02 mai 2013

Passager de la fin du jour, Rubens Figueiredo

passagerdelafindujour"Il n'avait pas besoin de rester au Tirol. Il en repartait toujours le dimanche en début de soirée, pour n'y revenir que le vendredi suivant. [...] Le Tirol, pour lui, c'était à horaires fixes. Pedro pouvait très bien ne pas y aller, en vérité, il pouvait tout à fait rester chez sa mère [...].
Sauf que, dans le cas de Pedro, dernièrement, il y avait plus que cela. Le Tirol, se confondant avec Rosane, ou prenant presque sa place, ou même prenant la place des gens qui, comme Rosane et sa famille, habitaient là, le Tirol exerçait une sorte d'attraction, parfois violente, contre laquelle Pedro voulait lutter. Mais montait en lui, sans qu'il comprenne son origine, un désir impulsif de s'agréger à cet endroit, d'y disparaître : la suggestion quelque peu brutale que tout cela était une qualité intrinsèque de sa personne, une inclination naturelle, et que cela faisait partie de lui plus que n'importe quoi d'autre."

Pedro, comme chaque vendredi soir depuis plusieurs mois, se rend en bus dans le quartier du Tirol pour rejoindre Rosane avec laquelle il passe dorénavant tous les week-ends. Il tient par ailleurs une librairie, consacrée principalement aux livres juridiques, dans un autre quartier du centre ville de cette métropole brésilienne aux multiples visages qui ne sera jamais réellement nommée.
Le temps du voyage vers cette banlieue pauvre et violente qui l'hypnotise pourtant, Pedro partage avec nous le fil de ses réflexions, de ses souvenirs et de sa lecture. Dans ses mains, il tient le livre des aventures que Darwin a vécu dans ce même pays, quelques siècles plus tôt, alors que l'esclavage régnait.
Mais des rumeurs d'émeute font dévier le bus de Pedro de son trajet habituel...

Voici un roman qui m'a beaucoup plu, et qui m'a redonné en toute simplicité le goût de la lecture. Comme quoi le talent n'a que faire des fioritures stylistiques ! Rubens Figueiredo a d'ailleurs été par deux fois lauréat du prix Jabuti, l'équivalent brésilien du Goncourt. 
Il est vrai que la narration nous donne bien parfois le sentiment de passer du coq à l'âne mais tel est le cours de la pensée, non ? J'ai été profondément touchée par la vision du Brésil que donne l'auteur ici, par les portraits qu'il nous délivre. J'ai retenu notamment avec émotion un épisode qui se déroule dans un supermarché et qui nous montre combien l'on peut broyer parfois de l'humain avec sauvagerie et froideur.
Une lecture qui ouvre avec finesse une fenêtre vers cette Amérique du Sud si souvent ignorée.

Un grand merci à Books Editions pour l'envoi !! - 20 € - 24 Avril 2013

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30 avril 2013

Je ne résiste pas

aujourd'hui au fait de déposer ici de nouveau un clip de Love Song, la dernière chanson de Vanessa Paradis, tellement je trouve cette jeune femme belle, et tellement elle me réconcilie avec son âge, le mien (ben oui, je l'avoue, j'ai du mal à passer le cap). Ci-dessous, la version définitive je pense... j'avais posté il y a quelques temps, une version Lyrics [ici].

Sinon, ayant abandonné lamentablement hier Crime d'honneur, qui risquait de me plonger dans des abîmes de panne de lecture (ne jamais oublier de ne jamais se forcer !), j'ai ouvert Passager de la fin du jour de Rubens Figueiredo (à la couverture attrayante) qui je l'espère saura me retenir cette fois-ci. Il me semble que je suis tellement dans le concret en ce moment (déménagement et travaux) que j'ai du mal à adhérer au fictionnel, qu'en pensez-vous ?

