02 mai 2011

De chair et de sang, Michael Cunningham

de_chair_et_de_sang"Une jolie épouse, des meubles de pin massif, des pommes de terre et des côtelettes de porc qui vous attendent au chaud dans le four. Il voulait être heureux de façon permanente, consistante, heure après heure, pas seulement par petits accès qui s'emparaient de lui à l'improviste, en général quand il se trouvait seul. Il avait travaillé si durement. Il se disait qu'en se comportant comme quelqu'un d'heureux, en s'exprimant comme un homme heureux, il pourrait peut-être retrouver le bonheur. Il pourrait le saisir par ses ailes invisibles et le tenir serré contre sa poitrine."

En ce début des années 50, aux Etats-Unis, Constantin et Mary ont tout à prouver, descendants d'immigrants pauvres, la vie les a unis très jeunes (pour le meilleur espèrent-ils). Et la réussite est effectivement là au détour du chemin, bienvenue après des années de galère. Constantin fait fortune dans l'immobilier.
Mais la violence est très présente aussi. Constantin pique des colères terribles. Et le désir de perfection dans lequel Mary met tout son honneur et toute son énergie pervertit tout, et surtout le lien qui les unit à leurs enfants.
Susan devra s'enfuir pour rompre la relation - à la limite de l'inceste - initiée par son père. Billy se cherchera longtemps avant de se trouver dans un nouveau prénom, une autre vie. Zoé, la petite dernière, adoptée par un travesti de Manhattan, deviendra la mère célibataire d'un enfant noir.
Pour des parents, cherchant à tout prix à maintenir une façade de respectabilité au sein d'une haute société à majorité blanche, la pilule est difficile à avaler et le scandale total. Cependant, le temps qui passe lisse les aspérités de chacun et laisse - contre toutes attentes - entrevoir l'existence d'une famille soudée malgré les divergences...

Ce roman, épais et dense, est à la fois effroyable et magnifique. Effroyable par ce qu'il suppose de violence et de descentes aux enfers personnelles. Magnifique dans l'écriture, et dans cette particularité qu'à l'auteur de faire avancer le temps de scènes en scènes. Elles sont décrites au scalpel, d'une rare perfection. Avec elles, nous allons au creux du Moi et de ses ambivalences constantes.
Michael Cunningham est notamment l'auteur du roman Les heures, dont je n'ai vu que l'adaptation cinématographique, et qui aborde trois destins de femmes dont celui de Virginia Woolf. J'ai retrouvé ici quelques scènes terribles et similaires, comme par exemple celle de la confection du gâteau parfait. On retrouve également la description d'une femme confrontée au silence impersonnel d'une chambre d'hôtel. 
J'ai aimé lire ce roman car sa qualité est indéniable et l'expression de la solitude fort bien décrite. J'ai aimé aussi ce qui anime les personnages, malgré leurs erreurs, et tout ce qui amène en fin d'ouvrage à prôner la tolérance. J'ai moins aimé peut-être l'accumulation de moments qui m'ont parfois semblé un brin sordides, même s'ils servent de manière indéniable la narration. Un roman riche et profond, un presque coup de coeur !

bouton3 Les éditions du Livre de Poche - Avril 2011 - 6.95€

Lu dans le cadre d'un partenariat avec BOB ! Merci aux éditions du Livre de Poche !

Je me note dans un coin les deux autres romans de l'auteur Le livre des jours et La maison du bout du monde

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16 avril 2011

Déjà l'automne, Astrid Eliard

Un week-end d'été, à l'orée des feuilles mortes

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"Eva se demandait souvent ce qu'elle avait fait de sa vie jusqu'à ses quarante ans. Selon elle, ils lui étaient tombés dessus avant qu'elle atteigne réellement cet âge. Ils avaient sauté une, deux années, ils étaient peut-être mauvais en calcul. [...] Eva n'avait pas toujours été cette femme aux hanches creuses, aux épaules tombantes, au dos très légèrement tassé qui signifiait à ceux qui la regardaient : Vous n'aurez rien, vous ne verrez rien. Pas le début du commencement de ma poitrine, pas plus qu'un morceau de la voûte de mon ventre.
A vingt ans, elle était, disons pulpeuse."

