14 juin 2014

Nina, Frédéric Lenoir et Simonetta Greggio

nina "Je me souviens parfaitement, moi aussi, de la première fois que je t'ai vu."

La quarantaine venue, la vie semble bien vaine à Adrien. Il y a quelques mois il a perdu sa jument Lolita et depuis la mélancolie ne le lâche plus. C'est un peu comme si un dernier ressort avait été brisé. Il a décidé ce soir d'attenter à ses jours et prépare sérieusement la boisson qui l'emportera loin d'ici et de ses souffrances. Avant de l'avaler, il commence une lettre, destinée à Nina, son amour d'enfance. Ecrire cette lettre repousse d'un jour, puis de quelques autres, son acte insensé. Il se replonge dans les moments bienheureux des premiers émois et dans ceux moins glorieux où il n'a pas osé avouer ses sentiments. Nina n'a jamais répondu à un ancien courrier dans lequel le jeune Adrien avait enfin réussi à ouvrir son coeur. La missive du quadragénaire se transforme en roman et Adrien, recroquevillé aux tréfonds de sa solitude, est loin d'imaginer à quel point elle changera de nombreux destins...

C'est cette jolie couverture et le nom de Simonetta Greggio qui m'avait attiré vers ce petit roman. J'avais lu et aimé Les Mains nues de l'auteure [clic ici]. Avec Nina, l'émotion est présente dès les premières pages et prend intentionnellement le lecteur à la gorge. Captif, il ne peut alors que craindre pour Adrien, être soulagé qu'une jeune Emily prenne les choses en main, et espérer un signe de Nina. L'écriture à deux voix m'a semblé fluide et réussie. J'ai peut-être regretté une certaine raideur et candeur étonnante dans le style qui m'a empêchée d'être totalement émue par cette histoire qui croit à l'amour avec un grand A. Je n'ai pas vraiment adhéré non plus au succès de librairie du roman inattendu d'Adrien. J'ai cependant été séduite par les très belles images d'Italie, couleurs polaroïds, que les auteurs nous concoctent au fil de leur récit (j'ai pensé bizarrement au début du Grand Bleu) et par le caractère rafraichissant de certains personnages. Une lecture dont j'attendais pour autant un peu plus.

Editions du livre de poche - 6.90€ - 10 juin 2014

La lecture de Mirontaine 

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12 juin 2014

L'immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes, Karine Lambert

limmeubledesfemmes

 "C'est toujours quand elles sont assises dans le canapé en velours rouge que la conversation devient plus intime."

Juliette est enfin tombée sur la perle rare, grâce à son amie Clara qui part quelques temps explorer d'autres horizons, un logement pas cher en plein coeur de Paris. Elle est heureuse, sait que les appartements de l'immeuble concerné sont tous occupés par des femmes, mais ne s'attend pas vraiment à ce qu'elle va découvrir là, une sorte de ruche "interdite aux hommes" au sommet de laquelle règne une reine, ancienne gloire de la danse. Autant les autres habitantes ont, semble-t-il, "renoncé à l'amour" que Juliette, elle, clame tout haut qu'il n'en est pas question. La nuit, elle compulse le net en recherche de l'âme soeur, et ravive peu à peu chez ses voisines d'anciennes blessures, des rêves évanouis et des désirs brimés...

Attention livre léger à déguster sans a-priori ! Si vous avez aimé par exemple Demain, j'arrête de Gilles Legardinier [clic ici] vous serez sans conteste séduit(e)s par les ingrédients de cette histoire-là. Tout est fait en effet pour nous tenir bien au chaud : un immeuble où des femmes sympathiques prennent le thé ensemble, une impasse où tout le monde se connaît, des commerces tenus par des jumeaux timides et des familles souriantes, un chat qui se prénomme Jean-Pierre, un ami Max qui sait voir les matins chagrins et nous prendre dans ses bras, une scène de piscine mémorable, et tout un tas de jolis moments doux comme des odeurs de printemps. J'y ai trouvé ce que j'avais envie d'y trouver.

Editions Michel Lafon - 14.95€ - 7 mai 2014

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10 juin 2014

La Faille souterraine et autres enquêtes, Henning Mankell

lafaillesouterraine

 "Une femme était assise sur une chaise dans un lotissement à Arlöv, et elle était morte."

