08 avril 2008

Motivation

C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué. Il faut croire que la paresse épuise, je ne vois que ça.

Lucie  me jette des coups d’oeil vaguement compatissants le matin, au petit-déjeuner, mais je sais qu’elle ne supportera pas longtemps mes joues sombres et ce jogging usé que je traîne partout depuis quelques temps.

« Tu fais quoi aujourd’hui ? », me lance-t-elle, le nez dans son bol de café. J’ai toujours aimé contempler la mobilité de ses sourcils et leur jeu expressif. Ils expriment en ce moment une inquiétude sourde, mêlée peut-être d’une pincée d’espoir.

« Rien ». Mauvaise réponse. Je remarque l’affaissement brutal desdits sourcils et le plissement profond des rides du front. Elle repose doucement son bol et glisse ses doigts dans ses cheveux.

« J’aurais aimé que tu ailles me chercher un dossier à cette adresse ! ». Elle me tend un petit bout de papier. « Je dois filer ».

L’air de la rue sur mon visage, l’odeur des gaz d’échappement, la foule, tout me prend à la gorge dès que je sors de notre immeuble. J’en veux à Lucie de m’obliger ainsi à affronter l’extérieur. Je sais que je m’enferme petit à petit. Je saisi aussi la colère qui l’habite. Cette histoire de dossier...

Le métro est clairsemé, les rames se remplissent doucement au rythme des sirènes. Je ne connaissais pas, auparavant, ces heures creuses, tranquilles, où l’effervescence des pointes d’affluence n’existe pas. La présence d’hommes de mon âge me rassure étrangement.

Une lourde porte à pousser et je pénètre dans une cour pavée. Une rangée de boîtes aux lettres m’accueille silencieusement. La note de Lucie à la main, je parviens à récupérer l’objet de ma quête auprès d’une hôtesse d’accueil au sourire dolent. Une mention inscrite en gras me saute immédiatement au visage : «Développement personnel - Stage formation - Ou comment faire preuve de courage dans ses projets. »

Lucie, et son humour discret.

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Ce texte est issu de la consigne 66 du site Paroles Plurielles. Il fallait s'inspirer de la photo ci-dessous et de l'incipit suivant : "C'est étrange, depuis que je ne travaille plus, je me sens de plus en plus fatigué.".

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quai_m_tro

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07 avril 2008

Toutes choses scintillant, Véronique Ovaldé

ovaldetouteschosesscintillantNikko est née au Pôle, sur une île polluée, le jour où tous les bébés sont arrivés, bien trop tôt, dans la cabane de Kumiku, la plus chaude et la plus solide, "nés dans un grand tonnerre, perplexes d'apparaître en même temps au jour, à la glace et à l'humanité". La colère des pères fait fermer l'usine, coupable du décès des enfants contaminés. Seule, Nikko survit, au milieu d'un peuple abasourdi par l'alcoolisme, les subventions et le pouvoir des hommes "blonds"...

Mon avis...
Après Et mon coeur transparent, lu précédemment, voici un roman de Véronique Ovaldé dont le point commun avec ce dernier est de traiter également d'écologie (la femme du héros de "Et mon coeur transparent" était une fervente militante), mais d'une manière bien différente, plus largement. Ici, le récit est au coeur de la pollution, elle colle au corps et aux âmes des habitants du Pôle, au propre comme au figuré. L'usine est au centre de tout, du mystère et de la fascination, qu'elle soit fermée au départ du roman puis finalement réinvestie par les "hommes blonds", plus tard. Objet de malheur, elle pourrait tout de même être la clé du départ, pour une petite Nikko miraculée, devenue femme, départ vers un ailleurs que l'on espère meilleur.
J'ai été chamboulée par ce récit, fort et violent, voire même éprouvant, que je n'ai pu lâcher !!

Un extrait : "Elle disait - et le bruit de sa bouche était un petit bruit mouillé -, elle disait "la cabane de Kumiku nous a toutes abritées". Je regardais au dehors, la neige et son scintillement tranquille sous le soleil ; je la laissais continuer, je laissais ma mère ressasser ; elle me jetait un oeil, observant mon sourire, s'interrogeant sans doute, mais n'ignorant rien de moi, connaissant ma gentille bizarrerie, s'en accomodant finalement puisque j'étais bien la seule à écouter son histoire."

bouton3 Note de lecture : 4/5

ovaldeCe titre existe également en format poche...

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06 avril 2008

Une journée sur Bordeaux

CRIM0016

Récit d'une escapade

Vendredi. Je prends le train, en plein milieu de l'après-midi...
Le compartiment est rempli, mais pas bondé. Ma voisine de banquette est plus enrhumée que moi, ce qui me console bêtement de celui que je traîne depuis une semaine.