Michel est chirurgien esthétique. Il reçoit ainsi régulièrement dans son cabinet des célébrités en quête de jeunesse et de perfection. Un jour, c'est Edgar Homme qui franchit son seuil, pour une simple opération nasale. L'acteur, séduisant, imposant, affable, enrobe très vite le quadragénaire de son charisme. Alors qu'il remarque une photo d'Eva sur le bureau du médecin, il les invite tous les deux spontanément pour un week-end à la campagne. Nous sommes début Août, Eva a acheté une nouvelle robe pour l'occasion, son mari cherche à faire bonne impression, mais la jeune femme a affreusement froid, et l'atmosphère de la demeure de leur hôte se révèle oppressante...

Et bien, ce petit roman acheté dimanche dernier sur un coup de tête est plutôt une bonne surprise. Même si je ne suis personnellement pas vraiment adepte des maisons cachées au fond des bois, de l'humidité et des ambiances à la Hitchcock, il n'y a rien à redire à la qualité de ce texte. J'ai même ressenti de l'affection pour le personnage d'Eva, cette femme qui semble s'enfoncer en elle, victime dont on ne sait trop quel traumatisme ancien, elle qui était si fière de ses rondeurs avant, si belle sur scène avec sa chevelure rousse lui tombant en cascade sur le dos. On aimerait peut-être quelques clés supplémentaires, une autre fin, mais ce roman, loin d'être aussi terrible que l'auteure me l'avait signalé est d'un romantisme sombre plutôt intéressant. Une auteure à suivre, donc...

Ce titre est en fait le premier roman d'Astrid Eliard, publié en second. Nuit de noces, son recueil de nouvellesest sorti en poche en janvier 2011.

bouton3 Editions du Mercure de France - 15.80€ - Mars 2011

Je vous signale à l'occasion que ce livre est dans la prochaine sélection de l'opération Masse Critique, qui démarre lundi matin à 8h30, qu'on se le dise...
Toutes les infos en cliquant sur ce [ lien ].

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14 avril 2011

Piercing, Viviana Lysyj

lysyj_piercing_9782268071121_Small"Elle se dit que ce ne serait pas une mauvaise idée de sortir dans la rue avec un carnet de notes, comme l'on fait Balzac ou Zola, paraît-il, ou avec un petit magnéto pour écrire le grand livre de la vie sexuelle des habitants de Buenos Aires, qui n'aurait rien à voir avec ces émissions de la télé qui rendent le vécu si trivial [...]."

Et c'est exactement ce qui arrive dans ce roman de Viviana Lysyj, une famille de Buenos Aires est regardée à la loupe, côté vie sexuelle, de ce côté qui nous est édulcoré d'ordinaire, caché. Il y a là une petite fille de onze ans qui aime les poupées mais se questionne sur le baiser, une grande soeur qui est déjà loin depuis qu'elle a un copain. Les parents, en pleine crise de la quarantaine, ne savent comment gérer ce cap et pourtant découvrent avec étonnement l'étendue de leurs émotions physiques encore possibles. En périphérie, les oncles et tantes vivent chacun des histoires singulières avec des amants de passage...

Moi qui d'ordinaire n'aime pas vraiment reprendre les termes des services de presse que l'on m'adresse, je ne peux m'empêcher ici de vous en donner un aperçu tant ils correspondent à mes impressions de lecture.
Mots de l'éditeur... "Un roman sur la sexualité, traité avec humour et ironie par un grand auteur argentin."
Les inrocks... "Un pari réussi d'une force narrative originale."
En quatrième de couverture... "Viviana Lysyj peint la dérision du quotidien dans l'Argentine contemporaine, et plus particulièrement le désarroi qu'inspire la sexualité, à tous les âges."

En effet, et si l'on veut bien ici mettre un peu sa gêne au placard ou sa pudibonderie, on passera un excellent moment en compagnie de cette famille qui regarde sans faux-semblants ses propres désarrois face à une sexualité pas toujours évidente, parfois audacieuse, souvent maladroite. J'en ai aimé l'humour, la galerie de portraits qui donne à l'ensemble un aspect roman choral, la sensualité, l'humour. J'ai également apprécié les multiples références érudites (qui marquent une culture française très présente en Argentine, ce que j'ignorais) et politiques, qui apportent définitivement à ce roman une profondeur inattendue et forte.