Qui était Wallander avant d'être Wallander ? Soit dès le premier tome de la série (Meurtriers sans visage) un homme de déjà quarante-deux ans, père divorcé, flic à Ystad depuis de nombreuses années. Ce recueil répond aux questions des lecteurs et permet à Henning Mankell de compiler les divers textes parus dans la presse et ceux qu'il gardait sans doute au fond de ses tiroirs. Après le point final posé avec L'homme inquiet [clic ici], dernière révérence de l'enquêteur, l'auteur effectue avec ce titre un retour aux origines rafraîchissant. C'est un Wallander jeune et déterminé que nous retrouvons, qui a soif d'apprendre, qui met trop souvent sa vie en danger mais qui préfigure évidemment le personnage qu'il deviendra.

Lire Henning Mankell est toujours pour moi un moment assez confortable. Encore une fois, je me suis délectée de ces nouvelles, qui m'ont permis d'oublier le reste, mais également que ce cher Kurt a bien vieilli dans ses dernières enquêtes. C'est un bain de jouvence que nous offre l'auteur et aussi une dernière occasion de se plonger dans l'univers familier du commissariat d'Ystad. J'ai savouré.

Editions Points - 8.20€ - Janvier 2014

 Cathulu s'est ennuyée - Tandis qu'Aifelle était ravie de retrouver Wallander !

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03 juin 2014

La Ballade d'Hester Day, Mercedes Helnwein

laballadedhesterday

 "Dans une certaine mesure, tout s'effondra dans ma vie lorsque je compris que j'étais davantage faite de chair et de sang que je ne voulais bien le croire."

Hester s'ennuie ferme dans sa vie de jeune-fille. Son originalité est un défaut énorme aux yeux de sa mère qui cherche à tout prix à la formater. Le reste de la famille se contente de la contempler en silence d'un oeil circonspect. Hester n'est pas intéressée par tout ce qui exalte les autres jeunes-filles de son âge, le bal de promo par exemple. Elle, ce qu'elle aime, c'est se poser des questions farfelues et décider par exemple, un beau jour, qu'elle adoptera un enfant après ses dix-huit ans. On lui suggère qu'il serait alors bon qu'elle soit mariée ? Ni une ni deux, elle saute au cou de ce garçon qu'elle croise souvent à la bibliothèque et qu'elle aime décontenancer, et lui demande de l'épouser. Sur un coup de tête, et suite à une dispute familiale, ils s'enfuiront tous les deux, accompagnés du petit cousin d'Hester, à bord du camping car du jeune époux...

Joli road movie déjanté, La Ballade d'Hester Day est une bien belle surprise de lecture ! J'ai aimé d'emblée la gouaille du jeune personnage, et sa manière très personnelle de tordre la réalité. Peu importe que l'ensemble soit une suite rocambolesque d'évènements improbables, on se laisse prendre au jeu. Et on pense même qu'Hester a finalement plus de bon sens que la plupart d'entre nous. J'ai dévoré ce titre. Je vous en souhaite la même découverte, et que vous serez animés du même appétit.

Editions La belle colère - 20€ - 14 mai 2014

Hester n'a pas laissé Noukette indifférente -  Jérome est passé à côté - Différent et percutant pour Karine - Stephie est moyennement séduite - Un excellent moment pour Cathulu ! ... surprenant comme les lecteurs sont divisés.

 

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27 mai 2014

Petits arrangements avec nos coeurs, Camille de Peretti

petitsarrangementsavecnoscoeurs "Ce fut le début de l'ennui. Tout était parfait. Il se levait tôt et m'apportait ma tasse de thé au lit. Dans la pénombre de la chambre, je le regardais s'habiller. Rituel du matin, bruit de l'eau de sa douche, du frictionnage intensif de son épaisse chevelure, parfums du savon Dove et du shampoing Head & Shoulders. Il fallait acheter les bouteilles par lot de quatre, pour en avoir toujours d'avance, Stanislas avait horreur de manquer. Rasage de près, T-Shirt blanc."

Lorsque Camille avait seize ans, il était facile pour elle d'être cruelle avec Stanislas. Elle savourait alors ce pouvoir immense d'être aimée et de choisir le moment exact où elle allait le quitter, juste avant l'insatisfaction. Plus tard, il serait le sujet de son deuxième livre, un personnage secondaire, victime innocente du couple qu'elle avait décidé de former alors avec son ami Julien, en imagination, des répliques étudiantes du vicomte de Valmont et de la marquise de Merteuil. Mais Camille vit aujourd'hui avec César et pense à Stanislas, cherche à le retrouver, lui envoie de nombreux mails, enveloppe sa méfiance. Ils tomberont de nouveau dans les bras l'un de l'autre, s'installeront ensemble à Londres, au coeur de la City, pour le meilleur et peut-être aussi pour l'ennui... Alors, il faudra imaginer un autre sursaut, un voyage, pour tenter d'endiguer une fin inexorable.

