04 novembre 2016

Le dernier gardien d'Ellis Island, Gaëlle Josse

lederniergardien

"Avec le temps, avec les années et les nuits sans sommeil, j'ai essayé de reconstituer ce qu'avait pu être son histoire."

Nous sommes à New York, en 1954, sur l'île d'Ellis Island, ce lieu par lequel ont transité pendant des décennies les aspirants immigrants venus d'Europe. Dans ce centre, ils ont été triés, parfois retenus, la plupart du temps libérés vers Manhattan, et très rarement refusés (environ 2%). Mais en 1954, le dernier gardien d'Ellis Island doit quitter cette île qui ne sert plus. Sur son journal, il se souvient de son arrivée, de son épouse Liz trop tôt décédée, et de Nella, cette immigrante pour laquelle il a eu une folle passion et des gestes déplacés. 

Ce roman de Gaëlle Josse est de prime abord fascinant par le sujet qu'il évoque, cette île dont j'ignorais tout et dont je n'avais jusque là que vaguement entendu parler. Et puis, il y a ce personnage, John Mitchell, le dernier directeur de l'établissement, dont Gaëlle Josse imagine les émotions, la ferveur et la rigueur, les silences et les muettes passions. Au delà des premières pages du roman, plus documentées, on suit alors avec grand intérêt sa vie, au fil de son écriture on réalise les difficultés du poste, et la violence de ces débarquements successifs. J'ai frémi à imaginer ce que tous ces pauvres gens ont pu vivre, le déchirement et l'espoir mélangés, et les corps en vrac, une seconde naissance en somme, américaine, dans les cris et parfois le sang.  

J'ai lu - 6€ - Janvier 2016 - Merci ma bibli !!

Quelques autres lectures enthousiastes - Sur le blog de blablablamia - Chez Sabine - Chez Géraldine - Gambadou - Sylire - Clara - Aifelle - ... et j'en oublie certainement car ce titre a beaucoup été lu sur la blogosphère. Bonne nouvelle il est désormais aussi en poche !!

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03 novembre 2016

T'avais besoin de faire le beau le zorro

[Juste la fin du monde... cette chanson sur sans doute la plus forte scène du film, et sans doute celle que je préfère aussi dans la bande originale... le CD qui tourne à fond et en boucle dans ma voiture en ce moment.] Et pendant ce temps, je lis Juliet, Naked de Nick Hornby pour l'Objectif Pal de Novembre, et puis et puis je fais des plans sur la comète BD, possible possible que j'aille à Angoulême en janvier, et que j'y rencontre du beau monde (et pas que des auteurs)... possible.

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02 novembre 2016

Un foyer, Julie Lamiré

unfoyer

"Le Mali me manque. Aminata me manque. Baba me manque. Mais j'évite d'y penser. Au foyer, ils veulent toujours qu'on en parle, mais moi, ça me fait trop mal au coeur."

Sarah intègre un foyer pour garçons en tant qu'éducatrice. Pour elle, c'est un nouveau métier, et elle a tout à apprendre. Divorcée, mère d'une adolescente, elle éprouve immédiatement beaucoup d'empathie pour tous ces jeunes en situation fragile et ces sans-papiers dont elle apprend très vite les histoires, Rayan, Kevin, Ibrahima. Et puis, il y a les autres éducateurs, autant de personnages hétéroclites, tout d'abord une nuée de visages, d'où se détachent assez vite Fatoumata et Nordine, plus impliqués. Elle ne sait pas encore combien ces jeunes vont devenir aussi attachants pour elles, qu'imprévisibles, combien ce métier est prenant, et aussi combien sa vie va changer...

C'est une immersion totale que nous livre ici avec son récit Julie Lamiré. Et même si c'est Sarah que l'on suit de prime abord dans ses nouvelles fonctions, j'ai surtout été intéressée par le travail de fond que répercute le personnage de Fatoumata, plus impliquée, et plus en phase avec la réalité. Les lettres des jeunes, retranscrites de temps en temps au fil des pages, ancrent ce roman dans une vérité dure et disparate. Voici un roman que l'on a envie de faire lire, pour montrer, donner à comprendre les individualités. C'est un roman très actuel, qui s'inscrit malgré lui dans l'actualité. Il peut être mis dans les mains d'adolescents, ou de jeunes adultes. De plus, je dois vous dire, alors que je verse rarement des larmes en lisant, qu'en fin de lecture j'ai un peu pleuré. Beaucoup d'émotion donc dans ce récit, servie par un réalisme délicat.