Un presque coup de coeur étonnant ! Mais n'est-ce pas tout ce que je demande désormais à mes lectures, de m'étonner avec qualité, voilà qui est fait. Pour preuve, mon exemplaire est terriblement corné.

"[...] oui, elle les entend déjà : quelle femme compliquée, tous ces trucs intellectuels tellement français, c'est sûrement une perverse, les intellectuelles sont les plus vicelardes, elles font comme si elles se contentaient de lire des livres, mais allez savoir ce que leur mettent dans le bourrichon toutes ces lectures du Marquis de Sade..." [...] Elle leur confiera à voix basse que son sous-vêtement préféré est un pull-over troué qui a rudement rétréci au lavage, et ce qu'elle préfère qu'on lui fasse sous la douche, c'est la laisser se laver tranquillement. Sur ces bonnes paroles, elle quittera le studio de télévision en se disant "Lisez, brutes, lisez au moins Sexus, ou Plexus, ou Opus Pistorum, ou un autre livre excitant d'Henry Miller."

bouton3 Le Serpent à Plumes - 22€ - Sortie le 14 avril 2011

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12 avril 2011

La Septième vague, Daniel Glattauer

Quand souffle le vent du nord, la suite...

lasepti_mevague"Pourquoi est-ce que je t'écris ? Parce que j'en ai envie. Et parce que je ne veux pas attendre en silence la septième vague. Oui, ici on raconte l'histoire de l'implacable septième vague. Les six premières sont prévisibles et équilibrées. Elles se suivent, se forment l'une sur l'autre, n'amènent aucune surprise. [...] Mais attention à la septième vague ! Elle est imprévisible."

Léo Leike est de retour.
Après être tombée sur lui par hasard en envoyant un mail dans le premier volet, s'être heurtée dans les premières lignes de ce volet-ci à un manager du système aux réponses automatiques (un passage que j'adore), voici qu'Emmi reçoit enfin un message de son correspondant préféré.
Mais si Léo Leike est de retour il n'est plus seul, il a rencontré une certaine Pamela, à Boston.
Cependant, l'échange continue entre nos deux bavards virtuels et une rencontre pour de vrai semble vouloir enfin se profiler au détour du clavier... Plus d'esquives, plus de fausses excuses, plus de peurs ?
Le réel sera-t-il emporté par la force de la septième vague ?

Nous sommes nombreuses à avoir succombé à l'attraction terrible de Quand souffle le vent du nord en 2010. Et bien j'ai le sentiment d'avoir été un peu déçue par cette septième vague de 2011 que j'ai personnellement trouvée parfois un peu longuette... Les tergiversations de nos deux internautes ont contre toutes attentes réussi à me lasser. Je me suis demandé pourquoi ils ne se précipitaient pas enfin l'un vers l'autre, non mais mince à la fin, puisqu'ils ne peuvent se passer l'un de l'autre. Cependant, les répliques ont toujours une verve unique, les deux personnages une personnalité attachante, et le principe de cette conversation par mail reste une excellente idée, alors je ne sais pas... un manque d'attrait pour moi cette fois-ci.
Malgré mes bémols, je m'aperçois aujourd'hui, qu'une fois les pages refermées, Emmi et Léo n'ont cessé de me poursuivre ...
Ah ah, aurais-je donc été séduite quand même, à mon insu ?

bouton3 Editions Grasset - 18€ - Avril 2011

Quelques lectures qui vous emmèneront vers beaucoup d'autres ... Leiloona - Clara - Cathulu et Cuné !! 

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11 avril 2011

La poussette, Dominique de Rivaz

Attention attention, j'en dis peut-être de trop...

lapoussette"Tout ça ne serait pas arrivé si au cours de puériculture de l'école, quatre semaines avant le brevet, la poussette ne s'était pas renversée. [...] Ca a été un freinage tellement brutal que la suspension avant a lâché, l'avant avec le petit duvet est parti vers l'arrière, le bébé (il s'appelait Luca) a fait un demi-salto en l'air, il n' a même pas crié, il devait être un peu étonné, et il est tombé la nuque la première sur le béton devant la grille."

