20 décembre 2015

Mon Top 3 de 2015

glenngould     dianedanslemiroir     Par_bonheur_le_lait


Je n'ai pas eu tellement d'hésitation pour choisir les trois titres ci-dessus comme mes préférences de 2015. Je voulais aussi mettre en avant les trois genres qui règnent sur ce blog (BD, roman et livre jeunesse), et puis l'émotion, ce qui me bouleverse ou m'enchante, et avec ces trois titres là j'ai été servie. Je me souviens tout à fait du moment où je les ai lus, de ce que je faisais, la lumière au dehors, et les palpitations au fond de moi. N'est-ce donc pas tout ce que l'on attend de la lecture ? L'album sur Glenn Gould, extrêment réussi graphiquement, a su réveiller en moi mes premières écoutes du génial pianiste. Et j'ai été bluffée, je me souviens, que l'on puisse ainsi en images retranscrire si bien cette musique, ce rythme particulier, ce son, et ce d'une manière si sensible et élégante. Puis, que dire de Diane dans le miroir, de cette plongée dans les pensées d'une femme si entière, si particulière et fascinante. J'ai été suspendue aux phrases de Sandrine Roudeix, tenue en haleine comme rarement, subjuguée et troublée à la fois, dérangée. Grand roman. Par bonheur le lait, lui, m'a cueillie différemment, dans la joie, la bonne humeur et l'extravagance. C'est un petit roman que l'on referme en se disant, bien sûr, bien sûr, c'est comme cela que la vie doit être, comme cela qu'il faut l'appréhender, chaque jour mettre cette folie là, cette bienveillance dans le quotidien, qui nous en empêche ? 

Tous mes autres coups de coeur de l'année sont ici [clic]

(Vous retrouverez mes billets en cliquant sur les couvertures)

etoilesnoel

Posté par Antigone1 à 14:05 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
Tags :


08 décembre 2015

Les Gens dans l'enveloppe, Isabelle Monnin... avec Alex Beaupain

lesgensdanslenveloppe

"Depuis près de trois ans, je vis avec eux. Ils furent d'abord mes amis imaginaires, figures projetés, canaux de pensées dérivées, messagers clandestins. Puis des personnes un peu surprises à qui j'expliquais mon idée. Ils sont maintenant des êtres qui m'ont confié le récit de leur vie - et je n'aurai jamais assez de mercis pour exprimer ma gratitude.

Je les ai inventés, chantés, rencontrés et pourtant.
Je n'ai évidemment aucune idée de qui sont les Gens de l'enveloppe.
Je les connais comme on peut connaître quelqu'un.
Un peu, si peu, presque pas."

En 2012, Isabelle Monnin achète un paquet de photographies à un brocanteur. Elles n'ont rien d'extraordinaire ces photographies, ne sont même pas très bien prises, mais elles racontent en creux une vie qui fait écho à l'auteure. L'idée lui vient alors petit à petit, en même temps qu'elle trouve des prénoms à ses personnages, d'écrire un roman d'après ces photographies. Le livre qui en résultera prend forme, tout d'abord écrire cette histoire, d'une petite fille qui s'appelle Laurence, de ses grands parents, d'un père délaissé par sa femme. Et puis, ensuite, elle partira à la recherche de cette famille, pour savoir, pour connaître les véritables prénoms, et ce qu'elle découvre enfin dépasse ses espérances...

Ce roman est un drôle d'objet et je crois que c'est sa particularité qui en fait naturellement un joli coup de coeur pour moi aujourd'hui, ainsi que ce qu'il m'a fait tout à l'intérieur, de très doux ! En effet, j'ai adoré le petit roman d'Isabelle Monnin qui introduit son livre, mais surtout je pense son enquête, l'émotion et la sincérité véritables qui se dégagent de ses démarches, et puis le CD, voulu par Alex Beaupain, comme un cadeau inattendu, pas du tout anodin, très fort, délicat et précieux, et pourtant glissé comme par inadvertance dans la quatrième de couverture. Avec Les Gens dans l'enveloppe on part à la rencontre d'une famille, et on pense à la sienne, on a envie de regarder nos vieilles photographies, de s'interroger sur l'imagination qu'elles pourraient ouvrir et faire éclore. Avec Les Gens dans l'enveloppe, on aime les gens aussi, tous les gens, les rencontres, et ça fait du bien.

