11 juin 2013

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle

Un parfum d'herbe coupée

Les éditions StoryLab proposent des fictions et des documents d’actualité à lire en moins d’une heure sur tablettes, liseuses et smartphones. (http://www.storylab.fr ), et voici un concept qu'il me plaisait beaucoup de tester. Je crois beaucoup en effet à l'éclosion d'une littérature parallèle, numérique, où les textes courts auraient la part belle.

Merci donc aux éditions Storylab pour leur proposition !


Cependant, cette découverte là a un léger goût de déception. Je me fais doucement à ma liseuse, que j'utilise de temps en temps. Pour être honnête, j'ai mis pour autant bien plus d'une heure à lire ce texte, qui est par ailleurs composé de courts moments en forme de souvenirs d'enfance.
L'écriture de Nicolas Delesalle est alerte, ironique, un peu gouailleuse, plutôt agréable. J'ai adhéré au style de l'auteur. Il est seulement parfois difficile d'être touché par les souvenirs des autres et ici quelque chose n'a pas fonctionné pour moi malgré la sincérité évidente de l'ensemble. Dommage.

 

Nicolas Delesalle est grand reporter à Télérama. Un parfum d'herbe coupée est son premier écrit littéraire. Dans la même collection, vous trouverez des titres d'Arnaud Dudek, Christophe Esnault, Grégoire Polet, et également une anthologie de 8 nouvelles parues précédemment dans plusieurs numéros de la revue Décapage.

 

 

Cet eBook est disponible sur les plateformes de téléchargement (iBookstore, Amazon, Fnac.com, Kobo, etc.) à 3,99 €
 
La Pyrénéenne retiendra la tendresse
 

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05 juin 2013

En cours de lecture...

garconlecture"Comme Albert l'avait fait, le père Grandet aussi organisait tout dans sa maison, il définissait les contours, le cadre, l'organisation et, soudain, cela ne fit aucun doute pour Gilles : le comportement du père d'Eugénie était une preuve d'amour et de protection. Gilles comprit alors que chaque roman qu'il lirait l'aiderait à comprendre la vie, lui-même, les siens, les autres, le monde, le passé et le présent, une expérience similaire à celle de la peau ; et chaque évènement de sa vie lui permettrait de la même manière d'éclairer chacune de ses lectures. En découvrant cette circulation continue entre la vie et les livres, il trouva la clé qui donnait un sens à la littérature ; mais il eut, dans le même temps, le pressentiment, après la vivacité de la conversation, l'avalanche des reproches, les basculements de situations qu'il n'aurait jamais imaginés quelques minutes auparavant, que la vie, comme les livres, était une source infinie de rebondissements, d'imprévus, de choses secrètes entérrées sous les mots, que rien n'était immuable et que tout se transformait sans cesse."

In En vieillissant les hommes pleurent de Jean-Luc Seigle

Pour l'instant, une merveilleuse lecture... mais patience, je n'en suis qu'à la moitié !

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04 juin 2013

Les Soeurs Brelan, François Vallejo

lessoeursbrelan"Les soeurs Brelan ont retrouvé la force d'être trois. Elles en avaient besoin, le notaire réunissait la famille pour la succession. Pas de testament, la mort à quarante-trois ans, Louis n'avait pas eu le temps de s'embarrasser d'actes formels, les biens revenaient aux descendantes directes, les soeurs Brelan."

Après la mort de leur père, alors que la France se remet difficilement des conséquences de la seconde guerre mondiale, les trois soeurs Brelan se retrouvent devant le notaire et le conseil de famille. Elles ont réussi, à force de persuasion, à repousser la date de l'entrevue pendant laquelle on devait statuer sur leur sort. Mais il s'agit de la date anniversaire de l'aînée. La famille avait négligé ce détail. L'anniversaire des nièces, on oublie souvent de le leur souhaiter. Au grand étonnement de l'auditoire, Marthe est devenue majeure depuis quelques heures. Le notaire est subjugué par leur faculté unique de parler à trois, d'une seule voix. Il est sous le charme de leur assurance et de leurs yeux gris. Les trois filles ne souhaitent pas être confiées à leur oncle Pierre Ledru. Il décide donc avec conviction de donner à Marthe la charge de tutrice de ses soeurs alors qu'elles n'ont aucun revenu, pas de métier et qu'elle habitent une maison invendable, fruit de la vision idéaliste de leur architecte de père...

