20 novembre 2016

Les insurrections singulières, Jeanne Benameur ~ Objectif Pal de Novembre

lesinsurrectionsingulieres

 "Le Bresil, j'y étais moi aussi. Enfin."

Antoine sort tout juste d'une rupture amoureuse difficile. Mais revenir vivre chez ses parents n'est pas non plus une mince affaire, une sorte d'humiliation qui le confronte à ses propres choix. Il dort de nouveau dans son lit d'adolescent. Et quel place peut avoir un enfant adulte près d'un couple amoureux et vieillissant ? Et puis, il y a ce travail à l'usine qu'il a pris autrefois, par passivité, alors que sa famille rêvait pour lui de bien autre chose. D'ailleurs, Lusine va mal, et même si Antoine s'est impliqué syndicalement il ressent les limites de ses motivations et du militantisme face à la mondialisation. Partir semble donc LA solution, une urgence. Il y a d'abord l'isolement en Bretagne, loin des siens, et puis cette idée du Brésil, d'aller rechercher au-delà du miroir cette autre face de la concurrence, d'aller voir là-bas, à Monlevade, qui sont ces ouvriers qui prennent le travail des ouvriers de France...

Je suis rentrée dans ce roman de Jeanne Benameur avec surprise, ne retrouvant pas d'emblée son écriture douce et enveloppante. Ici, le style est en effet assez rude, les phrases courtes, comme en mal d'oxygène. Mais cette écriture parle au mieux de l'état d'esprit d'Antoine, obnubilé encore par le corps de Karima, toujours en lisière, en questionnement, sans place définie. Et puis, petit à petit, de jolies choses apparaissent dans la narration, comme ce marché où la mère d'Antoine a un stand, la rencontre avec Marcel le libraire ambulant, le carnet noir du père qui parle de l'usine, la Bretagne, le Brésil, Thaïs... C'est un roman d'une extrême délicatesse, à hauteur d'homme qui touche par sa simplicité même, très photographique aussi, et sensible. Je retiens de cette lecture, après quelques jours, de nombreuses images et des sensations. Une lecture qui donne à réfléchir et qui emmène son lecteur en voyage.

Editions Babel - 8€ - janvier 2013

 

objectif pal

Mes lectures de Jeanne Benameur sur ce blog [clic ici]

L'avis de Lucie - Un coup de coeur pour Sylire - La lecture de Saxaoul - Celle de Noukette - Aifelle a lu ce livre également - ...

Un titre lu dans le cadre de l'Objectif Pal de Novembre [les autres participations ici]

 

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15 novembre 2016

Lucie ou la vocation, Maëlle Guillaud ~ Rentrée littéraire 2016

lucieoulavocation

"Elle a raté Normale Sup, elle ne doit pas échouer ici. Pas une nouvelle fois."

Lucie vit la khâgne comme une épreuve, un enfermement, quelque chose de trop grand et d'impossible à vivre pour elle. D'ailleurs, qui est fait pour vivre ça ? Alors, se rendre régulièrement avec son amie Mathilde à la basilique, est une libération, c'est accepter à chaque fois qu'une vague d'amour la submerge. Un jour, elle saute le pas, n'écoutant personne autour d'elle, et surtout pas son autre amie, Juliette. Dieu lui a envoyé un message, elle a la vocation. Elle commence donc une période de noviciat qui s'avère bien différente de ce qu'elle imaginait, dure, implacable, faite essentiellement de sacrifices et d'oubli violent de soi. Accepter les renoncements ne l'empêche pas de parfois céder au doute, surtout alors qu'elle découvre un secret qui l'amène à se demander si depuis le début elles ne serait pas la victime d'une énorme manipulation...

