01 avril 2014

L'année du dragon (trilogie) par Vanyda et Duprat

lanneedudragon

... trois tomes dévorés le temps d'un après-midi.

"Non mais... faut pas t'en faire !! Je te l'ai dit, c'est ton année.
- Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire ?
- Mais je te l'ai déjà dit !! Cette année dans l'horoscope chinois...
... c'est l'année du dragon."

Franck est en galère. Il squatte le canapé de son frère depuis six mois, n'arrive pas à dire à Kim, sa meilleure amie, qu'il préférerait qu'elle reste près de lui et enchaîne les gaffes avec Bernadette, sa nouvelle collègue. Pourtant, cette dernière le trouve craquant, bourré d'humour et est toute disposée à lui faire une petite place dans son appartement. C'est l'année du dragon d'accord, c'est son année ok, mais tout ne se déroule pas comme Franck le voudrait... De plus, depuis que Kim lui a mis cette idée en tête, il voit des dragons partout, dans son imagination prolixe, et surtout dans ses cauchemars. Une bonne idée ma foi pour régler quelques comptes avec l'entourage immédiat, quoique. 

lanneedudragon2

J'avais déjà beaucoup aimé Vanyda dans sa trilogie de L'immeuble d'en face puis dans Celle que je ..., j'ai retrouvé ici le même plaisir de lecture, ce même dessin emprunt d'aisance et de naturel qui m'avait auparavant séduite. L'humour est également très présent dans ces trois tomes, les apparitions du dragon sont à la fois grotesques et irrésistibles. Après les voisins de L'immeuble d'en face, les collégiennes de Celle que je..., c'est une rencontre réussie avec un trio amoureux frais et attachant !

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Editions Carabas - 16€ - Février 2008 - Merci ma bibli !!

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30 mars 2014

La Chine d'en bas, Liao Yiwu

lachinedenbas"Nous n'étions pas les seuls à avoir tout perdu. Des milliers de gens ont été dépossédés de leurs biens et ont vu leur familles brisées, parce qu'accusés d'être des propriétaires fonciers ou des contre-révolutionnaires."

Liao Yiwu est né au Sichuan en 1958, l'année même du "Grand Bond en avant" initié par Mao Zedong. Pendant la révolution culturelle, ses parents ont été arrêtés, accusés d'être des contre-révolutionnaires. Marqué par les évènements de la place Tiananmen, Liao Yiwu devient opposant au régime communiste en 1989. Ses écrits sont censurés, il séjourne en prison, et finit par traverser clandestinement la frontière sino-vietnamienne en 2011. Il vit aujourd'hui à Berlin.
La chine d'en bas retranscrit les divers entretiens (28 au total) qu'il a pu mener avant sa fuite avec des personnages emblématiques de la chine oubliée, des exclus, des marginaux, d'anciens prisonniers du régime. Tous ont quelque chose à raconter, notamment les horreurs et les tortures subies par les représentants de l'autorité sous Mao, mais aussi par leurs concitoyens, parfois leurs propres voisins. A travers ces témoignages, c'est une chine réelle, terrible, ignorée, qui nous est révélée. Une chine encore très influencée par les anciennes croyances, mais qui se tait, et qui porte tout son espoir sur les générations futures.

Ce titre est un témoignage passionnant sur la chine moderne. J'ai appris beaucoup en le lisant. Il donne une vision réaliste (non édulcorée) des évènements qui ont eu lieu, de la révolutions culturelle à Tiananmen, et voilà qui est rare et important. J'ai cependant un peu regretté la longueur du texte, et l'aspect un peu systématique des récits, à la longue. Pour autant, il me semble être de ces livres à lire absolument, et à transmettre, car au service de la Vérité et de l'Histoire.

Editions 13e note - 23.90€ - 26 mars 2014

 

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18 mars 2014

La nuit tombée, Antoine Choplin

lanuittombee

"Comment dire. Au début, quand tu te promènes dans Pipriat, la seule chose que tu vois, c'est la ville morte. La ville fantôme. Les immeubles vides, les herbes qui poussent dans les fissures du béton. Toutes ces rues abandonnées. Au début, c'est ça qui te prend les tripes. Mais avec le temps, ce qui finit par te sauter en premier à la figure, ce serait plutôt cette sorte de jus qui suinte de partout, comme quelque chose qui palpiterait encore. Quelque chose de bien vivant et c'est ça qui te colle la trouille. Ca, c'est une vraie poisse, un truc qui t'attrape partout. Et d'abord là-dedans.
De son pouce, il tapote plusieurs fois son crâne.
Je sais de quoi je parle."

