04 avril 2012

Un jour, David Nicholls

UNJOURLIVRE

"Les quelques lignes qui s'affichaient à l'écran constituaient la première ébauche de son tout nouveau projet : une série de romans policiers à visée commerciale, mais discrètement féministes. A onze ans déjà, Emma avait dévoré tous les Agatha Christie ; par la suite, elle avait avalé quantité de Raymond Chandler et de James M. Cain. Pourquoi ne s'essaierait-elle pas au polar elle aussi ? Forte de ses lectures, elle avait abordé l'exercice avec confiance. Mais après une matinée d'efforts infructueux, elle devait admettre que lire et écrire sont deux activités distinctes : l'écriture ne se limite pas à régurgiter ce qu'on a absorbé."

Tout commence en 1988, alors qu'Emma et Dexter viennent d'empocher leurs diplômes de fin d'étude et de fêter ça dignement avec alcool et amis à la clé. Se croisant déjà depuis quelques temps, ils se sont enfin abordés à cette occasion, puis ont passé la nuit ensemble, mais rien n'a vraiment eu lieu... Entre discussions à bâtons rompus et baisers, un lien s'est pourtant formé (amoureux ?). Dexter veut "découvrir le monde", il partira le lendemain. C'est l'univers brillant et violent de la télévision qui le récupèrera au terme de son périple. Emma est une jeune militante qui rêve de devenir écrivain, est douée pour l'enseignement et est bourrée de principes et de complexes. S'ensuivront des années à s'écrire, à s'aimer en toute amitié, et à se manquer de peu... (pour toujours ?)

Je pensais que ce best seller était une romance légère et facile, mais en fait pas du tout. J'ai même eu quelques difficultés à rentrer dans l'histoire, les premières pages du livre ont été laborieuses à lire. Et puis, je me suis prise d'affection pour les personnages de cette épopée amicale qui ne nous épargne rien de ses désillusions et de son désanchantement. C'est ce qui m'a beaucoup plu dans ce livre, l'intention réaliste, ainsi que ce brossage du temps via deux vies et personnalités assez différentes (Le récit se termine en 2007). Je ne me suis rendue compte qu'à la fin que l'auteur avait en fait décidé de nous raconter le 15 juillet de chaque année (d'où le titre).
On y boit et fume aussi en quantité, pas de fausse ambiance bien pensante donc, lisse, voilà qui fait drôlement du bien de nos jours.
J'ai hésité à mettre ce titre en coup de coeur, il l'aurait mérité, mais je conserve quelques bémols sur certaines longueurs. Je vais donc me contenter de chaudement vous le recommander.
Une bonne grosse lecture addictive, pour les adeptes du genre.

Editions 10/18 - Février 2012 - 9.60€

Saxaoul est mitigée - Je l'avais noté sur le blog d'Elfe, enthousiaste - Une histoire qui aurait gagné à être plus courte pour Aifelle

Un film a été tiré du roman, je ne l'ai pas encore vu... 


UN JOUR : BANDE-ANNONCE VF HD 'One Day'

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30 mars 2012

Ces femmes qui écrivent

cesfemmesquiécrivent... par Elisabeth Seys

Pour une fois, je vais vous parler d'un livre que j'ai seulement picoré...
Il est de ceux devant lesquels je ne peux résister. C'est un pavé d'un peu plus de 400 pages que je garde près de moi, et que je mettrai sans doute du temps à terminer. Ce n'est pas un roman. C'est une analyse à la fois littéraire et historique de l'écriture au féminin, via le portrait d'une douzaine d'auteures, emblématiques : George Sand, Madame de Staël, Colette, Annie Ernaux, etc...
Le style de l'essayiste est plein de ferveur, et c'est ce qui m'a plu surtout dans les portraits que j'ai parcouru, peut-être un peu didactique mais les éditions Ellipses sont spécialisées dans les ouvrages scolaires et universitaires, rien que de très normal donc. Je les connaissais bien autrefois alors que j'étais étudiante et que j'écumais les rayons des librairies ou ceux de la BU.
Ce livre a vraiment sa place sur ce blog je trouve, et cette approche féministe de l'écriture et de l'histoire littéraire est réellement bien intéressante. J'ai envie de prendre mon temps pour la déguster, de portrait en portrait... Je pense en apprendre beaucoup et changer un peu mon regard sur ses auteures, que pour certaines je connais peu, et qui ont parfois fait beaucoup pour la condition des femmes d'aujourd'hui.

