voilà qui était un point positif. Le ton, la verve frondeuse, tout était là pour me séduire. Cependant, j'ai refermé ce recueil un peu dépitée. Pour moi la plupart des nouvelles ont une chute qui tombe à plat, et l'on sait oh combien cet élément est important. Pour moi, me reste à l'esprit un sentiment désagréable au terme des pages, non que rien ne le soit réellement dans ce livre mais cela reste en suspens au fil des mots et colle de plus en plus aux yeux à la longue ...

Je commence à me demander si je ne traverse pas une phase négative en matière de lecture, car après quelques délicieux récits qui parlaient si tranquillement de campagne, de douceur et de temps, le sentiment qui domine chez moi est celui de ne pas être en osmose avec les derniers volumes que j'ouvre depuis quelques jours. Je le regrette pour eux, et je le regrette pour moi.

Lorsque je m'inscris à Masse critique j'aime cocher plusieurs livres, et laisser le hasard faire ensuite son choix... J'ai rencontré cette fois-ci Sophie Képès, j'aimerais beaucoup découvrir d'autres de ses écrits et m'en faire ainsi une idée plus complète.

bouton3 Note de lecture : 3/5 - Les éditions Noir sur Blanc - 12€ - Avril 2010

Un livre lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babélio - merci à eux !!

Le Fou de l\'autre par Sophie Képès

Sophie Képès

Critiques et infos sur Babelio.com

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02 juin 2010

Fables amères, Chabouté

fables_am_resJ'avais déjà lu, et beaucoup aimé, Tout seul, cette histoire de solitude et de mer qui fait fondre le coeur. Je voulais donc enchaîner le plaisir avec cet opus là dont on entend beaucoup parler, mais je ne me doutais pas du goût si amer de ces fables qui ne sont pas tant que cela de tout petits riens...

Il y a cette petite fille qui se fait rabrouer par ses parents un dimanche matin alors qu'elle leur apporte le petit-déjeuner au lit, cette caissière qui se laisse houspiller et humilier sans rien dire gavée de chagrin, ces locataires d'un immeuble qui se parlent avec douceur via internet mais se méprisent dans la réalité, et tous ces laissés pour compte de la vie qui semblent avancer comme des fantômes du quotidien...
Que de raisons de se révolter et de s'indigner.

Une lecture pas si légère donc, un peu plombante même pour mon goût. Peut-être est-il préférable de découvrir tout d'abord Tout seul, pour continuer à croire un peu en l'humanité. Cela dit, Chabouté est un excellent auteur, il a réussi encore une fois à me chambouler.

Vents d'Ouest - 12€ - Mars 2010fablesam_res

L'avis de Choco - Bellesahi l'a lu aussi

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31 mai 2010

Spéracurel, Anna Dubosc

sp_racurel"T'es marrante, c'est déjà ça. Bon allez, file. Et demain, viens avec ta tête !"

Ce tout petit livre regroupe des instants de vie, des tranches de quotidien, relevés avec avidité et engouement par une jeune femme que l'on soupçonne maman d'une petite Asia, mais également aussi une fille préoccupée par la fragilité de sa mère. La narratrice est d'origine asiatique, japonaise, une jeune personne remplie d'envie d'écrire, qui ressemblerait sans doute à Anna Dubosc, ou à ce que l'on en présume d'après sa photographie et la courte biographie ajoutée en quatrième de couverture...

De ce recueil, j'ai beaucoup aimé le tout premier passage qui conte une première journée de travail au comptoir d'un restaurant rapide. Cela m'a rappelé quelques grands moments de solitude personnels. J'ai malheureusement peu à peu perdu pied au fil de ma lecture, comme une impression de ne pas tout saisir, de lire des écrits trop intimes qui parleraient d'une famille dont je ne connaissais rien, un manque d'universalité dans l'écriture en somme qui éloigne le lecteur et ne l'accroche pas suffisamment. Et puis, la nouvelle intitulée 28 minutes m'a véritablement scotchée, elle raconte comment la narratrice a assisté à l'accouchement du fils d'une amie, d'une manière à la fois distanciée et réaliste très séduisante. Alors, je me suis faite cette réflexion qu'il y avait quelque chose dans ce tout petit livre, quelque chose à éclore peut-être, quelque chose à ne pas refermer dans le futur...

bouton3 Note de lecture : 2.5/5 - Editions Rue des promenades - 10€ - Mai 2010

Un grand merci aux éditions Rue des promenades pour l'envoi et à Blog-O-Book pour le partenariat !

Et je vous engage à aller jouer aux cadavres exquis sur le site de l'éditeur, c'est amusant.

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29 mai 2010

Transat, Aude Picault

transat_aude_picault"Il paraît que, pour s'épanouir, l'individu a besoin de transcender sa modeste existence à travers un idéal, un "grand tout". Moi, je me transcende dans le grand fourre-tout de la communication visuelle. J'alimente l'immense fleuve d'images inutiles et superficielles...et ça ne m'épanouit pas du tout."

