25 avril 2008

Demande à la poussière

demande___la_poussi_reLos Angeles est la ville de tous les espoirs pour Arturo Bandini, fils d'immigrants italiens, qui rêve de devenir un romancier célèbre et de séduire les femmes blondes qu'il croise et qui lui semblent inaccessibles. Nous sommes dans les années trente, alors que les Etats-Unis sombrent dans la grande Dépression. Chacun se presse dans cette ville, venu de tous les horizons, en espérant y saisir une chance de bonheur ou de fortune. Tel est le cas de la très belle Camilla Lopez, pour qui le seul moyen d'échapper à sa condition est d'épouser un riche américain. Sa rencontre avec Arturo Bandini va tout compliquer...

Tiré du célèbre roman éponyme de John Fante, ce film - de facture relativement classique - se regarde avec plaisir. Tous les ingrédients sont présents pour passer un moment agréable : une chambre d'hôtel en désordre, un écrivain en mal d'inspiration qui tape sans relâche sur sa machine à écrire noire, de la poussière, des cafés sombres, de l'amour, des femmes un peu folles, des doutes, de la mer et de l'espoir !

Je n'avais gardé que peu de souvenirs du roman, que j'ai pourtant dans ma bibliothèque. Je pense tout de même qu'il est essentiel d'en privilégier la lecture, surtout pour celles et ceux qui aiment particulièrement les histoires d'écrivains...

                                                                                       Demande à la poussière

Une bande-annonce (en anglais, je n'ai trouvé que cette version là, désolée) :

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24 avril 2008

La cité des fleurs fanées, Eric Dejaeger

CFFVoici un livre pour adolescents que m'a prêté Co Errante.

Il est amusant que je sois rentrée dans cette lecture juste après avoir refermé Nous sommes cruels de Camille de Peretti. En effet, même s'il n'est aucunement question ici de Liaisons dangereuses, le livre part du même principe : échanges de mails, chats, extraits de journaux, SMS, conversations entre étudiants (ici collégiens en classe de troisième)...
La cité des fleurs fanées nous raconte une année scolaire dans un collège de Belgique, entre bagarres, amour, religion, liberté et adolescence. Personne ne sort indemne des évènements qui vont surgir brutalement dans la vie des protagonistes, profs compris. Malgré les désirs de "bien faire", il sera difficile d'empêcher Faktorye de suivre son destin, les exclusions de se produire et les amours d'être contrariées...

"Hermeline fait la bise à Fausto, Ishak et Bert. Comme chaque jour d'école, ils se retrouvent au carrefour de la rue des Roses et de la rue des Dahlias. De là, ils partent ensemble vers l'arrêt de bus de la rue des Géraniums. Fausto, qui a fait du latin, l'appelle la rue des Gérania. Quant à Bert qui se passionne pour les jeux de mots, il parle de la rue des Géranifemmes. Parce que "fleur" est du genre féminin, se justifie-t-il. Les quatre forment un groupe soudé depuis l'école primaire. Monsieur Daniel, leur instituteur de quatrième année, leur disait souvent : "Il ne vous manque qu'un chien pour devenir le nouveau Club des Cinq !" L'an dernier, le groupe a éclaté à cause des choix d'option : Hermeline et Bert en Art, Fausto en Latin et Ishak en Sciences Economiques. Mais en dehors des heures de cours, ils restent inséparables."

J'ai fait la connaissance de l'auteur, Eric Dejaeger, lors de la grand heure du feu site "Fulgures.com" et j'avais déjà lu de lui Contes de la poésie ordinaire. Moi qui ne lit jamais de romans pour adolescents, j'ai été heureusement surprise par la qualité de celui-ci, je n'en ai d'ailleurs fait qu'une bouchée. Je l'ai terminé tout en préparant le repas pour mes enfants, ce qui est hautement risqué (piètre cuisinière que je suis !!)

La lecture de Cuné (qui l'a lu dans l'ancienne édition).

Les éditions Mijade

Ce titre convient aux plus de 13 ans.

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23 avril 2008

Djinn

angel

Il faut absolument que je pense à changer de lieu…

Le café-restaurant, dans lequel je me rends, chaque jour, aux environs de midi, devient de plus en plus bruyant, et ELLE ne vient plus.

