17 juin 2008

Un texte à la gomme

gommeOublier tout. Effacer tout.

Reprendre là où je m'étais arrêtée.
Attraper le cahier, le crayon.
Retrouver cette place sur le canapé,
Celle qui détend mon dos,
Celle qui permet les mots.

Je n'écris pas pareil, là.

Je n'écris plus que pour une seule oreille. Moi.

Atteindre la saveur du moment,
En prendre la juste mesure,
L'enrober.

Ne pas chercher à heurter un présent,

Qui tout à coup se défile.

De quoi sera fait demain ?
Je n'en sais fichtre rien.

L'avenir a tout à coup un goût de Barbapapa.

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16 juin 2008

Neige, Maxence Fermine

neigeA la fin du XIXe siècle, au Japon, le jeune Yuko s'adonne à l'art difficile du Haïku. Afin de parfaire sa maîtrise, il décide de se rendre dans le sud du pays, auprès d'un maître avec lequel il se lie d'emblée, sans qu'on sache lequel des deux apporte le plus à l'autre. Dans cette relation faite de respect, de silence et de signes, l'image obsédante d'une femme disparue dans les neiges réunira les deux hommes. (extrait de la quatrième de couverture)

Je dois vous l'avouer, ce court roman est pour moi une déception.
Je pensais trouver dans le récit de Maxence Fermine toutes les dispositions pour apprécier enfin l'art du haïku et je n'ai ressenti qu'une antipathie forte pour le personnage principal, Yuko, orgueilleux et égocentrique, un peu paresseux, qui veut simplement "apprendre à regarder passer le temps".
Bien entendu, il s'agit d'un art. Bien entendu, son obsession pour la neige finit par être remarquée au plus haut niveau, par le poète de la cour Meiji. Bien entendu, il part écouter les leçons du maître Soseki. Mais toute cette histoire m'a laissée de glace.
Je ne suis apparemment pas sensible à cet art là, ou à l'ambiance générale de ce roman. Dommage...

Un extrait...
"Yuko vénérait l'art du haïku, la neige et le chiffre sept.
Le chiffre sept est un chiffre magique.
Il tient à la fois de l'équilibre du carré et du vertige du triangle.
Yuko avait dix-sept ans lorsqu'il avait embrassé la carrière de poète.
Il écrivait des poèmes de dix-sept syllabes.
Il possédait sept chats.
Il avait promis à son père d'écrire seulement soixante-dix-sept haïku par hiver.

Le reste de l'année, il resterait à la maison et oublierait la neige."

bouton3  Note de lecture : 2/5

L'avis plus enthousiaste de Gambadou sur les romans de Maxence Fermine
L'émotion de Wictoria sur ce titre

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15 juin 2008

Introspection... en féminité majeure

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Je voudrais que tout soit différent.

Pourtant, je le sais,
si je devais tout recommencer,
si cela était possible,
je referais tout,
exactement comme je l’ai déjà fait :
les mêmes mots, les mêmes rencontres, les mêmes choix.

Et tout serait, à nouveau, comme à présent,
figé, dans un présent inaltérable, imparfait.

Vous ici. Moi là-bas.

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14 juin 2008

On dirait une ville, Françoise Collin

on_dirait_une_ville

Françoise Collin est philosophe, et navigue entre écriture et engagement féministe.
Elle vit aujourd'hui à Paris, ville qui l'a inspirée pour cet ouvrage poétique...

Par petites touches impressionistes, elle nous guide ici à sa suite dans une vie qui se cherche et parfois se trouve, au hasard des jours, des rencontres et des instants volés à la lumière de l'été (voir "chronique d'un été").

Dès les premières phrases de On dirait une ville, j'ai entendu une voix, j'ai imaginé les mots de l'auteur exprimés sur une scène... Est-ce la preuve d'une grande qualité d'écriture ? Je n'en sais réellement rien. C'est il me semble pour le moins la preuve d'une lecture très agréable.

Dans la prose de Françoise Collin, il y a donc de la poésie mais aussi de la matière orale, théâtrale, et cela est très doux à imaginer, et à lire.
Des personnages de toutes sortes entrent et sortent sur la scène de ses écrits et nous les regardons naviguer, nous donner quelques leçons de vie, furtives, puis disparaître en fin de page...