Les Soeurs Brelan est un bien agréable roman, plutôt féminin, mais aussi un amoncellement de péripéties invraisemblables (par exemple, Judith, la plus jeune, tombe sous le charme d’un tueur en série). Il est donc nécessaire de se laisser porter par le caractère des personnages pour décider d'adhérer au récit.
J’ai pensé que l’intérêt du romancier s’était sans doute porté ailleurs que dans une vision subjective et réaliste de l’après-guerre. Ce qu’il évoque en effet au fond, et au travers des diverses époques et épreuves que vont traverser les trois sœurs de front, est un lien étroit et fraternel qui exclue toute possibilité de vivre autre chose en dehors du clan qu’elles constituent. Et cet enfermement, à la fois voulu et subi est assez terrible. Il a, au fil des pages, marqué de plus en plus ma lecture de son empreinte, jusqu'à en devenir le personnage principal, autour duquel gravitaient les soeurs comme des pantins.

J'étais toute prête à aimer ce livre à la belle écriture qui m'a laissée, ses pages refermées, malgré tout un brin perplexe.

Lu en avant première pour le Prix Points - Sortie prévue le 6 juin - 7.20€

Cuné a beaucoup aimé et est restée fascinée par ces trois caractères

Dans la sélection 2013 du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points [clic ici pour en savoir plus et lire le premier chapitre]

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28 mai 2013

14 ~Jean Echenoz

14J'ai lu ce roman dans des conditions peu habituelles, sur ma liseuse, dans ma voiture, tandis que j'attendais, soit que mes enfants sortent de l'école, soit l'heure d'un rendez-vous. Et bizarrement, alors qu'il est question dans ce titre de cinq hommes partant à la guerre de 14, j'ai trouvé que ce format moderne de lecture lui seyait comme un gant.

Jean Echenoz a une écriture particulière, qui heurte un peu, mais d'une légèreté et d'une intelligence étonnante. Il situe dans son propos quelques rues de Nantes en Vendée, voilà qui a cependant contrarié mon début de lecture... Pour autant, j'ai beaucoup aimé ce petit livre délicat dont je n'ai fait qu'une bouchée.

Nous suivons ici un groupe d'amis envoyés au front. Et Jean Echenoz brille à conter le fossé énorme qui se glisse entre l'allégresse du début et le carnage de la guerre. Vous imaginez sans mal de quoi plus tard sera fait le retour chez soi, s'il a lieu, alors qu'une jeune femme enceinte attend le retour de l'un d'entre eux.

Editions de Minuit - 12.50€ - Octobre 2012

Entre tous, c'est le billet élogieux de La Pyrénéenne qui m'a donné envie de lire ce livre, merci à elle !

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24 mai 2013

Dressing, Jane Sautière

dressing"Tout cela, le sentiment de se lover, la douceur et la chaleur bien sûr, tout cela, qui gonfle les armoires et dont il est presque impossible de se défaire."

Jane Sautière raconte ici le vêtement (les siens, ceux qui ont compté dans sa vie), mais également le nôtre au travers de ce que contient sa penderie et ses souvenirs. Il est compliqué de parler au mieux de ce livre qui est comme une promenade au pays d'une vie vue à l'orée exclusive de ses habits. Et pourtant l'aventure est intéressante, prenante, finalement si humaine et sensible.

Comment expliquer ainsi ce désintérêt soudain pour un jean tellement porté qu'il était une seconde peau, et cet intérêt tout à coup pour la nouveauté d'un haut original, intérêt qui ne dépassera pas les premiers jours de l'acquisition ?
Il est bien connu que nous sommes bien souvent ce que nous portons, même si l'adage sait que l'habit ne fait pas le moine.