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29 avril 2013

Crime d'honneur, Elif Shafak

crimedhonneur"Aussi loin qu'il se souvienne, il s'est toujours perçu comme le prince de la maison et sa mère comme celle qui, de façon contestable, le mettait en valeur, était sa protectrice inquiète."
JM Coetzee

Cet incipit résume au mieux l'ambiance du roman, en tous les cas la relation qu'entretiennent Iskender (le sultan meutrier) et sa mère Pembe, avant que celui-ci attente à la vie de cette dernière et séjourne ensuite des années dans la prison de Shrewsbury.
Lorsque cette famille kurde a émigré à Londres en 1970, Pembe est l'épouse d'Adem, mais sait qu'elle n'est que son second choix, il aurait préféré épouser sa soeur jumelle Jamila. Alors, le mariage bat de l'aile malgré la naissance de trois enfants et l'infidélité entraîne dans son sillage un "crime d'honneur" perpétré par le fils aîné, dépositaire traditionnel de l'honneur des femmes de la maisonnée en l'absence du père.

Ce titre est un abandon de lecture. Je jette l'éponge à la page 126. D'habitude, lorsque je n'accroche pas, je ne vais pas au-delà de la page 50, mais ce roman étant le livre sélectionné pour le mois d'Avril dans le cadre du Prix Relay des voyageurs, je craignais de passer à côté de quelque chose... et puis le thème de l'exil annoncé en quatrième de couverture me plaisait beaucoup. Cependant, j'ai eu du mal à situer les personnages de cette histoire inter-générationnelle dès les premières pages et je crois que je ne supporte plus que l'on me promène du passé au présent à chaque chapitre sans explications. Mon cerveau n'est plus apte en ce moment à gérer de quelconques changements spatio-temporels en cours de lecture, peut-être même que le principe commence à m'agacer... Bon bref, voici malheureusement une lecture en forme de déception.

Un avis plus enthousiaste chez Saxaoul

Editions Phébus - 23€ - 7 mars 2013

Ce livre est en compétition pour le prix-relay-logo (clic sur le logo pour plus de détails) et a été retenu pour la sélection d'Avril : http://prixrelay.com - La page facebook - @PrixRelay 

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23 avril 2013

Les Vaches de Staline, Sofi Oksanen

lesvachesdestaline"Ce n'est qu'en maigrissant que je pouvais m'éloigner, m'enfuir, m'en aller, non, tu ne pourras jamais m'attraper, ni toi ni personne, je ne laisserai jamais personne m'attraper, même si le fait que je reste pétrifiée sur place pouvait signifier en réalité que je voulais rester là pour une fois, devant toi, devant toi qui t'approches, être ici... non ! Si le corps refuse d'obéir autrement, il ne reste qu'une façon de se déplacer ; en rapetissant et en rétrecissant. Mon évasion par kilos est la seule échappatoire, puisque mes jambes refusent de coopérer."

La mère d'Anna a tout fait au quotidien pour faire oublier à son entourage ses origines estonniennes. Ayant épousé un finlandais, elle a eu à coeur dans son pays d'adoption de gommer tout ce qui aurait pû permettre aux inconnus de la confondre avec ces filles de petite vie qu'elle croise dans la rue. Mais cela ne l'empêche pas de rendre visite régulièrement à sa famille restée derrière la frontière, et de tirer dans son sillage sa fille Anna qui est sommée de se conformer à ses ordres de discrétion. L'ère soviétique fait rage. Anna et sa mère, elles, oscillent entre deux mondes.
Devenue grande, puis adulte, Anna souffre de graves troubles alimentaires. Elle est fière de ses 45 kilos, de sa manière unique et tendue de sculpter son corps, et de sa capacité formidable à ne s'attacher à personne...

J'ai eu une lecture laborieuse avec ce roman de Sofi Oksanen, et pourtant je sais que j'en ai aimé l'atmosphère, le contexte, et ce qu'il m'a permis d'apprendre sur l'Estonie. Seulement, il m'a fallu quelques temps, plusieurs pages en fait, pour suivre au mieux les changement d'époques et de personnages que l'auteure opérait dans sa narration. Une fois les jalons compris, mon attachement acquis à Anna, j'ai aimé ce que j'ai lu.
Les Vaches de Staline, premier roman de Sofi Oksanen, raconte au mieux les ravages de la propagande et du communisme amenés à son paroxysme. De plus, il est intéressant de constater à quoi peut ressembler le bonheur aux yeux de ceux qui manquent de liberté, quelques vêtements modernes, des déodorants, du shampooing et des bananes en tas sur des étals.
Les affres de la boulimie d'Anna sont également bien décrites, et amènent aux yeux des larmes de compassion mêlées d'effroi.
Une lecture exigeante et fière.