Comment se remettre d'un évènement pareil lorsque l'on a à peine quatorze ans et que l'on se destine à un métier ayant trait aux enfants ? Compliqué. Alors, on choisi l'horticulture, moins dangereuse, on y rencontre son mari lors d'une journée "aérée", on se met avec lui à arpenter les parcours de golf à la recherche de petites balles rondes perdues, rondes comme ce ventre qui ne portera jamais d'enfant, l'a-t-on appris enfin avec effarement.
C'est son histoire qu'une jeune femme raconte, sur un ton hésitant entre la naïveté et la folie...

Ce petit livre, à la thématique psychologiquement violente, se lit d'un trait car l'écriture en est fluide et agréable. Cependant, je n'ai pas ressenti d'attachement envers le personnage principal et je n'ai pas adhéré à une histoire qui semble hésiter volontairement entre l'absurde, la fable et le réalisme franc. J'aurais aimé une ligne plus claire, certainement. Je n'ai pas trouvé que l'on rentrait dans le psyché d'une jeune femme en mal d'enfant mais que ce texte était une pirouette d'écriture, accréditée par sa fin.
Une petite déception, en somme.

bouton3 Editions Buchet Chastel - 11€ - Mars 2011

Liloubi l'a lu (son avis plus enthousiaste) - Cathulu, la tentatrice !

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06 avril 2011

Les variations Bradshaw, Rachel Cusk

lesvariationsbradshaw"Voilà le sermon, la leçon à retenir : les faits survivent aux émotions, et le savoir est plus puissant que l'amour. Le nombre de choses à apprendre est infini, mais l'amour n'est qu'un espace à capacité limitée."

Tonie a accepté une promotion à l'Université qui l'oblige à faire des heures supplémentaires. Thomas en a donc profité pour prendre une année sabbatique, son but prendre enfin le temps d'étudier le piano. Chez les Bradshaw, les rôles sont désormais inversés mais même si monsieur en profite pour se rapprocher de sa fille de huit ans Alexa, la maison n'est pas très soignée et des tasses sales traînent partout, donnant rapidement à leur demeure l'allure d'un bateau à la dérive...
Tonie voulait explorer sa part de masculinité, sortir de l'atmosphère ouatée de la maternité, Thomas souhaitait sans doute arrêter quelque chose lié à la course du temps et à l'influence de sa propre famille.
Chacun suivra donc dans ce récit sa partition, jouant sur une route chaotique des notes personnelles finalement riches de révélations.

De même que dans Arlington Park (coup de coeur de lecture en 2010 !), Rachel Cusk excelle ici à disséquer les failles du quotidien et du milieu domestique. Ces petites vérités bien que souvent cyniques sont des régals de lecture. J'ai préféré cependant ma lecture précédente (Arlington Park donc), la forme brève des chapitres me semblant plus percutante. Pourtant, tout est ici assez justement saisi. Mon intérêt et mes sourires ont été particulièrement concentré vers le couple secondaire du roman, Howard et Claudie, terribles dans leur manière de fonctionner et pourtant humains à l'excès avec leurs défauts et leur affection débordante parfois mal dirigée.

"Ils en conviennent le chien était trop pour eux. Sur ce point, oui, ils ont dépassé les bornes. Claudia remarque qu'avec tout le travail que cela représente d'élever un chien, ils auraient mieux fait d'avoir un autre enfant."

bouton3 Editions Points - 7€ - 14 Février 2011 (Emprunté en Bibliothèque)

Voici le troisième roman que je lis de l'auteure, Bienvenue à Egypt Farm ayant été une déception.

Cathulu a été la tentatrice 

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03 avril 2011

L'autre fille, Annie Ernaux

annie_ernauxQuand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir.
Ecrire une lettre, une seule, c'est s'offrir la point final, s'affranchir d'une vieille histoire.
La collection "Les Affranchis" fait donc cette demande à ses auteurs : "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite."

Annie Ernaux a choisi d'écrire à cette soeur dont on lui a toujours tu l'existence.
Un dimanche de 1950, alors qu'elle joue dehors - elle a dix ans - elle surprend une conversation entre sa mère et une cliente. "Elle raconte qu'ils ont eu une autre fille que moi et qu'elle est morte de la diphtérie à six ans, avant la guerre, à Lillebonne. Elle décrit les peaux dans la gorge, l'étouffement. Elle dit : elle est morte comme une petite sainte. [...] elle dit de moi elle ne sait rien, on n'a pas voulu l'attrister. A la fin, elle dit de toi elle était plus gentille que celle-là. Celle-là, c'est moi." Plus jamais Annie Ernaux n'entendra ses parents parler de cette soeur inconnue, jamais elle n'osera poser de questions, ce secret restera entre eux, comme une ombre... Pourtant, ses parents, à présent décédés, reposent juste à côté de la petite tombe blanche de leur fille première née.

