02 novembre 2008

La Ballade de Baby, Heather O'Neill

LA_BALLADE_DE_BABYheart Elle s'appelle Baby. Elle n'a que douze ans. Un père, Jules, encore adolescent et junky, et des chambres meublées miteuses, lui tiennent lieu de foyer. Intelligente et sensible, bonne élève, Baby connaît les pièges des quartiers sombres de Montréal dans lesquels elle traîne. Elle porte un regard tendre et réaliste sur les bandes de gamins qui l'entourent, aime ces adultes en dérive qu'elle contemple tanguer, où ceux plus doux qui l'hébergent un moment. Baby accroche son bonheur aux murs de sa solitude, sait grapiller ici et là des instants de grâce. Elle tombera pourtant, en toute innocence, dans les bras de la "rue"...

J'ai eu un véritable coup de foudre pour ce livre ! Je suis étonnée d'ailleurs qu'il ne s'agisse ici que d'un premier roman tant est maîtrisé, et riche, chez Heather O'Neill, le style, la description et psychologie des personnages, l'univers dans lequel baigne notre jeune héroïne.

Sans trop vouloir m'avancer, voici un auteur de talent qui peut cotoyer sans rougir les plus grands. J'avais envie que cette ballade là ne cesse jamais... Je suis toute disposée à la relire, encore et encore.

Un extrait...
"J'ai couché avec un mec pour cinquante dollars. Ma cousine et moi, on a fait ça dans la rue Ontario. Rien de plus facile. Elle a récolté deux cent dollars en une nuit."
Ne sachant si elle plaisantait ou non, j'ai lâché un bref rire sonore. Ca ne faisait pas le même bruit que d'habitude, on aurait dit que je riais dans une pièce complètement vide. J'étais encore mal à l'aise à l'idée des relations sexuelles. Quand j'ai entendu parler pour la première fois de rouler une pelle, j'ai cru que c'était une chose réservée aux malades mentaux ou, tout au moins, aux gosses qui n'avaient pas réussi à passer au cours moyen.
"Tu veux des détails ?"
Elle a approché son visage du mien, presque à le toucher. Son haleine sentait le tabac et la mort. Soudain, j'ai trouvé quelque chose d'inhumain à cette fille, je me suis dit que, si elle ouvrait la bouche et penchait la tête en arrière, j'apercevrais les rouages du mécanisme interne, un poids suspendu là, par exemple, au lieu des amygdales. Et si elle toussait, en regardant son Kleenex, on verrait des clous et des vis. C'était sûrement pour ça qu'il lui manquait un doigt. Elle avait dû tomber, et le doigt s'était détaché. Tout à coup, je me suis sentie aussi seule que si j'étais le dernier être humain sur toute la planète.
J'ai murmuré que je devais rentrer à la maison, j'ai tourné les talons et je me suis éloignée."

bouton3 Note de lecture : 5/5

Un livre lu dans le cadre du grand prix des lectrices de BOOKPAGES 2009
Catégorie Roman

ISBN 978-2-264-04514-0 - 13 € - 03/2008

Une lecture, trouvée par hasard, chez Pause toujours, auquelle j'adhère complètement. Une autre chez Métro france. Pour ceux qui lisent en anglais, un portrait à lire ici.

heatheroneill

Photo de Kate Hutchinson

Annie a beaucoup aimé aussi
Pour enna, c'est un coup de coeur

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01 novembre 2008

Brooklyn follies, Paul Auster

brooklyn_folliesNathan Glass emménage à Brooklyn. Après une carrière dans les assurances, un cancer (aujourd'hui en rémission), un divorce, il s'apprête à vivre une nouvelle page de sa vie, mais il ne le sait pas encore. Il tombe un jour sur son neveu Tom, dans une bouquinerie. Ce dernier ne ressemble plus tellement au jeune homme prometteur qu'il avait connu autrefois, et pourtant... cette rencontre marquera le début d'une kyrielle d'autres rencontres étonnantes et chaleureuses, et la naissance d'un rêve, celui de "l'hôtel Existence".