Aude, jeune graphiste parisienne trentenaire, ne supporte plus son quotidien surfait. Surtout, il faut bien le dire, depuis que trotte dans sa tête son projet, se retrouver quelques temps seule sur une île pour écrire, et effectuer cette équipée en transat qui s'avérera un bol d'air salvateur...  transat1

D'un trait de crayon, vif, alerte et plein d'humour, Aude Picault sait croquer des attitudes, des expressions, des mouvements. Ce n'est pas réellement l'aspect "vie de trentenaire" qui m'a intéressée ici mais la personnalité du personnage, son expérience maritime, et ses questionnements existentiels, cette peur de se conformer qui agite ses pensées... Comme quoi s'accorder une pause de temps en temps est un bien nécessaire.

"Eh bien moi, avant de partir, j'étais dans l'état [...] où chaque geste me semblait vide de sens. Tu sais, cette angoisse qui te prend, pollue ton regard, rendant tout négatif et vain. La peur de se figer dans une vie trop étroite."

Editions Hachette - Collection Shampooing - 14.95€ - mai 2009

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26 mai 2010

Le goût des pépins de pomme, Katharina Hagena

le_go_t_des_p_pins_de_pomme"Le mur était éblouissant de blancheur. Pourquoi Max se comportait-il d'une manière si bizarre ? Je me postai à côté de lui, mais cette fois encore, il ne leva pas la tête. Le mur était entièrement peint et pourtant, Max se tenait là, à peu près au milieu, et il continuait de badigeonner. Il me sembla qu'il recouvrait de peinture quelque chose qui n'avait pas tout à fait disparu. Y avait-il eu à cet endroit une autre inscription en rouge que je n'avais pas vue et qu'il n'avait pas voulu me signaler, peut-être pour me ménager ? Je remarquai alors qu'il recouvrait de peinture quelque chose qu'il avait peint lui-même sur le mur. Mon nom. Une douzaine de fois environ.
- Iris, je...
- Ce mur me plaît.
Nous sommes restés là à le regarder pendant un long moment."

Iris vient d'enterrer sa grand-mère, entourée de sa mère et de ses deux tantes. A sa grande surprise, elle apprend, lors de l'ouverture du testament que c'est à elle que Bertha a légué sa maison. Iris doit décider en quelques jours de ce qu'elle souhaite en faire, avant de rentrer à Fribourg où elle exerce le métier de bibliothécaire.
Alors, la jeune fille s'installe entre les murs lourds de souvenirs de la petite maison, farfouille dans la penderie de ses tantes, va nager dans le lac et parcourt en tous sens sur le vélo de son grand-père le lieu des étés de son enfance.
Viennent lui tenir compagnie les fantômes des absents, sa grand-mère et la disparition progressive de sa mémoire, son grand-père poète à ses heures, mais aussi Rosemarie, cette cousine aux cheveux roux morte à l'aube de ses seize ans. Et puis, il y a Max, l'avoué, le petit frère de son ex-amie, celui qu'elle traitait de nigaud autrefois, qu'elle ne cesse de croiser depuis son arrivée...

Voici une bien belle histoire que ce goût des pépins de pomme.
Ce roman m'a plongé dans ce qu'il y a de meilleur parmi mes souvenirs d'enfance. Il est rempli de sensations, de bruits et d'odeurs. J'en ai aimé la petite folie douce, engendrée par le personnage d'Iris, avec cette manière qu'elle a de se déguiser avec les robes de ses tantes, de retomber en enfance, d'agir tout à coup selon le goût du moment. On ressent à quel point la jeune fille a été touchée par la maladie de sa grand-mère, à quel point elle se protège, et combien dans cette maison elle se laisse soudain couler vers le passé, en confiance.
Et puis, il y a Max, et là mon âme romantique a encore été comblée. Pfiou.
Ce livre est un presque coup de coeur, il m'a semblé que quelques longueurs s'insinuaient dans ma lecture aux trois quarts du roman...mais allons, juste le temps d'une petite sieste à l'ombre d'un pommier.
Une lecture au doux parfum de campagne et d'enfance.

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - 19.50€ - Janvier 2010

Ce titre est un livre voyageur d'Aifelle, un grand merci à elle, j'ai adoré !! Elle souligne d'ailleurs à bon escient la gaieté et l'humour de ce texte, dont je ne vous ai pas parlé dans mon billet.

L'avis de Ptitlapin : "Il y a de la folie, de la jalousie, de l'amour, de la tendresse, de la peur. On passe du grave au superficiel tout en aimant redécouvrir le goût des pommes. Tout est léger même si les souvenirs sont lourds."