Lire ce roman est quelque chose d'à la fois très violent et d'assez addictif. Je l'ai dévoré. Mais il ne faut pas s'y tromper,  Lucie ou la vocation n'est pas spécialement un thriller. Il est un portrait, gobalement à charge, d'une congrégation. Nous suivons surtout Lucie, et ses premiers pas de novice. Et je dois dire que j'ai eu mal pour elle, à plusieurs reprises. Je me suis demandée si ce récit reflétait la réalité. En parrallèle, il y a l'inquiétude et les réflexions de son amie Juliette, anéantie par cette vocation qu'elle ne comprend pas et certaine qu'elle doit sauver la jeune femme par tous les moyens possibles. Un roman, terminé en pleine nuit, qui m'a laissé une étrange sensation de malaise, de colère et de tristesse. Il n'est pas spécialement un roman que je conseillerai pour ses qualités littéraires mais il pose indubitablement la question de la foi, du prosélitisme et du rôle de l'Eglise dans ses institutions. 

Editions Heloïse d'Ormesson - 17€ - 18 Août 2016

Dérangeant, interrogatif, phénoménal... pour Sabine - Flippant et captivant... pour Nathalie - Captivant et troublant... pour Joëlle

   68premieresfois

11 novembre 2016

Comme frère et soeur, Clémence Guinot

commefrereetsoeur

 "En juin prochain, je vais jouer Antigone ; enfin, on monte la pièce au collège, et c'est moi qui serai Antigone."

Quand le père de Cléo décide d'emménager avec la mère de Marin, ce sont en réalité deux familles qui s'installent sous le même toit, deux adultes, trois filles et deux garçons. Cléo et Marin sont les aînés de chaque fratrie. Cléo est au collège, en troisième, en route pour le brevet, et Marin est au Lycée. La cohabitation est au départ tendue, puis à la fois étrange et assez réussie. Les deux adolescents apprennent à devenir complices tandis que les plus jeunes donnent à la maison une atmosphère de candeur contagieuse. Au collège, Cléo rêve d'être celle qui jouera le personnage d'Antigone dans la pièce du même nom. Marin dessine beaucoup, en compagnie de son ami Simon. Mais comment rester seulement frère et soeur quand on apprend à mieux se connaître, à s'apprécier, et que peu à peu d'autres sentiments se nichent dans ce lien qui n'a pas vraiment de nom ?

Ma fille de quinze ans a lu ce roman pour adolescents avant moi et l'a beaucoup aimé. C'est elle qui m'a donné envie de l'ouvrir. Elle m'a dit que c'était utile de parler de ces familles recomposées, que cela arrive, et que forcément il était particulier de vivre avec des personnes étrangères et non choisies. Nous en avons profité pour discuter justement de ces intimités parfois cruellement éphémères qui ne débouchent le plus souvent sur aucun lien légal. Personnellement, j'ai surtout apprécié d'emblée retrouver dans ce roman jeunesse le personnage d'Antigone, comme un clin d'oeil agréable. En dehors de ce point, très personnel, voici un roman avant tout simple et sympathique, qui sait rester très juste, qui met en avant l'amitié, et qui a le mérite d'aborder un sujet sensible. J'ai aimé qu'il ne tombe pas dans des ornières de facilité mais qu'il reste réaliste et attachant.

Editions Magnard - 12.90€ - Septembre 2016

Le billet de Sophie [clic]

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06 novembre 2016

Juliet, Naked - Nick Hornby ~ Objectif Pal de Novembre

julietnaked

 "Annie avait cru qu'elle resterait coincée éternellement dans l'enseignement, et elle avait tellement détesté ce boulot que, maintenant encore, arriver à son musée avec dix ou quinze minutes de retard suffisait à la combler."