Peu m’importe alors d’observer tous ces gens, leurs assiettes, leurs tasses fumantes, leurs sacs qui bâillent et leurs sales habitudes, si ELLE ne vient plus.

Bien sûr, il me reste encore des détails à chiper ici et là, des petits bonheurs discrets, des incongruités dont je tapisserai les cloisons de ma solitude ce soir. Bien sûr.

Mais je la voudrais, près de moi, telle que je l’ai aperçue la première fois.

Ses ailes brillaient dans la lumière du jour.

Et ELLE était si belle,

avec son sourire d’ange, sa grâce juvénile et sa manière bien à elle de darder sur les amoureux maladroits son regard de feu.

Si j’étais resté silencieux, attentif et patient, ELLE serait toujours présente, à mes côtés, flamboyante.

J’ai tout détruit.

Pour LA séduire, j’ai fait le pitre, l’inspiré, semant dans mon sillage des graines de folie.

Je ne savais pas.

ELLE voulait simplement qu’ils s’embrassent.

ELLE avait tant travaillé pour cela.

Et moi, j’ai tout gâché.
Oh, ELLE a bien eu le loisir de me le reprocher, plus tard. Mais, le mal était fait.

Ils se sont disputés. Les chaises ont grincé bruyamment en traînant sur le parquet…

ELLE, elle voulait qu’ils s’aiment.

Devant leur table vide, dévastée, ELLE a fulminé. Ses yeux ont lancé sur moi des éclairs durs, définitifs, et ELLE est partie dans un grand froissement délicat de plumes et de soie, sans un mot pour ma présence misérable.

Il faut absolument que je pense à changer, aussi, je crois.

24226616

Ce texte a été émis sous l'inspiration de la consigne 67 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo de café ci-dessus, et de l'incipit suivant : "Il faut absolument que je pense à..."

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22 avril 2008

Chris Garneau, Music for Tourists

chris_garneauVoici un CD emprunté par hasard à la médiathèque de ma ville, et également une belle découverte à partager avec vous...

Un piano, une voix, et tout simplement, du charme...

N'est-ce pas magnifique ?

Une biographie succinte et d'autres extraits à écouter sur fluctuat.net.

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21 avril 2008

Nous sommes cruels, Camille de Peretti

nous_sommes_cruelsJulien et Camille sont faits pour s'entendre. Fascinés par la littérature du XVIIIème siècle, élèves brillants, orgueilleux, cyniques et prétentieux, ils ont tous deux la conviction de s'être trompés d'époque. Et surtout une dévorante envie de s'amuser et d'affirmer leur toute-puissance. Alors quoi de plus idéal pour combler leurs aspirations que de se prendre pour la vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil ? Quelques règles, de nombreuses "proies" à séduire, un maximum de "trophées"... Les voilà "partenaires de crime", maîtres d'un jeu cruel dont ils tirent les ficelles en redoutables manipulateurs. Marie, Stanislas, William, Emilie, Hadrien, Diane... autant de victimes de leur association diabolique.
Mais quand les deux adolescents se laissent rattraper par leurs modèles, les nouveaux enjeux les dépassent. Piqués dans leur amour-propre, ils sont incapables de mettre le terme qui s'impose à leur entreprise. Le jeu s'annonce de plus en plus périlleux ; et risque bien de les mener à ce qu'ils redoutent par-dessus tout : devenir des adultes. (quatrième de couverture chez Stock)

Camille de Peretti, avec ce roman épistolaire, réussit le tour de force de nous faire ressentir des émotions comparables à celles éprouvées lors de la lecture des Liaisons dangereuses, un sentiment déroutant de fébrilité et de tension. Que va-t-il arriver aux personnages ? Vont-ils être démasqués, se perdre, souffrir, regretter ? Les innocents vont-ils passer au travers des odieux complots fomentés à leur insu ? La trame narrative suit celle du roman "maître" et j'ai retrouvé avec plaisir quelques moments similaires qui donnent à ce récit à plusieurs voix un charme désuet, tout en restant très inscrit dans une réelle modernité, celle bien particulière des grandes écoles et des études supérieures, celle aussi plus populaire des mails et des SMS, remplacant ici avantageusement les billets doux glissés dans les mancherons d'alors...
Un roman qui se dévore, et qui vient justement de sortir en version poche !! Vous allez adorer.