J'ai commencé ce roman de Paul Auster avec le sentiment "étrange" de l'avoir déjà lu, quelques bribes retrouvées de "Brooklyn Boogie" sans doute, et puis j'ai vite oublié ce sentiment car non je n'avais jamais lu "Brooklyn follies".
J'ai aimé les personnages de ce récit, de bien jolis caractères que l'auteur sait brosser avec sa tendresse et son respect habituels, j'ai aimé l'ambiance de ce quartier, qu'il décrit comme un "village", j'ai aimé son héros, ce soixantenaire de Nathan Glass bousculé par des péripéties qui l'aident à revivre, j'ai aimé les belles rencontres, hasards et heureux dénouements du récit.
Pourtant, mon avis reste mitigé sur ce livre, car il me semble avoir lu du bien meilleur chez Paul Auster, le style adopté ici peut-être. Le narrateur ne cesse de nous dire "vous allez voir ce qui va se passer, après" et j'ai eu le sentiment que l'écrivain n'avait lui même aucune idée de ce qui allait se passer après, que le roman s'écrivait au fur et à mesure des pages, sans fil conducteur, au hasard des idées, sans plan préconçu et que les évènements annoncés n'étaient en général pas si fantastiques que l'on voulait bien nous le faire croire. Je crois, en fait, détester prodigieusement ce procédé d'écriture là !!
Sans faire ma fine bouche, voici tout de même de l'agréable Paul Auster, et si vous avez aimé "Brooklyn boogie" et "Smoke", vous serez ravis d'y retrouver toute l'ambiance de ces excellents opus.

Un titre lu dans le cadre du blogoclub

bouton3 Note de lecture : 4/5

Un extrait...un monologue de Tom (là où le projet prend forme)
"Je voudrais vivre autrement, c'est tout. Si je ne peux changer le monde, je voudrais au moins essayer de me changer, moi. Mais je n'ai pas envie de faire ça seul. Je suis déjà bien assez seul comme ça et, que ce soit de ma faute ou non, Nathan a raison, j'ai le cafard. Depuis que nous avons parlé d'Aurora l'autre jour, je n'ai pas arrêté de penser à elle. Elle me manque. Ma mère me manque. Tous ceux que j'ai perdus me manquent. Je suis d'une telle tristesse parfois, qu'il me paraît incroyable de ne pas mourir écrasé sous tout ce poids. Mon hôtel Existence à moi, Harry ? Je ne sais pas ce que c'est, ça aurait sans doute à voir avec le fait de vivre avec d'autres, de foutre le camp de cette saleté de ville et de partager la vie de gens que j'aime et que je respecte."

Pour le plaisir...le trailer de Smoke.

Les autres avis du Blogoclub : Papillon a lu Mr Vertigo (de même que Chimère), Sylire a lu La nuit de l'oracle (et nous parle aussi de Brooklyn follies), Katell s'est retrouvée dans son Scriptorium,
Anjelica s'est plongée dans Broolyn follies, ainsi que Alice, Clochette, Florinette, Karine, GSM et Cathe,
Amanda, pour sa part, s'est perdue avec bonheur dans les méandres de Moon Palace.

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31 octobre 2008

Pour une fin

PourunefinAlors voilà,
C'est ce que tu seras

Ma muse
Mon énergie créatrice
Un tendre secret

C'est décidé

Un cercle pour chacun de nous
Infranchissable
Autour de nos corps

La chute
Pour celui qui transgresse
Qui effleure du bout des doigts
L'impossible

Du mensonge
Invité à nos tables
De l'amertume
Glissé sur nos sourires

Mais peu importe
N'est-ce pas ?
Il faut figer ce qui peut l'être

Pas le choix

Notre inconscience est à ce prix

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30 octobre 2008

I comme...

...John Irving et particulièrement son recueil de nouvelles Les rêves des autres.

LESREVESDESAUTRES

            J'ai choisi cet auteur car il fut une découverte joyeuse dans ma vie de lectrice adolescente. Comme beaucoup d'autres, j'ai plongé avec enthousiasme dans l'univers foisonnant de ses romans, Le monde selon Garp, Une prière pour Owen, etc... J'ai aimé son burlesque et l'imagination débridée dont il faisait preuve.
J'ai une préférence particulière pour ce recueil de nouvelles, plus littéraire peut-être, plus ciselé, plus profond... Je vous le recommande.