Ah, j'ai beaucoup aimé ce dressing qui m'a semblé d'une intimité très apaisante, comme un après-midi de conversation dans la chambre d'une copine.

"Souligner un regard, illuminer des doigts, ceindre les poignets, les cous, les tailles, chercher la beauté, marquer les différences sexuelles et parfois sociales par la parure, aucune civilisation ne l'ignore. Les corps périssables, qui s'illuminent, une fois, un moment, le bref temps d'être. Pas une conjuration, une dérivation, un leurre, mais la célébration de la fulgurance de la vie."

Editions Verticales - 14.50€ - Avril 2013

Pour Cathulu la tentatrice, "on se love dans ce texte comme dans un vieux pull chéri".

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21 mai 2013

Une visite surprise, Claudie Pernusch

unevisitesurprise"Ce sentiment subit d'être un raté, un raté esseulé, mais c'est idiot ! Totalement. Je suis un idiot. Mais non je ne suis pas un idiot. J'ai fait des études universitaires normales. Me suis gentiment reconverti dans le commerce sans problèmes. J'ai trouvé la femme de ma vie. J'habite une région merveilleuse. Je viens de me réconcilier avec ma soeur. Alors..."

Paulin, ancien professeur de mathématiques en région parisienne, tient aujourd'hui un commerce de poteries sur Soulac-sur-Mer. Il a le sentiment très fort d'être arrivé à un moment de sa vie où tout est parfait, jusqu'à la présence à ses côtés depuis plusieurs mois d'une petite amie, Lena, à coup sûr la femme de sa vie. Lorsque Louise, une ancienne relation d'un soir, lui envoie une lettre lui demandant de faire un test de paternité, l'enveloppe rejoint sans tarder la poubelle, personne ne gâchera son bonheur tout neuf. Qu'a-t-il donc à faire d'une petite fille dans un avenir à la ligne enfin toute tracée et paisible ? Lena et lui se suffisent à eux-même. Cependant, Louise insiste. Le test s'avère positif. La mère et son enfant débarquent à Soulac, déterminées à faire sa connaissance...

J'ai accepté de recevoir ce livre en souvenir de merveilleuses vacances en famille passées à Soulac. Nous avions été si surpris par la quiétude que dégage une forêt de pins et avions été enchantés de notre séjour. Et puis, cette couverture-là, avec son énorme ballon vert et blanc, n'est-elle pas une promesse d'été à elle toute seule ?

Une visite surprise est cependant un petit roman sans prétention, assez vite lu et léger. Il analyse pourtant avec assez de justesse le cocktail d'émotions que peut ressentir un père dans de telles circonstances, et j'ai aimé cette finesse psychologique là, la montée chaotique du sentiment de tendresse chez Paulin. A son actif, je dois dire que les divers personnages en second plan du récit sont également très attachants. J'ai reconnu avec plaisir les lieux emblématiques de Soulac, son atmosphère. Le tout est à la fois mignon et gentiment sensuel, à mon avis assez masculin, alors que l'auteure est une femme, connue en littérature jeunesse sous le pseudonyme de Sandrine Pernusch !

Merci à l'auteure et aux éditions Belfond ! - 18€ - 16 mai 2013

Saxaoul est bien plus bavarde que moi sur ce titre [sa lecture ici]

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19 mai 2013

Ne lâche pas ma main, Michel Bussi

nelachepasmamain"Cette île est une terrasse posée sur le rebord du monde pour observer l'avenir du genre humain. A l'ombre, en tongs, un verre de punch à la main."

Un couple de métropolitains coule des vacances tranquilles sur l'île de la réunion, dans un hôtel tout confort. Un après-midi, on signale la disparition de la femme. Son mari donne l'alerte puis est très rapidement soupçonné de l'avoir tuée. La capitaine envoyée sur les lieux trouve la chambre dans un désordre indescriptible, des traces de sang sont visibles. Les différents témoignages et preuves s'accumulent contre l'évident coupable. L'affaire aurait pu être résolue rapidement, puisque Martial Bellion semble coopérer sans problèmes, mais tout se corse lorsqu'il prend la fuite avec sa petite fille de six ans...