Gouri débarque avec sa moto dans un village voisin de la zone sinistrée, près de Pipriat. Il retrouve là pour une soirée autour d'un repas arrosé ses camarades de catastrophe, ceux qui sont restés au plus près du lieu maudit. Il est revenu pour sa fille, qui est malade, récupérer l'ancienne porte de sa chambre. L'accès à l'immeuble qui était leur domicile est interdit, il faudra passer les barrages à la nuit tombée, se cacher, être un étranger, un voleur, dans ce lieu sinistré, encore plein des souvenirs d'une vie figée à jamais...

J'ai beaucoup aimé le style et l'atmosphère de ce petit livre d'Antoine Choplin dont l'action ne se déroule que le temps de quelques heures. J'y ai retrouvé quelques échos de ma lecture d'un Printemps à Tchernobyl [clic ici]. On y retrouve la même fascination mêlée de crainte pour "la zone", l'important se situant dans les blancs du texte, dans ce qui est gardé sous silence. L'économie de mots, d'effets, fait sens et apporte à ce roman beaucoup de force. Une belle découverte.

Editions Points - 5.70€ - Janvier 2014

Pour Aifelle, un des meilleurs romans de la rentrée 2012 ! [clic ici] D'autres avis... Cristie - Hélène - Kathel - Leiloona - Maryline - Noukette - Philisine Cave - Valérie 

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17 mars 2014

La Petite chartreuse, Pierre Peju... Objectif Pal de Mars

 

petite_chartreuse

 "Vollard n'avait jamais conçu la littérature comme un apaisement, ni la lecture comme une consolation. Au contraire. Lire follement, comme il avait toujours lu, consistait plutôt à découvrir la blessure d'un autre. Blessure d'un type seul, désarroi d'une femme seule. Lire consistait à descendre en cette blessure, à la parcourir. Derrière les phrases, même les plus belles, les mieux maîtrisées, toujours entendre les cris."

Après l'école, Eva, dix ans, attend invariablement sa mère. Cette dernière arrive de plus en plus tard, bien après les autres mamans, et semble à chaque fois toute prête à oublier définitivement sa fille. Un soir, alors qu'il pleut à verses, l'attente se prolonge et Eva décide, inquiète et paniquée, de retrouver seule le chemin de leur appartement. Une camionnette croise sa course affolée, celle d'Etienne Vollard, le libraire. Le choc est brutal. Eva est dans le coma, et le vieux libraire atterré. Il décide cependant de retrouver la petite fille. A l'hôpital, il s'aperçoit très vite que la mère de l'enfant est dépassée, qu'elle se repose entièrement sur les autres, et plus particulièrement sur lui. Sa mémoire phénoménale, et les histoires qu'elle contient, va l'aider à sortir une petite Eva fragile des limbes dans lesquelles elle est plongée...

J'avais entendu le plus grand bien de ce roman (Prix du Livre Inter 2003), et avais profité d'une réédition de chez Folio pour l'acquérir. Puis, le livre était resté dans ma PAL... non lu. L'ojectif Pal de mars était une bonne occasion de l'ouvrir enfin.
Je dois dire que le roman de Pierre Péju m'a plu, mais que je l'ai trouvé également sinistre et inégal. La pluralité des narrateurs est parfois surprenante, les époques s'enchevêtrent et le style de l'ensemble est assez classique. Pour autant, il est de ces romans qui mettent sur la plus haute marche le goût de la lecture et le livre (avec un L majuscule), et en cela La petite chartreuse est un texte merveilleux, précieux. J'ai soupiré longuement devant l'évocation si réaliste du métier de libraire, et de nombreux passages mériteraient amplement d'être cités dans mon billet.

En voici un qui m'évoque des temps révolus...

"Lorsque Vollard apercevait des livres nouveaux dans leurs cartons béants, une lueur étrangement sensuelle éclairait son regard, un pli de gourmandise tordait un peu ses lèvres. Il aimait aussi éventrer les cartons d'un coup de cutter bien placé, et puis vite, arracher les entrailles. Bouquins palpitants, pissant leurs phrases comme du sang. Toujours la même fringale, après tant d'années. Un frisson de plaisir secouait Vollard. Alors, les mains s'emparaient de ces blocs d'écriture. Il les palpait, les tâtait, les estimait, les retournait, les ouvrait fébrilement, humait l'odeur de la colle et du papier, les parcourait déjà, salivant, regard coupe-papier, se faisant d'un texte une idée rapide mais pertinente, puis il s'emparait de plusieurs bouquins qu'il se réservait de lire la nuit suivante."