Mango : "Ce récit est comme une pyramide, large à la base,  très resserré à la fin sur ce drame qui a fait éclater tous les liens, chacun s’éloignant des autres, dans un immense chagrin silencieux. Tout ce livre cependant respire l’aspiration à un bonheur simple et paisible. Je l’ai beaucoup aimé !"

Cathulu en a abandonné la lecture, et Véronique La Pyrénéenne est plus pondérée :"Je ne me suis vraiment attachée ni à la maison ni à aucune de ces femmes, le plus touchant pour moi ayant certainement été Max, le petit frère de l'ancienne amie d'Iris, aujourd'hui avoué en charge de la succession et qui tombe amoureux sans avoir eu le temps de s'en rendre compte..."

Les avis sont partagés !!

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23 mai 2010

Là-haut, tout est calme ~ Gerbrand Bakker

l__haut_tout_est_calme"J'ai mis Papa là-haut. Après l'avoir assis dans une chaise, j'ai démonté le lit. Papa est resté dans cette chaise, comme un veau né de quelques minutes et que la vache n'a pas encore léché, tête vacillant de façon incontrôlée, regard qui ne s'attache à rien. J'ai arraché du matelas couvertures, draps et alèse, posé le matelas et les planches du fond le long du mur, défait les vis qui maintenaient tête et pied aux côtés. J'essayais autant que possible de respirer par la bouche. La chambre d'en haut - ma chambre - je l'avais déjà débarrassée."

Helmer décide un beau jour de tout changer. Son père, devenu un vieillard grabataire et peu bavard, dormira dorénavant là-haut, dans son ancienne chambre. Le fermier s'approprie petit à petit l'espace du rez-de-chaussée, repeint, modifie la décoration. Rien n'avait bougé depuis trente-cinq ans, depuis la disparition de son frère jumeau, Henk, dans un tragique accident de voiture. Helmer ne se plaint pas, mais une sourde colère semble le ronger, et le faire agir méthodiquement. Etonnament, au milieu de ce bouleversement, Riet, l'ancienne fiancée de son frère, fait son apparition, lui demandant de s'occuper quelques temps de son plus jeune fils, prénommé lui aussi Henk...

Certains livres nous imposent leur rythme, nous obligent à ralentir notre lecture, nous retiennent et nous apaisent étrangement, Là-haut, tout est calme est de ceux-ci. J'ai cédé à l'envoûtement de son atmosphère bucolique et à la cadence de son personnage taiseux, qui tel Robinson sur son île se construit geste par geste son nid.
Cet homme dont tout le monde a oublié le chagrin - avoir perdu en cours de route sa moitié, son double - cherche le bonheur, une sorte de vérité intérieure qui serait également le fil de sa future vie à lui, celle où après le décès de son père sa famille ne serait plus.
Les rapports entre les êtres sont ici décrits par touches infimes d'humanité. Personne n'est parfait. Rien ne s'avère être de la faute de personne. Chacun est responsable de son propre destin.
Une lecture au charme étonnant et à la force discrète. Un roman que j'ai véritablement aimé lire.

bouton3 Note de lecture : 4.5/5 - Gallimard - 21.90€ - Octobre 2009

Ce titre est un livre voyageur de Cathulu, merci !!

Bellesahi l'avait lu la première ... "Etrange. Il est comme vide et pourtant il vous tient."

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17 mai 2010

Cinq mille kilomètres par seconde, Manuele Fior

cinqmillekilom_tresparseconde"Bonjour Lucy.
Moi ? Bien, bien. En Egypte. Tu l'as vu dans le journal ?
Pardon ? Non, il y a comme une seconde de décalage.
Tu m'entends maintenant ?
C'est normal, nous sommes à...
Tu m'appelles d'Oslo ?
Plus ou moins cinq mille kilomètres.
Cinq mille kilomètres et une seconde."

Lors de l'emménagement de Lucia dans une résidence, son regard croise celui de Piéro, son voisin d'en face. Elle a seize ans et ce dernier vient de réussir son diplôme de fin d'études. Ils s'aiment un moment puis s'éloignent. Lucia part en Norvège, y rencontre Sven et tombe enceinte. Piéro devient entre temps un archéologue reconnu...

Cinq mille kilomètres par seconde est une bande-dessinnée qui conte par touches colorées les aléas de leur deux parcours de vie, ou comment à force de tenter de choisir entre plusieurs voies possibles, on perd le nord et passe allègrement à côté de l'amour. Une réflexion un brin désanchantée sur le temps qui passe, aussi...

J'ai beaucoup aimé l'esthétique de cet album coloré. Les aquarelles sont superbes et la mise en place des vignettes m'a beaucoup fait penser à Dans mes yeux de Bastien Vivès. A découvrir, résolument !

Biblioth_que_et_LALEditions Atrabile - 19€ - Janvier 2010

(Quelques planches et des commentaires d'internautes à voir et à lire par ici.)

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