Editions JC Lattès - 22€ - Septembre 2015

Un vrai bonheur pour Saxaoul Un coup de foudre pour Moka - Le billet de George qui parle du manque et du fil tendu entre elle et les romans d'Isabelle Monnin - Sur le blog de blablablamia ces mots sur l'éphémère des choses a été reçu en plein coeur - Un livre piqueté de marque-pages chez Cathulu - Un très joli roman qui résonne aussi chez Leiloona - ... 

05 novembre 2015

Par bonheur, le lait ~ Neil Gaiman

Par_bonheur_le_lait

"Je ne m'étais jamais retrouvé dans la nacelle d'un ballon à air chaud. C'était très paisible là-haut."

Maman est partie pour quelques jours mais papa est là et a pensé à tout, ou presque. En fait, il n'y a pas de lait pour le petit-déjeuner. Ni une ni deux, papa ira à l'épicerie du coin. Cependant, il tarde à revenir et l'attendre semble prendre un siècle pour des enfants qui ont surtout hâte de tremper leurs céréales dans leur lait, comme d'habitude. Enfin de retour, papa leur raconte la fabuleuse aventure qu'il vient de vivre, et qui l'a malencontreusement retardé. Heureusement, et à aucun moment, il n'a perdu le lait !

Voici un petit livre que j'ai adoré, malgré sa vision pour moi un peu dépassée de la famille (le père lit le journal sur son fauteuil/la mère s'occupe habituellement de tout à la maison). Il convient à des lecteurs de tous âges mais est plus particulièrement destiné aux enfants. Joyeusement illustré par Boulet, c'est un véritable régal d'imagination et d'humour. On y côtoie de drôles de personnages, des pirates, des extraterrestres, des vampires, un volcan en éruption, des poneys multicolores... Le périple du père est décoiffant, amusant et complètement irréaliste. Un coup de coeur !
De Neil Gaiman, j'avais déjà lu et apprécié L'Océan au bout du chemin, un roman plus dense, magnifique récit fantastique, pour les adolescents. Ici, j'ai aussi pensé au curieux, mais également décoiffant, L'île du point Némo de Jean-Marie Blas de Robles, lu il y a peu. Il y a la même énergie, un peu les mêmes ressorts romanesques, absurdes et hétéroclites. Lire ce petit titre m'a d'ailleurs permis de réaliser que je gardais somme toute un bon souvenir de ma lecture un peu laborieuse du roman de chez Zulma.

Neil Gaiman a voulu ici donner le beau rôle aux pères, en faire des super héros du quotidien, et attend même en préface une gratitude internationale de leur part. Il peut, cette épopée est très réussie.

Editions Au Diable Vauvert - 15€ - 5 novembre 2015

28 octobre 2015

Philosophie amoureuse d'une carpe empaillée, Marie-Hélène Ferrari

philosophieamoureuse

 "Quand il est gavé, il se répand, c'est logique, c'est la vérité de l'assiette. Verre après verre, plat après plat. Roméo a mangé les rêves de Juliette.
Ce matin, elle a changé de couleur de cheveux, mais lui qui ne connaît que le tic-tac de son horloge biologique n'a pas songé à lever son nez vers la main qui le sert. Alors la tête... Trop loin de l'assiette, trop loin de ses préoccupations. Max n'est pas content. Elle n'est pas à l'heure."

Adolphe rencontre Faustine lors d'un cours d'Anglais pour adultes, discussion, bavardage dans un café... il se surprend à lui avouer qu'il a depuis peu renoncé à sa part animale. Faustine, qui mène auprès de Max une vie invisible, est charmée par cet homme différent, postier de son état, qui vient régulièrement la chercher à son travail pour des pique-niques improvisés. Peu importe qu'il discute chez lui philosophie avec une carpe empaillée, peu importe sa lenteur, peu importe qu'il n'ose la toucher, Faustine se met à rêver à une vie différente, loin des "Folles journées" où elle travaille et des personnes âgées qui y séjournent, loin de Max son mari, avachi sur le canapé et devant la télévision. Clafoutis, sa collègue, regarde avec envie cette relation qui transforme peu à peu son amie, et se met à rêver elle aussi au grand amour. Mais qui a dit qu'il fallait se fier aux beaux parleurs ?

