03 juillet 2008

Yves Simon

SORTIES_DE_NUIT"Aux instants où je vous écris, je ne vis pas.
Je ne parle à personne, je ne caresse aucun corps de femme, je ne marche pas sur un trottoir, je ne regarde aucune image de film. Le temps de cette écriture qui part vers vous est entre parenthèses. Non pas un temps mort mais un temps pris au temps pour que des mots se forment et qu'un langage véhicule avec lui des instants de silence et regorge de rêves. Il faut que s'embaume mon désir, que les images qui asaillent mon esprit trouvent une forme transmissible, qu'une parcelle de ces instants mystérieux, qui me relient à vous, reste arrachée aux événements du quotidien...
Si je n'effectuais pas ce travail à votre égard, rien ne resterait de cet invisible lien qui nous unit encore et me fait voir dans des décors que je ne connais pas et que seule mon imagination invente pour ne pas avoir à vous deviner hors du monde et des vivants...
Vous écrire, c'est envelopper convenablement des paquets de sentiments, mes sentiments, pour les aider à traverser l'espace vers vous et le temps sans vous."

Extrait de Sorties de nuit

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02 juillet 2008

Concours

Pendant ce mois de juillet, vous trouverez un concours de textes chez Miriam sur le thème de la réciprocité.

Ce qu'elle en dit...

"Ceux qui de près ou de loin, partagent nos vies, sont comme des spectateurs curieux qui attendent qu’on les étonne, qu’on les surprenne, qu’on les ravisse. Ils sont là, à côté de nous par pur hasard, par passion ou par raison. Par-delà, les contingences du quotidien. Des certitudes aux habitudes. De servitude en lassitude...0541bdaa89ea58b655dcb8b357f4c923.jpg

Qu’avons-nous à leur offrir aujourd’hui de nous-mêmes, qui fasse naître un sourire, un étonnement, une envie permanente, d’être là, au présent ?"

A gagner : 1 pastel pour le 1er prix et une affiche de la collection pour les 2ème et 3ème prix.

A vos plumes ! Vous avez jusqu'au 30 juillet !

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01 juillet 2008

Un été prodigue, Barbara Kingslover

un_t_prodigueTrois histoires parallèles, trois histoires qui s'entrecroisent sans vraiment se mêler, trois histoires de femmes dans le décor boisé des montagnes des Appalaches méridionales...
Deanne, employée par l'office des forêts, la quarantaine solitaire, vit dans un refuge aménagé dans la montagne. Un inconnu va la surprendre dans son intimité et affoler ses certitudes. Lusa, jeune mariée, puis jeune veuve, ancienne scientifique et citadine, entreprend de prendre à bras le corps cette ferme dont elle hérite malgré elle. Son courage et sa détermination viendront à bout des jugements de sa belle famille. Enfin, Nannie, une femme âgée, propriétaire d'un verger florissant, et attentive à l'écologie, est aux prises avec son voisin Garrett qui ne partage pas ses idées et n'a de cesse de lui chercher querelle. La tendresse a parfois des manières bien à elle de se manifester...

De Barbara Kingslover, je connaissais déjà L'arbre aux haricots, lu il y a longtemps, dont je gardais un excellent souvenir. Je me suis donc plongée avec délices dans cet été prodigue à la couverture bleutée, et j'en suis ressortie enchantée et un peu sonnée, comme après un long voyage dépaysant mais éreintant.
Comment, en effet, ne pas succomber aux charmes de ces femmes aux caractères bien trempés, fortes et attentives à leur féminité ? Le temps d'un été, le lecteur suit leur destin, leurs rencontres, leur questionnements et apprend à comprendre leurs convictions. L'auteure sait agréablement nous ménager des intrigues multiples, des énigmes à décoder, des caractères à explorer pour nous garder en haleine malgré les longueurs. Je me suis attachée à chaque personnage de cette histoire multiple et malgré mes réserves habituelles face aux "bons sentiments" en littérature, je me suis retrouvée immergée sans complexes dans ceux-ci, heureuse cette fois-ci de me laisser prendre au jeu.
Un roman foisonnant, estival, dans lequel les sens s'éveillent, et qui donne la part belle à une nature préservée et respectée.
En bref, un livre à glisser sans hésitations dans son sac de plage !!