Que dire ? J'ai ressenti beaucoup d'émotions à lire ce texte, pour de multiples raisons, dont bon nombre de personnelles. Je sais, depuis La Place et Les Années ce qui me lie à l'auteure Annie Ernaux. A tant de décennies de distance, j'ai eu étrangement la même éducation, mon lot de secrets de famille à porter (pas tous encore élucidés, mais le seront-ils jamais ?) et je pense avoir trouvé le même refuge qu'elle (avec moins de talent bien sûr) dans l'écriture et la lecture... Mais passons sur ces échos en moi, car ce texte est avant tout un exemple dense et flagrant de son talent. Je l'ai lu d'une traite hier au soir.
Et cette collection de chez Nil me semble une belle idée. A suivre...

bouton3 Nil éditions - 7€ - Mars 2011

Deux autres lectures qui m'ont fait craquer... celle de Clara, ébranlée [clic]et celle de Cathulu [clic]

Le billet de Mirontaine

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02 avril 2011

Zombillénium t1, Arthur de Pins

zombill_nium

"C'est la crise... pourquoi les gens iraient voir des zombies le week-end alors qu'ils supportent déjà leur patron la semaine durant ?"

Zombillénium va mal, ce parc d'attractions où l'on ne recrute que des loups-garous, des zombies ou des vampires - et ce en contrat indéterminé pour l'éternité - est en manque de matière nouvelle pour faire frissonner ses visiteurs. Le zombie qui imite à la perfection Michael Jackson dans Thriller ne fait plus recette. Heureusement, Aurélien leur est tombé dessus, trompé par sa femme, passé à trépas devant Gretchen - la stagiaire-sorcière aux super pouvoirs - il est recruté en ni une ni deux, et s'avère à l'usage franchement très prometteur !

Depuis que j'avais lu un billet tentateur (je ne sais plus sur quel site de BD), cet album était dans mon collimateur et cette couverture est de celles que l'on garde en mémoire.Zombillenium_Casting_Aout2010

 Allez, ne gardons pas le suspens plus longtemps !! En effet, malgré l'aspect un peu lissé du dessin et le côté franchement un peu trop dans l'air du temps du sujet, j'ai adoré faire un tour à Zombillénium. J'ai énormément ri. Les répliques et situations sont réellement très cocasses. De plus, il y a suffisamment de profondeur dans les personnages pour que les tomes suivants soient une réelle promesse de plaisir à venir. Chouette ! Voici une belle découverte BD !

Editions Dupuis - 13.95€ - Août 2010
Un tome 2 est prévu pour septembre 2011

(Pioché en bibliothèque rayon Ados) - Tamara, conquise, en parle ici

Un petit clip pour s'en faire une idée plus précise ?

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28 mars 2011

Le passage se crée, Alain Rohand

le_passage_se_cr_e"Tu aurais pu ne pas t'acharner, régresser plus rapidement, m'éviter des complications qui me conduiront au bord du grand passage, parce que tu cherches à investir mes poumons. Après tout, tu étais plus vieux que moi, puisque tu sévissais déjà 3400 ans avant Jésus-Christ... Ton grand âge et ton expérience me laissaient espérer une meilleure manière de s'y prendre. Moi, je n'étais encore qu'un jeune enfant qui parcourait des chemins hasardeux en s'imaginant y trouver plus d'affection.

Affection: ce mot à double sens, ce mot signifiant autant traumatisme qu'attachement. Comme un deux-en-un en quelque sorte..."

Alain a douze ans en 1959 lorsque la Polio s'invite dans son corps, paralysie, destruction de terminaisons nerveuses. C'est une maladie qui avance disséminant - comme l'auteur le dit si bien - un peu au hasard des séquelles irréversibles. Avant, il y avait ce temps où l'on pouvait courir, ce temps d'enfance pas si rose où l'école était anxiogène et la famille lointaine, oui mais chaque geste était simple. Après, vient le temps de l'effort, de la rééducation, de la maturité, de l'avenir...