Il faut bien le dire, on a envie d'attraper son crayon et de noter quelques passages, pour le souvenir, pour les partager plus tard...et on se dit que c'est bête, autant garder le livre sous la main.

Des extraits, brefs, pour en attraper un peu le son, vous aussi...

"route à suivre dit un panneau fléché au bout de la piste sur le vide
.
on dirait une ville, c'est un cimetière. On dirait un chant et c'est la dernière note d'un soupir. On dirait une montagne, c'est un mirage
.
celui qui faisait tinter les clés du monde s'en est allé, l'oreille sourde. Les laboureurs de sables ont pris la fuite abandonnant leur moisson de gris"

"c'est sur l'autre façade que tape le soleil, sur l'autre rive que quelqu'un se lève, en d'autres temps que se noue le récit, en d'autres cieux que courent les nuages"

"femme assise à son miroir
femme assise à son écran

une vie de queue de cerise"

bouton3  Note de lecture : 4/5

Le site de l'éditeur : www.desfemmes.fr
Un entretien pour connaître mieux Françoise Collin et son engagement féministe

Je suis ravie, encore une fois, d'avoir reçu ce livre dans le cadre de l'opération "Masse critique"

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

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13 juin 2008

Henry Bauchau

bauchau3A propos d'Antigone, toujours...

"J'ai écrit Antigone à l'ombre redoutable de Sophocle. Sophocle est inégalable, il y a en lui la lumière d'aurore qui a éclairé la Grèce et qui n'est plus celle de notre temps. Je me suis risqué pourtant et je n'ai pas fait une tragédie mais tout autre chose : un roman. Le roman m'a fait don d'une autre dimension du temps, et l'Antigone de mon livre n'est pas la jeune fille d'un acte décisif, d'un débat, d'un refus entraînant sa condamnation et son suicide. Elle est la fille patiente, intrépide, d'un monde nouveau, qui, après dix ans d'inititation et d'échec, devient celle dont une autre femme peut dire avec confiance : "Si elle tombe, elle se relèvera. Elle est comme ça !"

(extrait de Antigone, dirigé par Aliette Armel)

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12 juin 2008

Où je me prends pour une coloriste...

...et découvre en fait une illustratrice de talent !!!

collage62

Je me suis offert sur un coup de coeur un petit coffret de loisirs créatifs (4 tableaux cartonnés et des feutres pinceaux).
Des envies de coloriage, comme une gamine !!! Et je n'ai pas été déçue...

Un peu de patience, des illustrations superbes d' Elodie Nouhen, et le tour était joué !!
Le résultat est magnifique, en toute modestie (je n'ai fait que suivre les instructions à la lettre).
Ne me reste plus qu'à trouver où accrocher "mes oeuvres" à présent.

Bon, le public concerné est plutôt les 7-10 ans, mais tout le monde a le droit de s'amuser !!
Non ?

Pour tout vous dire, cela m'a surtout permis de découvrir une illustratrice de talent, car penchée sur ces dessins, j'ai complètement craqué sur les petits bonhommes sages qu'elle dessine.

Apparemment, Elodie Nouhen illustre beaucoup d'albums pour enfants. Ses dessins sont légers et tendres, délicieusement apaisants. Vous trouverez une bibliographie [ici].

          

(le coffret sur fnac éveil et jeux)

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11 juin 2008

Big Bang, Neil Smith

big_bangLes personnages des nouvelles de ce recueil se tiennent en équilibre entre le rire et le désespoir, comme des galaxies qui oscilleraient entre l'expansion et l'effondrement. Cette tension qui les retient fait ressortir des liens et des noeuds, sauve des vies et anime les objets. Les Huits récits de ce recueil rendent hommage à la beauté de la complexité humaine [...] (extrait de la quatrième de couverture)

Je ne me suis pas méfiée, j'ai commencé ce livre tout tranquillement, et voilà que l'on me propulse au beau milieu d'un service de néonatologie, alors - même si petit Théo est devenu grand depuis - ma lecture s'est tout à coup logée au niveau des tripes et n'a plus lâché cet endroit jusqu'à la fin, ou presque.