Un extrait...
"L'été qui suivit la mort de son mari, Lusa découvrit les bienfaits thérapeutiques de la tondeuse à gazon. Il lui semblait que les vibrations du moteur qui rugissaient à travers son corps et tonnaient à ses oreilles lui vidaient le cerveau de tout langage humain, éloignant regrets et récriminations complexes. C'était une bénédiction de naviguer sur l'herbe pendant une heure ou deux, tel un être sans voix, flottant à travers un univers de sensation vibratoire. Par hasard, elle avait rejoint l'état mental d'un insecte."

bouton3 Note de lecture : 4/5

Encore un excellent roman lu dans le cadre du blogoclub !!

Les autres liens à consulter sont chez Sylire

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30 juin 2008

Au fond du coeur

Au_fond_du_coeurAu fond du coeur, au fond de notre coeur, un beau jour, le beau jour de tes yeux continue. Les champs, l'été, les bois, le fleuve. Fleuve seul animant l'apparence des cimes. Notre amour c'est l'amour de la vie, le mépris de la mort. A même la lumière contredite, souffrante, une flamme perpétuelle. Dans tes yeux, un seul jour, sans croissance ni fin, un jour sur terre, plus clair en pleine terre que les roses mortelles dans les sources de midi.
Au fond de notre coeur, tes yeux dépassent tous les ciels, leur coeur de nuit. Flèches de joie, ils tuent le temps, ils tuent l'espoir et le regret, ils tuent l'absence.
La vie, seulement la vie, la forme humaine autour de tes yeux clairs.

Extrait de Donner à voir, Paul Eluard

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29 juin 2008

Matin Brun, Franck Pavloff

MATIN_BRUNMatin brun se situe dans une période trouble, où le régime impose ses lois, strictes. Les scientifiques de l'Etat national ont déclaré qu'il ne fallait plus conserver les chats et les chiens qui n'étaient pas exclusivement de couleur brune, par soucis de rationalisation. Charlie et son ami, notre narrateur, propriétaires d'animaux non réglementaires, s'exécutent et se séparent de leurs compagnons. Puis, ils décident qu'il fait bon vivre, finalement, dans une société qui imposent des règles si rigides, un Etat brun. Au moins, la vie y est légère, et il n'y a plus de questions à se poser...

heart Ce petit livre connaît le succès que l'on sait, mérité. 1 300 000 exemplaires tirés. L'édition 2008 est la vingt-sixième depuis 1998.
Depuis un petit moment indisponible chez l'éditeur, je suis heureuse d'avoir enfin pu me le procurer en librairie.
La fable, imaginée par Franck Pavloff, fait froid dans le dos. Elle nous rappelle, sans y toucher réellement, avec une fausse légèreté, combien il est facile de se laisser bercer par ce qui est insupportable, du moment que cela touche les autres, combien aussi l'être humain peut être  manipulable, lâche et égoiste.
Elle nous rappelle également, bien entendu, d'autres évènements, d'autres "sélections", pas si lointaines.
Une courte nouvelle donc, au prix modique de 1 €, à s'offrir et à offrir tous azimuts, pour réfléchir et se souvenir !!

Un extrait...
"C'est vrai que la surpopulation des chats devenait insupportable, et que d'après ce que les scientifiques de l'Etat national disaient, il valait mieux garder les bruns. Que des bruns. Tous les tests de sélection prouvaient qu'ils s'adaptaient mieux à notre vie citadine, qu'ils avaient des portées peu nombreuses et qu'ils mangaient beaucoup moins. Ma foi, un chat c'est un chat, et comme il fallait bien résoudre le problème d'une façon ou d'une autre, va pour le décret qui instaurait la supression des chats qui n'étaient pas bruns.
Les milices de la ville distribuaient gratuitement des boulettes d'arsenic. Mélangées à la pâtée, elles expédiaient les matous en moins de deux.
Mon coeur s'était serré, puis on oublie vite."

bouton3Note de lecture : 5/5

Le Cheyne éditeur

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28 juin 2008

Le coeur des hommes 2

le_coeur_des_hommesJ'ai hésité un moment...Etait-il nécessaire que je vous parle de ce film ? Encore une infime déception, comme beaucoup de DVD empruntés dernièrement. Les sorties de ce printemps sont assez peu enthousiasmantes, il faut bien le dire...

Que vous dire donc ? Et bien, que cet opus est franchement moins drôle et fin que le premier. Les quatre amis sont de retour, quatre ans après. Bien entendu, les situations ont évoluées, les enfants ont grandi, des changements sont en cours. La femme d'Alex demande le divorce, Jeff décide de changer de vie, Antoine est à nouveau un coeur à prendre et Manu hésite entre deux femmes. Pourquoi pas ? Malheureusement, tout cela nous est servi de manière assez lourde malgré les talents d'acteurs évidents de nos quatre compères.