Editions du 38 - 17 € - Mai 2016

A commander directement sur le site de la maison d'édition [clic ici] - Du 1er novembre au 5 décembre, Un foyer de Julie Lamiré est en promotion en numérique ! 2,49 euros seulement, sur votre plate-forme préférée.

Le billet de Stephie sur ce livre dont elle est l'éditrice

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01 novembre 2016

Contre-enquête sur la mort d'Emma Bovary, Philippe Doumenc ~ Et c'est parti pour l'Objectif Pal de Novembre... !!

contreenquete

"Emma Bovary, née Boualt, vingt-cinq ans environ, épouse de M Charles Bovary, officier de santé à Yonville-L'Abbaye (département de la Seine-Inférieure), décédée à Yonville-L'Abbaye, le 24 mars 1846 à deux heures de l'après-midi, par empoisonnement à l'arsenic."

Qui ne connaît pas l'histoire d'Emma Bovary, célèbre personnage de Gustave Flaubert, rongée par l'ennui, ses phantasmes et ses désillusions, et qui décède par empoisonnement à l'arsenic ? Or, l'arsenic, en une seule prise, n'est presque jamais mortel. Une enquête est donc ouverte. Les médecins décèlent des traces de contusions sur le corps autopsié. Deux policiers de Rouen sont dépêchés sur les lieux, les suspects se multiplient... Et si il s'agissait effectivement d'un meurtre ?

Philippe Doumenc a imaginé une suite au roman de Gustave Flaubert. Et même si le lecteur peut être, dans les premières pages, dubitatif sur le procédé, il se laisse très vite prendre au jeu. Gustave Flaubert n'aurait été dans cette histoire qu'un rapporteur romantique et mal informé ? Voilà qui est d'une grande audace. Cette contre-enquête, elle, se base sur les faits, et seulement sur les faits, bien entendu. Et je dois dire que cette démarche étonnante m'a beaucoup amusée, et elle est par ailleurs très prenante, malgré un style qui reste très classique. On retrouve dans ce polar littéraire les personnages du mari Charles, du pharmacien Homais, et aussi Rodolphe l'amant hautain, etc... Philippe Doumenc m'a indubitablement donné envie d'ouvrir de nouveau le roman de Gustave Flaubert pour y repérer les détails cités avec minutie par l'auteur. On y retrouve avec plaisir tout ce qui fait le charme du précédent récit, et c'est un moyen tout trouvé de prolonger la rencontre avec une Emma Bovary décidément bien malheureuse et tourmentée. Un petit opus original qui, à l'instar de son image de couverture, dormait dans ma PAL depuis bien trop longtemps.

Editions Actes Sud Babel - 6.60€ - Janvier 2009

objectif pal

Lu dans le cadre du challenge....

Pour participer vous aussi, voir les autres contributions et en connaître les règles, il suffit de cliquer ici [clic]

Jusqu'à ce soir il y a un jeu sur le blog Lettres exprès

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31 octobre 2016

Quelqu'un manque ~ atelier d'écriture

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Dans mon coeur désaffecté, quelqu'un manque. Comme je l'imagine il a les cheveux couleur miel. Il hante mes rêves, presque toutes mes nuits. Il existe seulement là, entre la brume du sommeil qui tombe et la brutalité du réveil où sa main tendue m'échappe alors. Qui est-il ? A quel moment de ma vie l'ai-je perdu ? Etait-il cette ombre qui marchait près de moi en longeant la rivière, ce bruit de bicyclette qui sifflait dans mes oreilles les jours où je fuyais, près de moi encore quand j'étais seule à la récréation, ou quand mes orteils rosissaient sur le carrelage de la piscine, avant la peur de sauter ? Je l'ai recherché plus tard dans ce garçon à qui j'ai tenu longuement la main, dans celui dont je suivais les pas, dans cet autre, tous ces autres qui n'ont pas voulu de moi, dans celui qui m'a embrassé sous la pluie, dans ce dernier à qui j'écrivais. Dans mon coeur désaffecté, il manque, ce garçon au mince sourire qui veillait sur moi. Je crois qu'il était mon aîné, je crois qu'au-delà de ma mémoire, un jour il m'a serré dans ses bras, ou aidé à remettre la chaîne de mon vélo. Je crois qu'il a existé. Et que depuis je porte comme une croix l'empreinte de son étreinte au creux de moi, comme le souvenir d'un amour éperdu, perdu à jamais. Dans mon coeur oublié, je lui ressemble, j'ai aussi les cheveux couleur miel. Je suis prête à le suivre au bout du monde, ou au bout de la rue. La piscine municipale n'a pas encore fermé ses portes. Elle est encore ce lieu où l'on pouvait acheter les cheveux dégoulinants d'eau chlorée des glaces pop à la framboise au goût de carton et de vacances. Dans mon coeur désaffecté, il y a de la place, trop de place. Sous le coup de la colère, et du désespoir, j'ai badigeonné ses murs de tags monstrueux qui n'effraient que moi. Il y avait largement de la place pour toi. 