J'appose sur cette lecture un coup de coeur enthousiaste, toute heureuse de cette découverte !! Je ne suis pourtant pas une grande adepte des bons sentiments ni des histoires contant les aventures d'un groupuscule d'amis. Mais parfois les coups de coeur surgissent de l'étonnement bienheureux. Et comment résister au charme de l'écriture de Marie-Hélène Ferrari, qui en est à son 26ème livre ? Comment résister à cet humour constant, à cette absence bienvenue de mièvrerie, à son regard bienveillant sur ses personnages ? Car la galerie en est assez caustique. Il n'est pas possible de ne pas se régaler en lisant cette philosophie amoureuse d'une carpe empaillée, de ne pas aimer ensuite son prochain très fort, de ne pas être tout heureux d'avoir en tant que lecteur contribué à l'existence de cette histoire amusante et chaleureuse ! Un titre à côté duquel il ne faut pas passer et qui mérite réellement un franc succès !

Editions Clémentine - 17€ - Septembre 2015

La page chez l'éditeur !! [clic ici]

08 octobre 2015

Leurs contes de Perrault, Collectif d'auteurs

leurscontesdeperrault

 "De la difficulté d'exercer son libre arbitre, à brûle-pourpoint, en forêt (et de retour à la maison itou)."

Avec cette collection, il est proposé aux écrivains de puiser dans le patrimoine littéraire et d'en faire un remake. Onze auteurs se sont emparés des contes de Perrault, en les réinterprétant, de manière plus ou moins fidèle. plus ou moins originale, tout en cherchant à garder la trame, l'esprit, du conte premier.
Riquet à la Houppe, Cendrillon, Peau d'âne, Le petit chaperon rouge, etc...

J'ai été séduite d'emblée par le concept et séduite aussi par les premières nouvelles, assez amusantes et étonnamment modernes de ce recueil, dont je recommande chaudement la lecture, et dont je fais un coup de coeur de rentrée ! Mais trois nouvelles se détachent nettement. Cécile Coulon réinvente Barbe Bleue, assez méconnaissable ici, mais son récit est d'une grande qualité et m'a beaucoup troublé. Emmanuelle Pagano, qui elle a choisi Griselidis que je ne connaissais pas, est fidèle à son écriture, précise et belle, et nous cueille en fin d'histoire, comme jamais. Mon véritable coup de coeur ira cependant à la version extrêment touchante et délicate de Les souhaits ridicules de Christine Montalbetti car elle met en scène un couple âgé confronté au difficile choix des trois voeux, et la morale de son histoire est si belle que c'en est à pleurer.

Editions Belfond - 17€ - Octobre 2015


03 octobre 2015

Catharsis, Luz

catharsis

 "Ca va ?
- Oui oui.
- Tu me le dirais si ça n'allait pas ?
- Oui oui.
- Promis ?
- ... Tu sais.
- Quoi ?
- Tu es belle."

Alors qu'il est si difficile pour Luz de dessiner de nouveau et régulièrement à la une de Charlie Hebdo, sans la présence de ceux qu'il aimait autour de lui, sans la légèreté, avec un intérêt perdu pour l'actualité, et alors qu'il cherche avant tout à reprendre la maîtrise de sa vie, du temps, Catharsis est là. Dans cette interview pour Libération qui évoque son départ probable du journal satirique [clic ici], il déclare... "Pour la première fois de ma vie, je n’avais pas peur d’une page blanche. J’étais chez moi, la nuit, je me disais : prends ce blanc, cette plume, tout est possible." Le résultat est là dans cet album à part, qui peut être pris comme le journal d'une résurrection, le moyen de s'en sortir, la bouée qui empêche de couler. Par le dessin, tout est possible effectivement. Tracer des traits empêche l'axphixie. Mais il y a aussi l'amour et la bienveillance de celle qui veille et empêche le rouge de gagner sur le blanc. Un très bel album, touchant et vrai, auquel j'appose un coup de coeur comme une évidence.

Editions Futuropolis - Mai 2015 - 14.50€ - Merci ma bibli !!!

Un album bouleversant et, malgré le granit, plein d’espoir... pour Theoma

catharsis2

Posté par Antigone1 à 15:07 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

09 juillet 2015

Glenn Gould - Une vie à contretemps, Sandrine Revel (BD)

glenngould

 "Es-tu conscient que ta tenue sur scène dérange beaucoup de personnes ?"