Un voyage vers Bordeaux...une ville que je connais peu... Le souvenir d'un arrêt prolongé dans sa gare, vers 5h du matin, il y a dix ans, et puis un bref passage dans ses rues vides, un jour férié d'été, quelques années auparavant...

Pendant le trajet - calme - je lis Un artiste du monde flottant de Kazuo Ishiguro, et le soleil joue sur les pages. Et puis, il y a la mer, aux environs de La Rochelle. Tous les regards tournés vers cette lumière bleue, des regards d'enfants...le silence.

En sortie de gare, je suis un peu perdue, des travaux encombrent l'esplanade, un tramway glisse entre des immeubles et flotte dans l'air ce sentiment flou d'être ailleurs, un peu plus au sud de ce dont j'ai l'habitude.
L'hôtel, pas terrible, n'a de "star" que le nom. Je pars en quête d'un dîner et aperçoit le salon du livre, très près, ses tentes blanches. Je jette un coup d'oeil, forcément attirée par les tables claires chargées de poches. Je reviendrai demain, accompagnée...

Samedi matin. J'ai rendez-vous. Vous vous en doutez certainement. Mais avec qui ? Oui car cette escapade avait son but, rencontrer en chair et en os des blogueuses bordelaires : Sylvie, Florinette, Chimère et Nanne.

Après quelques péripéties dont je ne sors pas grandie... (Ne sachant pas du tout à quoi ressemblait Sylvie-qui devait passer me chercher- j'ai abordé une personne qui s'est avérée être une des femmes de ménage de l'hôtel en lui suggérant que nous avions rendez-vous... Gloups ! Chimère est ensuite venue vers moi, souriante. Je me suis dit que Sylvie ne ressemblait décidément pas du tout à son avatar, mais après quelques mots échangés, j'ai vite compris ma méprise.)...tout est rentré dans l'ordre. Sylvie est arrivée, et nous sommes parties toutes les trois, joyeuses, en quête du Salon.

Florinette et Nanne nous ont retrouvées sur le parvis de l'église Ste Croix (voir la photo plus haut) et c'était parti pour une journée dédiée aux livres et aux auteurs...

blogueuses1 De gauche à droite : Nanne, Florinette, Sylvie et Chimère (il faut vraiment que je m'achète un APN convenable. Désolée les filles, vous êtes floues !!)

Il est difficile de tout raconter en détail. Je dirais simplement qu'il est amusant de constater à quel point le courant passe vite entre blogueuses, que finalement nous nous connaissons déjà un peu et que les passions rapprochent. Je retiendrais de cette journée, les zigzags entre les tables, les piles de livres, nos éclats de rire de collégiennes, nos déceptions  envers certains auteurs, Véronique Ovaldé et Cécile Ladjali entre autres (trop fières pour s'asseoir à leurs tables de dédicaces ?), le soleil, ma rencontre avec Sébastien venu présenter son dernier livre (ses collègues de stand éberlués à la vue de ce fan club féminin inattendu) et l'extrême gentillesse de Camille De Perreti, heureuse comme tout de me dédicacer un roman. Comme quoi !

Et puis, il a bien fallu partir, quitter cette excellente compagnie et prendre le train du retour !! (Ma fille au téléphone le matin : tu reviens ce soir, dis !!). CRIM0020

Vous pouvez admirer ci-contre ma moisson, qui aurait pu être plus grande ! Quel dommage tous ces sièges vides derrière les piles de livres !!

Je ne sais pas vous les filles, mais j'ai passé une très belle journée, je suis très heureuse de vous avoir rencontrées et je suis toute prête à recommencer !!!

Tiens, je vous dis "Merci" !!!

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03 avril 2008

Demain...

...je pars pour ici ESCALE_DU_LIVRE (cliquer sur l'affiche pour connaître la programmation).

Je vous raconterai. A dimanche !

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Le soir du chien, Marie-Hélène Lafon

le_soir_du_chienLaurent, la trentaine, vit avec Marlène, plus jeune, dans un petit village du Cantal. Ils se sont installés en hauteur, dans une maison isolée et y connaissent de grands moments de bonheur, doux et paisibles. La vie de la jeune femme semble seulement rythmée par ses visites régulières au bibliobus, qui stationne régulièrement sur la place. Un soir, leur chien se fait renverser par une voiture et Marlène rencontre le vétérinaire...