Editions du Livre de Poche - 7.90€ - 17 avril 2013

Aifelle est restée partagée sur ce titre - Percutant pour Clara - Ptitlapin aime aime ! 

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15 avril 2013

Efflorescences, Ismaël Billy

efflorescencesVous avez déjà eu un petit aperçu [ici] de la poésie incluse dans le recueil ci-contre. Je dois dire que j'ai passé un excellent moment à lire Ismaël Billy. Je n'ai pas tout aimé d'égale façon dans sa production, mais il ne s'agit là en l'occurence que d'une histoire de goût et de sujet, et non pas de manque de talent.
J'ai aimé surtout sa première partie, celle dédiée à l'amour (D'amour à l'arrachée Livre I), je suis moins sensible aux épopées et aux termes plus savants (inconnus) qui parsèment quelques poèmes (Des corps couchés sous d'autres lunes Livre II). Mais il est évident que nous avons affaire là à un véritable poète, comme le souligne Michel Cazenave dans sa préface.

Comment vous expliquer au mieux ? En lisant les mots de l'auteur sur ma liseuse, j'ai eu l'impression de faire le même voyage que j'avais fait dernièrement en découvrant, en français, la voix d'Emilie Dickinson [ici]. Et puis, j'ai trépigné de joie devant ma découverte, comme lorsque j'avais lu Le Trou de Thomas Vinau, bien avant son succès blogosphérique.

Voici ci-dessous le texte qui a retenu mon attention au préalable sur le site de l'auteur - http://ismael-billy.wix.com/ismaelbilly - inclus dans la troisième partie du recueil (Efflorescences Livre III). J'espère vraiment vous avoir donné envie de découvrir cette écriture à votre tour !!

Rouge

Carmin, dans les sangs d'une jument,
Dans les lèvres entrouvertes
Du pétale baisé par les lèvres.

Et rouge

Créé de double, unie par douleur,
Or comme il n'en est point

D'offrir luxe impie, rouge de voiles.
Encore rouge

Mais cuivré, presque brun, tâches
Éparpillées dans les lisières,
Et souffle mourant de fugace maelström.

Il n'est de rouge si fort que la Terre ne meurt
Encrevassée, déchirée de vengeance,
Ouverte dans la nuit, la boîte à lumières.

Il est un bois dur d'hiver et rouge de corolles
De sels, parfumé de résine.
Rouge maintenant dans son soupir sortant
Des épines, des cimes, des songes maudissant. 

Et le songe appelle à l'idiome, l'être éthéré
Sort de son somme et s'éveille asphyxié,
Détroussé de sa base, réduit à l'enfer,
De toucher de sa cime la profonde Terre.

Louis d'or et sols et ducats,
Bronzes noirs, argent ça et là,
Mais les chairs emmangées de vers,
Cruels, sans eau, l'or, commun comme verre.
Rouge de ne bientôt plus être pâle.
Rouge tant qu'il est encore tant.

Rouge tant que je le puis.

Rouge même mort,

Rouge par delà,

Rouge enfin,

Rouge.

 

Edition Le Menhir - 16.50€ - 26 Février 2013 

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12 avril 2013

Baby Love, Joyce Maynard

baby love"A la télé quand une femme annonce à son mari qu'elle attend un bébé, il l'installe aussitôt dans un fauteuil confortable, et lui met un coussin dans le dos. Et puis il lui prend la main et l'embrasse très tendrement. Il veut savoir à quand ça remonte, pour quand est la naissance. Jill raconterait bien à Virgil qu'elle a dû se cacher dans son placard pour vomir dans la coupe à fruits."