Un extrait (début de la nouvelle qui donne son titre au recueil)...
"Fred n'avait pas souvenir d'avoir jamais rêvé la nuit, avant que sa femme le quitte. Et puis il se rappela quelques vagues cauchemars d'enfant, ainsi que certains rêves voluptueux bien spécifiques qu'il avait faits pendant la période, à ses yeux ridiculement courte, allant de la puberté à son mariage avec Gail (il s'était marié jeune). La blessure de ces dix années conjugales sans rêves était encore trop fräîche pour qu'il la sonde profondément, mais il savait en tout cas que de son côté Gail avait rêvé comme une forcenée, toute une série d'aventures, et qu'il s'était réveillé chaque matin intrigué par ce visage mobile et nerveux où il traquait avec un sentiment d'échec la trace de ses secrets nocturnes. Elle ne lui racontait jamais ses rêves ; elle se contentait de lui dire qu'elle en faisait, et qu'elle trouvait bien curieux qu'il n'en fasse pas."

lettre_i

A votre tour, quel auteur vous évoque cette lettre I ? Je parie que vous viennent à l'esprit quelques auteurs asiatiques, non ?
Les réponses ci-dessous en images et en commentaires, comme d'habitude !!! Merci !!

      

  ...

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29 octobre 2008

Réflexions sur le livre numérique

160livresJe viens de recevoir cette publicité, via ma boîte mail, et je ne peux m'empêcher de mettre le doigt sur le malaise que provoque chez moi la version dématérialisée des romans...
Est-ce donc cela l'avenir du livre ? Oui, sans doute, puisqu'on nous le dit.
Alors, pourquoi ce malaise ?
Suis-je prête à me débarrasser de l'odeur du papier, du froissement des pages, de la douceur des couvertures brillantes ? Pour des essais, des ouvrages de références, oui, peut-être. Pour des romans, non, non je ne crois pas.
Et pourtant, je tiens un blog, sur lequel j'écris, donc je dématérialise moi aussi. Alors, pourquoi ce malaise ? Suis-je donc si pleine de contradictions ?

J'aimerais beaucoup connaître votre avis de lecteurs et de lectrices sur le sujet. Pour votre part, avez-vous déjà succombé à l'idée ?

(image fnac.com) Pour accéder au site,et au coeur du problème, cliquer sur l'image.

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Parce que les loups sont forcément gros...

...lorsqu'ils naissent de notre imagination.

unloupgroscomme_a

Un joli rideau à fleurs, un petit garçon effrayé, une maman à l'écoute, quelques volets à soulever, et voici typiquement le type d'album qui remporte un franc succès chez mes deux zouzous.

"J'ai peur", dit Hector.
"Qu'est-ce qui te fait peur ?" demande Maman.
"Le rideau !"
"Ah bon ! Il y a quelque chose derrière le rideau ?"
"Oui, un loup !" dit Hector.

Mais attention, les petits garçons savent y faire pour les effrayer. "Il faut crier plus fort que lui". Maman est impressionnée. Le loup parti, il est temps de se mettre au lit.

"Maman, tu me racontes une histoire ?"
"Oui, laquelle veux-tu ?"
"Une histoire de loups !"

Personnellement, j'adore la dégaine un peu rétro de cette maman là. Un joli petit album !!

ISBN 2 211 078 01 X - 11€ - 2005 - Un loup gros comme ça, Nathalie Louis-Lucas et Kristien Aertssen

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28 octobre 2008

N'envoyez plus de lettres...

lettre_feuilleN'envoyez plus de lettres, seulement des feuilles
d'arbres, que le soleil détache ou le vent cueille
ou l'automne abat et dépose entre vos mains.
Je ne les recevrai jamais le lendemain,
mais j'ai depuis toujours l'habitude d'attendre
et mon coeur, de veiller, n'en sera pas moins tendre.
Vous ne pourrez, c'est vrai, rien écrire dessus,
cependant je lirai comme si j'avais su
les paroles que vous formulez dans votre âme
tant vos rêves ont pour moi l'éclat de la flamme.
Choisissez les couleurs suivant le ton des jours :
que la feuille soit fraîche si le ciel est lourd,
et d'un vert bien profond si l'azur est trop pâle.
Qu'elle soit de chêne et blonde comme le hâle
au front d'un bel enfant, quand s'achève l'été,
et lorsque vient Novembre, afin de refléter
ce qu'il ensevelit et ce qu'il remémore
veuillez me cueillir une feuille au sycomore.
(mais qu'elle soit de hêtre, d'aulne ou d'olivier,
que m'importe après tout pourvu que vous viviez !)