"La parole féminine a longtemps été maudite. Pour oser écrire "je" les femmes ont donc dû vaincre des obstacles intiment liés à leur condition dans la société."

Editions Ellipses - 24€ - Mars 2012

Par ailleurs, je me mets en pause pour le week-end...
J'ai toujours un petit salon du livre en prévision comme annoncé dans mon blog-it (je serai donc occupée) et bien du mal à lire des livres ou vos blogs pour le moment !! Ah, la fatigue est au rendez-vous !! A tout bientôt !

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19 mars 2012

La page blanche, Boulet et Pénélope Bagieu

LAPAGEBLANCHE"J'ai beau chercher, il n'y a rien. Pas de cause, pas de raison."

Un jeune femme est assise sur un banc. Tout commence là. Elle lève la tête et se demande ce qu'elle fait là, comment elle s'appelle, où elle vit. Tout s'est effacé dans sa tête, plus rien, c'est la page blanche... De pas en pas, enquêtant sur elle-même, Eloïse retrouve son appartement, son travail de vendeuse en librairie, ses amis, les traces de sa famille mais pas qui elle était réellement... Echaffaudant des scénarios plus farfelus les uns que les autres, il faudra bien qu'Eloïse se rende à l'évidence que la vérité est bien plus simple et détestable qu'elle ne le souhaiterait...

Mais que cette BD est bien !! J'ai adoré. Avec intelligence, finesse et humour, les deux créateurs de cet album se sont ligués pour nous dresser un portrait pas très très flatteur des solitudes modernes et de la culture clé en main. J'ai tout aimé, de la noirceur de cette histoire à la fin optimiste et solaire, la réflexion sous-jacente également qui en parcourt les pages. Les dessins de Pénélope Bajieu, remplis de fraîcheur, collent parfaitement au contenu des bulles. Une très bonne surprise, excellente même !! Enthousiasmée, je suis.

heart Editions Delcourt - 22.95€ - 18 janvier 2012 - Merci ma bibli !!!

Vos lectures... Drôle et intelligent pour La Soupière qui vous offre aussi quelques planches - La lecture de George - Celle de Moka - L'irrégulière a adoré aussi !

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18 mars 2012

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal

ilsnesontpourriendansmeslarmesPour ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal a posé cette question pas si simple à quatorze personnes : "quel film a changé votre vie ?". Ce questionnement est l'occasion d'un retour vers le passé, bien souvent l'adolescence, entre bonheur total, révélation, mais aussi regrets.

L'aspect réellement émotionnel du livre est pour autant contenu dans le prologue dans lequel l'auteure nous parle d'elle-même et nous conte à la fois son sentiment de vertige permanent, le Vertigo de Hitchcock et le suicide de sa soeur... Les larmes du titre ne couleront pourtant qu'en conclusion, à l'occasion d'une évocation des Parapluies de Cherbourg.

"Je peux maintenant revoir le film
je n'ai plus peur
je n'ai plus honte
je sais que je pleure
pour autre chose
que j'en profite
pour m'abandonner
comme si l'abandon
était la condition nécessaire
suffisante
paradoxale
d'une future consolation."