Un extrait : "LETTRE 113 - Jointe à la LETTRE 111 - Camille à Julien - A Saint-Cyr
Petit malin, si vous saviez à quel point votre dernière lettre m'a énervée. Sachez que je ne saurais être jalouse de votre Prude, non pas qu'elle soit niaise ou encore "mal mise" (la jolie formule pour qualifier son inégalable ploucquerie), mais elle m'a simplement déçue. Je m'attendais à une sensualité débordante, à une candeur digne de votre enthousiasme, je l'ai trouvée pâlotte et d'un mortel ennui. Vous vouliez mon avis, admirez ma franchise. Cela étant dit, tout est de ma faute, et il n'est pas de proie actuellement en rayonnage qui soit digne de vous. Quant à vos indécentes propositions à mon égard, je pense que nous avons fait le tour de la question. Temporairement du moins. Je suis déjà lasse du poète anglais que vous m'avez désigné, et j'ai décidé de le martyriser jusqu'à ce que vous ayez la bonté de me fournir de la chair fraîche. Ci-joint le dernier trophée en date, plein d'amertume et d'espoirs infondés. C'est de cela, mon cher Julien, dont je voulais vous parler. Malgré le ton de persiflage du début de cette lettre, je souhaiterais qu'à l'avenir nous ne tombions pas dans le reproche. Nous ne nous devons rien, notre amitié s'est fondée sur une association diabolique, certes, mais écrire doit rester un plaisir avant toute chose et il serait dommage de le gâcher par des chamailleries d'orgueil. Unis, soyons-le véritablement, vous tromperez vos amis et je n'aurai de cesse de vous plaire. Vicomte, je n'aime que vous.
De Paris, ce 6 mars 19**"

bouton3  Note de lecture : 4/5

J'ai acheté ce livre, en version grand-format, lors de mon périple sur Bordeaux. Camille de Peretti me l'a gentiment dédicacé avec un grand sourire, très agréable, et je l'en remercie. Elle m'a signalé par ailleurs que certains personnages se retrouvaient dans chacun de ses romans. J'ai hâte de les retrouver de nouveau. Vous pouvez rendre visite à l'auteur sur son site.

La lecture de Florinette (qui m'a conseillé particulièrement ce titre).

Et un extrait du film Les Liaisons dangereuses, pour le plaisir, exclusivement.


Les liaisons dangereuses

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20 avril 2008

Quelques heures au soleil...

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Jindabyne

jindabyne

Jindabyne est le nom d'une petite ville au fin fond de l'Australie, là où la pauvreté de la vie se mélange à la rudesse du climat.
Parti avec son groupe d'ami pour une randonnée de pêche, un homme découvre le cadavre d'une jeune femme aborigène flottant dans une rivière. Les randonneurs sont sous le choc mais décident pourtant, étrangement, de ne pas rentrer tout de suite et de poursuivre leur partie de pêche. Une attitude qui met le feu aux poudres dans la communauté aborigène et attise les conflits de couple au sein des familles. Ne restera plus aux coupables qu'à rechercher le pardon...

Adapté de la nouvelle de Raymond Carver, "Tans d'eau si près de la maison", ce film plonge le spectateur dans une ambiance tendue. Les paysages filmés en plan large, magnifiques et rudes, contrastent avec les personnages tourmentés qui vivent ce drame, refermés sur eux-mêmes, ruminant chacun à leur tour douleurs et secrets, entre culpabilité et désir de bien faire. Il y a la communauté aborigène et ses rites funéraires particuliers, touchants, et ces enfants, également, aux rêves trop grands et trop sérieux, qui tentent d’apprivoiser la mort et ne cessent de la  frôler... Un moment de qualité, qui mêle images sublimes, thriller psychologique, intimité et respect. A découvrir !

 

Vous pouvez retrouver la nouvelle de Raymond Carver qui a inspiré le film ci-dessus dans ce recueil-ci Parlez moi d'amour.
Et j'en
profite pour vous recommander chaudement la lecture de ce poche et de cet auteur que j'aime particulièrement !!

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19 avril 2008

Cali Rezo

cali_rezoEn me rendant chez Misstigri, j'ai découvert les peintures de Cali Rezo qui exposera apparemment sur Nantes, dans sa boutique, en Juin 2008.

Vous pouvez d'ores et déjà admirer ses oeuvres en cliquant par ici et par ici aussi.

J'aime beaucoup la grâce un peu gauche de ses personnages...