Elles sont quelques jeunes adolescentes à se retrouver régulièrement près du lavomatique, dans cette Amérique profonde où le rêve est bien loin, et la seule ouverture sur le monde l'écran brillant de la télévision. Trois d'entre elles sont déjà devenues mères, une autre soupçonne qu'elle va le devenir bientôt, et la solitude est à la lisière de la vie qu'elles se construisent naïvement. Elles ne se doutent pas, tout en jouant avec leur bébé, que rien n'est acquis, que des adultes de passage vont modifier leur destin, et que la vie ne tient qu'à un fil, bien fragile...

C'est le premier titre de Joyce Maynard que je lis, et l'admiration s'est ici mêlée au malaise... Malaise, car il m'a été difficile d'assister au supplice de la petite Mélissa, brutalisée par sa mère adolescente. Malaise, car cette Amérique sans espoir que l'auteure nous décrit n'est pas du tout attirante mais qu'il est évident qu'elle existe réellement. Et puis malaise aussi, parce que sur tout le récit règne une lourdeur, une atmosphère un peu glauque, que j'ai eu du mal à trouver plaisante. Mais admiration cependant, parce qu'il y a une certaine excellence tout de même dans ce portrait d'une étonnante vérité, et que la naissance du désir maternel chez les jeunes femmes y est subtilement croquée, les désillusions qui s'ensuivent également.
Une lecture choc dont il n'est pas aisé de se défaire.

Editions Philippe Rey - 19€ - 11 Avril 2013

Touchant et dérangeant pour Clara qui l'a lu d'une traite

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05 avril 2013

Les Petites mères, Sandrine Roudeix

lespetitesmeres"Il faut avoir été beaucoup aimé lorsqu'on était enfant pour tomber follement amoureuse plus tard sans se faire mal. Pour oser le grand saut de sentiments. Pour que ça rembourre et amortisse la chute. Pour que ça empêche la transformation aussi."

Rose a décidé de présenter son fiancé à sa mère. Martin a tout du gendre idéal ; la jeune-fille est confiante. Le moment est enfin venu de braver le regard des femmes de sa famille. Sa mère, sa grand-mère et son arrière grand-mère, toutes trois ont été abandonnées par l'homme qu'elles aimaient. Cela fait longtemps que Rose retardait ce retour chez elle, et il s'avère lourd de souvenirs et de questionnements. De leurs côtés, les "petites mères" se préparent à l'accueillir, tout en souhaitant que la petite dernière échappe, elle, à la fatalité familiale...

J'ai lu ce roman de manière hachée (on ne choisit pas toujours les conditions dans lesquelles on lit un livre), je n'en ai donc pas goûté au mieux tout le sel. Voici pourtant une lecture à la belle ambiance dont j'ai quand même su apprécier la teneur. Car il est très agréable de faire connaissance avec les quatre femmes de ce récit aux vies difficiles et pour lesquelles on aurait aimé des histoires d'amour plus heureuses. Rose est le personnage auquel je me suis attachée le plus et que j'ai suivi avec intérêt. Il m'a peut-être manqué une envergure supplémentaire pour vraiment trouver à ce livre un charme indéniable. Pourtant, je sais que j'ai puisé quelque chose dans les relations - pas toujours tendres - qu'entretiennent ces femmes entre elles et qu'il m'en reste d'ailleurs encore des bribes quelques heures après ma lecture. Et puis, oui, j'ai été sensible au fait que la simplicité soit là mise en valeur, et les parcours atypiques aussi.

Merci à Sandrine Roudeix et aux éditions Flammarion ! - 16 € - Février 2012

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27 mars 2013

Un Père en colère, Jean-Sébastien Hongre

unpereencolere"Comment en sommes-nous arrivés là ? Je ne sais pas. Sans doute, comme pour beaucoup de parents, par ces abandons successifs de territoire, ces reculs de notre autorité, dès la naissance, qui sont peut-être la faiblesse principale de notre génération. Nous n'avons plus su dire non quand tout autour d'eux disait "just do it". Et si nous n'avons plus su dire non, c'est d'abord à nous qu'il faut nous en prendre : car pour dire un grand non, il faut porter en soi un grand oui. Or notre génération n'a pas su aimer la vie, tout occupée qu'elle était à accumuler des objets, à gagner de l'argent, à prendre sa revanche sur des siècles d'opression des masses."