J'ai beaucoup de considération pour Olivia Rosenthal dont j'avais énormément aimé Nous ne sommes pas là pour disparaitre et Que font les rennes après noël ? (Prix du livre Inter 2011) et puis j'ai eu la chance de vivre un week-end d'écriture en compagnie de cette auteure intelligente il y a quelques temps, je dois cependant avouer que je suis passée bien à côté de ce titre-ci... Quel dommage ! La qualité de l'écriture n'y est pour rien, ni ma méconnaissance du cinéma, je crois que c'est la forme qui m'a le plus désarçonnée. Le système des portraits/témoignages n'a encore une fois pas fonctionné avec moi, comme plus tôt avec Sophie Fontanel pour L'envie. D'ailleurs, c'est amusant, c'est après avoir lu une critique enthousiaste de cette dernière dans ELLE que je me suis précipitée en librairie pour acheter ce livre...
J'ai envie de dire face à cette similitude que c'est la voix des auteures que l'on aime à retrouver, la voix de l'écrivain, éventuellement, derrière celles des gens qu'elles rencontrent et non ce caché derrière qui nous est présenté. J'ai hâte d'entendre de nouveau leurs belles écritures, à bientôt !

Editions Verticales - 11,50€ - Mars 2012

Une critique assez similaire sur le Bazart

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10 mars 2012

Amour, Hanne Orstavik

amourhanneorstavik"Le bruit de la voiture. Quand il l'attend, il n'arrive pas à s'en souvenir dans sa tête. Je l'ai oublié, se dit-il. Puis il vient, souvent quand il s'interrompt dans son attente et n'y pense plus. Alors, elle arrive et il reconnaît le bruit, il l'entend, dans son ventre, c'est mon ventre qui se souvient du bruit, pas moi, et juste après avoir entendu la voiture, il la voit, dans un coin de la fenêtre, sa voiture bleue débouche du virage derrière la congénère en contrebas, elle la fait tourner vers la maison et remonte la petite côte jusqu'à l'entrée."

Vibeke s'est installée depuis quelques temps avec son fils Jon dans cette ville du nord de la Norvège où elle occupe désormais un poste qui la contente enfin, elle est conseillère à la culture. Demain, Jon aura neuf ans. Elle rentre chez elle, prépare à manger, songe à l'homme qu'elle pourrait rencontrer, l'homme de sa vie, et se fait une joie d'aller en soirée à la bibliothèque. Car Vibeke aime lire. Alors qu'elle est toute à ses pensées, son fils Jon sort dans le quartier vendre des billets de tombola. Puis Vibeke sort à son tour, persuadée que son fils est au lit ou occupé dans sa chambre. Elle se heurte aux portes fermées de la bibliothèque municipale et se laisse finalement attirer par le bruit du cirque ambulant installé non loin.
Vibeke et Jon passeront la nuit à suivre des inconnus, à se croiser et à se perdre...

Voici un petit roman acheté à l'occasion de la rencontre organisée par ma bibliothèque avec Sophie Divry. Les derniers titres des Allusifs étaient présentés à la vente... Comment résister ? Il y avait trop longtemps que je n'en avais ouvert un. J'ai été attirée inexorablement vers cette couverture rose bonbon, et gourmande.
Hanne Orstavik est d'après la quatrième de couverture une des voix les plus importantes de la littérature norvégienne et ce titre est apparemment reconnu là-bas comme un classique parmi les romans contemporains.
J'ai ressenti pour ma part en refermant ce livre un sentiment très fort d'opression, et en cela la tension de l'écriture est véritablement une réussite. Cependant, malgré sa qualité littéraire évidente, ma lecture n'a jamais été réellement plaisante. J'ai eu en effet beaucoup de mal à adhérer à la désinvolture de cette mère qui ne laisse pratiquement aucune place à son fils dans ses pensées et j'ai eu bien trop peur pour le petit Jon... De plus, l'écriture passe sans prévenir d'un narrateur à l'autre (Jon et Vibeke) au fil d'un paragraphe ou au cours d'un chpitre, ce qui rend le tout assez désagréable. Ames sensibles s'abstenir. ;)

Editions Les allusifs - 14€ - 14 février 2011

Canel a trouvé cette lecture très fastidieuse - Yves est plus enthousiaste

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05 mars 2012

L'étrange disparition d'Esme Lennox, Maggie O'Farrell

l'étrangedisparition"Le début se situe peut-être plus tôt, avant le bal, avant que les deux jeunes filles aient revêtu leurs nouveaux atours, avant qu'on ait allumé les bougies et parsemé du sable sur le parquet, bien avant l'année dont elles fêtent la fin. Qui sait ? Quoi qu'il en soit, les choses se terminent devant une fenêtre grillagée dont les carrées font deux ongles de pouce de côté, très exactement."