J'avais adoré ma lecture de Nous sommes cruels, acheté et dédicacé sur Bordeaux en 2008. [Ma lecture ici] Il faut dire que j'ai un amour (un peu pervers ?) pour Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos et que j'en avais apprécié réellement la parodie dans son roman épistolaire d'alors. On retrouve dans Petits arrangements avec nos coeurs Camille, et sa manière bien particulière de briser les coeurs, de s'ennuyer ferme rapidement et d'être pour autant affectée par le désordre qu'elle provoque. Ce roman-ci m'a sans doute laissée un peu plus indifférente dans les premières pages, entraînée vers le détachement, mais m'a cueillie littéralement dans sa troisième partie, alors que Camille se laisse prendre à son propre piège. J'ai eu le sentiment d'entendre là la véritable voix de l'auteure et que tout ce qui avait précédé, semblé un peu froid, n'était en fait que l'expression d'une grande pudeur. Et puis, ce qu'elle est agréable cette imperfection manifeste et vivante des personnages croqués par l'auteure ! On aime finalement détester Camille, la trouver frivole, peste et dangereuse, insupportable.

Editions Stock - 18.50€ - 30 avril 2014

Un coup de coeur pour le blog de Muze [ici]

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26 mai 2014

Une dernière danse, Victoria Hislop

unedernieredanse

 "Animée d'un instinct identique à celui qui vous fait retrouver le chemin de la maison, elle retourna jusqu'à la jolie place découverte la veille. Elle n'était pas uniquement attirée par l'excellence de son café con leche, elle avait aussi le sentiment qu'une partie de sa conversation avec l'aimable serveur attendait encore sa conclusion."

Sonia débarque de Londres à Grenade, accompagnée de sa meilleure amie, afin de suivre des cours de danse et de souffler un peu, loin d'un mariage décevant dont elle s'efforce vainement de ne pas voir l'effondrement. Elle découvre dans cette ville bien plus qu'une activité qui lui plaît de plus en plus un lieu où il lui semble être chez elle, enfin. Au détour d'une place, elle tombe sur un petit café attachant, et se prend d'amitié pour son serveur, un homme âgé qui lui raconte l'Espagne franquiste via l'histoire de la famille Ramirez, les anciens propriétaires du commerce qu'il tient. Sonia se passionne pour son récit sans se douter de l'écho qu'il va peu à peu produire en elle...

Une dernière danse est un pavé intéressant qui a occupé agréablement mes derniers jours de repos forcé. J'ai beaucoup aimé, en effet, suivre les péripéties de la famille Ramirez, comprendre mieux ainsi la guerre d'Espagne, ses enjeux, les drames et la terrible souffrance ressentie par un pays en son sein. Comment ne peut-on pas, aujourd'hui surtout, retenir ces leçons-là ? J'en reste étonnée. J'ai regretté peut-être une certaine légèreté dans le style, à contrario. Il m'a manqué une certaine force dans l'écriture, mais il s'agit là d'un goût essentiellement personnel. Victoria Hislop est de ces auteures qui peuvent plaire largement, et qui ont l'intelligence de mêler romance et Histoire. Ce titre fera un excellent livre de plage pour cet été !! 

Editions Les Escales - 21.90€ - 7 mai 2014

Un concours pour gagner ses livres sur la page Facebook de l'éditeur (jusqu'à ce soir) [par ici]

 

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21 mai 2014

Paroles de femmes ~ La liberté du regard ... Objectif Pal de mai

parolesdefemmes

 "Je me suis [...] plongée dans les écrits des poètes, des mémorialistes, des historiens, des pamphlétaires, des critiques littéraires, des romanciers, des dramaturges... [...] Et dans les plus anciens de ces textes, j'ai découvert un monde inconnu de moi. Des dizaines de femmes étaient évoquées. Des reines, des régentes, des dirigeantes de grandes familles, des épouses, des soeurs, des maîtresses de rois ou de vrais princesses, étaient partie prenante de la vie politique, diplomatique et même militaire... Ces femmes mais également bien d'autres, étaient aussi impliquées dans la vie religieuse. Certaines étaient des mécènes puissants et recherchés. Plusieurs, en outre, avaient laissé des écrits et pas seulement de la poésie, comme on le pense souvent, mais du théâtre, des manifestes, des traités. Et beaucoup étaient féministes !"