Voici un thriller rythmé qui, sans être un chef d'oeuvre du genre, a tout de même réussi à me tenir en haleine avec assez de brio pour que je tire mon chapeau à l'auteur. Je l'ai en réalité dévoré en à peine deux jours alors que j'avais bien autre chose à faire, et surtout du sommeil à récupérer.
La traque de Martial Bellion et de sa petite Josapha est assez réussie. Nous visitons une Réunion réaliste, métissée, aux paysages grandioses mais aux pièges mystérieux que seul un connaisseur de l'île peut sans doute comprendre et utiliser ainsi dans une intrigue.
Ne lâche pas ma main me paraît une très bonne lecture de vacances (je n'oserais dire de plage avec le temps qu'il fait en ce moment) à déguster au bord de la piscine un oeil rivé sur ses enfants qui barbotent dans l'eau !

Editions Presse de la cité - 21€ - Mars 2013

Vous trouverez l'avis des membres du jury Grand Public par ici [clic] - Saxaoul l'a beaucoup apprécié - Il a manqué quelque chose à Stephie -

Ce livre est en compétition pour le prix-relay-logo (clic sur le logo pour plus de détails) et a été retenu pour la sélection de mai : http://prixrelay.com - La page facebook - @PrixRelay 

 

savethedate Proclamation des résultats du Prix Relay le 20 juin à 18h.

 

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17 mai 2013

Bataille de chats, Eduardo Mendoza

batailledechats"Il ouvrit le cahier et se disposa à rédiger les notes qui restaient en suspens, mais il ne parvint pas à écrire un mot. La fatigue produite par les évènements des derniers jours s'abattit sur lui, il rangea le stylo, referma le cahier, se déshabilla, éteignit la lumière et se mit au lit en déplaçant doucement le corps qui l'occupait."

Anthony Whitelands est appelé à se rendre en Espagne pour expertiser les tableaux du duc de la Igualada. Il rencontre là-bas sa charmante famille mais également beaucoup de contrariétés et un merveilleux tableau qui semble être de Velàsquez. Nous sommes en 1936 et pour le moment la menace réelle présente dans tous les esprits est le communisme. Le fascisme ne fait pas peur. D'ailleurs, les phalangistes en rébellion dans la région sont tolérés pour cette raison. Cependant, il ne fait pas bon pour un anglais de débarquer ainsi dans un pays au bord de la guerre civile. C'est pour cela que le duc l'a fait venir pourtant, pensant mettre de l'argent de côté pour l'avenir de sa famille. C'est du moins la version officielle...
En effet, beaucoup d'hommes mystérieux se présenteront à l'hôtel d'Anthony, beaucoup d'évènements auront lieu qui malmèneront le pauvre garçon naïf, ballotté comme un fétu de paille, utilisé, manipulé et trahi.

Voici un roman qui a reçu en Espagne le Prix Planeta 2010 et, ma foi, il a tout d'un grand. Certains le trouveront sans doute ennuyeux, et un peu verbeux, mais il a ce charme suranné des classiques à la Balzac. Nous avons force détails, intrigues, trahisons, courses poursuites, amants cachés dans le placard et descriptions politiques. Anthony Whitelands est le anti-héros parfait, benêt duquel se jouent les autres protagonistes, mais aussi personnage autour duquel s'articule la moindre action, le centre névralgique de tout, le jouet des uns et l'objet de pitié des autres. Pàquita, la fille du duc, pensera même - un court moment - en être tombée amoureuse.
Une lecture rocambolesque.

Editions Points - 8€ - 14 mars 2013

Dans la sélection 2013 du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de Points [clic ici pour en savoir plus et lire le premier chapitre]

(Ce titre d'Eduardo Mendoza sonne mon retour en pointillés parmi vous. Ouf, j'ai récupéré assez vite ma connexion internet ! Je rédige ce billet rapidement ce soir mais étant pas mal occupée encore ma présence sera jusqu'à mercredi je pense plutôt discrète. Merci pour tous vos petits mots d'encouragement !! ;))

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07 mai 2013

Contrecoup, Rachel Cusk

contrecoup"Après tout, nous sommes en plein contrecoup, en pleine seconde moisson : la vie qui n'ignore plus ce qui a précédé."