Et si, dans le futur, un jour Dieu vous propose
par hasard le bonheur, pour me dire la chose
envoyez moi simplement une feuille de rose.

Alliette Audra (1897-1962)

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27 octobre 2008

Qui comme Ulysse, Georges Flipo

a1Nouvelles en partance

Pourquoi part-on ? Pourquoi reviens-t-on aussi, parfois, sur ces lieux dont on a mis tant d'ardeur à oublier la saveur ? Qu'est-ce qu'un touriste ? Et qu'est-ce qu'un touriste qui ne joue pas au touriste ? Un voyageur a-t-il besoin de quitter son chez soi pour voyager ? Rêver, cuisiner, penser n'est-il pas aussi une belle manière de provoquer le voyage ? Voyager, et chercher ailleurs à reproduire ce que l'on connaît chez soi, est-ce réellement "voyager" ?

Le recueil de nouvelles de Georges Flipo suscitent toutes ces réflexions là, et bien d'autres encore.
J'en ai aimé le ton, l'humour. J'ai apprécié les images d'amérique du sud évoquées (Les sources froides), les personnages faillibles (Confiteria Ideal, Une incartade). Ces contes modernes, légers et fins, ont été une agréable bouffée d'oxygène après quelques lectures bien denses. J'ai un peu dérapé sur un ou deux récits frôlant l'onirisme (Et à l'heure de notre mort), mais ai été largement conquise par l'ironie de certains autres (La route de la soie, Rapace).
"Le sentiment d'exil en littérature" est un thème de lecture qui me tient à coeur depuis toujours, Qui comme Ulysse s'inscrit tout à fait dans ce cadre là. Je suis donc heureuse de m'être plongée un bel après-midi d'octobre dans ces histoires "en partance".

Une citation inscrite en incipit, en lieu et place d'un extrait...
"Ne demande pas ton chemin à quelqu'un qui le connaît, tu risquerais de ne pas te perdre..." (Rabbi Nachman de Breslau)

bouton3 Note de lecture : 3.5/5

Retrouvez l'auteur sur son blog : http://georges-flipo-auteur.over-blog.com/

Et quelques liens de lectures ici

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26 octobre 2008

De retour...

...dans la blogosphère.

femmepilelivresJe reviens avec cette impression (fausse ?) d'avoir repris les rênes de mes lectures. Lire pour le Grand Prix des Lectrices Elle est intéressant mais astreignant. Heureusement, il y a quelques heureuses découvertes, vous verrez cela dans quelques jours ...

Des envies d'écritures me reviennent aussi, des envies de ne pas suivre des cadres établis, des règles précises, d'écrire ce qui me passe par la tête, ce que je veux dire, ce qui me fait vibrer, sans se préoccuper d'une quelconque qualité littéraire... Ai-je raison ?

Et puis, j'ai envie envie de m'amuser encore, surtout, beaucoup, à pianoter sur mon ordinateur, à discuter avec vous de littérature, ou d'autre chose, même si la vie me tire par la main et voudrait m'engluer dans son quotidien.

En bref, me re-voici ici, toujours avide de découvertes et heureuse de cette pause, finalement bénéfique !! Merci pour tous vos petits mots et passages... Je vous réponds très vite. Bonne journée !!!

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19 octobre 2008

Une petite pause...

lire...s'impose.

           Des livres à lire, du temps à prendre, des rêves à finir de rêver...

  iloveyourblog

Je vous laisse en bonne compagnie : Anna Blume, Sylvie et Kesalul m'ont gentiment taguée (merci !!), n'hésitez pas à leur rendre visite !!!

A bientôt !!!

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