Paroles de femmes est fait d'extraits de lettres, de journaux intimes, de récits autobiographiques, de blogs... ceux de femmes connues, écrivains, femmes politiques, ou d'anonymes. Depuis un siècle, les femmes s'expriment. Elles ont arraché au tout départ leur liberté avec leurs dents et leur courage, ouvert le chemin qui mène au droit de vote, à l'avortement, à l'égalité. Puis, se sont parfois trompées d'enjeux quand elles se sont enferrées dans un rôle de superwoman. Elles ont souffert, ont lutté, pour que nos générations aient aujourd'hui les mêmes chances que les hommes. 

Tous ces récits, intimes et sans fards, qui suivent un fil chronologique ponctué de pas en avant, sont bouleversants de sincérité et de force. Ils imposent le respect et la vigilance, le devoir pour toute femme de se regarder objectivement dans les yeux. Loin d'être un pamphlet, ce recueil remet simplement l'histoire en place, et a son utilité. J'espère le mettre bientôt dans les mains de ma fille.

Librio - 3€ - Sept 2007

Cathulu a été la tentatrice d'alors [son billet ici - clic]

Objectif Pal 2014 : 5/12 (#objectifpal2014)

objectifpal

Les sorties de Pal de mai s'enchaînent chez vous avec régularité. Vous pouvez encore déposer votre lien mensuel sur le billet du mois de mai qui se trouve [par là] !! Si vous ne savez quel livre choisir pour juin, Aifelle vous aide [par ici] à découvrir un mini-challenge anglais qui pourrait vous convenir... 

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19 mai 2014

Du soleil en boîte, Christine Leunens

dusoleilenboite "Nancy devait reconnaître que le gâteau marbré n'avait pas l'air mauvais du tout, dans le genre ying et yang en folie. La partie chocolat était due à Edith, alors que la vanille, c'était elle : elles avaient collaboré dans un véritable esprit d'équipe. [...] Pour le septième anniversaire de Chloe, Mike était encore là. Neuf ans plus tôt jour pour jour, il était à son côté à la maternité, il comptait les "inspiration" et les "expiration" à la manière d'un entraîneur, lui aspergeant le visage à l'aide d'un grand vaporisateur."

Edith est une belle-mère fantasque et envahissante, qui redoute plus que tout le passage du temps, et ne sait pas exprimer son affection sans excès. Un jour, alors que Nancy et Mike sont en vacances, elle débarque sur les lieux sans prévenir afin de "soi-disant" les décharger de la garde de leur petite fille et leur permettre de prendre du temps seuls tous les deux. Alors que Mike lui suggère de rentrer chez elle, Edith simule un malaise qui la conduit théâtralement à l'hôpital. Mike décédera brutalement dans un accident de voiture en allant la retrouver. Nancy soudain veuve aura à affronter dorénavant une vie plus compliquée, désertée par l'homme qu'elle aimait par dessus tout, et consacrée désormais à sa fille, et à cette étrange femme avec qui elle entretiendra au fil du temps une amitié irritée et malhabile...

Il est intéressant avec Du soleil en boîte de se pencher sur les émotions assez complexes de ces deux femmes qu'un deuil réunit mais que par ailleurs tout oppose. La Nouvelle Zélande est là en toile de fond, et les divers personnages nous attachent doucement par leurs caractères humains et imparfaits. De plus, sous les manières et les propos extravagants d'Edith se dissimulent de véritables questions, notamment sur l'âge et le passage du temps. En effet qui décide (de la décence, de la morale ou de l'envie ?), de ce qu'il est acceptable de faire ou non dans la vie, et du moment précis où l'on franchit forcément "la limite d'âge" ? Il m'a peut-être manqué "un petit quelque chose" pour faire de cette lecture une lecture vraiment enthousiasmante mais j'ai aimé tout de même vivre quelques jours dans les pages de ce roman sympathique. A découvrir !

Editions Philippe Rey - 18€ - 8 mai 2014

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12 mai 2014

Autrefois le rivage, Paul Yoon

autrefoislerivage "Si un jour tu t'en vas, je me souviendrai de ton visage.
-Taeho.
- Et je le chercherai.
- Tais-toi, Taeho.
- Parmi des milliers de visages. Il y aura le tien, et le mien. Nous nous mettrons à la recherche l'un de l'autre. Et nous serons forts. Héroïques."