Alors que son compagnon Duncan, fan inconditionnel de Tucker Crowe, ancien chanteur des années 80, découvre la sortie d'un nouvel album de son chanteur phare, disparu des médias, Annie se rend compte qu'elle vient sans doute de passer à côté des quinze dernière années de sa vie. Elle commence à s'agaçer des opinions tranchées de cet homme, préoccupé seulement de sa passion, avec qui elle vit une vie terne dans une petite station balnéaire du Nord de l'Angleterre, et avec qui elle n'a encore pas eu d'enfants. Et puis elle aussi elle a des opinions, notamment sur ce nouvel album du chanteur, qu'elle considère comme raté, une pâle copie, une version à l'état brut du célèbre album Juliet, sorti dans les années 80. Elle émet donc un avis sur le site de Duncan, un avis différent de son compagnon qui crie lui au génie, et reçoit quelques heures plus tard un mail personnel d'un certain Tucker Crowe... 

Ce livre attendait sagement son tour sur mes étagères depuis sa sortie en 2010. Je pensais à tort qu'il renfermait une sorte de thriller. En réalité, Juliet, Naked nous propose plutôt une plongée dans la morosité de ces petites villes d'Angleterre oubliées, et dans la musique des Eighties. Le contraste est saisissant et donne tout son charme à ce roman qui permet la rencontre virtuelle entre deux êtres qui n'ont rien pour se plaire, sur le papier. J'ai beaucoup aimé ce roman de Nick Hornby, son atmosphère, les questions que se posent les personnages sur le temps qui passe, et cette manière de décider qu'il n'y a jamais de bons ou de mauvais moments pour changer de vie. Un roman moderne, attachant, bourré d'humour et de réparties qui claquent, de situations saugrenues et d'espoir !

Editions 10/18 - Epuisé en grand format mais disponible en version poche  8.40€ - Mai 2011

Un bon Nick Hornby pour Enna Ce pourrait être déprimant ou d'un optimisme forcené, c'est plein d'humanité , d'empathie et d'humour, et ça donne une folle envie d'aller sur la plage surannée de Gooleness ... pour CathuluUn bon roman british comme je les aime, bourré d'humour, d'émotion, inventif, sans vraiment d'happy end (that's life, quoi) et que je recommande chaudement ... pour Keisha -  Un livre tout simplement génial pour Clara - Aifelle a beaucoup aimé aussi !

objectif pal

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04 novembre 2016

Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse

lederniergardien

"Avec le temps, avec les années et les nuits sans sommeil, j'ai essayé de reconstituer ce qu'avait pu être son histoire."

Nous sommes à New York, en 1954, sur l'île d'Ellis Island, ce lieu par lequel ont transité pendant des décennies les aspirants immigrants venus d'Europe. Dans ce centre, ils ont été triés, parfois retenus, la plupart du temps libérés vers Manhattan, et très rarement refusés (environ 2%). Mais en 1954, le dernier gardien d'Ellis Island doit quitter cette île qui ne sert plus. Sur son journal, il se souvient de son arrivée, de son épouse Liz trop tôt décédée, et de Nella, cette immigrante pour laquelle il a eu une folle passion et des gestes déplacés. 

Ce roman de Gaëlle Josse est de prime abord fascinant par le sujet qu'il évoque, cette île dont j'ignorais tout et dont je n'avais jusque là que vaguement entendu parler. Et puis, il y a ce personnage, John Mitchell, le dernier directeur de l'établissement, dont Gaëlle Josse imagine les émotions, la ferveur et la rigueur, les silences et les muettes passions. Au delà des premières pages du roman, plus documentées, on suit alors avec grand intérêt sa vie, au fil de son écriture on réalise les difficultés du poste, et la violence de ces débarquements successifs. J'ai frémi à imaginer ce que tous ces pauvres gens ont pu vivre, le déchirement et l'espoir mélangés, et les corps en vrac, une seconde naissance en somme, américaine, dans les cris et parfois le sang.  

J'ai lu - 6€ - Janvier 2016 - Merci ma bibli !!

Quelques autres lectures enthousiastes - Sur le blog de blablablamia - Chez Sabine - Chez Géraldine - Gambadou - Sylire - Clara - Aifelle - ... et j'en oublie certainement car ce titre a beaucoup été lu sur la blogosphère. Bonne nouvelle il est désormais aussi en poche !!