Photo de Julien Ribot - Ma participation pour l'atelier d'écriture de Leiloona... Une photo, quelques mots [clic ici]

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30 octobre 2016

Concert

Avoir la chance de voir, dans une toute petite petite salle, presque en concert privé donc, et à deux pas de chez moi, un groupe que j'aime depuis longtemps... J'ai trouvé ci-dessus la vidéo qui reflète au mieux ma soirée d'hier soir, la configuration du groupe, l'ambiance, et même ma position dans le parterre... avec la seule reprise du concert (un titre de Rihanna). Sinon, il y avait de l'ambiance, du bon son, les chansons de Cocoon que l'on connaît (et celles du nouvel album aussi) en rythme concert... en bref c'était bien. Ravie. Le groupe commence tout juste sa tournée. Bon vent à eux !

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29 octobre 2016

Comme dans un film, Régis de Sa Moreira ~ Rentrée littéraire 2016

commedansunfilm

"C'est un peu comme dans un film quand on sent qu'une partie se termine, et qu'une autre est sur le point de commencer." 

Il y a ELLE et il y a LUI, et une rencontre qui les conduit pour une première fois dans un cinéma de quartier, la vie commune, les disputes, l'amour et les séparations, un anniversaire comme un rendez-vous immuable qui rythme leurs années. La vie. L'amour. Les gens autour qui passent, comprennent ou pas, assistent. Les enfants qui naissent. Tout ce qui fait une vie, dans ce qu'elle a d'imparfaite, de désordonnée, d'intéressante et de parfois aussi un peu loufoque. Mais à force de regarder des DVD ou d'aller au cinéma, on a le sentiment de rejouer sans cesse des scènes déjà vues... et le phénomène est troublant. Comment va donc se terminer cette histoire ? Par un happy end ?

Je dois vous dire d'emblée que ce titre ne plaira vraiment pas à tout le monde. Premièrement, sa forme est celle d'une pièce de théâtre, ou d'un scénario de film, pas d'un roman, et il faut parfois s'accrocher un peu pour suivre les dialogues. Mais voilà, j'ai personnellement une affection particulière pour ce jeune auteur, Regis de Sa Moreira, qui sait dans ses livres utiliser l'absurde et magnifier le réel avec son regard vif, affectueux, romantique et blessant. J'aime son regard particulier sur les couples, qui me fait parfois penser à ce qu'il se joue dans L'écume des jours de Boris Vian. J'ai donc beaucoup aimé le retrouver ici, car il m'a fait encore une fois beaucoup rire et sourire. J'aime son regard sur les absurdités de notre société, et sa connaissance du monde tel qu'il est. Et j'aime que ses personnages se sentent libres de vivre leurs émotions comme ils le souhaitent, voilà qui est très réconfortant. Parce que cette histoire d'amour entre un postier et une bibliothécaire est à la fois concevable et assez improbable. Mais elle m'a permise de passer un moment de lecture assez jouissif. Une lecture de rentrée étonnante, vive et drôle. 

Editions Au Diable Vauvert - 17€ - 18 août 2016

La lecture de blablablamia séduite aussi par la vivacité drôle de ce texte

Ma lecture de Pas de temps à perdre qui vous renverra en fin de billet vers mes autres lectures de l'auteur (Zéros tués - Le libraire - Marie et femme)