Sandrine Revel tente dans cette BD une biographie du mystérieux pianiste Glenn Gould. De ses talents précoces, de sa tenue atypique sur scène, de ses bizarreries de génie, elle fait un magnifique kaléidoscope, bousculant toute idée de chronologie. Au lecteur de suivre, ou non. Mais si le lecteur aime Glenn Gould, il suivra. Car comme lui, elle fait ainsi fi des codes, et dresse sans doute un portrait très fidèle, qui ressemble à sa musique, qui ressemble au choc que j'ai ressenti dans mes oreilles à la première écoute de ses préludes de Bach. Une BD qui m'a scotchée, dont j'ai tout aimé, le rythme des cases, le choix des couleurs, et les dessins. Un coup de coeur évident !

Editions Dargaud - 21€ - Mars 2015 - Merci ma bibli !!

Le billet de Miss Alfie [clic]

glenngould1        glenngould2

 

Posté par Antigone1 à 14:29 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,

19 mai 2015

Je vous écris dans le noir, Jean-Luc Seigle

jevousécrisdanslenoir

 "Je m'appelle Pauline Dubuisson et j'ai été condamnée pour meurtre en 1953. Ce n'est qu'une petite phrase, grammaticalement correcte, qui ne vaut rien d'un point de vue littéraire et qui pourtant a plus d'implication que n'importe quelle phrase écrite par le plus grand des poètes."

Pauline Dubuisson, condamnée pour meurtre, puis relachée, fuit le pays en 1961 alors que passe sur les écrans un film inspiré de sa vie, La Vérité, avec Brigitte Bardot. Le film met en avant grossièrement sa culpabilité. Et en effet, elle a effectivement tué son ex-fiancé, mais personne ne peut deviner les raisons intimes de son acte, ce qu'elle peut aujourd'hui reprocher à son père, la violence qu'elle a subi à la libération, la perte de ses frères. Réfugiée au Maroc, devenue médecin, Pauline connue sous le prénom d'Andrée, file le parfait amour avec Jean. Mais celui-ci la demande en mariage, et Pauline voudrait qu'il connaisse sa vérité, qu'il ignore. Alors, elle lui écrit son histoire, sur un cahier. Ce sont ces pages que Jean-Luc Seigle a imaginé.

J'ai eu l'honneur, le bonheur et l'avantage de passer une soirée avec Jean-Luc Seigle il y a peu [clic ici], bien avant que ce livre-ci sorte. Il a surtout été question à l'époque de son titre En vieillissant les hommes pleurent, qui a été pour moi un gros coup de coeur de lecture. Je rentrais donc à tatons dans ce nouveau roman, avec l'envie qu'il me plaise, et la crainte qu'il me déplaise. Mais il fallait juste avoir confiance, car la plume de Jean-Luc Seigle sait, dès les premières pages, nous faire oublier que c'est un homme qui écrit. Nous entendons seulement la voix de Pauline, son envie que Jean comprenne, et son désarroi de porter en elle à vif cette réalité d'avoir tué. Ce roman est très beau, à la fois douloureux, doux, rythmé et juste. J'enchaîne en ce moment les merveilleux coups de coeur, en voici encore un à rajouter à mon escarcelle, avec émotion ! A lire, bien moins pour le fait divers qu'il relate que pour le troublant destin de femme qu'il décrit.

Editions Flammarion - 18€ - Janvier 2015 - Merci ma bibli !!

Un coup de coeur pour Sylire - Clara a été dans l'empathie... et n'en sort pas indemne !

Posté par Antigone1 à 17:50 - - Commentaires [30] - Permalien [#]
Tags :

10 mai 2015

L'épuisement, Christian Bobin

christianbobin

 "Nous avons deux corps greffés l'un sur l'autre, le corps de chair et le corps de langue. Quand de la douleur ou de la joie arrive à l'un, l'autre en ressent les ondes. Quand le mensonge vient dans la langue, la mort pousse dans les chairs. C'est bien parce que certaines paroles nous tuent que d'autres paroles peuvent nous ressuciter."

J'ai peu à dire de ce titre de Christian Bobin, seulement que c'est un intime et précieux coup de coeur, et qu'il est dans la veine de ceux que j'ai terriblement aimés autrefois, et qui ont une place de choix dans ma bibliothèque aujourd'hui, tels que La part manquante, Une petite robe de fête, La folle allure, Ressuciter, etc... Ce livre se veut décousu, mal coiffé, mais surtout un recueil de pensées éparses. L'auteur prend cette liberté d'écrivain là, comme d'autres libertés dans sa vie, celle de ne pas savoir ce que sera son livre, mais seulement la certitude d'avoir un livre à faire pour la lumière qu'il lui donnera, et parce qu'il s'est passé quelque chose.