Neil Smith ne nous ménage pas - ce n'est pas le but - ni avec ses mots (quelques injures verbales distribuées ici et là), ni avec ses histoires (du lourd, du mortel, du difficile à vivre, et puis c'est tout), et ça marche, c'est efficace et terriblement humain, émouvant.

Une femme, qui a décidé de faire un enfant "toute seule", accouche prématurément. Un jeune garçon, qui vient de perdre son père, se pose des questions sur les sentiments qui le lient à son ami. Des malades, atteints de tumeurs, se vengent d'un escroc. Une petite fille, victime d'une maladie rare, voit défiler sa vie à toute vitesse en avant, puis à reculons. Un couple d'étudiants tente de continuer à vivre après une fusillade. Etc...

Toutes ces nouvelles sont excellentes, vous l'aurez compris (surréalistes, loufoques et profondes aussi) mis à part la dernière qui m'a laissé perplexe
: l'auteur se loge dans la peau d'une paire de gants et nous raconte ses états-d'âme (?!).
L'humour est inscrit dans chaque texte, un humour un peu grinçant, mais bien présent.
Voici donc un  cocktail de nouvelles, ébouriffant, qui mérite bien son titre de "Big Bang"...je vous engage à y jeter un oeil à l'occasion, il vous séduira sans doute !!

Un extrait...
"Jacob est assis sur une chaise en plastique dans une chambre privée au bout du couloir qui mène à l'USIN. Il berce B, emmaillotée dans une minuscule courtepointe aux carreaux verts et jaunes. On ne voit que le visage de la petite. Sans le tube, elle a la bouche en bouton de rose de Jacob. Il chante. Doucement, lentement, comme si la chanson, qui porte sur le mot le plus long du monde, était une berceuse. An l'a choisi comme père en se disant qu'il ne s'attacherait pas. Le voici pourtant - en train de bercer sa fille et de fredonner pour elle. An s'assoit sur le lit à côté de lui. Elle palpe la courtepointe. L'hôpital l'offre en souvenir aux parents : une courtepointe, une mèche de cheveux et une empreinte des pieds de leur bébé mort. Elle se demande si, sous la courtepointe, les pieds de B sont déjà noircis par l'encre.
- Tu veux la prendre ? demande Jacob.
Elle se contente de toucher la tête de B, le tissu mou où l'on sent le pouls d'un bébé, mais où elle même ne sent rien du tout. Jacob recommence à chanter d'une voix audible. An fixe B blottie dans les bras de l'homme. Dans la salle d'accouchement, se souvient An, la petite avait repoussé tout le monde. Au bout d'un moment, elle dit :
- Je ne t'aime pas.
Elle attend la réplique habituelle de Jacob : "Moi aussi je ne t'aime pas." Mais alors, il lève sur elle un visage qui a la couleur de la cendre. Il a compris ce qu'elle voulait dire.
- Pourquoi ? demande-t-il, l'air peiné et perplexe.
- Mais je l'aimais bien, elle, dit An sur un ton presque suppliant. Je l'aimais bien à mort.
Jacob commence à pleurer sans bruit. Lorsqu'il a terminé, il murmure :
- C'est déjà quelque chose.
Et An, les bras serrés sur la poitrine, comme pour éviter de voler en éclats, espère qu'il a raison."

bouton3 Note de lecture : 4.5/5

La lecture de Lily

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10 juin 2008

Petit bonhomme...

                                     ...a trois ans aujourd'hui.

collage59

Joyeux anniversaire mon grand garçon !!