Et vous ?

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18 avril 2008

Claude Esteban

Hier au soir, j'ai pu, in extremis (merci M Antigone !), me rendre à une lecture organisée par la maison Gueffier. Il s'agissait de découvrir Claude Esteban, poète, essayiste, universitaire, éditeur de poésie, traducteur et critique d'art, décédé en 2006, et très inspiré dans ses écrits par la peinture, la mort, la terre, la lumière, les langues en général et particulièrement la langue castillanne...

Voici un petit extrait de "Le jour à peine écrit" (Gall. 2006), trouvé ici, parmi d'autres extraits :

Donnez-moi ce matin, ces heures
encore du petit matin
quand tout commence, donnez-moi, je vous prie,
ce mouvement léger des branches,
un souffle, rien de plus,
et que je sois comme quelqu'un
qui se réveille dans le monde et qui ne sait
ni ce qui vient ni ce qui va
mourir, donnez-moi
juste un peu de cieI, ou ce caillou.

(Le jour à peine écrit, éditions Gallimard)

Les textes en prose qui nous ont été lus m'ont plu, peut-être plus que sa poésie, car ils m'ont semblés plus incisifs et plus abordables. J'espère les trouver un jour en bibliothèque afin de les savourer tranquillement, et de pouvoir ainsi vous en livrer quelques passages. Voici, en attendant, quelques couvertures, en vrac...

La mort a distance   Le jour à peine écrit    Morceaux de ciel, presque rien 

Trajet d'une blessure   Etranger devant la porte    L'ordre donné à la nuit etc...

Pour celles et ceux qui aiment particulièrement Edward Hopper (et je sais qu'ils sont nombreux), existe également ce livre, "Soleil dans une pièce vide", qui parle de ses tableaux.

Soleil du matin, 1952

"Quelqu'un regarde un tableau. Il aime tellement ce tableau qu'il voudrait, Dieu sait pourquoi, ne plus le contempler seulement, mais se trouver à l'intérieur de la scène, comme un personnage, comme un livre posé sur une table. Il n'y parvient pas. Alors il se met à regarder tous les autres tableaux de ce peintre, un par un, dans les musées - et le même phénomène se produit.
Le peintre s'appelle Edward Hopper. Il a représenté des rues désertes, des femmes dans une chambre d'hôtel, des bureaux, des gares où pas un train ne passe.
L'homme qui regarde comprend qu'il ne pourra jamais habiter chacune de ces images, qu'elles sont là et qu'elles lui échappent. Il décide donc de vivre à côté d'elles avec des mots, des mots qui, peu à peu, se, transforment en une histoire, celle du peintre peut-être, la sienne aussi, bien que l'Amérique lui soit presque étrangère.
À la fin, il lui semble avoir vécu tout cela, et lorsque le soleil, un après-midi d'été, traverse une pièce vide, il devine que le peintre va mourir et qu'il lui faut, tel Bartleby le copiste, écrire, lui, la dernière phrase du livre, poser la plume et s'effacer." C. Esteban


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17 avril 2008

Carton, Serge Joncour

carton

Libraire est un métier à risques. A bien faire, la tétanie s'installe et, du jour au lendemain, l'être de chair se transforme en PLV, en tête de gondole. Sous la pression marketing, la silhouette cannelée devient un auteur qui cartonne. (extrait de la quatrième de couverture)

" - C'est l'histoire d'un libraire dans un hypermarché.
  - Et le carton qu'est-ce qui fout là-dedans ?
  - Et ben, y vend des livres." (Résumé, en préface)

Je me suis braquée dès les premières pages de ce livre...le fait d'avoir été libraire moi-même explique sans doute les quelques détails sur lesquels j'ai un peu tiqué, le bonheur du libraire en hypermarché par exemple, sa léthargie entre autres... Et puis, je n'ai pas compris l'intérêt dramatique de cette transformation d'un être humain en carton, même d'un point de vue métaphorique, même en y cherchant du second degré, même en voulant y trouver de l'absurde bien placé... Dommage ! J'ai bien compris pourtant qu'il s'agissait d'une critique du système "best seller" et j'avais envie de l'aimer ce livre, alors je me suis efforcée de le lire, jusqu'au bout, et puis non, toujours rien, je suis restée jusqu'à la fin sur ma faim.