Editions Folio - 6.20€ - 2004

objectif pal

Du même auteur j'ai également lu Naissances [clic] 

Objectif Pal 2014 : 3/12 (#objectifpal2014)

Mars nous a retenu à l'extérieur avec ses envies de printemps, et son soleil éclatant, mais vous avez quand même lu pour l'Objectif Pal... bravo. Vous pouvez encore déposer votre lien mensuel sur le billet du mois de mars qui se trouve [par là] !!

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14 mars 2014

Dieu me déteste, Hollis Seamon

 

dieumedeteste

 "[...] récemment, ma mère a pris un congé dans ses deux boulots, quand l'expression phase terminale a commencé à fleurir partout dans mon dossier et que soins palliatifs est devenu mon adresse permanente."

Nous sommes à NewYork, hôpital Hiltop. Richard a presque dix-huit ans et une chambre dans l'unité des soins palliatifs. Son seul souhait est d'être considéré comme un adolescent ordinaire, et de pouvoir serrer dans ses bras Sylvie, l'autre adolescente de l'étage, qui lui demande d'ailleurs abruptement d'être son premier, avant que de... Forts de leur projet et de leurs sentiments naissants, les deux amoureux devront se confronter pourtant à l'hostilité des familles qui ne voient dans cette amourette que danger et sujet à colère.

Je ne suis pas très fan des récits qui miment le langage parlé, surtout quand ce langage mime un phrasé enfantin ou adolescent. Pourtant, j'ai aimé ce récit-là qui, dans son genre, est très bien fait et prenant. Hollis Seamon a, semble-t-il, voulu rendre hommage à la fougue et au panache des enfants rencontrés à l'hôpital, ainsi qu'au travail du personnel infirmier. Le résultat est enjoué et pudique à la fois, bien que rien ne soit caché des défaillances et des désirs de chacun. Il n'y a pas dans ce roman de pathos exagéré non plus, ni de larmes à l'oeil... juste du courage et du tonus à revendre, et quelques bêtises. Je salue la galerie de personnages (hauts en couleur) et le talent de l'auteure qui a su conserver un ton juste tout au long de son récit.
Un titre que l'on a envie de mettre dans d'autres mains après sa lecture. 

Ce roman est le fruit d'une nouvelle collaboration entre les éditions Anne Carrière (Stephen Bordes) et M Toussaint Louverture (Dominique Bordes).

Editions La Belle colère - 19€ - 13 mars 2014

Un coup de coeur pour Cathulu [clic] - Clara veut le mettre dans les mains des ados (je suis d'accord) [clic]

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13 mars 2014

Une collection de trésors minuscules, Caroline Vermalle

 

unecollectionde

  "Moi, je préfère dire qu'il faut y croire. C'est pas grand-chose, croire, c'est donné à tout le monde, il suffit juste d'y mettre du sien, de faire taire le bruit alentour, d'ouvrir les yeux et de voir sa bonne étoile. Les gens n'y croient pas, à leur bonne étoile, c'est dommage. Et ils ont tort, bien sûr. Elle est là pour chacun, seulement, il faut prendre la peine de la chercher. Des fois, elle brille dans des trucs minuscules, des trucs de rien du tout. Une présence, par exemple. On est sept milliards sur terre et pourtant, par une espèce de miracle incompréhensible, il suffit d'une voix, d'un coeur, d'une façon de voir les choses pour tout illuminer d'un coup."

Frédéric Solis est un brillant avocat qui semble avoir tout pour lui, le charme, le succès, la notoriété, son entrée dans les salons les plus huppés. Cependant, sa petite amie l'a quitté depuis peu, et il est acculé par les huissiers. Des dettes se sont accumulées depuis qu'il a investi bien plus que ses économies dans un très beau Sisley. Son goût pour les impressionnistes est tout près de le mener à la ruine. Il ne fait pas très attention non plus à sa jeune assistante, Pétronille, qui n'a pourtant d'yeux que pour lui. Un notaire lui annonce un jour qu'un héritage l'attend. Mais quelle déception ! Ce qu'il découvre en fait de fortune consiste en quelques tickets d'entrée et une carte au trésor. Le jeu de piste auquel il accepte de jouer lui apportera pourtant bien plus qu'il n'y paraît...

Qu'il est bon de parfois se laisser mener par le bout du nez dans une histoire pleine de bons sentiments comme celle que nous a concocté Caroline Vermalle !! Alors, peu importe que les ficelles soient un peu grosses, l'enchaînement prévisible, et la fin attendue. A lire un tel livre, le lecteur devient tout tendre et tout sucré, effiloché tel une barbe à papa, bon et moelleux comme un chou à la pistache ou au chocolat. Etant donné qu'une telle transformation est certainement le but inavoué de l'auteure, le pari est réussi. Et puis et puis, il y a ce voyage féerique dans les jardins de Giverny et les tableaux de Monet... 
Une lecture qui éveille la gourmandise, la curiosité et l'amitié.

Editions Belfond - 19€ - 13 mars 2014

Le blog de Caroline Vermalle - Mes autres lectures de l'auteure : L'île des beaux lendemains - Nouvelles contemporaines - L'avant-dernière chance

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10 mars 2014

Un avenir, Véronique Bizot

 

unavenir

  "[...] je pensais Naufrage familial, notre misérable fratrie, je pensais je manque d'imagination pour aimer Hélène, continuer à l'aimer matin après matin, je pensais La femme d'Harald dans la brasserie de Montparnasse, toujours si bien coiffée, son regard balayant les murs, je pensais Me lever, remettre trois bûches dans la cheminée et m'endormir, mais je ne me lève pas, je ne m'endors pas."

Paul vient de parcourir trois cents kilomètres pour vérifier qu'un des robinets de la maison familiale a bien été purgé. Son frère jumeau, Odd, lui a envoyé une lettre pour lui annoncer sa disparition volontaire et son départ de cette maison dans laquelle il vivait seul depuis longtemps et où n'importe qui pourrait devenir fou. Paul arrive avec un énorme rhume et est très vite coincé par la neige dans l'étrange demeure inhospitalière. Il prend son mal en patience, se nourrit de ce qu'il trouve, allume la cheminée, explore à pieds les environs et remet en perspective le passé de sa famille...

J'ai été très déroutée par ce roman, qui a pourtant rencontré un grand succès sur la blogosphère, et pour lequel j'avais assez rapidement développé une grande curiosité. J'en ai trouvé l'atmosphère sinistre, lugubre et excessivement pessimiste. Bien entendu, le style de Véronique Bizot y est remarquable. Et cette lecture fait écho à tant d'autres lectures (de qualité) à l'atmosphère équivalente (un brin gothique ?). Je reste d'ailleurs - après ma lecture - encore marquée par les images et les situations qu'elle convoque. Cependant, je suis restée étonnée par l'intention, l'objet de ce petit livre. La morale en serait-elle qu'il ne faut jamais, au grand jamais, laisser aux maisons le soin de décider seules de notre avenir ?

Editions Actes Sud - 15.30€ - 2011

Un grand merci à Jack qui m'a permis de satisfaire ma curiosité [clic ici] !! - Beaucoup d'avis sur Babélio [clic ici]

 

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05 mars 2014

Exit le fantôme, Philip Roth

exitlefantome"Oui, et alors ? C'est fou de ma part d'être ici. Fou, d'être à New-York. C'était fou, la raison pour laquelle je suis venu à New York. C'est fou d'être assis là à vous parler. D'être assis là et d'être incapable de vous quitter. Aujourd'hui je ne peux pas vous quitter, hier je ne pouvais pas vous quitter, alors je vous interviewe pour le job de quitter votre mari et de venir vivre une existence posthume avec un homme âgé de soixante et onze ans. Continuons. Poursuivons l'interview. Parlez-moi des hommes."

Zuckerman revient à New York, après près de onze années d'un exil volontaire à la campagne. A l'époque, des lettres de menace contre l'écrivain juif qu'il était l'avait incité à fuir la ville. Aujourd'hui, c'est une intervention bénigne qui l'oblige à remettre les pieds dans des lieux qu'il peine à reconnaître, et où il doit de plus faire face à sa déchéance physique d'homme âgé. Des rencontres vont bouleverser son séjour. Il retrouve l'ancienne muse de son mentor, E.I. Lonoff, malade et usée - loin de la belle jeune-femme dont il avait conservé un souvenir attendri - aux prises avec un jeune auteur indélicat tentant d'écrire la biographie de son ancien amant. Par ailleurs, un jeune couple propose à Zuckerman d'échanger leur appartement contre sa maison pour quelques temps. Après le 11 septembre, et suite à la réélection inattendue de George W. Bush, l'effarement est de rigueur. La jeune-femme, Jamie, pense gagner en sérénité loin de New York. Zuckerman tombe violemment sous son charme et se prend à rêver...

Autant le dire tout de suite, je ne pensais pas prendre un quelconque plaisir à suivre les tribulations d'un homme âgé tel que Zuckerman. L'antipathie ressentie envers le personnage de Philip Roth, gêné par ses problèmes d'incontinence, a été immédiat. Et puis, j'ai aimé de longs passages, intelligents et cultivés, j'ai continué ma lecture, et j'ai été séduite par la rupture de style dont l'écrivain se sert parfois, et qui donne un rythme original au récit. J'ai aimé ensuite qu'il parle de cette "mauvaise" habitude qu'ont les lecteurs d'aujourd'hui d'analyser une oeuvre par le prisme de la biographie. J'ai aimé au final détester Zuckerman.
Lire un auteur de talent est toujours un moment intéressant. Ce fut une lecture intéressante.