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02 novembre 2016

Un foyer, Julie Lamiré

unfoyer

"Le Mali me manque. Aminata me manque. Baba me manque. Mais j'évite d'y penser. Au foyer, ils veulent toujours qu'on en parle, mais moi, ça me fait trop mal au coeur."

Sarah intègre un foyer pour garçons en tant qu'éducatrice. Pour elle, c'est un nouveau métier, et elle a tout à apprendre. Divorcée, mère d'une adolescente, elle éprouve immédiatement beaucoup d'empathie pour tous ces jeunes en situation fragile et ces sans-papiers dont elle apprend très vite les histoires, Rayan, Kevin, Ibrahima. Et puis, il y a les autres éducateurs, autant de personnages hétéroclites, tout d'abord une nuée de visages, d'où se détachent assez vite Fatoumata et Nordine, plus impliqués. Elle ne sait pas encore combien ces jeunes vont devenir aussi attachants pour elles, qu'imprévisibles, combien ce métier est prenant, et aussi combien sa vie va changer...

C'est une immersion totale que nous livre ici avec son récit Julie Lamiré. Et même si c'est Sarah que l'on suit de prime abord dans ses nouvelles fonctions, j'ai surtout été intéressée par le travail de fond que répercute le personnage de Fatoumata, plus impliquée, et plus en phase avec la réalité. Les lettres des jeunes, retranscrites de temps en temps au fil des pages, ancrent ce roman dans une vérité dure et disparate. Voici un roman que l'on a envie de faire lire, pour montrer, donner à comprendre les individualités. C'est un roman très actuel, qui s'inscrit malgré lui dans l'actualité. Il peut être mis dans les mains d'adolescents, ou de jeunes adultes. De plus, je dois vous dire, alors que je verse rarement des larmes en lisant, qu'en fin de lecture j'ai un peu pleuré. Beaucoup d'émotion donc dans ce récit, servie par un réalisme délicat.

Editions du 38 - 17 € - Mai 2016

A commander directement sur le site de la maison d'édition [clic ici] - Du 1er novembre au 5 décembre, Un foyer de Julie Lamiré est en promotion en numérique ! 2,49 euros seulement, sur votre plate-forme préférée.

Le billet de Stephie sur ce livre dont elle est l'éditrice

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01 novembre 2016

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, Philippe Doumenc ~ Et c'est parti pour l'Objectif Pal de Novembre... !!

contreenquete

"Emma Bovary, née Boualt, vingt-cinq ans environ, épouse de M Charles Bovary, officier de santé à Yonville-L'Abbaye (département de la Seine-Inférieure), décédée à Yonville-L'Abbaye, le 24 mars 1846 à deux heures de l'après-midi, par empoisonnement à l'arsenic."

Qui ne connaît pas l'histoire d'Emma Bovary, célèbre personnage de Gustave Flaubert, rongée par l'ennui, ses phantasmes et ses désillusions, et qui décède par empoisonnement à l'arsenic ? Or, l'arsenic, en une seule prise, n'est presque jamais mortel. Une enquête est donc ouverte. Les médecins décèlent des traces de contusions sur le corps autopsié. Deux policiers de Rouen sont dépêchés sur les lieux, les suspects se multiplient... Et si il s'agissait effectivement d'un meurtre ?