Heureusement, quelques extraits, franchement intéressants, ont attirés mon attention. Je vous les livre ci-dessous, ils sont très réalistes, loin de l'image "idéale" que l'on peut avoir parfois du métier de libraire, métier dont j'ai malgré cela encore souvent la nostalgie, il faut bien l'avouer :

"Libraire de livres, ça a l'air tout simple comme rayon, d'apparence bien moins sollicitant que le fruits-et-légumes ou que la boucherie, mais c'est sans compter que de nos jours le livre est un produit frais, et qu'on doit lui assurer des rotations assez proches de celles du beurre ou du jambon... En dépit de l'apparence, l'activité de coin-librairiste est complexe, car, en plus d'un certain goût de l'agencement, il faut avoir les nerfs du dos solides, et même des muscles pour manier ces aller et retour de cartons, sachant que le propos général est de faire en sorte qu'il y ait moins de cartons qui repartent qu'il y en a eu d'arrivés."
(et oui être libraire, c'est cela aussi : manutention, gestion des stocks et maitrise de l'art de l'emballage, pour les retours)

"Comme tous les mardi, c'est donc dès huit heures qu'il était là, impeccablement mis, cravaté comme un cadre, glorieux et frais comme un après-rasé. Ah ! quel plaisir que d'entendre un homme parler avec autant d'entrain de ses produits, me certifiant chaque fois que ce coup-ci ce serait le carton garanti, des cartons pour assurer le carton. Le carton, c'était pour lui l'unité de mesure, la valeur-étalon en deçà de laquelle un livre n'était jamais qu'un exemplaire. Une fois qu'il m'avait fait son petit topo, mêlé de chiffrages et de choses et d'autres, sa première manie était de me refuser le café que je lui proposais, trop occupé qu'il était par ses listes, sa deuxième priorité étant de trouver bien vite une prise de téléphone afin d'y raccorder son ordinateur, module à partir duquel tout se décidait en temps réel et non abstrait. Une fois installé, il ne me demandait qu'une chose : l'écouter, et surtout ne plus bouger."
(le "bonheur" des commandes avec les représentants, une vision assez réaliste, surtout en ce qui concerne les gros diffuseurs: il y a les nombreux titres commandés à l'unité, "en office", et les autres ceux qui vont se vendre, qui ont le droit à leur pile, à leur mise en avant, à leur ventes, programmées (?))

"Le ressort de la tension du flux, c'est d'avoir tellement bien identifié les attentes, que le produit se pose là, face au manque, sans même plus le besoin de le préconiser. Du point de vue de la morale, rien n'est pire qu'un produit qui ne se vent pas, rien n'est plus déprimant, et malgré ses prétentions, de ce point de vue le livre n'est guère mieux loti que le biscuit.
En terme d'organisation, mes linéaires ne faisaient jamais que reprendre le vieux principe de l'universelle rotation du monde, un mouvement confondant d'intransigeance et d'obstination, certains diront de manque de souplesse, mais un principe largement éprouvé à ce jour. Dans des sphères aussi rotatisées que les nôtres, tout article ne devrait guère avoir le temps de s'attirer la poussière, et si l'on pose comme principe qu'il est bon que tout produit soit propre et immaculé d'apparence, plutôt que de les épousseter, de les entretenir dans un aspect de fraîcheur, le plus simple était bien qu'ils partent vite avant qu'on les vire.
Pour ma part, ça me rassurait de savoir mes produits propres, d'autant que ce serait trop bête qu'un acheteur se ravise au dernier moment à cause d'une trace de quoi que ce soit sur une couverture ou sur la page de garde. De toute façon, le livre supporte mal la souillure, à moins bien sûr qu'elle procède du parti pris. Le genre littéraire est suffisamment vulnérable pour ne pas avoir à souffrir de trace de quoi que ce soit."

(Ah le stress des badauds à sandwichs ! Ah le stress de la pile "sans retour possible" qui ne descend pas, et nous fait se réveiller la nuit en sueur - mais je m'égare !)

bouton3 Note de lecture : 2/5 (je suis vraiment passée à côté !)

Ce roman est un livrevoyageur gentiment prêté par Goelen.
La lecture, beaucoup plus enthousiaste que la mienne, de Gambadou, et celle, toute en nuances, de Katell.

Le site Myspace de l'auteur et son interview chez AuteurTV

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