Lorsque Stéphane, ingénieur, et Nathalie, enseignante, se rencontrent, ils s'installent très vite dans une confortable maison à proximité de Paris pour élever leurs enfants. Vingt ans plus tard, Fred et Léa sont devenus deux jeunes adultes. Logés à Saugny, ils ont dû s'adapter à la violence croissante de leur environnement et ont choisi de passer du côté des plus forts, de celui des "bourreaux", au grand dam de leurs parents. Mais un drame se produit, Nathalie a un accident et est plongée dans le coma, Stéphane pense au suicide. En colère contre ses enfants qu'il juge coupables de la dépression de leur mère, il décide alors d'ouvrir un blog et devient le porte-parole malgré lui des parents déboussolés. Les médias s'emparent de son histoire. Aurait-il mieux valu rester dans le silence ?

Ce qui m'a attiré au tout départ dans ce titre est le contre-pied émotionnel qui nous est proposé, le renversement d'autorité qui semble régner dans cette famille au fond du gouffre. Dans les premières pages, j'ai cependant tiqué sur certaines expressions, un brin caricaturales pour mon goût. Et puis, j'ai compris que j'étais tombé dans le piège du politiquement correct, et du style, et qu'il fallait se laisser faire par l'intrigue, plutôt bonne, qui a le mérite de creuser son sillon dans une certaine réalité.
Il est intéressant au final d'accompagner ce père dans son combat, non pas "contre" ses enfants, mais "pour" leur avenir. Ces deux parents, dépassés par la violence d'enfants impliqués dans des réseaux de drogue où l'argent coule à flot, quelle autre alternative ont-ils donc à proposer ? Dans le récit, on apprend que Nathalie, professeure, a su se battre avec d'autres mères à une époque puis qu'elle a ensuite baissé les bras. Stéphane tente de croire encore à la science et s'attache ainsi à Kamel, le vrai rayon de soleil de cette histoire.
Une lecture qui sort de mes lectures habituelles mais que j'ai finalement beaucoup aimé.

Merci aux éditions Max Milo ! - 18€ - 21 mars 2013

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24 mars 2013

Le Silence, Jean-Guy Soumy

LESILENCE"[...] il y avait eu un empêchement, c'est ainsi qu'ils appelaient tout ce qui contrariait un de leurs projets. Que de fois avaient-ils été une famille empêchée !"

Alexandre Leroy se tire une balle dans la tête dans une chambre anonyme d'un hôtel sans charme et toute sa famille (sa femme et ses deux enfants adultes) se questionne sur ce geste étonnant et brutal.
A Chicago où il habitait, il était un mathématicien reconnu et estimé, et même si leur couple s'était un peu endormi, sa femme Jessica ne s'explique pas un tel acte qui ressemblait si peu à l'homme qu'elle pensait connaître. Estimant qu'elle doit chercher à savoir, au moins pour ses fils, elle fouille peu à peu les archives de son mari et tombe sur des détails troublants, des citations de son poète préféré disséminées ici et là, une photo de ses beaux parents inexplicablement falsifiée, un appartement secret, et une correspondance avec un certain Samuel, menuisier en France.

Je suis heureuse d'avoir ouvert ce roman de Jean-Guy Soumy avec lequel j'ai passé de charmantes heures de lecture. Car, malgré la candeur du style, on s'attache à une intrigue munie de multiples rebondissements inattendus qui nous emmène là où elle avait décidé de nous emmener, tout en laissant par ailleurs son personnage principal faire son travail de deuil.
L'auteur, professeur de mathématiques, a su ne pas encombrer son propos de romancier par des détails théoriques qui auraient pu éloigner l'intérêt du lecteur. Les mathématiques ne sont ici que la toile de fond d'une histoire humaine, faite de secrets, de colères et de pardon.
Une lecture d'une douceur désarmante, à découvrir.