Nous sommes à Edimbourg, de nos jours, et Iris navigue entre le magasin de vêtements anciens qu'elle gère, un amant marié et un presque frère, Alex, dont elle se sent un peu trop proche. Un jour, le téléphone sonne, et elle apprend coup sur coup l'existence d'une grand tante inconnue et le fardeau qui lui est assigné de s'occuper désormais de son sort. L'asile où la vieille femme était recluse depuis soixante ans va en effet fermer ses portes...

Dans ce roman de Maggie O'Farrell, il est beaucoup question de mémoire et de démence, la grand-mère d'Iris, Kitty, est d'ailleurs atteinte de la maladie d'Alzheimer. Mais j'y ai trouvé également une critique très fine et acerbe des bons usages qui brimaient la société de l'époque pendant laquelle Esme était enfant, et de leurs déviences. Le personnage moderne et libre d'Iris est horrifiée de constater ce que pouvaient être les critères d'internement un siècle plus tôt (adultère, frivolité, fugues...) et à quel point les femmes en étaient victimes.
Voici un livre essentiellement féminin donc, poétique et cruel, dont j'ai véritablement apprécié l'acidité, même si il ne restera pas mon préféré de l'auteure. J'avais eu un plus grand coup de coeur pour Cette main qui a pris la mienne (2011) ou Quand tu es partie.
Je l'ai pour autant lu avec une grande avidité, pressée de savoir pourquoi Esme avait été internée et quel secret dissimulait depuis tout ce temps sa soeur Kitty, enfermée depuis quelques années elle dans une maladie implacable.

Editions 10/18 - 8.10€ - Novembre 2009 - Merci ma bibli !!

Parmi vos nombreuses lectures, quelques avis... Anne, l'insatiable lectrice -  Aifelle - Cathulu - Elfique -KarineClara.

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27 février 2012

La liseuse, Paul Fournel

laliseuse"J'ai soudain une vision de ce que sera mon bureau un jour prochain : rien. Un petit écran noir posé à plat sur une belle planche en loupe de noyer. Des étagères vides point encore démontées. Pas d'autre odeur que la mienne. Peut-être quelques photos rétro de livres sur les murs ? [...] Plus de canyons de manuscrits, plus de pile de courrier posée sur le clavier de l'ordinateur. Des post-it de Sabine : "penser à ne plus commander de papier", "penser à ne pas passer chez l'imprimeur", "penser à aller à l'enterrement du brocheur", "penser à ne pas corner la page", "penser à ne pas balancer le livre contre le mur même s'il est très mauvais", "penser à garder un vrai bouquin en douce dans un tiroir avec une bougie en cas de panne", "penser à être le contraire de vous-même"."

Robert Dubois a l'habitude d'emporter une pile de manuscrits en week-end. S'encombrer ainsi de papier fait partie intégrante de son métier d'éditeur. Un jour, une jeune stagiaire lui tend une liseuse. Tout d'abord dubitatif, il se prend d'affection pour l'objet, le teste et l'adopte. Il prend conscience ainsi de l'ère dans laquelle il vit, et sa vie fourmille tout à coup de projets novateurs...

Autant le dire tout de suite, je ne crois pas à la mort du livre papier, comme on ne passe plus son temps aujourd'hui à croire à la mort du cinéma français. Les pessimistes et les inquiets passifs m'ennuient terriblement. Alors non pourtant, je n'ai pas l'intention d'acheter une liseuse. Alors oui, je préfère encore les livres papier, leur odeur et leur encombrement. C'est mon choix, et je respecte celui des autres aussi, ceux qui voyagent beaucoup ou sont addicts de la tablette tactile (je peux comprendre). Je pense que l'important est de lire, et de continuer à aimer lire. Conserver le goût de la lecture, voilà ce qui compte.
Et c'est ce que j'ai aimé dans cette Liseuse, qu'elle traite aussi bien de modernité (ah oui, moi aussi je crois à l'avenir électronique des textes courts et de la poésie) que de littérature, qu'elle regarde vers aujourd'hui sans oublier hier. On pourra trouver le style du tout un peu anodin et l'intrigue légère mais peu importe on se sent bien dans ce livre, on y parle un langage connu, on sait que l'on aime lire de cette même manière-là aussi. Il y a comme un petit quelque chose de familier dans ce roman qui donne à cette lecture le caractère d'un moment privilégié.