27 octobre 2016

Jeudi

jeudi

Alors que l'automne bat son plein de feuilles mortes et de fruits délicieux (quoique de proportions étranges)... Sinon, pendant ce temps, je lis Comme dans un film de Regis de Sa Moreira et aussi Un foyer de Julie Lamiré. Et oui, en même temps, simultanément. Une fois n'est pas coutume. Tout cela parce qu'hier j'ai pris le train, et j'ai alors commencé le deuxième sur ma liseuse... moins lourde à transporter que le premier roman/pièce de théâtre. Rendez-vous hier au CHU de Nantes, pour démarrer un autre suivi concernant ma myopathie. Etape importante, une démarche que j'ai eu pour autant beaucoup de mal à faire. Toujours cette histoire de maladie invisible sans évolution ni remède, qui amène à douter de son bon droit de se plaindre, ou de consulter, alors qu'une cicatrice sur mon bras gauche atteste pour toujours qu'une biopsie a eu lieu, un diagnostic posé (mais tellement tard, si tard que j'ai intégré malgré moi le qualificatif de feignante... ça aussi pour toujours). Rendez-vous important donc, mais seulement une première étape. La confirmation qu'il n'existe aucun remède possible. Et savoir qu'il faut continuer à se débrouiller comme ça, avec ce corps moins capable. Entendre se dire encore une fois combien mon affection est bénigne, je ne serai jamais en fauteuil roulant (tant mieux non ?). Entendre se dire aussi que j'ai bien fait de mettre en place un dossier de prise en charge du handicap (?). Dans le discours du corps médical, avoir l'impression de tenir sur la pointe d'un seul pied sur une poutre. L'équilibre ne tient qu'à moi, à la force de mes bras tendus. Mais qui est là quand je tombe ? Bon, j'ai compris. Bilan génétique à venir, pour poser entre autres l'hérédité, les choses, avoir des traces à montrer, prouver. Je remercie ceux qui ont pensé à moi hier, d'avoir été là... vous étiez une ribambelle de petits coeurs que je traînais dans mon sillage. ;) Même si je dois avouer que j'ai eu du mal à maintenir à chaque minute le bouleversement. Parfois, il faut seulement se dire... aujourd'hui tout va bien.. et demain est demain. Tant que je tiens. Bon jeudi !

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25 octobre 2016

Boys don't cry

Ma soeur d'anniversaire... à quelques années de différence... et quelques détails physiques près... Sinon, tout pareil.

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24 octobre 2016

La Suture, Sophie Daull ~ Rentrée littéraire 2016

lasuture

 "Je vais tisser une étole à réchauffer mes mortes, composer une histoire à me repeupler, pour épaissir mon sang que l'absence du leur a rendu trop liquide, trop rapide - un torrent tout fou où ne battent que ces chiffres, plus jamais les saisons. Je vais inventer leurs hivers et leurs printemps, ranimer leur souffle éteint, repulper leurs lèvres aimantes dont j'aimais tant les baisers."

Sophie Daull nous a conté dans le très lumineux et douloureux Camille, mon envolée, le départ abrupt de sa fille de seize ans. Et cette absence fait face à une autre absence, celle de sa mère Nicole, disparue quand elle même n'avait que dix-neuf ans, emportant avec elle bien des secrets sur son passé. Alors, il est soudain question de partir en quête de cette mère méconnue, à partir de rien, seulement quelques photos, si peu de documents, d'inventer, de tisser, pour peut-être réussir à recoudre cette plaie que creusent ces morts trop précoces dans la vie de Sophie Daull.

Avec ce nouvel opus, dont je redoutais sans doute un peu la lecture, de peur d'être déçue par un récit qui manquerait de force après son premier livre, de décence (à tort), Sophie Daull confirme son talent d'écrivain. Et à l'instar d'Isabelle Monnin dans Les gens dans l'enveloppe ou d'Eloïse Lièvre dans Les gens heureux n'ont pas d'histoire, j'ai aimé la suivre dans sa recherche d'une vérité forcément subjective, dont les blancs sont repeuplés par le pouvoir de l'imagination ou du souvenir tronqué. Et il est tellement intéressant ce parcours, et il est tellement évident que derrière chaque visage se cache une histoire particulière, un roman, et que tout le monde a le sien à raconter. Les gens inintéressants n'existent pas. J'ai aimé lire ici le roman de vie de Nicole, qui existe à présent dans les livres auprès de Camille, sa petite fille. Et j'espère que Sophie Daull continuera d'écrire, car elle a sa voix en littérature, sa manière de construire des phrases luxuriantes et enveloppantes, et je souhaite pouvoir la lire de nouveau à la rentrée prochaine pourquoi pas. Un roman de rentrée sensible.

Editions Philippe Rey - 17€ - 25 Août 2016