Editions Laffont - 18€ - Janvier 2013
Ce livre était en compétition pour le prix-relay-logo (clic sur le logo pour plus de détails) dans la sélection de Février : http://prixrelay.com/book/le-silence/ - La page facebook - @PrixRelay 

L'auteur sera au salon du livre de Montaigu (Vendée) les 20 et 21 avril 2013 !

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19 mars 2013

L'Ile des beaux lendemains, Caroline Vermalle

liledesbeauxlendemains"Chaque pas chassait l'inessentiel, le pressé, l'anxieux, l'insatisfait."

Jacqueline a soixantre-treize ans et découvre tout à coup à cet âge l'urgence de vivre ce qu'elle n'a pas vécu depuis trop longtemps. Elle laisse son mari Marcel seul et part retrouver sa jeunesse en la personne de sa cousine Nane qui habite sur l'Ile d'Yeu, en Vendée. Tout d'abord désarçonnée par le personnage sur lequel elle tombe, qu'elle n'avait plus vu depuis ses dix-sept ans et qui a bien changé, elle se laisse bientôt faire par l'ambiance de la maisonnée. Le soir, elle fouille même mystérieusement dans les trésors oubliés de l'atelier de son hôtesse, à la recherche d'un passé qui semble encore aujourd'hui la bouleverser...

Quel joli livre que ce nouveau roman de Caroline Vermalle ! Nous nous penchons de nouveau, après L'avant-dernière chance, sur le sort de personnages à l'âge avancé, bardés de courage et d'allant. De quoi se sentir ragaillardis ensuite pour quelques semaines !
L'auteure a choisi de raconter ici l'histoire de Jacqueline via la voix de papillons et d'insectes (très belle couverture) décrits avec force détails savants, et j'ai vraiment beaucoup aimé cette idée très poétique qui passe très bien et qui apporte une petite touche très subtile au style de la narration. Elle permet également de passer d'un protagoniste à un autre avec fluidité. Car en effet, outre la fuite de notre héroïne, nous suivons en parallèle le défi fou de son mari qui décide de descendre La Loire plus ou moins à la nage, puis de traverser l'Atlantique afin de retrouver son épouse. Le projet m'a semblé sur ce point assez étonnant, surtout que je lisais concrètement ce livre (petit apparté sur mon quotidien de cette semaine) tout en traversant en train matin et soir La Loire (celle de Nantes) et ses bouillons déchaînés, et que je le connais assez bien aussi du côté d'Ancenis ce grand fleuve sauvage que j'adore. Cependant, je suppose que quelqu'un a certainement eu un jour l'idée d'exécuter ce projet incroyable et même pourquoi pas de se passer de la navette qui relie le continent à l'Ile d'Yeu. Mais peu importe, car je pense que Caroline Vermalle peut bien m'emmener sur la lune (Paul nous y embarque presque) ou en l'occurence ici chez moi sans que rien ne vienne troubler mon adhésion à l'histoire qu'elle me raconte. Et puis, quel plaisir que de retourner ainsi faire une balade, même imaginaire sur une île que j'ai visité il y a déjà trop longtemps avec bonheur.
Bref, vous l'aurez compris, voici une lecture lumineuse au goût de sel, de celles qui font du bien. A goûter sans modération.
(Ah tiens, je n'ai pas non plus parlé des seconds rôles qui amènent chacun à leur façon du vivant au récit, et de la gourmandise avec laquelle j'ai apprécié leurs réparties et leur gouaille...)

Merci à Caroline Vermalle et aux éditions Belfond ! - 18€ - 14 mars 2013

Caroline Vermalle sera au salon du livre de Montaigu (Vendée) les 20 et 21 avril !

Quelques autres lectures... Un moment de rêve et de poésie pour Aifelle - Une bouffée d'oxygène et de tendresse pour Clara - Keisha évoque le printemps et un brin de fantaisie - Saxaoul a autant aimé celui-ci que les précédents de l'auteure !

Le blog de Caroline Vermalle 

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