Philippe Doumenc a imaginé une suite au roman de Gustave Flaubert. Et même si le lecteur peut être, dans les premières pages, dubitatif sur le procédé, il se laisse très vite prendre au jeu. Gustave Flaubert n'aurait été dans cette histoire qu'un rapporteur romantique et mal informé ? Voilà qui est d'une grande audace. Cette contre-enquête, elle, se base sur les faits, et seulement sur les faits, bien entendu. Et je dois dire que cette démarche étonnante m'a beaucoup amusée, et elle est par ailleurs très prenante, malgré un style qui reste très classique. On retrouve dans ce polar littéraire les personnages du mari Charles, du pharmacien Homais, et aussi Rodolphe l'amant hautain, etc... Philippe Doumenc m'a indubitablement donné envie d'ouvrir de nouveau le roman de Gustave Flaubert pour y repérer les détails cités avec minutie par l'auteur. On y retrouve avec plaisir tout ce qui fait le charme du précédent récit, et c'est un moyen tout trouvé de prolonger la rencontre avec une Emma Bovary décidément bien malheureuse et tourmentée. Un petit opus original qui, à l'instar de son image de couverture, dormait dans ma PAL depuis bien trop longtemps.

Editions Actes Sud Babel - 6.60€ - Janvier 2009

objectif pal

Lu dans le cadre du challenge....

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Jusqu'à ce soir il y a un jeu sur le blog Lettres exprès

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29 octobre 2016

Comme dans un film, Régis de Sa Moreira ~ Rentrée littéraire 2016

commedansunfilm

"C'est un peu comme dans un film quand on sent qu'une partie se termine, et qu'une autre est sur le point de commencer." 

Il y a ELLE et il y a LUI, et une rencontre qui les conduit pour une première fois dans un cinéma de quartier, la vie commune, les disputes, l'amour et les séparations, un anniversaire comme un rendez-vous immuable qui rythme leurs années. La vie. L'amour. Les gens autour qui passent, comprennent ou pas, assistent. Les enfants qui naissent. Tout ce qui fait une vie, dans ce qu'elle a d'imparfaite, de désordonnée, d'intéressante et de parfois aussi un peu loufoque. Mais à force de regarder des DVD ou d'aller au cinéma, on a le sentiment de rejouer sans cesse des scènes déjà vues... et le phénomène est troublant. Comment va donc se terminer cette histoire ? Par un happy end ?

Je dois vous dire d'emblée que ce titre ne plaira vraiment pas à tout le monde. Premièrement, sa forme est celle d'une pièce de théâtre, ou d'un scénario de film, pas d'un roman, et il faut parfois s'accrocher un peu pour suivre les dialogues. Mais voilà, j'ai personnellement une affection particulière pour ce jeune auteur, Regis de Sa Moreira, qui sait dans ses livres utiliser l'absurde et magnifier le réel avec son regard vif, affectueux, romantique et blessant. J'aime son regard particulier sur les couples, qui me fait parfois penser à ce qu'il se joue dans L'écume des jours de Boris Vian. J'ai donc beaucoup aimé le retrouver ici, car il m'a fait encore une fois beaucoup rire et sourire. J'aime son regard sur les absurdités de notre société, et sa connaissance du monde tel qu'il est. Et j'aime que ses personnages se sentent libres de vivre leurs émotions comme ils le souhaitent, voilà qui est très réconfortant. Parce que cette histoire d'amour entre un postier et une bibliothécaire est à la fois concevable et assez improbable. Mais elle m'a permise de passer un moment de lecture assez jouissif. Une lecture de rentrée étonnante, vive et drôle. 

Editions Au Diable Vauvert - 17€ - 18 août 2016

La lecture de blablablamia séduite aussi par la vivacité drôle de ce texte

Ma lecture de Pas de temps à perdre qui vous renverra en fin de billet vers mes autres lectures de l'auteur (Zéros tués - Le libraire - Marie et femme)

24 octobre 2016

La Suture, Sophie Daull ~ Rentrée littéraire 2016

lasuture

 "Je vais tisser une étole à réchauffer mes mortes, composer une histoire à me repeupler, pour épaissir mon sang que l'absence du leur a rendu trop liquide, trop rapide - un torrent tout fou où ne battent que ces chiffres, plus jamais les saisons. Je vais inventer leurs hivers et leurs printemps, ranimer leur souffle éteint, repulper leurs lèvres aimantes dont j'aimais tant les baisers."