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09 juin 2008

Deux nouveaux livres voyageurs

Adepte des nouvelles, des romans à la structure hachée par de courts chapitres, des histoires de femmes...je vous propose aujourd'hui, à nouveau, deux coups de coeur en livres voyageurs !!

heart

                       Un peu, beaucoup...pas du tout, Alice Munro   munro"Neuf histoires de femmes. Histoires de baisers donnés comme on ramasse une fleur au bord du chemin. Histoires de meubles encombrants dont on ne parvient pas à se séparer. Histoires de trahisons nécessaires. Neuf histoires d'amour." (Extrait de la quatrième de couverture)    Ma lecture

lesamantsdemarie

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Les amants de Marie, Leslie Kaplan "Marie cherche l'amour et le fuit en même temps. Elle parcourt la ville, lieu de tous les possibles, elle fait des rencontres, David, Sammy, Max, elle part, toujours, jusqu'à ce que..." (Extrait de la quatrième de couverture)   Ma lecture

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Voici donc ce que je vous propose : si une de ces lectures (ou les deux) vous intéresse, il suffit de me laisser un message en cliquant en haut à droite sur "Contacter l'auteur" et de me donner votre adresse postale, ainsi que votre adresse de blog. Une liste des lecteurs sera mis en place ci-dessous.
Comme d'habitude, il s'agit, après lecture, d'envoyer le titre lu au lecteur suivant.
Pour participer, il suffit d'être blogueur ou blogueuse, ou simplement un de mes visiteurs habituels. Laissez-vous tenter... !!

livrevoyageur

Liste des lecteurs :

Un peu, beaucoup...pas du tout - Bel Gazou - Servanne - Lucy - Tristale - Rennette - Arlette - Martine - Liliba

Les amants de Marie - Lucy - Kloelle - Arlette - Martine - Liliba -

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08 juin 2008

Antigone, Aliette Armel

aliettearmelantigone

Aliette Armel n'écrit pas que des romans...
En collaboration avec d'autres auteurs, elle est également à l'origine de cet ouvrage très intéressant qui traite de la figure mythique qu'est "Antigone".
(Un titre malheureusement épuisé chez l'éditeur mais certainement présent dans beaucoup de bibliothèques.)

Cet essai, inscrit dans la collection "figures mythiques" des éditions "autrement", a le mérite de remettre dans le contexte de chaque époque les différentes versions de la pièce, inventée par Sophocle,...et de donner à comprendre le rôle que sa représentation a pû parfois jouer dans l'histoire avec un grand H, et dans les histoires de chacun, notamment celle de Henry Bauchau (auteur d'une version romancée du mythe).

"Antigone est une création totale, un mythe forgé dans l'imagination de Sophocle puisant dans des légendes ancestrales mais préservant la liberté de notre imaginaire. "Antigone n'a jamais existé, rappelle Jacques Lacarrière, donc, chaque fois qu'on parle d'Antigone, on parle de nous." La richesse de sa personnalité est inépuisable. Elle se révèle, vingt-cinq siècles plus tard, fascinante dans ses contradictions, son énergie adolescente et son attirance pour la mort, sa beauté intérieure dans un physique décrit comme ingrat, son impuissance à accomplir sa féminité, sa droiture inébranlable et sa disparition "sans pleurs, sans parents, sans les chants du mariage." Elle se dresse avec une pureté nouvelle, inspirant terreur et pitié. Elle étonne et subjugue, connue autant qu'Oedipe, mais plus proche et familière que ce père devenu le symbole écrasant du concept central de la psychanalyse."

Quelques Antigones connues - Sophocle, Jean Anouilh, Bertold Brecht, Henry Bauchau, Jean Cocteau, Walter Hasenclever, Charles Maurras et Paul Zumthor...

Qu'elle soit perçue comme lumineuse, rebelle ou simplement humaine, ce personnage d'adolescente frondeuse réveille ce qu'il y a de plus profond en chacun des auteurs qui l'ont côtoyée, quelque chose de vivant, mêlé d'un espoir salvateur et paradoxal...

"Si vous vous réveillez la nuit en récitant une vers d'Antigone particulièrement quand vous êtes déjà un peu vieux, fatigué, et qu'au milieu de la nuit, ça vous réveille, que vous avez ça, que vous le dites et le prononcez, un temps entre le sommeil et la veille, comme il devait être prononcé... ça fait quand même un alexandrin sauvé de sa douleur et de ses insuffisances... Alors, c'est qu'il y a une continuation possible, un avenir."
(Pierre Boutang/George Steiner, Dialogues. Sur le mythe d'Antigone. Sur le sacrifice d'Abraham.)

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