Ce roman à plusieurs voix est prenant. Marie-Hélène Lafon a une manière bien particulière d'utiliser les points de vue, fragments de narration, monologues, lettres et morceaux de journaux intimes, et c'est sans doute ce qui donne à ce texte une richesse certaine. Parmi les nombreux protagonistes hétéroclites de ce drame, le couple Marlène et Laurent est attachant et le lecteur regrette amèrement cette rencontre, ce fameux "soir du chien", qui brisera tout, qui éclatera cette harmonie délicieuse que l'on devine. Alors, voici de beaux personnages, une belle histoire, un style agréable, et un livre que l'on ne regrette vraiment pas d'avoir lu !!

Un extrait : "Mon frère souriait de me voir partir, aux heures les plus chaudes du jour, à pied, en vélo, ou en voiture, selon la distance mise entre elle et moi par nos déplacements. Elle était mon centre de gravité, mon nombril blanc. Richard ne m'a rien demandé quand je l'ai laissé rentrer seul à la fin de l'été. Ma mère, au téléphone, m'a dit : "Pas plus de quinze jours ; tu as du travail ici. Les gens n'attendront pas toujours ; ils iront voir ailleurs." Je suis revenu en novembre, avec elle, pour notre premier hiver. Ma mère savait qu'elle ne pouvait rien contre ça. Elle la trouvait trop jeune, et c'était tout ; elle avait un peu peur, mais elle avait trop aimé son homme pour se battre contre ce qui me tenait, moi, à plein bras, dans un vertige décuplé par le confinement de l'hiver, ma grande saison."

bouton3 Note de lecture : 4/5 (presque un coup de coeur, malgré tout !)

Ce livre, qui appartient à Anne, circule en tant que livrevoyageur.
L'avis de Bellesahi et celui de Gambadou.

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02 avril 2008

Lise Benincà

"benincalise9747Il y a des lieux dont on ne se défait pas. Il y a des évènements indissociables du lieu où ils se sont produits. Il y a des lieux qui font resurgir des souvenirs et des souvenirs qui font resurgir des lieux. Il y a des maisons, des chambres, des escaliers qui me reviennent en rêve. Il y a des rêves qui se déroulent toujours dans le même lieu. Il y a des lieux dont je ne me souviens qu'en rêvant. Il y a des lieux que j'ai seulement rêvés."

Extrait de la postface de son premier roman Balayer, fermer, partir dont j'ai déjà parlé ici.

Lise Bénincà a eu la gentillesse de me laisser un petit message sur mon article, vous le retrouverez dans les commentaires.

balayer_fermer_partir


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01 avril 2008

Paul Eluard

merbateauxLa courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Extrait de Capitale de la douleur

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31 mars 2008

Privée, Véronique Olmi

                                     "olmiA bonne école !" : vivre à travers les yeux d'une enfant la tension d'une salle de classe... "Privée" : retrouver sa grand-mère, perdue dans l'enfer d'une chambre commune d'hôpital... "Paris-prestige" : le métro dans sa crudité quotidienne... "Cernée" : les états-d'âme d'une actrice en mal de rôles... etc...

Je découvre Véronique Olmi avec ce recueil de nouvelles, et je pense qu'on ne peut être qu'étonné par sa vision sans concessions des êtres. Cela donne à son écriture - de qualité - et à ces courtes nouvelles une force surprenante. Chaque récit est un petit coup de poing contre les certitudes et contre le bien-penser. Nous accompagnons donc ses personnages dans leurs cris, leurs douleurs et leurs dégoûts. Voici donc une lecture qui loin d'être apaisante, ne laisse pas indifférente !

Un extrait de "A tout jamais"...

"Ce soir là, Pierre était devenu un assassin et il le hurla dans la lumière des phares, dans l'ambulance, dans sa chambre d'hôpital, il le hurla toute sa vie mais son cri n'expulsa jamais sa douleur, elle demeura en lui comme un court-circuit, tout son corps brûlé par ce cri : "Assassin". Et Pierre était devenu ce cri, ce cri était devenu sa bouche, une bouche démesurée qu'aucune main jamais ne pourrait baîllonner.
S'il avait été une larme il aurait coulé et se serait écrasé sur le parquet, mais il était un cri et ce cri tendait son être comme un arc, c'était un cri infini qui jamais ne se déviderait, comme un supplice envoyé par les dieux."

bouton3Note de lecture : 4/5

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30 mars 2008

Prix Biblioblog 2008...

...c'est parti !

(Pour plus d'informations, et participer, cliquer sur le logo ci-dessous)

Prix Biblioblog
Recommandé par des Influenceurs

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Un nuage d'écritures...

...à explorer,

Plum' Youlia Guelum

Co Erranteles_mots  Flaneuse Lali

Caro Carito  Gballand

Kloelle   Lilou Wictoria

en ce dimanche tranquille.

Je me remets d'un gros rhume/fatigue/pas la pêche ! Sniff !!
Tout ira mieux demain...

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