Alors pour quelle raison vous en parler ? Juste pour une scène ou deux, en fait...allez seulement une : celle dans laquelle Jean-Pierre Daroussin court à perdre haleine, les larmes aux yeux, pour fuir un amour impossible. J'en suis encore toute chamboulée. Je crois que c'est un des seuls acteurs capable aujourd'hui de m'émouvoir de la sorte à chacune de ses prestations...

Malheureusement, cette scène n'est pas présente dans la bande-annonce ci-dessous. 


Bande annonce coeur des hommes 2

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27 juin 2008

Manguel, suite...

alberto_manguel

Plutôt que de vous faire un compte-rendu détaillé de ce livre, toujours en cours d'exploration, difficile à résumer autant qu'à expliquer, je me suis dit que j'allais continuer à vous en égrener quelques extraits au cours des semaines qui viennent, que ce serait finalement plus adapté au thème de cette réflexion intime sur les livres et la lecture que Alberto Manguel mène dans son journal. Voici donc les extraits du jour...

"Nous lisons ce que nous avons envie de lire pas ce que l'auteur a écrit. Dans Don Quichotte, c'est moins l'univers de la chevalerie qui me captive que l'éthique du héros et sa curieuse amitié avec Sancho."

"J'écris toujours dans mes livres. Quand je les relis, je n'arrive pas, le plus souvent, à imaginer pourquoi j'ai pensé que tel passage méritait d'être souligné, ni ce que j'ai voulu exprimer par telle remarque. Hier, je suis tombé sur mon exemplaire du René Leys, de Victor Segalen, daté de Trieste, 1978. Je ne me souviens pas d'être jamais allé à Trieste."

"Passé la journée d'hier à réarranger les romans policiers. Nous les avons mis dans la chambre d'amis, qu'on appellera désormais la chambre du crime."

"J'explore ma bibliothèque à la façon d'un homme qui retrouverait son pays natal après une absence de plusieurs dizaines d'années. A chaque retour de mes tournées d'auteur, il me faut en retracer la géographie complète, rétablir des chemins de rayon en rayon, me rappeler des titres auxquels je n'ai pas pensé depuis des semaines."

"Au seuil de ma bibliothèque, j'ai inscrit une variation sur la devise de l'abbaye de Thélème : "LYS CE QUE TU VOUDRAS."

Mais en fait, de quoi parle ce livre, me direz-vous ? Un petit morceau de quatrième de couverture, pour le savoir mieux...
"Ayant décidé de relire, une année durant, ses livres de prédilection tels qu'ils lui semblaient susceptibles de refléter le chaos contemporain ou d'enrichir et d'éclairer son rapport personnel au monde, Alberto Manguel offre ici, entre carnet intime et recueil de citations, ce journal dont l'érudition à la fois sensible et subversive rend compte à merveille de l'infini du "dialogue" entre toute oeuvre et son lecteur."

A suivre, plus tard, et en plus bref, sans doute...

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26 juin 2008

Ces fleurs que j'aime...

oeillets

...que je fais pousser partout, qui me semblent si familières,
et qui sentent si bon.

Bonne journée, parfumée d'été, à vous !!!!!

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25 juin 2008

Qu'est-ce qu'on mange ?, Joëlle Gagliardini

qu_est_ce_qu_on_mangeA la question rituelle, ce petit livre répond avec beaucoup d'humour !!

"A la maison, c'est maman qui cuisine.
Elle a beaucoup d'outils pour l'aider.
Pour le dîner, ce sera frites ou pâtes !
C'était bon ?

Les mamans ne savent pas ce qui est bon.
Mais elles pensent qu'elles savent !..."

Voici donc tout ce qui tourne autour de la cuisine, de la table et du manger, vue par le petit bout de la lorgnette de deux petits fripons âgés - si j'ai bien compris - de moins de six ans...et ça déménage !! Il y a à lire dans tous les coins, dans tous les sens, des photos, des dessins, du très bon, du pas très ragoûtant ( Beurk, Miam, slurp )...
Un album excellent, qui a fait l'unanimité auprès de mon petit cercle de lecteurs en herbe !
Idéal également pour décomplexer les mamans nulles en cuisine (comme moi !), si si.