Sophie Daull nous a conté dans le très lumineux et douloureux Camille, mon envolée, le départ abrupt de sa fille de seize ans. Et cette absence fait face à une autre absence, celle de sa mère Nicole, disparue quand elle même n'avait que dix-neuf ans, emportant avec elle bien des secrets sur son passé. Alors, il est soudain question de partir en quête de cette mère méconnue, à partir de rien, seulement quelques photos, si peu de documents, d'inventer, de tisser, pour peut-être réussir à recoudre cette plaie que creusent ces morts trop précoces dans la vie de Sophie Daull.

Avec ce nouvel opus, dont je redoutais sans doute un peu la lecture, de peur d'être déçue par un récit qui manquerait de force après son premier livre, de décence (à tort), Sophie Daull confirme son talent d'écrivain. Et à l'instar d'Isabelle Monnin dans Les gens dans l'enveloppe ou d'Eloïse Lièvre dans Les gens heureux n'ont pas d'histoire, j'ai aimé la suivre dans sa recherche d'une vérité forcément subjective, dont les blancs sont repeuplés par le pouvoir de l'imagination ou du souvenir tronqué. Et il est tellement intéressant ce parcours, et il est tellement évident que derrière chaque visage se cache une histoire particulière, un roman, et que tout le monde a le sien à raconter. Les gens inintéressants n'existent pas. J'ai aimé lire ici le roman de vie de Nicole, qui existe à présent dans les livres auprès de Camille, sa petite fille. Et j'espère que Sophie Daull continuera d'écrire, car elle a sa voix en littérature, sa manière de construire des phrases luxuriantes et enveloppantes, et je souhaite pouvoir la lire de nouveau à la rentrée prochaine pourquoi pas. Un roman de rentrée sensible.

Editions Philippe Rey - 17€ - 25 Août 2016

20 octobre 2016

Les mains lâchées, Anaïs Llobet ~ Rentrée littéraire 2016

lesmainslachees

 "A la rédaction, on m'a félicitée. D'avoir su être à Tacloban avant Yolanda, d'avoir su flairer le typhon qui se préparait."

Madel est présente lorsque la vague énorme, le typhon meurtrier, prénommé Yolanda, ravage cette côte des Philippines où elle se trouve en compagnie de Jan, l'homme qu'elle aime. Après la violence des flots et l'intensité du chaos, elle se rend compte que Jan a disparu, et elle réalise qu'elle a lâché la main de l'enfant qu'on lui avait confié. Autour d'elle, que des morts. Madel cherche à rejoindre les secours, et de fil en aiguille se laisse reprendre par sa fonction de journaliste, devient l'envoyée spéciale sur place, celle qui doit montrer. Toute la difficulté est de recueillir avec respect la parole des survivants, pour que cela serve, soit réellement utile, et de ne pas sombrer... 

Anaïs LLobet, journaliste à l'AFP Moscou, était correspondante pour plusieurs médias aux Philippines lorsque le typhon Haiyan a ravagé le pays. Les Mains lâchées est son premier roman. Et la force de ce roman tient essentiellement justement dans ce réalisme, à la fois cru et tendre, hors du temps, ces quelques semaines qui ont suivi l'évènement et qui laissent les habitants sidérés et anéantis. Elle n'est pas facile à raconter pourtant cette population tétanisée qui compte ses morts. Anaïs Llobet y parvient avec une grande délicatesse. Elle sait aussi nous présenter des personnages attachants, humains, héroïques ou simplement vivants. Elle donne tour à tour la parole aux anonymes croisés et à Madel, figure iréelle, une étrangère dans ce pays. Un roman édifiant et éprouvant, qui pointe du doigt la réalité du réchauffement climatique.

Editions Plon - 16€ - 18 août 2016

Un des choix de Leiloona pour la sélection de Price Minister 

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