Folio - 7.40€ - Mai 2011 - Merci à mon prêteur !

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02 mars 2014

En cours de lecture...

taxi"Je me rappelais un New York où les seules personnes qu'on voyait remonter Broadway en se parlant toutes seules étaient les fous. Qu'est-ce qui s'était passé depuis dix ans pour qu'il y ait soudain tant à dire - à dire de si urgent que ça ne pouvait pas attendre ? Partout où j'allais, il y avait quelqu'un qui s'approchait de moi en parlant au téléphone, et quelqu'un derrière moi qui parlait au téléphone. A l'intérieur des voitures, les conducteurs étaient au téléphone. Quand je prenais un taxi, le chauffeur était au téléphone. Moi qui pouvais souvent passer plusieurs jours de suite sans parler à personne, je ne pouvais que me demander de quel ordre était ce qui s'était effondré, qui jusque-là tenait fermement les gens, pour qu'il préfèrent être au téléphone en permanence plutôt que de se promener à l'abri de toute surveillance, seuls un moment, à absorber les rues par tous leurs sens et à penser aux millions de choses que vous inspirent les activités d'une ville. Pour moi, cela donnait aux rues une allure comique, et aux gens une allure ridicule. Mais cela avait aussi quelque chose de tragique. Eradiquer l'expérience de la séparation ne pouvait manquer d'avoir un effet dramatique. Qu'elles allaient en être les conséquences ? Vous savez que vous pouvez joindre l'autre à tout moment, et si vous n'y arrivez pas, vous vous impatientez, vous vous mettez en colère comme un petit dieu stupide."

Extrait de Exit le fantôme de Philip Roth

Une lecture à laquelle je me surprends à trouver de l'intérêt... (à suivre)

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26 février 2014

L'Eveil de mademoiselle Prim, Natalia Sanmartin Fenollera

 

leveildemademoiselleprim

"Vous dites que vous voulez trouver la beauté, mais ce n'est pas ainsi que vous y parviendrez, mon amie. Vous n'y arriverez pas tant que vous prendrez soin de vous comme si vous étiez le centre du monde. Ne le comprenez-vous pas ? C'est exactement le contraire, tout juste le contraire. Vous ne devez pas être dorlotée, vous devez être blessée. Ce que j'essaie de vous expliquer, fillette, c'est que tant que nous ne pemettrez pas que cette beauté que vous cherchez vous blesse, tant que vous ne permettrez pas qu'elle vous brise et vous abatte, vous ne pourrez la découvrir."

Mademoiselle Prim a décidé de répondre favorablement à une annonce pour laquelle il est pourtant évident qu'elle n'a que plus ou moins le profil. Un gentleman, bardé de livres, d'enfants et de chiens, recherche une bibliothécaire à l'esprit féminin détaché du monde, de préférence sans expérience professionnelle et sans diplômes. Mademoiselle Prim a de l'expérience, des diplômes, ne connaît rien aux chiens, et encore moins aux enfants, mais se sent loin du siècle dans lequel elle habite. Elle se rend donc dans ce village de Saint Irénée d'Arnois où elle découvre, outre un employeur extravagant, et peu délicat à son goût, une bien étrange communauté. Les enfants de la maison savent par coeur des passages de Virgile, sont capables de reproduire des tableaux célèbres à main levée, et sont éduqués par l'ensemble des habitants de ce lieu hors du temps...

Ce roman permet de passer un excellent moment, assez inattendu. Malgré son style assez banal, il distille plutôt bien curiosité littéraire, rigueur intellectuelle et éveil des sentiments. Et il est plutôt agréable d'assister aux joutes verbales dans lesquelles se lancent les personnages, Mademoiselle Prim et son employeur, et qui les entraîneront immanquablement vers des sentiments plus doux. Assister à un amour naissant, et délicat, au beau milieu des livres, que demander de mieux ? Ce titre m'a remis en selle après une petite panne de lecture. Il est rempli de charme désuet, de coquetterie littéraire et de conversations autour d'un thé. Un plaisir à ne pas bouder, donc.

Editions Grasset - 18.30€ - Octobre 2013 - Merci ma bibli !!!

Le coeur de midinette d'Aifelle ne s'est pas réveillé Un roman "qui fait du bien" pour Un autre endroit 

 

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