Quelques dessins de l'auteure à voir ici : http://www.labobinette.com/Enfants.html

Un petit Nota Bene en plus: En effectuant des recherches sur Google, je suis tombée sur ce site là - http://lab-elle.org/ - le site d'une association qui reste attentive à ce que les albums pour enfants ne reproduisent pas des stéréotypes masculins/féminins archaïques dans leurs collections. Pour ce faire, ils lab-elle- isent des albums qui mettent en avant des personnages féminins et les valorisent (le livre dont je parle aujourd'hui en fait partie). En parcourant ce site, je n'ai trop su que penser au tout départ, et puis je me suis dit que ce n'était pas si bête, et finalement important. Ils mettent par ailleurs en avant des albums (voir leur liste) que j'aime particulièrement.
Et vous qu'en pensez-vous ?

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24 juin 2008

Les ombres et la plaie, Isabelle Rossignol

les_ombres_et_la_plaieDeux courtes nouvelles dans ce recueil...
Aidez-moi ou je pars ! Un couple sans enfants se déchire. L'épouse est dentiste et le mari simple ouvrier. L'une veut que son conjoint passe des examens pour chercher une éventuelle stérilité ; l'autre se sent diminué par l'argent que gagne sa femme. Un matin, Martine part sans un mot. Rémy finit par prendre l'avion pour un autre pays, au hasard, où il rencontrera d'autres vies, en rupture elles aussi.
Les ombres et la plaie. Une histoire en forme de conte... Maguelone souffre d'une plaie au pied depuis le jour de ses 13 ans. Sa mère et sa tante l'ont depuis ce jour-là enfermée à clé dans une chambre. Un soir, alors que les années ont passées, Maguelone réussit à s'enfuir grâce à de mystérieux escarpins vernis et découvre le plaisir auprès d'un étrange homme masqué. Derrière tous ces évènements se cache une malédiction que Maguelone aura à coeur de ne pas perpétrer.

Mon avis...
Voici une lecture enthousiasmante et originale qui cache bien son jeu. Les deux nouvelles de ce recueil n'ont pas énormément de points communs, mis à part comme le souligne la quatrième de couverture le "thème de la chute et de la guérison après la chute". Je ne connais pas les autres écrits d'Isabelle Rossignol mais il est intéressant de suivre une telle écriture qui semble toujours être au bord de tomber dans la facilité, mais qui n'y tombe jamais, qui nous surprend, et qui nous entraîne dans des univers dépaysants et surnaturels, presque sans y toucher. Un petit livre, à la lecture rapide, qui recèle de belles surprises !!

Un extrait de Aidez moi ou je pars !...
"Ce qu'il remarque en premier, c'est que ses beaux-parents possèdent les clés de la maison. Martine n'avait jamais dit à Rémy que ses parents pouvaient entrer chez eux comme et quand ils voulaient. Un instant, il en éprouve un sentiment de trahison. Un instant seulement : ce n'est pas la première fois qu'il prend conscience que cette maison ne lui appartient pas.
Montre en main, ses beaux-parents restent quatorze minutes à l'intérieur et neuf minutes dans le jardin. En fin limier qu'il a tout l'air de devenir, Rémy se doute que c'est lui qu'ils cherchent. Martine a dû les envoyer en reconnaissance, afin de revenir peut-être, ou bien pour voir si Rémy n'avait pas fait de dégâts dans la jolie demeure... L'idée lui vient en effet : pourquoi ne s'amuserait-il pas à saccager ces meubles et objets qui ont vu son couple décliner, qui ont en eux la mémoire de ses attentes de plus en plus longues ? De nouveau, la table en formica rouge de ses parents lui revient en mémoire, et c'est parce qu'il connaît la valeur des choses qu'il renonce d'emblée à ce petit jeu.
Lorsque la voiture démarre, Rémy se cache davantage : une précaution aussi inutile que la tristresse qui l'étreint par moments, car les beaux-parents, dans la raideur qui caractérise tant leur âge que leur condition, regardent droit devant eux. Rémy est tenté de leur faire le bras d'honneur qu'il ferait volontiers à Martine. Et puis il laisse tomber cela aussi.
Une fois entré, il ne regarde rien autour de lui. "Objectif chambre et valises" se dit-il. Trois tee-shirts, le nécessaire de toilettes, pantalons et slips, sa carte bleue. "Ecrire un mot" se dit-il encore. "Ne pas faire comme elle".

bouton3 Note de lecture : 3/5

Le site de l'éditeur : L'idée bleue

Pour en savoir plus sur l'auteur

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