Le cadre des nouvelles du recueil Autrefois le rivage se situe sur une petite île, nommée Solla, au large de la Corée du Sud. Aujourd'hui fréquentée par la modernité, et les touristes, elle était auparavant le domaine des pêcheurs. Elle a connu aussi la guerre, recueilli de nombreux petits orphelins, été le théâtre de drames silencieux. Il y a cette femme âgée par exemple, veuve d'un soldat américain, et ce jeune serveur qu'une tragédie rapproche. Ce naufrage vers lequel se dirige calmement un couple à la recherche du corps de leur fils. Le retour tant attendu, et tellement décevant, de l'ami d'enfance. Cette amitié incompréhensible et indéfectible entre un enfant mutilé et une plongeuse solitaire. Le brouillard qui envahit la tête de Miya, bénévole à l'hôpital, et qui la laisse croire aux fantômes. Cet américain qui met en danger tout un village par sa seule présence. Et enfin cette ferme, qu'une petite fille ne veut pas voir vendue, et qu'une mère hante encore de sa présence nébuleuse.

Paul Yoon, jeune écrivain américain d'origine coréenne, a inventé de toutes pièces cette île de Solla, inspirée d'autres îles bien réelles. Et cela lui a permis de laisser libre court à son imagination, et de nous offrir de bien belles histoires, poétiques. Ce titre a été sélectionné par le New York Times comme l'un des meilleurs livres de l'année. Et j'en ai effectivement beaucoup aimé l'écriture, très fine mais également très maîtrisée. J'ai eu le sentiment d'accéder quelque peu à l'âme coréenne, îlienne, et eu l'impression de rencontrer de vrais personnages, habités par le courage et l'acceptation résignée de leur sort. J'ai été touchée par la générosité de Paul Yoon, par sa manière de déployer ses nouvelles sans en restreindre le propos. Il est évident que je serai attentive à la sortie en France de son premier roman Snow Hunters qui vient de paraître aux Etats-Unis. Un auteur à découvrir et à suivre, indubitablement.

Editions Albin Michel - 20€ - 2 avril 2014

 

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10 mai 2014

Le Liseur du 6h27, Jean-Paul Didierlaurent

leliseurdu6h27

  "Non, tout ne va pas si bien que ça, eut envie de rétorquer Guylain. J'attends le retour d'un père mort depuis vingt-huit ans, ma mère me croit cadre dans une société d'édition. Tous les soirs, je raconte ma journée à un poisson, mon boulot me dégoûte à tel point qu'il m'arrive de dégueuler tripes et boyaux, et enfin pour couronner le tout, je suis en train de tomber sous le charme d'une fille que je n'ai jamais vue."

Tous les jours, Guylain prend le RER de 6h27 pour se rendre au travail. Il y pilonne des livres, les invendus de l'édition et y conduit une grosse machine aux mâchoires de fer, un mastodonte mécanique, la Zestor 500. Dès qu'il s'assoit sur son strapontin préféré, dans sa rame, il tire de sa poche quelques feuillets sauvés la veille et les lit à haute voix. Les passagers sont fascinés par ces morceaux de lecture, sans queue ni tête, mais Guylain ne prête guère attention à la fascination qu'il suscite. Ce rituel lui permet de se laver d'un travail qu'il exècre. Guylain mène une vie solitaire. C'est compter sans la détermination des adorables soeurs Delacôte, ou de la découverte bien étrange d'une clé USB, contenant les textes d'une mystérieuse inconnue...

Le liseur du 6h27 est de ces petits livres que j'aime, qui mêlent avec finesse, et tendresse, gouaille et poésie, et qui démontrent combien la littérature, le goût des mots, sont à la portée de tous. Qu'il est bon de trouver un amoureux du théâtre sous la guérite d'un garde-barrière, une apprentie écrivain sur le siège d'une dame-pipi et des lecteurs attentifs derrière les murs d'une maison de retraite banale !! Vous passerez très certainement un délicieux petit moment en compagnie de ce roman, de ceux qui font du bien, malgré peut-être un déséquilibre certain entre sa première et deuxième partie. En tout état de cause, un premier roman très réussi.

J'ai beaucoup pensé à l'univers de Regis de sa Moreira [clic] en lisant ce roman, un auteur singulier que j'aime particulièrement aussi, l'utilisation de l'absurde à profusion en moins, peut-être... 

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 5 mai 2014

Chez Clara on en redemande !! [clic]

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