Contrecoup est l'histoire d'un divorce, ce pourrait être celui-même de Rachel Cusk, mais peu importe... Lucide sur elle même avant tout, observant à la loupe ses réactions devant cet évènement ordinaire, notre héroïne fait face et enrichit ses pensées des mythes littéraires, tente de comprendre. D'où le drame est-il donc venu ? De l'égalité voulu dans son couple qui a entraîné un mélange des genres ?
L'état de virginité dans lequel elle se retrouve tout à coup est bien étrange, son appétit disparaît, les moments comateux sont nombreux, rien n'est plus comme avant, ce qui a été n'est plus et ne reviendra pas.
Mais ses deux filles réclament son attention, ne sont pas seulement un miroir d'elle-même en miniature, comme elle se l'imaginait. La prise de conscience est douloureuse. Dans le chaos qu'est devenue sa vie, la jeune-femme tente alors de réagir...

J'ai adoré être de nouveau une lectrice de Rachel Cusk, et de nombreux éléments étaient réunis là pour me plaire : des citations à foison sur le couple et le mariage, de l'ironie, le mythe d'Antigone expliqué intelligemment (pour une fois) page 122, et même une petite fille qui se métamorphose en cerf page 89. Oui mais voilà, il m'a semblé que le tout était parfois un peu bancal, inégal, voire mystérieux, juste assez pour ne pas faire de ce livre un coup de coeur, seulement (et c'est déjà beaucoup) un réel et manifeste plaisir de lecture !

Editions de l'Olivier - 19.50€ - 4 avril 2013

Le billet de Cathulu la tentatrice 

"L'homme qui porte le tablier de chef finit sa cigarette et regagne l'intérieur. Je continue mon chemin en repensant au masque de cerf, son expression doucement farouche ; à ma fille et sa tête alourdie de bois, qu'elle tourne sur ses épaules délicates, le soulagement étrange que j'ai éprouvé de la voir masquée, cette forme animale qu'elle a revêtue, ignorante de la douleur humaine. Sous cette forme, elle pouvait courir plus vite et aussi loin qu'elle voulait pour échapper aux flèches de chasseur. Elle était libre."

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05 mai 2013

En cours de lecture...

hommefoyer"J'étais donc homme Et femme [...]. Je devais rester à l'écart, loin de la cuisine, garder une certaine distance avec les enfants, non seulement pour définir la féminité de mon mari mais aussi pour apaiser mes valeurs masculines. La forme la plus classique du sexisme est le besoin féminin d'avoir le contrôle des enfants. Je percevais dans le narcissisme et le sentimentalisme de la maternité une menace à l'objectivité qu'en tant qu'écrivain je plaçais au-dessus de tout. Mais ce n'était pas le contrôle des enfants qui me manquait. C'était quelque chose de plus subtil - le prestige qui est la récompense décernée à la mère pour avoir porté sa progéniture. Et ce prestige revenait à mon mari. Je le lui avais donné et il l'avait pris - quoi qu'il arrive, c'était ce qu'il gagnait dans notre arrangement. Les tâches domestiques que j'accomplissais étaient, en un sens, au service de ce prestige car elles englobaient le subalterne, l'insignifiant, le franchement ennuyeux, comme si je m'activais en coulisses pour que le spectacle se déroule sans heurts. Je n'étais pas masculine après tout - car les hommes ne versent pas dans la corvée ingrate. Et je n'étais pas non plus féminine : je me sentais laide, car tout ce qui me revenait - le linge sale, les impôts - n'était pas particulièrement joli. En fait, il n'existait pas de jolie chose capable de me renvoyer mon image."

In Contrecoup de Rachel Cusk qui donne, entre autres, un point de vue original sur l'égalité dans le couple

Quel plaisir que de retrouver cette auteure !

Posté par Antigone1 à 19:03 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
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