Editions POL - 16€ - Janvier 2012

D'autres lectures... Cathulu la tentatrice !! - A lire absolument pour Aifelle -  Véronique est plus pondérée - Bluffant et très réussi pour Cuné

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18 février 2012

L'envie, Sophie Fontanel

l'enviesophiefontanel"Une personne qui se délivre à l'univers devant elle. J'ai vu des gens à qui cela arrivait à 90 ans. Surtout si je repense à mes années de lycée, je constate que c'était en moi : derrière mon habitude d'obéir, j'avais la pulsion de m'enfuir. Le cours où je n'allais pas, la sève que ce cours séché faisait circuler en moi. C'est affreux de comparer la sexualité à la servitude d'une scolarité."

Lorsque l'on se tient trop longtemps éloigné de ce que notre corps souhaite pour lui-même, il est tout naturel de chercher à le préserver. C'est ce que fait Sophie dans cette histoire pudiquement intitulée "roman". Elle décide un jour d'arrêter toute activité sexuelle avec les hommes. Mais ce qui au départ fait rien moins qu'"un bien fou" s'avère très vite s'apparenter à une "excentricité" honteuse que l'on préfère taire...

De Sophie Fontanel, j'avais énormément aimé Grandir, lu en 2010. Il contait le cheminement d'une femme adulte confrontée à la dépendance d'une mère. J'ai donc pris mon temps pour ouvrir celui-ci, de peur d'être déçue, d'autant que sa sortie à déclenché de nombreux billets sur la blogosphère à l'époque, plus ou moins positifs d'ailleurs. 
Le propos y est effectivement différent, encore plus intime en ce qui concerne le sujet mais plus distant il me semble dans l'écriture. J'en ai aimé personnellement les premières pages, fluides et personnelles, le journal d'une remontée à la surface nécessaire, mais bien moins celles qui s'ensuivent et se contentent de dresser le portrait d'amis ou de proches.
J'aurais aimé ne pas perdre ainsi Sophie Fontanel de vue en cours de lecture... Voici cependant un témoignage courageux sur ce qui reste encore un tabou, l'abstinence sexuelle, quand pour notre société moderne l'absence de toute activité sexuelle épanouie rime encore avec l'image d'une vie tronquée.

Editions Robert Laffont - 17€ - Août 2011

Quelques lectures ... Clara,  Aifelle, Sylire, Keisha, StephieLiliba, Emmyne.  

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04 février 2012

L'année de la pensée magique, Joan Didion

l'année de la pensée magique"Le mariage, ce n'est pas seulement le temps : c'est aussi, paradoxalement, le déni du temps. Pendant quarante ans, je me suis vue à travers le regard de John. Je n'ai pas vieilli. Cette année, pour la première fois depuis mes vingt-neuf ans, je me suis vue à travers le regard des autres [...]"

Ce livre est le témoignage d'un deuil réel. En 2003, alors que Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, celui-ci s'effondre, victime d'une crise cardiaque. Ils viennent de rentrer chez eux, après avoir rendu visite à l'hôpital à leur fille Quintana, elle-même plongée dans le coma. Joan Didion revient sur cette année étrange et difficile où il a fallu en même temps soutenir sa fille malade, intégrer cette vérité que la vie puisse changer ainsi à tout instant, qu'un être puisse seulement disparaître d'une seconde à l'autre, et se poser les questions essentielles que soulèvent de tels évènements. Tout d'abord celles de l'apitoiement. Et puis comment être seule ? Cesser de penser que le compagnon de toujours puisse revenir ? Comment reprendre le chemin de l'écriture ?

J'ai été très sensible à la manière précise, à la fois détachée et émouvante, de Joan Didion de revenir sur son expérience. Ces moments où elle plonge dans ce qu'elle appelle le vortex, flashs qui surviennent lorsqu'un objet ou un lieu ouvrent la porte aux souvenirs, sont frappants. Je crois que ce roman peut être d'une grande aide pour ceux qui traversent également un tel évènement, le décès d'un proche. L'auteure s'attarde en effet avec compassion et tendresse sur ce que les endeuillés éprouvent. Sans y être confronté, nous pensons réellement et en général, comme elle auparavant, que ce sont les premiers jours qui sont pénibles, qu'être à la hauteur est la réaction appropriée face à la mort, alors que la difficulté provient de l'absence infinie qui s'ensuit et de tout ce qui nous confrontera sans cesse à l'absence et à l'absurdité.

"Nous nous attendons peut-être, si la mort est soudaine, à ressentir un choc. Nous ne nous attendons pas à être littéralement fous, à être la cliente pas difficile  qui croit que son mari va bientôt revenir et avoir besoin de ses chaussures."

Editions du Livre de Poche - 6.50€ -2009

Un très grand livre pour Mango - Merci Cathulu !

Ce texte a été transformé par l'auteur elle-même en un monologue, incarné sur les scènes new-yorkaise et londonienne par Vanessa Redgrave. Et c'est, en France, Fanny Ardant, lors de sa création au théâtre de l'Atelier en novembre 2011, qui donne une nouvelle vie à ce récit. Une mise en scène de T. Klifa. Il semble cependant que cette pièce ne se joue plus à l'heure actuelle. [Un extrait intéressant de l'émission de Taddeï]

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31 janvier 2012

Nos baisers sont des adieux, Nina Bouraoui

nosbaiserssontdesadieux"Il lui avait fallu du temps avant de se sentir en sécurité auprès d'une femme. Elle venait des hommes comme l'on vient d'un pays."

Ce texte de Nina Bouraoui est un voyage dans les contrées subtiles et mouvantes du désir. Carnet de notes, journal intime, souvenirs, le temps s'emmêle et la chronologie, libre, décide du tableau qui sera donné au lecteur. A lui de deviner vers quelle destination on le dirige subtilement. Il y a Alger, Paris, l'Allemagne aussi, l'enfance et la maturité, la découverte et la confiance...
Des textes courts, parfois juste un paragraphe, où chaque impression, objet, réflexion, fait sens.

Voici une lecture que j'ai commencée avec prudence, n'ayant jamais rien lu de l'auteure auparavant. C'était une découverte, je n'étais pas certaine d'aimer... Et puis, après les premières pages, une fois compris le mécanisme, le fait qu'il fallait se laisser porter par le texte sans lutter, j'ai vraiment aimé. Nina Bouraoui livre une intimité de femme, aussi pudique qu'universelle. Et elle nous conte l'éveil au désir, ses mésaventures et ce qui fait la vie, l'amour.
L'inclination de la narratrice la porte vers les femmes mais chaque amoureux ou amoureuse saura se reconnaître dans l'évocation de ces émois là.
Une lecture où le fond est sublimé par la forme, car l'écriture est belle, surtout lorsqu'elle revient vers l'enfance.

"Je pensais au poids de mon corps sur la terre, puis aux autres corps qui marchaient en même temps que moi, à tous nos souffles, je pensais aux voix qui pouvaient se répondre, je pensais aux mains qui pouvaient se saisir et former un pont imaginaire entre les récifs et les côtes et puis je pensais à toutes les possibilités amoureuses, à toutes les histoires, [...] je pensais alors qu'il ne fallait pas avoir peur de l'inconnu parce qu'il ne fallait pas avoir peur de la vie, qu'elle était là comme un océan autour de moi, dans lequel je nageais pour rejoindre quelqu'un que je ne connaissais pas encore."

Editions J'ai Lu - 6.80€ - Janvier 2012

Une intéressante vidéo sur le site INA pour Un livre, un jour 

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