Au travers de magnifiques lettres (à un album à colorier, à un ours, à un professeur, à une amie, à un frère, à un père, à une solitude retrouvée...), Alain parle d'une vie arrêtée dans son premier mouvement, mais qui se crée un autre passage moins évident lourd d'une maladie invalidante.

Moi qui n'est pas tant que cela attirée par les récits de vie, j'ai été séduite par ce texte, fort d'une grande pudeur et d'une juste retenue. Et puis, Alain Rohand a de l'écriture, il ne parle pas que de maladie, il ne cherche pas à apitoyer, son témoignage se lit aussi comme un roman. L'empathie a fonctionné pour moi, j'ai partagé ce vécu personnel et ne m'y suis jamais sentie étrangère.

Grand merci donc à Coumarine(pour la proposition) ! On sent sa douce influence sur ce récit, elle laisse d'ailleurs en préface une trace de sa lecture et je suis bien d'accord avec elle ce livre nous rend étrangement meilleure. De plus, j'ai regardé mes propres faiblesses physiques avec un peu plus de solicitude que d'ordinaire, merci donc aussi à l'auteur !

bouton3 The Book Edition - 12€ - La fiche du livre

Retrouvez l'auteur sur son site [lien]- La lecture d'Aifelle

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22 mars 2011

Objectif Pal de mars... Le voyage de Bilqîs, Aliette Armel

levoyagedebilqis"Elle n'oublie pas le but intime de son voyage : trouver des réponses aux questions qu'elle se pose, se forger une attitude lui permettant d'atteindre au meilleur gouvernement, découvrir les clefs et les règles d'un  exercice du pouvoir conduit par la sagesse autant que par la force."

En couverture, un détail d'une peinture de Piero della Francesca, La Légende de la Vraie Croix, qui évoque la rencontre entre la reine de Saba - prénommée Bilqîs - et le roi Salomon et ce moment précis plus particulièrement où elle se prosterne devant ce qui deviendra plus tard le bois de la croix du Christ... A l'intérieur du livre, deux récits s'entrecroisent et s'influencent, mais cest surtout Silvia, la femme du peintre Piero, un talent reconnu de la renaissance italienne, qui porte l'histoire. En effet, convaincue par une force mystérieuse qu'elle doit tenir son époux loin de Rome et l'encourager à continuer une fresque entreprise depuis longtemps, la jeune femme en mal d'enfant crée pour son mari le conte d'une reine de Saba de chair et de sang partie sur les routes pour rencontrer Salomon, asseoir son pouvoir et éviter la guerre.

A l'origine, j'ai rencontré Aliette Armel via un très beau roman sur le thème de la musique, Le Pianiste de Trieste, puis j'ai enchaîné avec son inévitable essai sur Antigone que je ne pouvais râter. J'ai acheté Le voyage de Bilqîs lors d'un petit salon du livre de ma région, et étrangement j'ai tardé à l'ouvrir, voilà qui est enfin fait.
(Je me souviens d'ailleurs de ce tête à tête rapide lors de la dédicace, d'un grand sourire et d'une femme douce et que l'on aimerait pouvoir écouter parler longtemps. Les mystères des lectures sont grands... Il faut croire que certains livres attendent patiemment leur heure.)
L'influence d'Henry Bauchau, et de son Antigone, est sur ce roman précisément complètement évidente. Ceux qui l'ont aimé y seront sensibles. J'y ai retrouvé les mêmes sensations physiques, de chaleur, de fatigue, d'exaltation ou de maladie qui m'avaient tourneboulée alors. S'y ajoutent cet art de la peinture et ces réflexions sur le pouvoir, la religion et l'amour qui font le sel de toute bonne histoire. Ici, la mythologie est vivante, le destin en marche et la spiritualité une force du quotidien.
C'est un voyage que je ne regrette pas...une lecture qui m'a ramenée vers des sources un peu oubliées, un grand bain de fraicheur mythique.

bouton3 Editions Autrement - 14.95€ - 2008

Sinon, pour déposer son billet de lecture de Pal de Mars c'est toujours par ici [lien].

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