J'espère, comme Christian Bobin le souligne en pensant à la musique de Glenn Gould, que "ce qui contrarie notre vie ne fait à terme que la fortifier". Je suis de celles, comme l'écrivain qu'il est, qui s'aperçoivent un beau jour, qu'elles sont venues au "monde sans peau et que le plus léger contact entraîne des résonnances du songe et brûle un nerf obscur. Le monde bat du tam tam sur la chair à cru". Alors il reste l'écriture, et les livres, et l'amour autour de soi, en soi, et au bouleversement premier s'ajoute le bouleversement de constater combien il y a du monde. 

Cathulu m'a envoyé ce livre en me disant Le Bobin est un cadeau ! Oui, ce Bobin est un véritable cadeau, il est arrivé au bon moment, merci. [clic]

Editions Folio - 5.80€ - Mars 2015

Posté par Antigone1 à 15:09 - - Commentaires [27] - Permalien [#]
Tags :

03 mai 2015

Diane dans le miroir, Sandrine Roudeix

dianedanslemiroir"Je ne peux rien pour toi.
Je ne vaux rien.
Parce que la roue tourne, tu vois, c'est le jeu. Un jour, tu es une artiste, et un jour tu n'es plus rien. Un jour tu es nourrie par ton travail et c'est lui qui te fait courir danser rire. Et un jour il n'a plus de consistance. Plus de matière. Seul compte ce que tu ressens pour un homme. Seuls comptent le manque, l'attente, la peur qu'il t'oublie ou qu'il t'abandonne, et tous ces fils tordus et paranoïaques que ton angoisse tricote dans ta tête.
Seuls comptent la solitude et la mélancolie qui se dressent entre toi et les autres comme les barreaux d'une prison.
Tu le vois bien dans le miroir qu'on est seules, non ?"

Sandrine Roudeix a inventé dans son texte une nuit, celle où Diane Arbus aurait décidé de faire son autoportrait. Dans sa salle de bains, que la photographe a choisi pour cadre, la chaleur est étouffante, moite. Il faut décider du meilleur angle possible, du décor, pourquoi pas s'immerger dans la baignoire, nue. Mais tandis que l'accomplissement de son projet s'éternise, Diane se repasse le film de sa vie, sa rencontre avec son mari, la naissance de ses filles, ses parents, sa famille. Elle nous révèle comment lui est venu son désir de photographier, et comment elle s'y prenait dans les faits, à quel point en saisissant sur la pellicule les étranges et les bizarres, elle est allée au bout de ce qu'elle voulait faire, insistant pour conserver son format particulier, son grain, son individualité, sa manière de rencontrer ses sujets. Elle se confie à son miroir, à la petite fille qui ricane en elle.

C'est au travers du dernier livre de Laurence Tardieu [clic ici] que j'ai appris le nom de cette photographe dont je connaissais comme tout le monde quelques portraits. Et c'est ce qui m'a amené à avoir envie de lire ce roman là, pour approcher au mieux ce personnage, malgré l'évidente fiction. Tout de suite, l'écriture de Sandrine Roudeix m'a prise à la gorge, et je ne m'y attendais pas. La douceur régnait dans ses Petites mères [clic]. Mais j'ai aimé ça, tout du long, cette oppression de l'écriture, de l'ambiance suffocante du lieu, la sincérité dérangeante d'une solitude qui se scrute dans le miroir sans illusions d'une salle de bains. Rien n'est épargné au lecteur, de la sensualité brute au désespoir sans fards, mais l'intimité que crée Sandrine Roudeix avec son personnage est également douce, enveloppante, tendre et compréhensive, comme un emmaillotement qui prendrait toute une nuit à se tricoter. C'est très très beau, très difficile à lire aussi par moments, mais d'une unité parfaite, à dévorer dans un souffle. Un gros coup de coeur !!

Editions Mercure de France - 16.80€ - mars 2015

La revue de presse sur le site de l'auteure Le très beau billet du petit carré jaune (Sabine) !! 

 

diane_arbus_twins dianearbus-kid-grenade-643x670 dianearbuscurls-667x670

 

Posté par Antigone1 à 18:42 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags : , ,